{"id":31,"date":"2023-01-05T20:36:04","date_gmt":"2023-01-05T19:36:04","guid":{"rendered":"http:\/\/urgentcrier.com\/?page_id=31"},"modified":"2023-01-05T20:36:04","modified_gmt":"2023-01-05T19:36:04","slug":"ecrits-a-b","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/ecrits-a-b\/","title":{"rendered":"Ecrits A.B."},"content":{"rendered":"\n<p>Andr\u00e9 Benedetto, Ecrits <\/p>\n\n\n\n<p>textes s\u00e9lectionn\u00e9s et \u00ab\u00a0pos\u00e9s sur la toile\u00a0\u00bb (expression de l&rsquo;auteur) par lui m\u00eame \u00e0 partir de 1999<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La r\u00e9volte des personnages !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les gares nouvelles, en particulier TGV, ont \u00e9t\u00e9 para\u00eet-il con\u00e7ues et am\u00e9nag\u00e9es en courants d&rsquo;air pour dissuader les sans-abri de s&rsquo;y installer pour la nuit. On n&rsquo;y rencontre pas non plus des employ\u00e9s. Il y a m\u00eame des gares o\u00f9 on ne peut plus prendre de billet pour un train de nuit qu&rsquo;avec une carte bancaire. Il n&rsquo;y a plus personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les gares sont vid\u00e9es de leur personnel, les couloirs des m\u00e9tros, les couloirs des lyc\u00e9es de m\u00eame, et depuis longtemps les bus ont perdu leur receveur. Le chauffeur au lieu de simplement conduire devient aussi l&rsquo;encaisseur\u2026 O\u00f9 est donc le propri\u00e9taire de ces lieux froids, lisses, vides et de plus en plus anonymes ? O\u00f9 est donc le responsable, ou son repr\u00e9sentant ? Nulle part ! D\u00e9bandade g\u00e9n\u00e9rale ! Il y a en permanence vacance du pouvoir. La nature ayant horreur du vide, quelle b\u00eate va donc s&rsquo;installer aux commandes.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-il tellement \u00e9tonnant alors qu&rsquo;il s&rsquo;y passe des choses effrayantes dans ces lieux \u00e0 l&rsquo;abandon ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les labyrinthes de la nuit, et maintenant du jour, appartiennent aux minotaures. Ne vous \u00e9tonnez plus de rien ! M\u00eame les sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre sont vid\u00e9es peu \u00e0 peu de leurs intermittents, et n&rsquo;\u00e9tait le sacrifice de ces articles au bien public, il n&rsquo;y aurait d\u00e9j\u00e0 plus personne sur sc\u00e8ne. Nous serions en danger\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;h\u00e9morragie continue et s&rsquo;aggrave, on ne pourra plus r\u00e9pondre de rien dans un avenir proche. Les passions se d\u00e9cha\u00eeneront et plus personne ne sera \u00e0 l&rsquo;abri. Les personnages, ces entit\u00e9s \u00e9tranges, plus r\u00e9els qu&rsquo;il ne para\u00eet, errent dans l&rsquo;ombre, fr\u00f4lent les portes, se glissent par les interstices, g\u00e9missent dans tous les coins et se faufilent dans les corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on ne leur accorde pas leur quota n\u00e9cessaire, leur tribut de chair humaine en actrices et en acteurs, ils vont se pr\u00e9cipiter sur n&rsquo;importe qui et poss\u00e9der de l&rsquo;int\u00e9rieur nos personnalit\u00e9s publiques les plus importantes. Ca a d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Il suffit de voir le nombres de mauvaises affaires qui \u00e9clatent, et d&rsquo;innocents transform\u00e9s en victimes.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous seuls, actrices et acteurs, nous pouvons ma\u00eetriser ces monstres. Qu&rsquo;on nous en donne les moyens, tout rentrera vite dans l&rsquo;ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>TEMPS DE CRISE DE PRECARITE ET DE GROS PROFITS.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout semble bouger encore un peu, juste avant la p\u00e9trification g\u00e9n\u00e9rale dont je vous entretenais dans le dernier \u00e9pisode.<\/p>\n\n\n\n<p>Le statut d&rsquo;\u00eatre humain perd de plus en plus de sa valeur. Aussi bien dans la pratique des plans sociaux (sic), qui jette cyniquement des milliers d&rsquo;hommes et de femmes \u00e0 la rue, que sur les \u00e9crans (sic) o\u00f9 on assiste \u00e0 la destruction froide et implacable, sans aucune h\u00e9sitation de quantit\u00e9s consid\u00e9rables d&rsquo;\u00eatres humains comme si c&rsquo;\u00e9tait des nuisibles !<\/p>\n\n\n\n<p>La loi du plus fort inculqu\u00e9e d&rsquo;heure en heure, nous secoue de plus en plus vivement toutes et tous, pour nous faire tenir debout et nous faire pousser des crocs et des griffes, quand on n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Seuls, les plus forts, les plus vigoureux, les plus rapides seront \u00e9pargn\u00e9s\u2026Un go\u00fbt de mort pour les plus faibles et les moins vifs\u2026 Avoir surv\u00e9cu est une prouesse\u2026 L&rsquo;\u00e9limination des faibles, des \u00e9tourdis suit son cours\u2026 Ce pr\u00e9dateur joue le r\u00f4le de la nature qui \u00e9limine les faibles les imprudents les malades\u2026 La nature encore une fois va op\u00e9rer sa s\u00e9lection\u2026 Nous faisons partie des obstacles que la nature a mis sur leur chemin pour fortifier leur race\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>A \u00e9couter ce commentaire, on se dit que ces pauvres saumons ne vivent que pour devenir un jour des vrais aryens : un interminable parcours du combattant. Et apr\u00e8s les saumons, les milans noirs\u2026 Pareil !<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre est-ce au nom de cet entra\u00eenement \u00e0 la sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 venir que la d\u00e9mocratie tol\u00e8re en son sein l&rsquo;ennemi m\u00eame de la d\u00e9mocratie au nom de la d\u00e9mocratie qui en sera peut-\u00eatre am\u00e9lior\u00e9 ! Comme les saumons !<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9publique est devenue progressivement la monarchie avec son versailles et toute sa cour. La d\u00e9centralisation reproduit le f\u00e9odalisme et ses fiefs. Ils ont raison. Il n&rsquo;y a ni coupables ni responsables. C&rsquo;est un syst\u00e8me qui tourne. Et qui rapporte !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le fameux centralisme fran\u00e7ais se porte encore tr\u00e8s bien ! Ainsi le projet culturel national semble bien d&rsquo;implanter dans chaque petite ville un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 tourneront des productions nationales ad hoc, mais o\u00f9 jamais ne seront montr\u00e9es les productions ni des petites villes ni des r\u00e9gions elles-m\u00eames. Mais peut-\u00eatre y-a-t-il des aspects positifs et joyeux dans cette situation\u2026 Dites-le ! Pauvres saumons !<\/p>\n\n\n\n<p>Septembre 97.<\/p>\n\n\n\n<p>SE DEPECHER DE NAITRE ET DEVENIR HUMAIN.<\/p>\n\n\n\n<p>Mowgli \u00e9lev\u00e9 par les loups, Tarzan \u00e9lev\u00e9 par les singes, ces petits d&rsquo;hommes deviennent &#8211; par la plume de leurs auteurs &#8211; des rois de la cr\u00e9ation. Mais peut-on dire que ce sont de belles histoires ? Ces enfants-l\u00e0 dans la r\u00e9alit\u00e9, \u00e9lev\u00e9s vraiment par des animaux, resteraient des enfants sauvages \u00e0 mi-chemin de l&rsquo;homme et de la b\u00eate. Il y a eu, il y a encore des exemples. Un humain ne devient humain, et n&rsquo;apprend \u00e0 parler et \u00e0 rire qu&rsquo;au contact des autres, des \u00eatres humains. Priv\u00e9 de ce contact social, trop de facult\u00e9s en lui ne s&rsquo;animent pas. Il perd ses possibilit\u00e9s de d\u00e9veloppement. Il reste inachev\u00e9, d\u00e9finitivement. Peut-\u00eatre que priv\u00e9s des contacts, des rencontres, des \u00e9changes n\u00e9cessaires mais inconnus, nous restons toutes et tous en partie, pour une partie de nous m\u00eame, des enfants sauvages qui auraient bien besoin d&rsquo;activit\u00e9s d&rsquo;\u00e9veil physiques, intellectuelles, artistiques pour s&rsquo;\u00e9panouir pleinement ? Difficile \u00e0 admettre ! Et pourtant ! Au si\u00e8cle dernier, les chevaux que l&rsquo;on descendait dans la mine pour les faire travailler, \u00e0 force de vivre dans l&rsquo;obscurit\u00e9, devenaient aveugles. Nous, en quoi sommes-nous encore aveugles, et \u00e0 quoi ? Par quel manque et \u00e0 quoi devenons-nous aveugles, de quelle c\u00e9cit\u00e9 ? Quelles sont les lumi\u00e8res dont nous sommes priv\u00e9s ? Car nous avons parfois l&rsquo;impression nous aussi, que nos sens et que nos perceptions, que nos intelligences et que nos sensibilit\u00e9s restent en sommeil et se d\u00e9battent dans des t\u00e9n\u00e8bres profondes. Nous aspirons \u00e0 plus de connaissance, d&rsquo;aisance, et d&rsquo;\u00e9mancipation. Nous r\u00eavons m\u00eame de plus de conscience et m\u00eame d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 une hyper-conscience\u2026 Si nous sommes en ces moments-l\u00e0 en d\u00e9ficit d&rsquo;humanit\u00e9 et si nous n&rsquo;y prenons pas garde, nous devenons des proies faciles pour les sectes et pour tous les marchands d&rsquo;illusions et de drogues. Comment et avec qui, par quels moyens et par quelles activit\u00e9s, pouvons-nous mieux nous humaniser clairement et ainsi nous \u00e9manciper les uns les autres ? 17.01.97<\/p>\n\n\n\n<p>PEUT-ON CREER EN REGION ?<\/p>\n\n\n\n<p>Au Carr\u00e9 d&rsquo;art de Nimes le 20 d\u00e9cembre 98 avec Mutations nous avons d\u00e9battu sur ce th\u00e8me : \u00a0\u00bb Entre repli identitaire et \u00e9touffement provincial, peut-on cr\u00e9er en r\u00e9gion ? \u00ab\u00a0. Cette formulation ai-je dit, est l&rsquo;expression-m\u00eame du provincialisme inquiet et r\u00e9ducteur. Ne peut penser douloureusement ainsi qu&rsquo;un provincial dans l&rsquo;\u00e2me, quelqu&rsquo;un qui se sent mal dans sa peau, l\u00e0 o\u00f9 il est, frustr\u00e9, diminu\u00e9, bougnoulis\u00e9, et qui voudrait \u00eatre \u00e0 la capitale ! Moi je n&rsquo;ai pas besoin de ma rattacher \u00e0 un centre quelconque, puisque je suis le centre m\u00eame. L\u00e0 o\u00f9 je suis, l\u00e0 est le centre, le centre de ma vie, le centre de ma cr\u00e9ation. Ici et maintenant toujours \u00e7a tourne autour de moi, comme \u00e7a tourne autour de n&rsquo;importe qui. Car si nous ne sommes pas tous des centres, pourquoi sommes-nous tous r\u00e9unis ? Il ne s&rsquo;agit pas du tout d&rsquo;\u00eatre entre le repli identitaire et l&rsquo;\u00e9touffement provincial mais d&rsquo;\u00eatre en m\u00eame temps dans le repli identitaire et dans l&rsquo;\u00e9touffement provincial. Et jusqu&rsquo;au trognon pour pouvoir cr\u00e9er. Voyez un peu tous les grands qui se sont tripot\u00e9s le repli et l&rsquo;\u00e9touffement avec f\u00e9rocit\u00e9 et jubilation. Je formulerais la question d&rsquo;une autre mani\u00e8re : dans un monde totalement domin\u00e9 par la culture nord-am\u00e9ricaine de masse et par microsoft, entre le repli frileux des diffuseurs de la culture sur un march\u00e9 de plus en plus \u00e9troit, et l&rsquo;\u00e9touffement r\u00e9gional exerc\u00e9 par beaucoup de petits marquis install\u00e9s dans les nouveaux fiefs de la culture officielle d&rsquo;\u00e9tat \u00e0 la remorque des modes, peut-on cr\u00e9er en r\u00e9gion ? Et je r\u00e9ponds sans h\u00e9siter : Oui ! Surtout si on vient d&rsquo;ailleurs !<\/p>\n\n\n\n<p>LA VRAIE VIE EST ICI DANS LA PERIPHERIE.<\/p>\n\n\n\n<p>Etre l\u00e0 dans le monde et vivre la grande harmonie ( ou le grand d\u00e9sarroi ce qui revient au m\u00eame) est-ce possible ? Oui. Il faut avoir la force de rester dans son trou et d&rsquo;en faire le tour. Le visiter, le d\u00e9couvrir et l&rsquo;explorer de fond en comble. Peu \u00e0 peu on y prend plaisir. On ne peut en venir \u00e0 bout. Ici sont la ressource, le sens, les choses et les gens, le bois dont on fait les fl\u00e8ches et les feux, l&rsquo;eau, le vent, le soleil, le commencement et la fin, les pistes \u00e0 ouvrir, les sons notes et onomatop\u00e9es et les mots de toutes les langues pour tout dire. Tout bouge sous la main et attend de servir. S&rsquo;\u00e9brouer dans libert\u00e9, s&rsquo;y \u00e9tendre, s&rsquo;y \u00e9taler, s&rsquo;en nourrir et prendre l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 pour miroir. Cela veut dire de rester dans le mal-\u00eatre, dans le tragique de la situation ! Et au lieu de fuis se dresser et regarder en face. Travailler pour soi-m\u00eame. Brr ! A quoi bon fuir, se laisser emporter par la premi\u00e8re tentation venue, choisir la r\u00e9ussite standard et devoir se plier, devenir un singe savant, un robot, un tr\u00e8s ob\u00e9issant, un zombie, l&rsquo;ombre de quelqu&rsquo;un, devoir se glisser dans une image pr\u00e9con\u00e7ue, dans une id\u00e9e, mettre un carcan et souffrir pour \u00eatre belle\u2026 Difficile de lutter contre l&rsquo;appel des sir\u00e8nes et contre l&rsquo;ordre de rentrer dans le rang. Oui difficile mais \u00e0 quoi bon la guerre ? la provoque ? la rage ? le sectarisme ? l&rsquo;autor\u00e9duction des t\u00eates ? A quoi bon cette haine ? ce besoin de jouer les incompris et les vex\u00e9s et devenir les injurieux les agressifs ? Est-ce pour exister ? Pour trouver des forces ? Pour quoi ? Il suffit d&rsquo;\u00eatre l\u00e0 et de nommer le monde. Faire sur place le tour de la question. Ne pas chercher plus loin que le bout de son nez. N&rsquo;est-ce pas l\u00e0 un beau programme ? Choisir sa vie. Inventer un nouvel amour. Se noyer dans un verre d&rsquo;eau. Se sauver l\u00e0 o\u00f9 on croit qu&rsquo;on se perd. D&rsquo;autres sages l&rsquo;ont dit. Et puis toujours ceci : que l&rsquo;obstacle devienne le passage ! Comme pour son canal Riquet fit de la Montagne Noire. On a d&rsquo;abord bien de la difficult\u00e9 \u00e0 croire qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de bon \u00e0 attendre ce qui para\u00eet bon efficace moderne r\u00e9ussi ! Et pourtant\u2026voici un tr\u00e8s bon pr\u00e9cepte pour vous : \u00a0\u00bb Agir en primitif et pr\u00e9voir en strat\u00e8ge \u00a0\u00bb Ren\u00e9 Char pendant la R\u00e9sistance. Pas d&rsquo;autre solution que cet \u00e9chec en permanence en apparence. Vivre l&rsquo;ici et maintenant. Etre l\u00e0 dans le monde d&rsquo;une harmonie possible. Il y a l\u00e0 toute la ressource n\u00e9cessaire autour de nous. Est-ce possible encore de se sauver ainsi quand la maladie a gagn\u00e9 toute la plan\u00e8te ? Retour de Larrazet, le village du Tarn et Garonne o\u00f9 se poursuit la r\u00e9flexion sur les identit\u00e9s communales.<\/p>\n\n\n\n<p>AVIGNON CAPITALE.<\/p>\n\n\n\n<p>Une spectatrice de passage me disait qu&rsquo;au lieu de disperser ses efforts sur de multiples centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, Avignon devrait tout miser sur la culture qui est son principal atout. La question serait alors : Faut-il donc tout miser sur la culture ? La question suivante \u00e9tant \u00e9videmment : Tout miser sur quelle culture ? Si bien sur l&rsquo;on accepte l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y a plusieurs cultures, et si l&rsquo;on arrive \u00e0 les identifier et \u00e0 les poser les unes \u00e0 cot\u00e9 des autres \u00e0 l&rsquo;\u00e9talage ! Il y a d&rsquo;abord et grosso modo la culture occitane de base (ou proven\u00e7ale) et la culture fran\u00e7aise. Le moins que l&rsquo;on puisse dire est que ( matin\u00e9es l&rsquo;une et l&rsquo;autre d&rsquo;italien d&rsquo;espagnol d&rsquo;arabe\u2026) elles ont entre elles deux des rapports tr\u00e8s complexes depuis des si\u00e8cles. Oui plus complexes qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue. Ainsi certains M\u00e9ridionaux qui parlent un francitan savoureux sont capables de vous dire qu&rsquo;ils sont les seuls vrais fran\u00e7ais ! Et ajouter peut-\u00eatre que le fran\u00e7ais qu&rsquo;ils parlent est bien meilleur que celui des gens du nord. Le renversement de perspective m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre notifi\u00e9 \u00e0 tous les gens de courte-vue qui ont des certitudes n\u00e9fastes comme \u00e0 ceux qui sont dans la localit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la moelle des os et qui aimeraient tellement \u00eatre d&rsquo;ailleurs parce qu&rsquo;ils ont honte on se demande bien de quoi ! On en conna\u00eet h\u00e9las ! Surtout chez les cultiv\u00e9s ! Il y a toujours eu bien des malentendus. Il y en a encore beaucoup. Beaucoup plus sans doute qu&rsquo;il n&rsquo;y en eut nagu\u00e8re ! Il y a vingt ans par exemple du temps de La Madone des ordures, de Gaston Dominici et des \u00a0\u00bb Rescontres Occitans \u00ab\u00a0. Depuis on a vu pire ! On ne peut pas dire qu&rsquo;il faille tout miser sur la culture mais on peut affirmer qu&rsquo;il faut miser gros sur les cultures, sur toutes celles qui prosp\u00e8rent par ici : les autochtones, les allog\u00e8nes, les disparates, les banlieusardes, les campagnardes, les centrevilardes et de quartiers\u2026au lieu de r\u00e9duire ipso facto la culturel au culturel bcbg si clean smart distinguished and so on ! Foin des frilosit\u00e9s. L\u00e0 o\u00f9 nous sommes l\u00e0 est le centre. Le provincial est celui qui a honte de vivre en province. Il faut sortir de la pi\u00e8ce de Tch\u00e9kov dans laquelle nous sommes englu\u00e9s avec ses gens autour de nous qui ne r\u00eavent que de partir et vivre ailleurs et qu&rsquo;il ne savent pas qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ailleurs et qui comme les Trois S\u0153urs perdues au fond de leur province russe ne cessent de g\u00e9mir \u00a0\u00bb nous irons \u00e0 Moscou ! Nous irons \u00e0 Moscou !\u2026 L\u00e0 o\u00f9 nous sommes est la capitale. Et si ses habitants vivent leur ville comme une capitale alors leur ville peut se dresser et discuter et d\u00e9battre d&rsquo;\u00e9gale \u00e0 \u00e9gale avec les autres capitales du monde. Mais pour cela il faut avoir une certaine id\u00e9e de soi de sa ville de sa culture de ses cultures\u2026 un certain sens au fond de notre dignit\u00e9 et de nos forces cr\u00e9atrices. Si on le dit pas un peu -oh juste un peu ! &#8211; qui le dira ?<\/p>\n\n\n\n<p>FAIRE L&rsquo;ANE POUR AVOIR LE SON<\/p>\n\n\n\n<p>On sait que, comme la musique dans les films, le son monte \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 avec les pubs. Le ton monte. C&rsquo;est la voix de Big Brother qui se hausse pour mieux s&rsquo;introduire dans toutes les t\u00eates. Pour faire acheter toujours plus. Le son fait des ravages. Pas seulement dans les oreilles des utilisateurs de baladeurs mais aussi et surtout dans le mental de tout le monde. Et cela jusqu&rsquo;au fond des jungles ! Le son a des effets insidieux. Il a beaucoup de part \u00e0 l&rsquo;aplatissement des id\u00e9es, \u00e0 la standardisation de la vie, au lavage permanent des cerveaux, \u00e0 l&rsquo;ennui\u2026 et cela de bien des mani\u00e8res. Il jouit d&rsquo;un tel prestige qu&rsquo;ils veulent tous avoir une sono m\u00eame quand elle n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire. J&rsquo;ai vu un soir dans un petit th\u00e9\u00e2tre un amateur prendre tant de plaisir \u00e0 chanter micro \u00e0 la main que j&rsquo;ai compris qu&rsquo;il se sentait vraiment branch\u00e9 avec les grands. Agrandi ! Gr\u00e2ce \u00e0 \u2026 l&rsquo;amplification ! De m\u00eame que cet homme politique m&rsquo;expliquant qu&rsquo;avoir le micro en main est un grand r\u00e9confort pour l&rsquo;orateur qui se raccroche \u00e0 quelque chose ! Une proth\u00e8se ! Moi j&rsquo;aurais cru que c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t la pr\u00e9sence de l&rsquo;auditoire et la n\u00e9cessit\u00e9 du discours \u00e0 faire qui procuraient le r\u00e9confort et qui donnaient les forces. Mais non ! Au fond la r\u00e9union et les id\u00e9es tout cela lui importe peu, pourvu qu&rsquo;il soit branch\u00e9 lui aussi avec les grands. Ils se tiennent au cordon ombilical de Big Brother. Ils se sentent comme tous les professionnels du son, ces ma\u00eetres des curseurs, des potards, tous -appendices et serviteurs z\u00e9l\u00e9s du Grand Fr\u00e8re &#8211; branch\u00e9 sur la puissance ! Ceux-l\u00e0, les pros \u00e0 casquettes longue visi\u00e8re et \u00e0 rangers, \u00e0 peine ont-ils fait les r\u00e9glages (pour n&rsquo;importe qui) qu&rsquo;ils balancent plein pot dans les enceintes les m\u00e9lop\u00e9es du grand patron : leur confiture. J&rsquo;ai vu un jour des danseuses laotiennes, des musicos turcs, des railleurs alg\u00e9riens, des po\u00e8tes divers\u2026. Faire toutes et tous leur prestation dans le dispositif des rockers qui passaient les derniers parce qu&rsquo;ils \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme les premiers ! Et tout cela dans une f\u00eate multi ou pluri culturelle ! Big Brother veille partout. Branchez-vous ! Il n&rsquo;attend plus que vous ! Faites l&rsquo;\u00e2ne pour avoir du son !<\/p>\n\n\n\n<p>COMME UN CHIEN PAS SAVANT.<\/p>\n\n\n\n<p>Des gens vivants, en chair et en os, qui jouent r\u00e9ellement, qui repr\u00e9sentent une action fictive du pass\u00e9 ou du pr\u00e9sent, devant d&rsquo;autres gens bien vivants, cela peut \u00eatre le th\u00e9\u00e2tre. Les b\u00e2timents n&rsquo;ont gu\u00e8re d&rsquo;importance. Leur forme change avec les si\u00e8cles, mais assez peu le principe m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre : quelqu&rsquo;un est l\u00e0, quelqu&rsquo;un arrive et joue. Les b\u00e2timents, ils peuvent \u00eatre utiles pour se mettre \u00e0 l&rsquo;abri, pour le travail quotidien et m\u00eame pour les repr\u00e9sentations, surtout si l&rsquo;entr\u00e9e est payante. Mais en fait, l\u00e0 o\u00f9 on joue c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;est le th\u00e9\u00e2tre. Bien d&rsquo;autres peuvent dire cela ! Surtout celles et ceux qui essaient de jouer, qui font tout ce qu&rsquo;ils peuvent pour arriver \u00e0 montrer quelque chose. Montrer bien s\u00fbr, pas d\u00e9montrer. J&rsquo;avais un chien \u00e9tonnant. Il m&rsquo;a souvent inspir\u00e9. Ainsi il m&rsquo;a servi de mod\u00e8le pour le chien des Eureup\u00e9ens. Mais surtout pour le chien de Robespierre qui discutait avec son ma\u00eetre. Donc ce chien l\u00e0 qui parlait sans cesse, a toujours essay\u00e9 de parler comme un homme. Je ne saurai dire si, du point de vue canin, il avait tort ou raison. Mais moi \u00e0 le voir faire je me suis dit : c&rsquo;est cela que doit faire l&rsquo;acteur ! Essayer de parler ! En g\u00e9n\u00e9ral on sait d\u00e9j\u00e0 parler, on sait trop bien. Et \u00e0 si bien savoir on finit par ne plus rien dire. On est devenu chien savant. Dommage !<\/p>\n\n\n\n<p>DE L&rsquo;AUTRE C\u00d4TE DE LA VITRE.<\/p>\n\n\n\n<p>Dedans il y a un type p\u00e9trifi\u00e9 qui ressasse : Perdu ne sachant o\u00f9 aller, car je suis au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres, des vagues panneaux apparaissent, des visages sourient, des personnages passent. Je les vois mais aucun ne parle, ni du geste ni de la voix. Ils apparaissent, disparaissent et puis r\u00e9apparaissent plus loin comme s&rsquo;ils se proposaient comme guides je ne sais pas. Des parents, des amis, des connaissances, des penseurs, des hommes d&rsquo;actions \u2026Mais qui suivre ? Vers qui aller, je ne sais plus du tout. Je n&rsquo;ai plus de rep\u00e8re. Pas un seul signe clair. L&rsquo;obscurit\u00e9 gagne sur tout. Bient\u00f4t on ne verra plus rien\u2026 Dehors y a un type gel\u00e9 par le froid, aux portes de la barbarie, tribut pay\u00e9 mais \u00e0 quels minotaures ? Homme faible croit-on mais c&rsquo;est un homme fort, un homme qui se tient en dehors de l&rsquo;esp\u00e8ce, dissident absolu qui a coup\u00e9 les ponts. Toujours dans l&rsquo;obscurit\u00e9 on devient aveugle. Toujours dans l&rsquo;exclusion, on devient quoi ? Totalement d\u00e9muni, n&rsquo;a plus qu&rsquo;une image int\u00e9rieure de lui-m\u00eame et se charge de la sauver. Sans logis dans les rues, il ne dit pas : Ote-toi de mon soleil ! Il dit : Je ne veux pas de ton soleil ! Suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e7a fait honte mais c&rsquo;est trop tard. Quand il refuse, c&rsquo;est trop tard, nous ne pouvons plus rien pour lui. Et pour nous ? L&rsquo;homme p\u00e9trifi\u00e9 dedans sait-il qu&rsquo;il s&rsquo;interroge encore gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;homme p\u00e9trifi\u00e9 dehors qui veille aux fronti\u00e8res du froid ?<\/p>\n\n\n\n<p>EXISTENCE-RESISTANCE.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;emprunte cette expression \u00e0 \u00a0\u00bb Ne pas plier \u00a0\u00bb Tout \u00e0 vendre ! On liquide tout ! Les privatisations battent leur plein. Aujourd&rsquo;hui les entreprises publiques. Demain les monuments les mus\u00e9es les ch\u00e2teaux. Ainsi Versailles de prestige et ses millions de visiteurs, co\u00fbte trop cher. Que dire alors de tout le reste ? Et de nous par exemple dans cette d\u00e9bandade, nous qu&rsquo;il faut bien nourrir un peu jour apr\u00e8s jour alors qu&rsquo;une cassette vid\u00e9o ne demande qu&rsquo;un peu de jus\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On sert \u00e0 quoi ? Les int\u00e9gristes de la rentabilit\u00e9, plus efficaces que ceux des religions et des totalitarismes, sont \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre. Ils renouent avec la logique la plus obscure de l&rsquo;histoire de l&rsquo;occident, la s\u00e9lection \u00e0 mort. Ils retrouvent le grand souffle des ann\u00e9es trente. Ils font leurs divers choix dans les populations. Ils prennent ce qui peut leur rapporter le plus. Les autres, ceux et celles qui restent, consid\u00e9r\u00e9s comme inutiles, consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9chets, au lieu de les br\u00fbler dans des grands fours, ce qui serait plus propre, ils les jettent aux ordures. Comme \u00e7a \u00e0 m\u00eame la rue. Et ils attendent que froid les ach\u00e8ve. Ou simplement ils les renvoient chez eux, par milliers et milliers, stagner pourrir tr\u00e8s lentement, d\u00e9sesp\u00e9rer surtout, ce qui est plus grave. Sans r\u00e9fl\u00e9chir aux cons\u00e9quences.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces malheurs, et toute cette mis\u00e8re accumul\u00e9e dans tous les coins, rendent cette soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment malade. Malade comme un \u00eatre qui n\u00e9glige son corps et son esprit, qui vit dans son ordure, qui ne se lave plus, qui ne se soigne plus et qui peu \u00e0 peu se d\u00e9grade et se couvre d&rsquo;escarres, de plaies et de n\u00e9croses. Chaque rejet\u00e9, chaque abandonn\u00e9, dans la rue ou dans sa maison, et par contagion chacun et chacune de nous est comme eux une petite partie visible de ce grand corps malade, et qui ne le sait pas. Les cancers les sidas les folies meurtri\u00e8res et maintenant les enc\u00e9phalites spongieuses devraient le mettre en garde. La terre m\u00eame a des sursauts terribles et des vomissements ! Mais non il ne comprend pas les messages ce grand corps, et sur son dos les int\u00e9gristes de la rentabilit\u00e9 continuent leurs m\u00e9faits. Font procr\u00e9er les morts. Nourrissent les herbivores de viande. Inventent le prot\u00e8ge-slip. Arrachent les yeux aux innocents pour les vendre \u00e0 des vieux coupables. Suppriment l&rsquo;eau de source aux fontaines gratuites.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes tous atteints. Nous d\u00e9gradons nos environnements. Nous polluons la terre, l&rsquo;air et l&rsquo;eau de nos d\u00e9chets non biod\u00e9gradables. Nous enlaidissons le monde. Grandes barges sur l&rsquo;oc\u00e9an, \u00e9normes tas aux quatre coins, saloperies un peu partout, satellites dans le cosmos, nos ordures sillonnent les mondes. Il n&rsquo;y a plus aucune barri\u00e8res \u00e0 l&rsquo;infamie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et avec \u00e7a en plus, il n&rsquo;y a pas de responsable en titre. L&rsquo;anonymat pr\u00e9vaut. Ca ne d\u00e9pend plus de personne, semble-t-il ! Ca peut continuer longtemps. Des civilisations ont prosp\u00e9r\u00e9 sur des esclavages semblables. Et nous sommes tomb\u00e9s, \u00e0 notre surprise, de l&rsquo;eschatologie \u00e0 la scatologie. C&rsquo;est la cacophonie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les amuseurs et producteurs de rire et de d\u00e9rision s&rsquo;en donnent \u00e0 c\u0153ur-joie d&rsquo;an\u00e9antir la dignit\u00e9 humaine, heure apr\u00e8s heure, syst\u00e9matiquement. Ceux qui ne rient pas avec eux, d\u00e9j\u00e0 effray\u00e9s par le silence \u00e9ternel des espaces, se plongent dans les obscurit\u00e9s pour devenir aveugles et sourds, ou dans les documentaires animaliers pour essayer de retrouver en eux un peu de l&rsquo;animal, et ainsi quelque secret ou truc de la loi du plus fort qui pourrait les aider, en leur donnant des crocs.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous dont le sens civique nous interdit de dispara\u00eetre trop vite car nous ne voulons pas, en nous ratatinant aussi dans notre coin, contribuer \u00e0 l&#8217;empuantissement g\u00e9n\u00e9ral et porter tort \u00e0 la sant\u00e9 de nos cong\u00e9n\u00e8res, nous pouvons tenter de survivre, adh\u00e9rer \u00e0 la cause rentabiliste et nous mettre \u00e0 son service, en collaborant au divertissement, et \u00e0 la justification de la loi des profits, en faisant accepter le sacrifice aux faibles et aux non-rentables, en d\u00e9non\u00e7ant les r\u00e9sistants et les suspects, etc\u2026 et ce faisant contribuer encore plus \u00e0 la d\u00e9gradation g\u00e9n\u00e9rale, et \u00e0 cet empuantissement que nous ne voulons pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Que faire alors ? Si nous ne voulons ni dispara\u00eetre ni participer au massacre, nous devons en premier lieu nous persuader qu&rsquo;il n&rsquo;y aura jamais des lendemains qui chantent et jamais de victoire, et en second nous interroger s\u00e9rieusement sur le r\u00f4le que nous jouons ici et maintenant dans cette soci\u00e9t\u00e9 ! Et en d\u00e9battre ! Et nous pr\u00e9parer \u00e0 nous battre ! Tous ensemble, tous ensemble, ouais ! Ou \u00e0 quelques-uns uns seulement ? Mais lesquels ? Se battre ! Au nom de qui au nom de quoi ? Et contre qui et contre quoi ? Exactement ! Ca ne sera pas tr\u00e8s facile ! Mais il le faut !<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai jamais trop su \u00e0 quoi pouvait bien servir le th\u00e9\u00e2tre. Maintenant je la sais : \u00e0 repousser sans cesse cet enlaidissement absolu\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>REPLIQUE DU SIECLE.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui demande&nbsp;: &#8211; je joue o\u00f9&nbsp;? Il me dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0&nbsp;! En me montrant le sol. Alors moi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Oui&nbsp;! L\u00e0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je ne peux pas jouer ce spectacle au sol devant des spectateurs tous assis sur des chaises.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi donc&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Au troisi\u00e8me rang ils ne verront plus rien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce qu\u2019on a pr\u00e9vu pour aujourd\u2019hui&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut vous dire que nous sommes au Salon des Auteurs de Th\u00e9\u00e2tre de. Il n\u2019est pas pr\u00e9vu de sc\u00e8ne. Il semble acquis qu\u2019un auteur de th\u00e9\u00e2tre doive s\u2019asseoir \u00e0 une table l\u00e0 o\u00f9 on lui dit et lire sa pi\u00e8ce et se taire&nbsp;! Mais cependant j\u2019insiste&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral vous le savez&nbsp;: soit l\u2019acteur est sur une estrade soit le spectateur est sur un gradin, et\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ne me faites pas de le\u00e7on&nbsp;! s\u2019\u00e9trangle-t-il. Et puis un th\u00e9\u00e2tre on en a un. Venez donc voir un peu.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019a montr\u00e9 son vrai th\u00e9\u00e2tre et pour conclure l\u2019entretien m\u2019a fait cette r\u00e9plique d\u2019anthologie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous vouliez une sc\u00e8ne il fallait le pr\u00e9ciser sur la fiche technique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un directeur de th\u00e9\u00e2tre. Il dispose d\u2019un beau th\u00e9\u00e2tre tout neuf. Et quand on vient jouer un spectacle chez lui, il faut lui pr\u00e9ciser qu\u2019on aura besoin d\u2019une sc\u00e8ne&nbsp;! G\u00e9nial non&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Avril 95<\/p>\n\n\n\n<p>PARFUMS BON MARCHE<\/p>\n\n\n\n<p>Chez vous dit-il vous le savez on dit qu\u2019il y a toujours un beau texte mais rarement de beaux d\u00e9cors. C\u2019est vrai chez nous il n\u2019y a pas de ces d\u00e9cors tr\u00e8s chers qui imposent leur pr\u00e9sence vulgaire comme des parfums bon march\u00e9. On ne fait pas de d\u00e9penses excessives.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne nous viendrait m\u00eame pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e de faire m\u00eame au dixi\u00e8me un vrai cuirass\u00e9 Potemkine ou autre boite de camembert ou quoi que se soit qui se pr\u00e9tende vrai et naturaliste et qui soit en quelque sorte du r\u00e9alisme lib\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre il y a du d\u00e9cor. Du d\u00e9cor comme id\u00e9e du d\u00e9cor comme outil du beau d\u00e9cor bien int\u00e9gr\u00e9 sans pr\u00e9tentions. Et sans remonter \u00e0 plus de deux ans, souvenez-vous du ballot du squat, du ballon d\u2019Aguirre et de son costume \u00e9volutif, de l\u2019arbre \u00e0 tuyaux transparent de Grand-Vert.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis de tout ce que vous pourrez voir ou revoir cet \u00e9t\u00e9&nbsp;: le minuscule pays des neiges de Louise, la valise de l\u2019Eureup\u00e9en, et la grande table conviviale pour El\u00e9ments de Politesse Gourmande.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019esth\u00e9tique est la pointe avanc\u00e9e d\u2019une \u00e9thique et pour faire des d\u00e9cors \u00e0 la mesure de nos grandes faims et pas de nos mis\u00e9rables app\u00e9tits de parvenus ce qui importe est l\u2019id\u00e9e simple qui puisse ouvrir des portes \u00e0 l\u2019imagination.<\/p>\n\n\n\n<p>Avril 95<\/p>\n\n\n\n<p>THEATRE ET CINEMA<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas d\u2019exp\u00e9rience professionnelle r\u00e9elle du cin\u00e9ma, ni devant, ni derri\u00e8re la cam\u00e9ra. Je n\u2019en \u00e9prouve aucun manque. Mais j\u2019ai plut\u00f4t tendance \u00e0 parler du th\u00e9\u00e2tre, de l\u2019int\u00e9rieur et du cin\u00e9ma, de l\u2019ext\u00e9rieur.Je sais qu\u2019il existe une tendance d\u00e9j\u00e0 ancienne qui tend \u00e0 transformer le th\u00e9\u00e2tre en cin\u00e9ma de la part de l\u2019administration dans sa mini\u00e8re de plus en plus froide de recevoir le public, de la part du metteur en sc\u00e8ne dans sa propension \u00e0 la d\u00e9pense grandiose et inutile mais surtout dans son d\u00e9sir de remplir le cadre de sc\u00e8ne comme il remplirait l\u2019\u00e9cran.Bien que souveraine sur quelques grandes sc\u00e8nes, cette tendance reste tr\u00e8s minoritaire et on peut encore distinguer nettement le th\u00e9\u00e2tre du cin\u00e9ma.Je vois d\u2019un cot\u00e9 des repr\u00e9sentations toutes uniques et donn\u00e9es en nombre forc\u00e9ment limit\u00e9 d\u2019un spectacle d\u2019\u00eatres vivants devant un public d\u2019\u00eatres vivants dont les r\u00e9actions influent sur le spectacle en cours.De l\u2019autre, je vois des images d\u00e9finitives projet\u00e9es au cours de s\u00e9ances qui peuvent se r\u00e9p\u00e9ter quasi ind\u00e9finiment sans que les r\u00e9actions d \u2018un public vivant puisent rien y changer.D\u2019un cot\u00e9 je vois un acteur qui fait l\u2019image et qui l\u2019agrandit ou qui la r\u00e9duit \u00e0 sa convenance sous les yeux du public et qui, son personnage meurt, ressuscite toujours \u00e0 la fin pour le salut.De l\u2019autre je vois un metteur en sc\u00e8ne qui peut faire \u00e0 partir de ce qui se joue toutes les images qu\u2019il veut sans que les acteurs n\u2019interf\u00e8rent. Des acteurs qui, une fois morts, ne se rel\u00e8vent jamais pour saluer&nbsp;!Au th\u00e9\u00e2tre il est d\u2019usage de tenir le spectateur au courant de ce qui se passe, un spectateur qui en sait d\u2019ailleurs toujours plus que les personnages. On ne peut pas imaginer des spectateurs allant au th\u00e9\u00e2tre pour d\u00e9couvrir le sort des \u0152dipe, Antigone, Hamlet&nbsp;, Rodrigue, Lorenzaccio, Cyrano, Vladimir et Estragon\u2026Au cin\u00e9ma par contre le spectateur ne veut pas conna\u00eetre la fin avant d\u2019entrer. On va le tenir en suspens le plus longtemps possible. On y tient le sens en haleine. C\u2019est une forme d\u2019\u00e9rotisme, et m\u00eame de terrorisme\u2026 La r\u00e9tention du sens, comme celle dans laquelle pour s\u2019\u00e9vader dans le lyrisme les acteurs au th\u00e9\u00e2tre ont tendance \u00e0 se laisser aller, fait des ravages&nbsp;: Celui qui r\u00e8gne dans les cieux\u2026De ce point de vue le cin\u00e9ma reste au sol dans ses sabots, quoi que, la normalisation de l\u2019accent\u2026Bref&nbsp;!S\u2019il s\u2019agit de faire du cin\u00e9ma avec du th\u00e9\u00e2tre, j\u2019imagine que c\u2019est dans un souci d\u2019efficacit\u00e9, de rentabilit\u00e9 peut-\u00eatre, de vulgarisation&nbsp;?Voici la question que je me pose et que beaucoup de gens se posent sur le projet p\u00e9dagogique&nbsp;: le petit nombre du th\u00e9\u00e2tre peut-il devenir le grand nombre du cin\u00e9ma sans qu\u2019il y ait un changement qualitatif, sans qu\u2019il y ait la perte de l\u2019essentiel, \u00e0 savoir l\u2019acte th\u00e9\u00e2tral&nbsp;?J\u2019en ai une autre de question, subsidiaire&nbsp;: dans quelle mesure le cin\u00e9ma par son action sur l\u2019imaginaire des peuples, peut-il avoir contribu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer les citoyens \u00e0 accepter l\u2019immense d\u00e9rive des politiques&nbsp;? 14.03.97.<\/p>\n\n\n\n<p>LA PRATIQUE DE LA MUSIQUE.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pratiqu\u00e9 la musique dans nos spectacles de bien des mani\u00e8res. Du clavecin trafiqu\u00e9 aux pierres frott\u00e9es, du tambour malgache \u00e0 la boite \u00e0 rythmes, de la fanfare aux petits instruments, de l\u2019enregistrement au direct. Surtout du direct et depuis tr\u00e8s longtemps, et de moins en moins avec la sono.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne pas chercher avec des sons \u00e0 faire joli ou \u00e0 plaire selon des normes et des modes.<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t un petit son en direct qu\u2019un superbe effet enregistr\u00e9 qui demande un appareillage lourd et un sp\u00e9cialiste, et qui introduit forc\u00e9ment un autre univers dans l\u2019univers en place. Aussi d\u00e9licate \u00e0 pratiquer la diffusion de musique enregistr\u00e9e que la projection de diapositives.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons abandonn\u00e9 tr\u00e8s vite le principe de la bande magn\u00e9tique constitu\u00e9e d\u2019un collage de tous les enregistrements n\u00e9cessaires chacun avec son amorce et son temps pr\u00e9cis de passage. Et le clac des d\u00e9buts et des fins&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 utiliser un quatre pistes synchrones sur lesquelles nous enregistrions quatre sons ou musiques diff\u00e9rentes que nous diffusions selon les besoins plusieurs fois au cours du spectacle. Le magn\u00e9tophone tournant en permanence, il suffit de pousser les curseurs.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un peu long parfois \u00e0 l\u2019enregistrement mais on arrive \u00e0 faire des longues variations int\u00e9ressantes. Pas de la grande musique peut-\u00eatre mais suffisantes pour nos besoins.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes on peut consid\u00e9rer que quatre sons \u00e7a fait tr\u00e8s peu, de m\u00eame que douze circuits d\u2019\u00e9clairage mais on peut faire beaucoup de travail, et de qualit\u00e9, avec des moyens techniques r\u00e9duits.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je dis que nous manquons de moyens, je ne pense qu\u2019aux personnes, jamais au mat\u00e9riel. S\u2019il y a quelqu\u2019un pour remplir la fonction, il n\u2019y a pas de probl\u00e8me&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>On a aussi beaucoup utilis\u00e9 les cassettes sur le m\u00eame principe&nbsp;: une musique par cassette, et toujours du rab.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ceci dit, cette m\u00e9fiance affich\u00e9e, moi j\u2019aime bien les techniques sophistiqu\u00e9es&nbsp;; je me souviens qu\u2019au Th\u00e9\u00e2tre de la Temp\u00eate il y avait des projecteurs orientables avec des t\u00e9l\u00e9commandes (\u00e0 fil malheureusement) et qu\u2019en 78 pour la Madone des Ordures, mon fr\u00e8re et moi \u00e0 tour de r\u00f4le nous nous \u00e9clairions l\u2019un l\u2019autre et \u00e0 vue pour nos entr\u00e9es spectaculaires sur des cothurnes, \u00e0 la Cartoucherie.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre exemple en 93 dans Nous les Eureup\u00e9ens, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me faire les \u00e9clairages en direct, oh tr\u00e8s simple, avec la t\u00e9l\u00e9commande infrarouge. Ca allait bien avec le h\u00e9ros&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ah oui la technique bien pens\u00e9e permet des quantit\u00e9s de choses. En 68 dans Zone Rouge, au lieu de crier, je brandissais un petit magn\u00e9to qui criait \u00e0 ma place. Une seule fois par repr\u00e9sentation bien s\u00fbr. Pour se marrer&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons souvent pratiqu\u00e9 la fanfare, pendant quelques ann\u00e9es. Ou bien des ensembles de cuivres ou de cordes, selon les spectacles. Tr\u00e8s rarement avec des vrais musiciens, les acteurs assurant cette fonction.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il y a des vrais musiciens sur la sc\u00e8ne pendant le spectacle, ils n\u2019ont pas du tout la m\u00eame fonction que les acteurs jouant des instruments. C\u2019est d\u2019un usage moins courant parce que \u00e7a pose des probl\u00e8mes d\u2019argent, de disponibilit\u00e9, et surtout de dramaturgie, car il ne s\u2019agit pas que les musiciens ne soient l\u00e0 que pour l\u2019accompagnement, la d\u00e9coration, l\u2019ambiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois un seul musicien en sc\u00e8ne&nbsp;: Marc Perrone pour Grand-Vert en 90, ou S\u00e9bastien Benedetto aux percussions pour Rigoberta en 96. Et avec Bernard Lubat surtout mais plut\u00f4t pour la po\u00e9sie et autres textes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Des accessoires comme cha\u00eenes, tubes, fouets, balises, etc\u2026 Peuvent servir aussi d\u2019instruments de musique. Tout le monde en joue.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous utilisons beaucoup les petits instruments&nbsp;: pierre, claves et autres bois claqu\u00e9s, pipeaux, fl\u00fbtes de toutes sortes, tambourins divers, \u00e0 manche, basques, cloches, grelots, clochettes, moulins d\u2019enfants, cr\u00e9celles, harmonicas, raclette, r\u00e2pes, cuill\u00e8res, didj\u00e9ridus ou substituts de tubes en carton, guimbardes, tuyaux sonores \u00e0 faire tourner\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cet apport musical minimal joue un grand r\u00f4le, comme rythme ou comme m\u00e9lodie pour venir supporter, souligner, prolonger, perturber parfois, agr\u00e9menter \u2026 la musique des mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cet apport doit-\u00eatre absolument n\u00e9cessaire. Lorsque l\u2019adolescente de Fleur du B\u00e9ton se sert d\u2019un rythme enregistr\u00e9 sur un baladeur pour faire ses raps, on n\u2019imagine gu\u00e8re autre chose, sinon un ch\u0153ur de jeunes gens avec elle. Ce que nous avons r\u00e9alis\u00e9 une fois avec un stage de quatre jours. Le ch\u0153ur est notre avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis peu j\u2019ai d\u00e9couvert le chant qui sort du rythme que fait l\u2019acteur avec ses mains avec ses pieds avec son corps, avec \u00e0 peine une esquisse de m\u00e9lodie. Alors on sent vraiment chanter le personnage, du plus profond. Mais il faut pour ce faire, que les actrices et les acteurs se l\u00e2chent de toutes leurs mains. Il le faut. Malgr\u00e9 la peur, avec la peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Rigoberta, je me suis l\u00e2ch\u00e9, en me fondant sur le rythme donn\u00e9 par le percussionniste, je me suis lanc\u00e9 dans l\u2019improvisation dans\u00e9e et chant\u00e9e. Ca fait un effet dans l\u2019espace imaginaire \u00e9quivalent \u00e0 celui que produit l\u2019improvisation verbale sur le corps. Il faudrait reprendre cela, et d\u2019autres choses, mais quand&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>LUMIERISTE mon ami.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette page que je t\u2019adresse est d\u00e9dicac\u00e9e aussi aux quelques \u00e9clairagistes qui se sont vraiment mis \u00e0 notre service quand nous sommes arriv\u00e9s chez eux et qui nous ont vraiment aid\u00e9s dans notre mis\u00e8re au cours de toutes ces ann\u00e9es. Car les plus comp\u00e9tents sont les plus serviables.<\/p>\n\n\n\n<p>Et d\u2019abord un bon lumi\u00e9riste sait que les gens qui arrivent chez lui ne viennent pas pour l\u2019emb\u00eater et lui causer du tort, mais pour y faire simplement leur travail pour lequel ils ont besoin de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi toi pour suivre leur exemple, ne cherche pas d\u2019abord \u00e0 imposer ton autorit\u00e9, ni \u00e0 prouver ton originalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Oublie tout ce que tu crois \u00eatre certain. N\u2019\u00e9tale pas des trucs des manies que tu consid\u00e8res peut-\u00eatre \u00e0 tort comme des connaissances et des certitudes, parce que tu es chez toi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne consid\u00e8re pas le jeu d\u2019orgues comme ton animal personnel de compagnie, mais comme un outil de travail. A une \u00e9poque en certains lieux on ne pouvait pas y poser un doigt. Mais je crois que \u00e7a change un peu. Heureusement&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>Ecoute de qu\u2019on te dit du spectacle et ce qu\u2019on d\u00e9sire obtenir. Demande des pr\u00e9cisions sur ces r\u00e9sultats qu\u2019on attend et met ensuite tout ton savoir toute ta science toute ton intelligence toute ta sensibilit\u00e9 toute ton imagination pour trouver les solutions les plus simples et les plus \u00e9l\u00e9gantes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en te pliant aux exigences du spectacle, en essayant de r\u00e9aliser au plus pr\u00e8s ce qu\u2019on te demande que tu feras \u0153uvre de cr\u00e9ateur, non en imposant \u00ab\u00a0tes id\u00e9es&nbsp;\u00ab\u00a0. Car sans que tu t&nbsp;\u2018en doutes, tes id\u00e9es risquent de n\u2019\u00eatre souvent que les clich\u00e9s \u00e0 la mode du jour, qui nous font tellement de mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Je connais bien des lumi\u00e8res, des mani\u00e8res d\u2019\u00e9clairer, qui nous maintiennent dans une obscurit\u00e9 pesante.<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t n\u2019utiliser qu\u2019un seul projecteur si tu n\u2019as que tr\u00e8s peu de moyens, que d\u2019essayer de singer les lumi\u00e8res en vogue, suspectes justement parce qu\u2019elles sont en vogue. La m\u00e9diocrit\u00e9 dominante.<\/p>\n\n\n\n<p>Essaie de lire les lumi\u00e8res d\u2019un spectacle comme si c\u2019\u00e9taient des \u00e9critures et tu comprendras qu\u2019elles en disent beaucoup plus que ce qu\u2019on peut penser d\u2019abord. Il y en a m\u00eame qui disent le contraire exact de ce que disent le texte et la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant si ce qu\u2019elles disent te convient parfaitement, va dans leur sens. Sinon, fais autre chose. De toute fa\u00e7on&nbsp;: pense un peu.<\/p>\n\n\n\n<p>Si des lumi\u00e8res sauvent un spectacle, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y avait pas grand chose \u00e0 sauver.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant le spectacle prends de bonnes habitudes&nbsp;: ne discute pas, ne fume pas, ne bois pas de bi\u00e8re, ne t\u2019\u00e9clipse pas \u00e0 la moindre occasion. Sois l\u00e0 compl\u00e8tement. Ou alors disparais.<\/p>\n\n\n\n<p>Si tu ne te juges pas absolument n\u00e9cessaire, qui le fera&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf pour un moment tr\u00e8s court, choisis d\u2019\u00e9clairer l\u2019acteur plut\u00f4t que le mur. M\u00eame si cet effet te para\u00eet porteur de beaucoup de sens, et de d\u00e9veloppements infinis, sache qu\u2019il peut aussi provoquer des maux de t\u00eate. On veut voir et entendre, simplement&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as un grand r\u00f4le \u00e0 jouer&nbsp;: donner \u00e0 voir, cr\u00e9er des ambiances, des univers, signaler des lieux, des personnes, des \u00e9poques, des temps, d\u00e9voiler, trouer soudain la nuit, la faire tomber de mille mani\u00e8res, faire danser les lumi\u00e8res, etc\u2026 Ne g\u00e2che pas ce grand r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>En mati\u00e8re de son, il n\u2019y a gu\u00e8re mieux que la voix sans appr\u00eat, toute nue toute seule. En mati\u00e8res de lumi\u00e8res, vive la lumi\u00e8re du jour, du sud bien s\u00fbr, \u00e0 midi en hiver, en peu plus tard en \u00e9t\u00e9, pour \u00e9clairer nos jeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Un soir j\u2019en ai entendu un faire une conf\u00e9rence sur les \u00e9clairages sans parler du soleil. Etonnant n\u2019est ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>14.04.96<\/p>\n\n\n\n<p>SONORISTE mon fils.<\/p>\n\n\n\n<p>Je veux te donner quelques conseils utiles afin que tu fasses bien ton m\u00e9tier, \u00e0 la satisfaction g\u00e9n\u00e9rale. Je mets tout \u00e7a \u00e0 la suite car il est difficile d\u2019\u00e9tablir une hi\u00e9rarchie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je commencerais cependant par une opinion inadmissible par tes futurs confr\u00e8res. La voici&nbsp;: ce n\u2019est pas le mat\u00e9riel qui fait la qualit\u00e9, qui fait la diff\u00e9rence, quoi qu\u2019on en dise, c\u2019est l\u2019homme. Il faut l\u2019admettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Rentre dans cette corporation par la comp\u00e9tence, et non part l\u2019apparence. N\u2019endosse pas un uniforme de commando. Il n\u2018y a pas de d\u00e9monstration de force \u00e0 faire. Il n\u2019y a rien \u00e0 conqu\u00e9rir, rien \u00e0 imposer. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 faire ou\u00efr, qu\u2019\u00e0 faire aimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Abstiens-toi de bi\u00e8re, de tabac blond\u2026et brun, et toute autre dope. Aucun de ces produits ne contribue au g\u00e9nie. L\u2019eau par contre favorise grandement l\u2019inspiration. Tu peux en consommer des quantit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9fie-toi des modes sur les marques, sur les types de mat\u00e9riels, sur les prises, broches, fiches, c\u00e2bles et autres connections, sur les gadgets, sur les effets sp\u00e9ciaux. Les modes passent mais les probl\u00e8mes restent. Et j\u2019en ai vu de tr\u00e8s bien r\u00e9solus avec des mat\u00e9riels d\u00e9mod\u00e9s par des bonhommes hors d\u2019\u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9fie-toi du clinquant, du tape \u00e0 l\u2019\u0153il, du superflu. Ne frime pas. N\u2019essaie pas d\u2019\u00e9pater la galerie. Fais ton travail avec tes oreilles, ta sensibilit\u00e9, ta raison, ton intelligence et surtout le respect des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne cherche pas \u00e0 avoir raison tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence pendant le travail est meilleur pour la pr\u00e9paration du son que ses sempiternelles musiques d\u2019autoroute qui envahissent les espaces comme si certains avaient peur de s\u2019entendre penser. Car malgr\u00e9 tout ils pensent.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fait, y-a-t-il besoin d\u2019une telle puissance sonore pour ce travail&nbsp;? Tu crois&nbsp;? un peu de marge en plus, oui mais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Selon comment tu disposes les haut-parleurs, le r\u00e9sultat varie. Selon comment tu emploies les micros aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi selon ce que devra faire l\u2019acteur (car j\u2019esp\u00e8re que tu sortiras un peu de ces circuits horriblement acad\u00e9miques du classique, du jazz, du rock, du rap\u2026 pour agir dans d\u2019autres secteurs), selon donc ce qu\u2019il devra faire, il parlera dans un micro pos\u00e9 devant lui sir un pied, ou qu\u2019il tiendra \u00e0 la main avec ou sans fil, ou qu\u2019il portera en HF sur la poitrine, ou encore qui sera suspendu au-dessus de lui, etc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Car en plus de la qualit\u00e9 du son \u00e0 obtenir, il faut savoir quelle est l\u2019image ainsi donn\u00e9e qui correspond le mieux \u00e0 ce qui doit \u00eatre diffus\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La sonorisation ne r\u00e9duit jamais l\u2019amplification. Il faut sortir du matraquage pour entrer dans le subtil. Et dans la dialectique.<\/p>\n\n\n\n<p>Et s\u2019il se trouve qu\u2019il n\u2019y ait pas besoin de micro, dis-le Voil\u00e0 le point le plus d\u00e9licat. Les micros isolent leur utilisateur. La liaison sociale change beaucoup. Prequ\u2019automatiquement l\u2019utilisateur se trouve branch\u00e9, au moins dans sa t\u00eate, sur le grand r\u00e9seau mondial de Big Brother. Il plonge dans les gargouillis du gros ventre comme dans une grotte profonde et s\u2019y croit \u00e0 l\u2019abri le malheureux. Et ceux qui se servent d\u2019un micro comme d\u2019une proth\u00e8se, surtout les politique, ce qu\u2019ils disent est-il fiable&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Toi je t\u2019en prie&nbsp;: n\u2019abrutis pas le monde, \u00e9coute-le.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dis-toi bien que ce n\u2019est pas parce que tu manipules le potentiom\u00e8tre que tu as raison.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en ai tellement rencontr\u00e9 qui manipulaient \u00e7a comme des armes \u00e0 feu. Et des tapis de bombes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je joins une feuille pour ton copain qui fait les lumi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>10.06.96<\/p>\n\n\n\n<p>INTELLIGENCES MANUELLES.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup d\u2019intellectuels ne mesurent malheureusement pas \u00e0 quel point les manuels, ceux qu\u2019on appelle des manuels, ont des intelligences tr\u00e8s performantes, d\u2019une finesse parfois beaucoup plus pointue que celles de beaucoup d\u2019intellectuels qui se prennent bien trop souvent pour des g\u00e9nies. Les \u00e9lectriciens, plombiers, menuisiers, ma\u00e7ons, m\u00e9caniciens, charpentiers, forgerons, chaudronniers, etc\u2026 quand ils font des cr\u00e9ations ou plus souvent quand ils font des r\u00e9parations sont confront\u00e9s \u00e0 des situations toujours diff\u00e9rentes les unes des autres. Car aucune r\u00e9paration ne ressemble \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ils sont oblig\u00e9s de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes qui se posent \u00e0 partir du cas devant lequel ils se trouvent. Ils ne sont pas l\u00e0 pour imprimer leur marque sur la chose mais pour la r\u00e9parer, la rendre \u00e0 elle-m\u00eame, sans la transformer. Ils n\u2019ont rien d\u2019un enseignant qui veut \u00e0 tout prix inculquer des notions \u00e9trang\u00e8res \u00e0 un \u00e9l\u00e8ve. Et combien d\u2019autres&nbsp;: bureaucrates, ing\u00e9nieurs, etc\u2026 et architectes m\u00eames n\u2019ont aucune notion des lois de la mati\u00e8re sinon de fa\u00e7on th\u00e9orique et livresque, et ne r\u00eavent que de la plier \u00e0 leur volont\u00e9. Sans la conna\u00eetre dans ses profondeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019immenses sommes de connaissances sont transmises oralement ans aucun support mat\u00e9riel. Mais \u00e7a ne fait pas partie de l\u2019\u00e9crit donc \u00e7a n\u2019existe tout simplement pas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les manuels travaillent, con\u00e7oivent presque toujours en volumes, dans l\u2019espace. Leur repr\u00e9sentation du monde est trois dimensions et ce qu\u2019ils produisent est en permanence mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du r\u00e9el. Les effets sont imm\u00e9diats&nbsp;! Pour le paysan par contre les effets sont \u00e0 plus longue \u00e9ch\u00e9ance\u2026 D\u2019ailleurs le paysan qui travaille dans le temps travaille aussi beaucoup dans l\u2019espace. Et le plus souvent seul\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les manuels ont souvent beaucoup d\u2019humour, plut\u00f4t quand ils travaillent en ateliers. Il faudrait \u00e9tudier l\u2019influence de la solitude sur la conception du monde des artisans\u2026 et des paysans\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>P.S. Un acteur est aussi un travailleur manuel qui travaille en trois dimensions et m\u00eame en quatre.<\/p>\n\n\n\n<p>LA REDUCTION DE L&nbsp;\u2018ESPACE VITAL ET LE THEATRE-RESURRECTION.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant qu\u2019il est jeune l\u2019\u00eatre humain est au monde, compl\u00e8tement, sans limite et sans tabou. Il respire la joie. Il joue dans tous les coins et se rit de n\u2019importe quoi. Il va et sans retenue, il parle \u00e0 n\u2019importe qui dans la rue. Le monde entier est son espace.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu on va lui apprendre \u00e0 garder ses distances, \u00e0 ne plus parler \u00e0 personne, \u00e0 se m\u00e9fier. Ses jeux vont peu \u00e0 peu se d\u00e9rouler sur des terrains conformes toujours dans des lignes trac\u00e9es et selon des r\u00e8gles tr\u00e8s strictes. Ses d\u00e9placements vont se faire selon des horaires pr\u00e9cis, dans des couloirs, entre des barri\u00e8res, sur des chemins balis\u00e9s immuables. Et sur des distances de plus en plus courtes, avec l\u2019\u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, son espace va se r\u00e9tr\u00e9cir jusqu\u2019\u00e0 se r\u00e9duire aux dimensions d\u2019un cercueil. Car il est obligatoire \u00e0 sa mort de l\u2019enfermer dans un cercueil.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est alors une caisse de bois qu\u2019on va jeter aux flammes, aux eaux ou \u00e0 la terre. Et m\u00eame apr\u00e8s sa mort, si on l\u2019a enterr\u00e9, ses restes peuvent \u00eatre r\u00e9duits. On les m\u00e9langera \u00e0 d\u2019autres pour faire de la place dans le caveau de famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre qui r\u00e9incarne souvent les morts et qui les fait parler, est le seul art qui remette l\u2019\u00eatre humain dans l\u2019espace total \u00e0 n\u2019importe quel \u00e2ge de sa vie pass\u00e9e et lui redonne toutes les potentialit\u00e9s qu\u2019il avait \u00e0 sa naissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, on voit bien que le th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est vraiment la r\u00e9surrection. Dommage qu\u2019on ne ressuscite trop souvent que les m\u00eames, presque toujours les pires, les plus salauds, les plus beaux sp\u00e9cimens de la canaillerie humaine, les derniers des derniers&nbsp;! Cela pour ob\u00e9ir \u00e0 la promesse&nbsp;: les premiers seront les derniers et les derniers\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La question angoissante se pose alors de savoir si ces mod\u00e8les au n\u00e9gatif, qu\u2019on pourrait oublier tous en ch\u0153ur si on voulait, mais dont on semble avoir un \u00e9norme besoin social, ne seraient pas depuis l\u2019enfance les plus rebelles au r\u00e9tr\u00e9cissement pr\u00e9vu de l\u2019espace vital&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dim 07.07.96<\/p>\n\n\n\n<p>DES STARS DES STORES<\/p>\n\n\n\n<p>Hier les acteurs jouaient de pr\u00e9f\u00e9rences les chefs de gangs. Aujourd\u2019hui ils jouent tous un commissaire. Hier ils croyaient peut-\u00eatre \u00e0 la loi du plus fort. Ca leur plaisait de la faire triompher, d\u2019\u00eatres des malfaiteurs\u2026Eux qui se croyaient tous des loups de La Fontaine qui voient la trace d\u2019un collier et qui prennent leurs pattes \u00e0 leur cou&nbsp;! Ils ont fini par comprendre de quel c\u00f4t\u00e9 s\u2019exerce vraiment la loi du plus fort. Ils sont devenus des commissaires, autant dire des chiens de garde.<\/p>\n\n\n\n<p>Hier les spectateurs et t\u00e9l\u00e9spectateurs voulaient voir des hors-la-loi des malins, des robins des bois. Ils avaient besoin d\u2019aventures et de se faufiler dans des personnages plut\u00f4t sympas, m\u00eame fripouilles. Aujourd\u2019hui tous hors-la-loi, tous exclus peu \u00e0 peu et jet\u00e9s \u00e0 la rue. Ils ont un grand besoin de s\u00e9curit\u00e9. Ils veulent des commissaires \u00e0 domicile qui les prot\u00e8gent. Alors ils ont moins peur. Ils se sentent moins seuls moins vuln\u00e9rables. Ils ont toujours tort mais on n\u2019y peut rien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les commissaires sont sur toutes les cha\u00eenes. Navarro, Rocca, Maigret, Cabrol, Goupil, Mangin, Paparef, Moulin, Cordier, Massard. Je dois en oublier. Tant pis. Ils se portent tous bien. Ils ont engraisser dans le crime. Ils font retraite dans la loi. Ils frisent tous la perfection humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Neufs sur les dix sont des poids lourds, tr\u00e8s envelopp\u00e9s et bien franchouillards. Et jamais aucune distance dans le jeu. Oh oui je les connais. Je passe des heures en leur compagnie. Ils me foutent l\u2019angoisse terrible. Je me regarde p\u00e9ricliter en eux et me r\u00e9veiller chaque matin sous la forme d\u2019une \u00e9norme vermine.<\/p>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8rement Marcel Bigeard sur Radio Notre-Dame disait que sa devise avait \u00e9t\u00e9&nbsp;: Croire-Oser&nbsp;! qu\u2019elle \u00e9tait maintenant&nbsp;: Etre-Durer&nbsp;! Nous en sommes tous l\u00e0&nbsp;: Avec nos bons gros commissaires de la police. Derri\u00e8re nos portes blind\u00e9es tenir encore un peu avant d\u2019\u00eatre jet\u00e9s \u00e0 la poubelle. Nous en Province on n\u2019a gu\u00e8re de relations de haut niveau, on conna\u00eet surtout des intermittents de la R\u00e9gion qui vendent leur \u00e2me \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 pour jouer les petits flics de service dans les commissariats\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9cembre 94<\/p>\n\n\n\n<p>UNE NOUVELLE ETONNANTE.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est que le 11 octobre 1997 que nous avons appris de la bouche d\u2019Astor qu\u2019en 493 avant JC, les gouvernants d\u2019Ath\u00e8nes avaient interdit la pi\u00e8ce Phrynicos sur la prise de Milet et d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir aucun sujet d\u2019actualit\u00e9 ne pourrait \u00eatre trait\u00e9 par la trag\u00e9die.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019aujourd\u2019hui cette interdiction agit encore tr\u00e8s efficacement, non plus pour des raisons politiques mais pour des raisons esth\u00e9tiques, et de biens\u00e9ance&nbsp;! Etonnant&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Phrynicos sortit la trag\u00e9die du ch\u0153ur et inventa le principe du masque et du costume dont se servait l\u2019unique acteur. Eschyle inventa le deuxi\u00e8me acteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard les politiques interdirent m\u00eame le ch\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>LE GRAND ART EST DE PLAIRE.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019effort, le stress, l\u2019exc\u00e8s, la pratique du sport a quelque chose de facile, d\u2019apaisant de paisible&nbsp;! Il y a toujours quelqu\u2019un ou quelque chose \u00e0 battre&nbsp;: des concurrents, des adversaires, des dur\u00e9es, des distances\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet les enjeux, on conna\u00eet les limites. On sait clairement ce qu\u2019il y a \u00e0 faire, et le but \u00e0 atteindre. M\u00eame si c\u2019est tr\u00e8s dur, c\u2019est quand m\u00eame tr\u00e8s simple. Tu vois cette hauteur&nbsp;? Tu dois sauter plus haut&nbsp;! Tu vois cet adversaire&nbsp;? Tu dois le battre&nbsp;! Etc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les performances sont visibles, les r\u00e9sultats incontestables, et les records homologables. On \u00e9tablit le classement et on distribue les m\u00e9dailles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? Il n\u2019y a aucun crit\u00e8re, ni aucune limite, ni aucune r\u00e8gle&nbsp;! Il n\u2019y a aucun premier prix qui fasse l\u2019unanimit\u00e9. Un autre aurait pu l\u2019avoir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acteur alors, quel d\u00e9fi peut-il se lancer&nbsp;? Le grand art est de plaire&nbsp;! Comment&nbsp;? Jusqu\u2019ici on ne sait pas trop&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>JACQUELINE, BRIGITTE, MOI-MEME ET<\/p>\n\n\n\n<p>Au centre du plateau tout seul ou toute seule, l&rsquo;acteur l&rsquo;actrice comme la conque et le totem qui parlent, comme le pivot, le nerf m\u00eame, comme le pr\u00eatre hallucin\u00e9, le jeteur de foudre et de sorts et le paratonnerre \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;\u00e9pingle, peut-\u00eatre m\u00eame ainsi que le voulait Artaud comme un supplici\u00e9 qui fait des signes de l\u00e0-haut. Plus souvent d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;un proph\u00e8te et prof\u00e9rateur, c&rsquo;est un diseur d&rsquo;inepties il faut l&rsquo;admettre, car ils ont tous perdu la boule.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;acteur c&rsquo;est l&rsquo;actrice qui est au coeur de tout, de la temp\u00eate et de l&rsquo;inondation, de la bataille, de l&rsquo;\u00e9meute, de &lsquo;l&rsquo;incendie_ et qui, aveugl\u00e9 titubant d\u00e9m\u00e2t\u00e9, les prend malgr\u00e9 tout sur son dos et les porte en lieu s\u00fbr tous ces gens qui lui sont venus comme des fleurs de cataclysme, C&rsquo;est Saint-Christophe le passeur et beaucoup ne se rendent compte de rien des profondeurs qui les habitent. Ils rient ils pleurent.<\/p>\n\n\n\n<p>Et lui ou elle, il ne peut pas faire autrement que d\u2019\u00eatre l\u00e0 en qualit\u00e9 de personnage saisi, pris au pi\u00e8ge, coinc\u00e9 avec quelque chose dedans ou sur les bras ou sur la t\u00eate, tr\u00e8s visible et insupportable. Ca lui saute \u00e0 la face, \u00e7a lui surgit tout \u00e0 coup, \u00e7a sort de lui soudain, \u00e7a le p\u00e9trifie, \u00e7a le secoue fort, \u00e7a l&rsquo;agite. Il s&rsquo;en passerait bien de cela, l&rsquo;acteur l&rsquo;actrice, de servir de support alchimique \u00e0 quelqu&rsquo;un qui arrive d&rsquo;ailleurs. Mais il ne peut. Il doit.<\/p>\n\n\n\n<p>Et plus que c&rsquo;est affreux et plus que c&rsquo;est comique !<\/p>\n\n\n\n<p>La fameuse d\u00e9finition du n\u00f4 : Quelqu&rsquo;un est l\u00e0 quelqu&rsquo;un arrive, sous toutes ses formes possibles vous allez la voir avec nous. Ca arrive \u00e0 quelqu&rsquo;un oh oui! Ca lui arrive dedans ou \u00e7a lui arrive devant. Ca lui arrive, Alors le voyage commence avec Jacqueline, avec Brigitte, avec moi-m\u00eame et bien sur avec tous les autres, sur toutes les sc\u00e8nes du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>retour accueil<\/p>\n\n\n\n<p>suite<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto, Ecrits II<\/p>\n\n\n\n<p>textes s\u00e9lectionn\u00e9s et \u00ab\u00a0pos\u00e9s sur la toile\u00a0\u00bb (expression de l&rsquo;auteur) par lui m\u00eame \u00e0 partir de 1999<\/p>\n\n\n\n<p>JE NE SUIS PAS METTEUR EN SCENE<\/p>\n\n\n\n<p>On me classe souvent dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0Metteurs en sc\u00e8ne&nbsp;\u00ab\u00a0. J\u2019ai mis longtemps \u00e0 comprendre que c\u2019\u00e9tait dans une bonne et flatteuse intention. On veut ainsi me faire honneur, me semble t-il, me montrer qu\u2019on estime que je vaux quelque chose. Car \u00ab\u00a0Metteur en sc\u00e8ne&nbsp;\u00a0\u00bb \u00e7a pose quelqu\u2019un, je suppose.<\/p>\n\n\n\n<p>Ca renvoie au cin\u00e9ma et donc au monde entier, aux stars, etc\u2026 Ca situe un individu au meilleur rang de la soci\u00e9t\u00e9, beaucoup mieux que peintre ou po\u00e8te, parmi les nouveaux pr\u00eatres avec les scientifiques et les animateurs de t\u00e9l\u00e9. Mais moi fondamentalement je ne suis pas metteur en sc\u00e8ne, je suis auteur-acteur, ou bien dramaturge-po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes je monte des pi\u00e8ces avec des collaborateurs, avec lesquels, du plateau m\u00eame je coordonne plus ou moins la circulation des personnages dans l\u2019espace. Allant parfois regarder ce que \u00e7a donne de la salle. Mais c\u2019est surtout sur la sc\u00e8ne que \u00e7a se cherche, que \u00e7a se r\u00e8gle. Il y a belle lurette que je ne me suis plus amus\u00e9 \u00e0 tracer des itin\u00e9raires sur des feuilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Acteur parmi d\u2019autres actrices et acteurs, c\u2019est surtout leur travail qui m\u2019int\u00e9resse. Ils ne sont pas pour moi des pions qu\u2019on d\u00e9place dans un espace mais des explorateurs de l\u2019espace et du temps, des trafiquants de leur corps et de leur voix, les v\u00e9ritables cr\u00e9ateurs de th\u00e9\u00e2tre dans le moment ultime&nbsp;: la repr\u00e9sentation. C\u2019est l\u2019acteur qui produit l\u2019image, pas le metteur en sc\u00e8ne, lui qui donne les dimensions de ce qui se passe, tous les prolongements.<\/p>\n\n\n\n<p>Non-non ils ne sont pas en sc\u00e8ne pour incarner mes id\u00e9es ni pour r\u00e9aliser mes images, mais pour jouer avec mes personnages. Et pour cela il faut d\u2019abord qu\u2019ils soient au centre d\u2019eux-m\u00eames, et puis qu\u2019ils ne s\u2019\u00e9vadent pas dans le joli lyrisme cucul qui nous accable sur toutes les sc\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferme la phrase, ferme le sens pour ouvrir l\u2019imaginaire&nbsp;! Ne tiens pas le sens en suspens et les spectateurs en otage de tes intonations&nbsp;! Si l\u2019auteur \u00e9crit en vers, ne les transforme pas en prose. Que tes alexandrins conservent douze pieds. Tout doit faire image. Image apr\u00e8s image, sans aucune d\u00e9monstration d\u2019aucune sorte. Et puis respire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plateau on fait tout \u00e7a dans la pratique, dans la mati\u00e8re, en chair et en os dans le temps, comme \u00e7a vient. Et parfois c\u2019est tr\u00e8s long pour se faire comprendre. Et moi j\u2019ai plus confiance en eux qu\u2019ils n\u2019ont confiance en eux-m\u00eames car on leur a inculqu\u00e9 qu\u2019ils ne sont que des interpr\u00e8tes, les malheureux et ils le croient&nbsp;! De m\u00eame qu\u2019on a inculqu\u00e9 aux techniciens qu\u2019ils ne sont que des ex\u00e9cutants dociles. Et on voit le r\u00e9sultat de ce m\u00e9pris dans plus d\u2019un th\u00e9\u00e2tre. H\u00e9las&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>23.01.98<\/p>\n\n\n\n<p>APPLAUDISSEMENTS.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin des repr\u00e9sentations, on voit assez souvent pendant les applaudissements, quelqu\u2019un de la distribution qui montre de la main la r\u00e9gie, dans le but semble-t-il louable de faire partager les applaudissements aux techniciens sans lesquels, souvent, le spectacle ne pourrait se faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Personnellement je n\u2019ai jamais ainsi montr\u00e9 la r\u00e9gie non pas pour garder tout pour moi mais parce que je n\u2019ai rien \u00e0 partager. Ca leur fait plaisir d\u2019applaudir aux spectateurs. Moi sans enthousiasme mais avec le sourire, je me pr\u00eate \u00e0 ce jeu convenu du salut. Mais les applaudissements, je crois que ce ne sont pas des choses qu\u2019on me donne, \u00e0 moi et aux autres sur le plateau. Je n\u2019en dispose pas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les applaudissements \u00e0 la fin du spectacle sont un rituel et ne me concernent plus moi directement. Ah s\u2019ils intervenaient dans le cours de la repr\u00e9sentation, surtout quand je joue seul, l\u00e0 oui j\u2019appr\u00e9cierais les encouragements, les appr\u00e9ciations flatteuses, les exclamations \u00e9tonn\u00e9es. Comme pendant une \u00e9preuve sportive, j\u2019aimerais bien parfois entendre les bravos, vas-y, allez, c\u2019est bien, en avant, ouais&nbsp;! Ca me propulserait tr\u00e8s loin. Mais \u00e0 la fin, les jeux sont faits, \u00e7a ne sert plus \u00e0 rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils tapent des mains pour en finir tout simplement&nbsp;! J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ils chassent les d\u00e9mons, comme dit la vieille dame anonyme&nbsp;! C\u2019est tr\u00e8s juste, tout \u00e0 fait \u00e7a, elle a raison&nbsp;! Ce ne sont pas les acteurs et les actrices qui crient en tapant dans les mains&nbsp;: on ferme&nbsp;! Non&nbsp;! Mais les spectateurs, les spectatrices qui se d\u00e9cha\u00eenent comme s\u2019ils gueulaient&nbsp;: Assez&nbsp;! assez&nbsp;! assez&nbsp;! Et plus ils ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s, plus ils tapent&nbsp;! Comme s\u2019ils voulaient \u00e9chapper \u00e0 des pinces gluantes&nbsp;! Chassant les bestioles et apr\u00e8s ouf, sauv\u00e9s&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont renvoy\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre dans sa tani\u00e8re. Et c\u2019est qui, c\u2019est quoi le th\u00e9\u00e2tre, on ne sait pas&nbsp;! Nagu\u00e8re, il y avait un roulement suivi des trois coups pour annoncer une entr\u00e9e solennelle, celle du th\u00e9\u00e2tre bien s\u00fbr que personne ne sait ce que c\u2019est mais \u00e7a arrive au beau milieu et \u00e7a commence \u00e0 se d\u00e9velopper comme un cancer.<\/p>\n\n\n\n<p>Et bien s\u00fbr aussi \u00e0 la fin quand ce th\u00e9\u00e2tre n\u2019a montr\u00e9 que le bout de son nez, quand \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bon, ils n\u2019ont pas besoin de se d\u00e9carcasser pour le repousser. Il s\u2019en va presque de lui-m\u00eame et honteux&nbsp;! Ne se trompent-ils donc jamais les spectateurs&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ven 19.07.96<\/p>\n\n\n\n<p>RIGOBERTA SANS FILET.<\/p>\n\n\n\n<p>Hier soir \u00e0 cause d\u2019une trop longue et tr\u00e8s p\u00e9nible discussion avec un groupe de jeunes, petits bourgeois, destin\u00e9s para\u00eet-il \u00e0 la fonction d\u2019animateurs de banlieue peut-\u00eatre (il n\u2019y avait ni beur ni black&nbsp;!) et que Fleur du B\u00e9ton qu\u2019ils avaient bien aim\u00e9 avait tout de m\u00eame bien secou\u00e9s, je n\u2019ai pas pu faire mon filage ultra rapide de quarante minutes, et j\u2019ai jou\u00e9 Rigoberta sans aucune pr\u00e9paration. J\u2019ai m\u00eame oubli\u00e9 de me maquiller&nbsp;! C\u2019est incroyable et pourtant \u00e7a arrive.<\/p>\n\n\n\n<p>A quelque chose malheur est bon. Tout c\u2019est bien pass\u00e9 pour Rigoberta Met les Voiles, et sans l\u2019avoir d\u00e9cid\u00e9, j\u2019ai donc pass\u00e9 ainsi une \u00e9tape importante et seulement \u00e0 la 22 ou 23\u00e8me repr\u00e9sentation de cette pi\u00e8ce qui reste une grande \u00e9preuve physique et mentale, difficile \u00e0 analyser. C\u2019est tellement pire que pour Xerxes par exemple que \u00e7a ne me donne m\u00eame plus envie de dormir avant de jouer, comme \u00e7a me prenait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il va y avoir trente ans.<\/p>\n\n\n\n<p>A jouer simultan\u00e9ment les deux r\u00f4les de l\u2019homme et de la femme, je change de registre vocal et gestuel en permanence. Ce qui fait que je suis dans un \u00e9tat d\u2019incertitude, de non-fixation de quoi que ce soit, continuellement. Des possibilit\u00e9s nouvelles de jeux, des gestes, d\u2019intonations, de variations, de mouvements, de pas de danses, de notes et de vocalises ne cessent de me venir dans le corps et dans la bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis dans l\u2019inverse exact de Nous les Eureup\u00e9ens o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019improvisation verbale me contraignait, presque malgr\u00e9 moi \u00e0 un jeu assez bien d\u00e9fini confinant au par-c\u0153ur, et n\u2019autorisant au fond presqu\u2019aucune fantaisie, comme s\u2019il pouvait ne pas s\u2019en permettre, comme s\u2019il y avait risque que la fantaisie g\u00ean\u00e2t la cr\u00e9ation verbale. La tension cr\u00e9atrice de l\u2019improvisation produisant une esp\u00e8ce de t\u00e9tanie du corps qui pourrait aller jusqu\u2019\u00e0 la rigidit\u00e9 cadav\u00e9rique pour laisser passage total \u00e0 la voix seule&nbsp;! J\u2019exag\u00e8re&nbsp;! Et pourtant\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Oui avec Rigoberta Met les Voiles, c\u2019est l\u2019inverse, le texte s\u2019est fix\u00e9 peu \u00e0 peu, mais pas encore d\u00e9finitivement. J\u2019ai accumul\u00e9 les versions successives avec des variations souvent minimes. J\u2019approche peu \u00e0 peu le mot \u00e0 mot impeccable mais il se produit encore et toujours des distorsions \u00e0 cause des variations et des vibrations corporelles, vocales et buccales qui, elles, ne sont pas du tout fix\u00e9es. Et je constate que l\u2019interaction de l\u2019invention corporelle sur le texte est beaucoup plus importante que celle de l\u2019invention verbale sur le corps&nbsp;! C\u2019est ce qu\u2019il me semble pour le moment. Je suis en travail dans ce spectacle comme jamais encore avec aucun autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la reprise de cet \u00e9t\u00e9, S\u00e9bastien m\u2019accompagne au petit tam-tam pour les trois chants&nbsp;: le personnage sud-am\u00e9ricain de Rigoberta, le blues afro-am\u00e9ricain de la fille de la rue, le final maghr\u00e9bin de Leila, et bient\u00f4t pour un quatri\u00e8me, la farandole de la peur. Ces agr\u00e9ments rythmiques nouveaux enrichissent beaucoup le spectacle par des prolongements culturels issus d\u2019autres civilisations et introduisent ainsi des belles respirations.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toujours le risque que cette richesse d\u00e9velopp\u00e9e par le rythme ne limite ma propre expression chant\u00e9e. J\u2019ai ressentie ce risque avant-hier mais hier le sachant je me suis restitu\u00e9 convenablement dans la partition. De toutes mani\u00e8re je n\u2019\u00e9crirai pas de m\u00e9lodie d\u00e9finitive. Bien que cette certitude soit une gageure, il me para\u00eet n\u00e9cessaire de ne fixer aucun pas ni aucune note. Ca ne facilite peut-\u00eatre pas le succ\u00e8s imm\u00e9diat mais tant pis&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait dire aux spectateurs avant de commencer que m\u00eame s\u2019ils ne sont pas nombreux, cela n\u2019est pas grave, que l\u2019acteur et le musicien n\u2019en souffrent pas particuli\u00e8rement. Ils font leur travail et ils sont bien contents que quelques personnes viennent et leur permettent de le faire. Le nombre l\u00e0 ne fait rien \u00e0 l\u2019affaire. Le seul imp\u00e9ratif est que cela se fasse&nbsp;! S\u2019il ne le fallait pas imp\u00e9rativement, et je ne sais pas pourquoi, je m\u2019en passerais bien. J\u2019\u00e9cris cela en ce moment sous la seule emprise de la stup\u00e9faction.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais combien ce la peut para\u00eetre absurde mais je suis pr\u00eat \u00e0 jouer chaque soir quel que soit le nombre de gens dans la salle, et m\u00eame pour un seul s\u2019il ne s\u2019en trouve qu\u2019un seul \u00e0 venir. Qu\u2019un seul soit l\u00e0 et le th\u00e9\u00e2tre est sauv\u00e9. La rentabilit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre, de la fonction du th\u00e9\u00e2tre est assur\u00e9e. Parce que ce qu\u2019il faudrait prendre en compte, e sont tous les autres autour qui ne viendront jamais mais qui savent que \u00e7a se fait&nbsp;! Et que si le th\u00e9\u00e2tre se fait effectivement en chair et en os, grandeur nature, \u00e7a veut dire qu\u2019il se fera\u2026 sinon il meurt&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il y an dix, s\u2019il n\u2019y en a que dix comme on dit, et qu\u2019ils restent jusqu\u2019au bout, \u00e7a vaut mieux que s\u2019il y ne mille et qu\u2019il en part des dizaines et des dizaines, et des centaines, comme \u00e7a se voit ailleurs de plus en plus&nbsp;! Car les dix p\u00e8seront plus lourd que les mille. Comme disait le Duc de Rohan aux protestants en r\u00e9sistance contre les arm\u00e9es de Richelieu&nbsp;: trois r\u00e9solus valent mieux que trente \u00e9perdus&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Dim,14.07.96<\/p>\n\n\n\n<p>LE JOUR OU JE ME SUIS INSTALLE A LA PRESIDENCE.<\/p>\n\n\n\n<p>La gen\u00e8se de la pi\u00e8ce, les personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>En ces temps de crise, les rapports de l\u2019\u00e9lu et de l\u2019\u00e9lecteur, bien qu\u2019ils soient rest\u00e9s ce qu\u2019ils \u00e9taient sont en m\u00eame temps devenus de plus en plus ambigus et contradictoires. Aujourd\u2019hui, dans ce monde dit moderne, m\u00eame s\u2019il ne peut pas \u00eatre remis en question, le principe de repr\u00e9sentativit\u00e9 nous interroge&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le protagoniste, un \u00e9lu.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette pi\u00e8ce donc&nbsp;: le jour o\u00f9 je me suis install\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence, il ne s\u2019agit absolument pas de chercher un bouc \u00e9missaire, de d\u00e9signer un responsable unique, de porter \u00e0 la sc\u00e8ne un personnage particulier, de faire la caricature de tel ou tel de nos \u00e9lus pass\u00e9s ou pr\u00e9sents et de se d\u00e9fouler sur son dos. Pas du tout&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit plut\u00f4t de montrer un \u00e9lu, un homme en mouvement par rapport aux autres hommes et en l\u2019occurrence par rapport \u00e0 un seul homme qui les repr\u00e9sente tous, encore plus repr\u00e9sentatif peut-\u00eatre que le pr\u00e9sident lui-m\u00eame&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Quelqu&rsquo;un est l\u00e0, quelqu&rsquo;un arrive.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Pr\u00e9sident \u00e9lu par sa majorit\u00e9 repr\u00e9sente tout le pays. Il arrive au palais et tombe sur un Intendant qui est de son propre parti et qui d\u2019une certaine mani\u00e8re, du point de vue dramatique, va repr\u00e9senter tous les \u00e9lecteurs&nbsp;! Le Pr\u00e9sident \u00e9lu par tous se retrouve seul face \u00e0 un \u00e9lecteur, face \u00e0 un Intendant \u00e9lu par personne mais qui repr\u00e9sente tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre op\u00e8re le renversement absolu n\u00e9cessaire. Sur la sc\u00e8ne, sous nos yeux, le repr\u00e9sentant, l\u2019\u00e9lu se retrouve un simple individu, et le simple individu, l\u2019\u00e9lecteur, se retrouve repr\u00e9sentant de tous ses semblables et d\u2019abord des spectateurs. Mais cela qui m\u2019appara\u00eet si clairement aujourd\u2019hui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 si facile ni tr\u00e8s rapide \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la Pr\u00e9sidence, il fallait opposer un personnage qui soit \u00e0 la hauteur, mu par autre chose qu\u2019un int\u00e9r\u00eat tout personnel. Il a fini par appara\u00eetre. C\u2019est l\u2019Intendant en place au palais pr\u00e9sidentiel. L\u2019\u00e9lu \u00e9moulu arrive, tout neuf dans sa fonction. C\u2019est lui qui arrive. Et il va se trouver confront\u00e9 \u00e0 quelqu\u2019un qui est d\u00e9j\u00e0 sur place, qui accueille, qui a de l\u2019exp\u00e9rience. Il est la r\u00e9f\u00e9rence, le point fixe, le param\u00e8tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuteragoniste : un \u00e9lecteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au risque que la confrontation ne tourne court, il ne peut pas \u00eatre un ennemi, ni un adversaire, ni un opposant, ni m\u00eame un contestataire. Mais un partisan&nbsp;! Car s\u2019ils n\u2019ont rien de profond en commun ces deux-l\u00e0, o\u00f9 se situera le conflit digne d\u2019int\u00e9r\u00eat. Je suis en train de traduire l\u00e0 en clair une recherche qui se fait plut\u00f4t de mani\u00e8re empirique, tactile, tout un jeu d\u2019appr\u00e9ciations, de pes\u00e9es apparemment irrationnelles\u2026 Ce se sent plus que \u00e7a ne se r\u00e9duit rationnellement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Intendant sera donc du m\u00eame parti, ou de la m\u00eame sensibilit\u00e9 que le pr\u00e9sident, c\u2019est vraisemblable. Un personnage de la base, na\u00eff, cr\u00e9dule, croyant, respectueux, impressionn\u00e9, d\u00e9vou\u00e9, etc\u2026 comme nous tous. Son candidat a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu, il se sent lui aussi \u00e9lu, choisi par le destin. Peut-\u00eatre pas lui personnellement mais ses id\u00e9es et ses espoirs. Il incarne tout l\u2019\u00e9lectorat qui croit avoir gagn\u00e9, sans savoir exactement quoi, sinon la quasi certitude d\u2019un changement.<\/p>\n\n\n\n<p>Plein d\u2019illusions, extr\u00eamement banal, p\u00e9tri d\u2019honn\u00eatet\u00e9 et de d\u00e9votion, il va \u00eatre surpris, puis \u00e9tonn\u00e9, puis interloqu\u00e9, puis indign\u00e9, puis ulc\u00e9r\u00e9 par les paroles et les actes du Pr\u00e9sident qui n\u2019a d\u2019ailleurs rien d\u2019un monstre mais qui d\u00e9passe quelques bornes et provoque peu \u00e0 peu la grande d\u00e9ception, et puis la col\u00e8re finale de l\u2019Intendant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne cherchez pas le mod\u00e8le de ce pr\u00e9sident.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de la pi\u00e8ce est l\u00e0, dans cette confrontation, dans la tension progressive des rapports entre les deux personnages qui nous repr\u00e9sentent tous les deux, et qui nous sont tr\u00e8s proches. L\u2019un comme l\u2019\u00e9lu, l\u2019autre comme porte-parole informel&nbsp;; Deux personnages de fiction pure issus d\u2019une dure r\u00e9alit\u00e9. L\u2019Intendant est un anonyme. Le Pr\u00e9sident n\u2019a pas de mod\u00e8le officiel. Il y en a des dizaines et des centaines. S\u2019il n\u2019avait qu\u2019un seul mod\u00e8le, ce serait une caricature, ce ne serait qu\u2019un cas parmi d\u2019autres. Or ce n\u2019est pas un cas particulier, c\u2019est un mal g\u00e9n\u00e9ral, et plus r\u00e9pandu qu\u2019on ne croit\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Jeudi 3.07.97<\/p>\n\n\n\n<p>UNE CABANE DANS UNE IMMENSITE<\/p>\n\n\n\n<p>Note compl\u00e9mentaire sur le d\u00e9cor en g\u00e9n\u00e9ral et sur la vastitude en particulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant le projet de jouer \u00e0 la Cave-Po\u00e9sie de Toulouse, en espace assez r\u00e9duit, j\u2019ai dout\u00e9 de l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019y jouer Fleur du B\u00e9ton qui se passe dans un grand immeuble. Et j\u2019ai cherch\u00e9 un th\u00e8me \u00e0 peu de personnages, qui irait bien dans cette cave&nbsp;: un fou, un prisonnier, un mort dans une morgue, un traqu\u00e9, etc\u2026 Et puis je me suis souvenu que sous le titre de l\u2019Ermite, j\u2019avais pris il y a bien longtemps quelques notes pour une pi\u00e8ce avec deux personnages. \u2018est finalement ce th\u00e8me que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de traiter.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours d\u2019une randonn\u00e9e, une adolescente des banlieues, une sorte aussi de fleur du b\u00e9ton, tombe par hasard dur un type qui vient de fuir le monde et qui ne veut plus voir personne. Une esp\u00e8ce de ph\u00e9nom\u00e8ne pour cette jeune fille, \u00e9bahie par sa d\u00e9couverte&nbsp;! La sc\u00e8ne se passe dans un coin perdu&nbsp;: cabane&nbsp;; abri sous roche, grotte, ancien blockhaus, crypte, souterrain, vieilles ruines\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce \u00e9crite, Le Solitaire et la Curieuse, ou encore Tentatrice, bien qu\u2019elle soit assez bonne et amusante, il ne m\u2019a soudain plus paru convenable de la cr\u00e9er l\u00e0-bas, dans la Cave-Po\u00e9sie. Il m\u2019a sembl\u00e9 que l\u2019exigu\u00eft\u00e9 des lieux risquait de peser sur la pi\u00e8ce, de l\u2019\u00e9touffer et de la r\u00e9duire \u00e0 son sens le plus \u00e9triqu\u00e9, minable, mis\u00e9rable, et en somme&nbsp;: petit-bourgeois&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le solitaire souffre du monde entier, accablement existentiel qu\u2019il faut bien percevoir autrement que dans ses mots. De son cot\u00e9, l\u2019adolescente apporte tout un monde avec elle. Elle le r\u00e9-injecte dans ce trou noir, dans cette tombe. Et elle l\u2019illumine\u2026 Comment tout cela peut-il cohabiter entre quatre murs comme d\u2019une prison&nbsp;? Comment l\u2019enjeu peut-il appara\u00eetre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 mon h\u00e9sitation \u00e0 y jouer aussi Rigoberta. Une impasse dans une cave, un cul de sac, \u00e7a ne va pas. Dans un cul de sac, il vaut sans doute mieux repr\u00e9senter un grand carrefour et vice-versa.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au contraire, imaginons une minuscule cabane sur une immense sc\u00e8ne. Car en fait, nous avons toujours besoin de beaucoup d\u2019espace pour jouer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah oui une petite cabane sur une immense sc\u00e8ne&nbsp;! Ainsi ce fut un grand plaisir de jouer en espace r\u00e9duit, m\u00eame Acteur-Loup, sur la grande sc\u00e8ne de Vitry. Il suffit de d\u00e9limiter une aire de jeu au milieu de l\u2019immensit\u00e9 qui reste visible et qu\u2019on peut utiliser quand on veut.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me des dimensions sur grand plateau ne se pose que si on veut l\u2019occuper totalement, que si on veut en faire une sc\u00e8ne, un lieu complet dans son ensemble, tout l\u2019habiller, tout le transformer, comme \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra&nbsp;! Mais si on le prend simplement comme un plateau sur lequel on pr\u00e9sente un univers, vaste ou r\u00e9duit \u00e0 l\u2019aide de quelques \u00e9l\u00e9ments significatifs, il n\u2019y a plus de probl\u00e8me, au contraire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi donc il y a au milieu d\u2019une immensit\u00e9, une cabane, un coin de ruines, un replis minuscule. L\u2019adolescente vient de loin, voit cet objet, s\u2019approche, tr\u00e8s intrigu\u00e9e, l\u2019examine, en fait par ruse sortir le solitaire, l\u2019observe de loin et tourne autour de lui\u2026 Et sa situation se met en question tout de suite&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019inverse supposons que la sc\u00e8ne dans son ensemble repr\u00e9sente l\u2019abri du solitaire. Quelle soudaine r\u00e9duction de sens&nbsp;! Au lieu d\u2019une coquille perdue dans le monde, et pourquoi, on a une tentative de faire entrer plusieurs mondes dans une seule petite coquille. Tous les gestes tous les rapports sociaux paraissent d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9\u00e9tablis, et pesant.<\/p>\n\n\n\n<p>Non cette cave ne peut pas \u00eatre tout enti\u00e8re le refuge, l\u2019abri, la niche du solitaire. Par contre, si on oublie ce qu\u2019elle est et ses petites dimensions, elle peut contenir une niche, proportionn\u00e9e \u00e0 l\u2019espace total&nbsp;! Finalement je crois qu\u2019il vaut mieux y donner Fleur du B\u00e9ton. Tout se passe autour de quelques bo\u00eetes aux lettres, et tr\u00e8s \u00e9troitement en deux personnes. Les dimensions r\u00e9elles ne font rien \u00e0 l\u2019affaire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dim,16.06.96<\/p>\n\n\n\n<p>MOLIERE AU C\u0152UR.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah non ce n\u2019est pas une anthologie des belles grandes uniques inimitables sc\u00e8nes du plus grand homme de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah non ce n\u2019est pas une nouvelle vie passionn\u00e9e de M. Ses amours malheureuses ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec les d\u00e9vots et les m\u00e9decins.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah non ce n\u2019est pas une quelconque plaidoirie, une invocation \u00e0 l\u2019intercesseur, un appel \u00e0 Louis XIV, ou un banal transfert de personnalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une pi\u00e8ce originale oui. Et du point de vue de la sc\u00e8ne et du point de vue de l\u2019auteur que tout s\u2019ordonne. Il y a un homme au milieu de la sc\u00e8ne. On ne sait pas pourquoi. Il ne sait pas pourquoi. Il s\u2019y trouve. Il doit d\u2019y trouver. Il ne peut pas faire autrement que d\u2019\u00eatre l\u00e0. Et y \u00e9tant il doit attirer l\u2019attention la retenir. Et pour cela alimenter la sc\u00e8ne, dynamiser l\u2019espace, faire feu de tout bois pour alimenter la machine. Cette grande gueule ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Acteur-auteur a br\u00fbl\u00e9 sur les planches, s\u2019est consum\u00e9, s\u2019est consomm\u00e9. A t-il d\u00e9vers\u00e9 sa vie sur la sc\u00e8ne&nbsp;? Ce qu\u2019on sait ce qu\u2019il est s\u00fbr, c\u2019est que ses cr\u00e9ations se sont d\u00e9vers\u00e9es dans sa vie, vases communicants. Imbrications. Complications. Difficult\u00e9s. Souffrances et ne reculant devant rien s\u2019est trouv\u00e9 au pied du b\u00fbcher. L\u2019a \u00e9vit\u00e9. Ont fini par avoir sa peau. Trop tard quand m\u00eame. Avait tellement donn\u00e9 sur le th\u00e9\u00e2tre. Et nous rester l\u00e0 avec lui. Demeurer au c\u0153ur de l\u2019action et tentative de jeu de mots dans le titre avec le c\u0153ur travers\u00e9 par le th\u00e9\u00e2tre \u00e9videmment il faut voir Moli\u00e8re aucteur un mot seul mot qui dit tout n\u2019existe pas encore. Qui contient tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Un type se d\u00e9m\u00e8ne sur une sc\u00e8ne, petit insecte noir dans un champ de dorures. Bien des plans sont possibles. Bien d\u2019autres images. Se tenir \u00e0 cet axe \u00e0 cet axteur, au ras du plateau, avec lui de son point de vue. En prenant l\u2019itin\u00e9raire des r\u00f4les principaux qu\u2019il s\u2019est \u00e9crit pour lui-m\u00eame sur mesure.<\/p>\n\n\n\n<p>Seuls les spectateurs et les spectatrices pourront voir ce qui se d\u00e9gage\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la m\u00e9thode \u00e7a consiste \u00e0 tout lire et relire et tout conna\u00eetre. Quand on plonge et quand on replonge comme dans l\u2019oc\u00e9an c\u2019est le vertige. On se noie dans tant de beaut\u00e9s tant de richesses. Les id\u00e9es faites volent en \u00e9clats et en bulles. Plus rien ne reste. On coule dans l\u2019immensit\u00e9 insondable. On se trouve glissant au fond perdu au milieu des ces paysages perspectives \u00e0 l\u2019infini. On part \u00e0 la d\u00e9rive et puis on refait lentement surface.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors asphyxi\u00e9 ext\u00e9nu\u00e9 et ivre on fait la planche, on regarde le ciel et mollement berc\u00e9, ayant ressenti chaque vague connue chaque goutte d\u2019eau par son nom, rencontr\u00e9 chaque poisson, dialogu\u00e9 avec chaque algue, chant\u00e9 avec chaque oiseau, sommeill\u00e9 avec chaque r\u00eave, et jou\u00e9 avec chaque jeu du langage en travail, du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre, de la r\u00e9alit\u00e9 aux prises avec la fiction, alors oui tout s\u2019apaise on peut tout oublier et on refait tout de m\u00e9moire avec ce qui flotte dans l\u2019air depuis des si\u00e8cles et dans les eaux des souvenirs. On pousse hardiment l\u2019impr\u00e9vu. On laisse divaguer les imaginations.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le prochain num\u00e9ro le centi\u00e8me qui ne sera exp\u00e9di\u00e9 que sur commande, nous publierons le texte du spectacle Moli\u00e8re au C\u0153ur et avec la premi\u00e8re biographie de Lagrange et Vivot, quelques \u00e9tudes sur ces th\u00e8mes \u00e9voqu\u00e9s&nbsp;: le langage en travail, le th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre, l\u2019auto-c\u00e9l\u00e9bration en sc\u00e8ne, et m\u00eame la pr\u00e9sence de Moli\u00e8re \u00e0 Avignon que nous \u00e9voquerons spectaculairement dans les rues au d\u00e9but de mars.<\/p>\n\n\n\n<p>LA DANSE DES VIVANTS<\/p>\n\n\n\n<p>Comme quelques autres, nous avons \u00e9t\u00e9 durement frapp\u00e9s dans nos subventions au cours des trois derni\u00e8res ann\u00e9es. Et voil\u00e0 que nous sommes encore vivants! Ca co\u00fbte cher oh oui, de survivre aux mauvais traitements, mais \u00e7a r\u00e9conforte beaucoup de rester libre. En m\u00eame temps ce qui amuse c&rsquo;est que les plus riches ne font pas mieux en art, sauf en esbroufe. Et ce qui r\u00e9jouit surtout est de constater qu&rsquo;au moment o\u00f9 on veut nous faire dispara\u00eetre, voici que d&rsquo;autres ind\u00e9pendants, des jeunes troupes ne cessent pas de na\u00eetre et de s&rsquo;affirmer! Voir ce qui se fait dans le off&#8230; Ca r\u00e9siste beaucoup \u00e0 la loi du plus fort, du profit et du prix fort. Les normalisateurs n&rsquo;en finiront jamais. Ils en auront toujours encore un \u00e0 abattre et parfois m\u00eame devant son propre fils. Car malheureux, ils n&rsquo;arrivent pas \u00e0 contraindre et esclavager tout le monde. R\u00e9jouissons-nous en pensant \u00e0 cette victoire quotidienne que nous remportons sur le profit. Mettons-nous \u00e0 la place des nantis, des puissants, des ma\u00eetres du monde! Imaginons quelle sorte de rage froide ils peuvent avoir, eux qui ont tout, \u00e0 ne pas pouvoir clouer le bec \u00e0 tout le monde, \u00e0 ne pas pouvoir licencier encore plus plus, \u00e0 ne pas pouvoir tout nettoyer et racler jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os, et liquider tout le th\u00e9\u00e2tre! Il y a des r\u00e9sistants partout. Ils ne se connaissent pas et sans le savoir ils se tiennent par la main dans une immense solidarit\u00e9 contre le rouleau compresseur qui ouvre la marche au progr\u00e8s sur le corps de l&rsquo;humanit\u00e9. Tout acte de r\u00e9sistance si infime soit-il s&rsquo;inscrit dans cette grande r\u00e9sistance au jour le jour, et retarde l&rsquo;apocalypse qu&rsquo;on finira par arr\u00eater juste \u00e0 la derni\u00e8re seconde! On peut sans h\u00e9siter danser la danse des vivants et se marrer jusqu&rsquo;aux \u00e9toiles! Et se faire chaque matin un bal du 14 juillet \u00e0 la guimbarde et un feu d&rsquo;artifice avec des allumettes. C&rsquo;est la f\u00eate!<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto<\/p>\n\n\n\n<p>LE PARTAGE DE LA DOULEUR<\/p>\n\n\n\n<p>Quand quelqu&rsquo;un souffre et qu&rsquo;il g\u00e9mit, ses plaintes ont sans doute plusieurs fonctions. Elles sont un ensemble de messages lanc\u00e9s vers l&rsquo;ext\u00e9rieur: appel \u00e0 l&rsquo;aide, avertissement, signal de prudence et mise en garde, balise de d\u00e9tresse pour d\u00e9tection par les services de secours, signal sonore esp\u00e8ce de sonar pour autorep\u00e9rage par le malade de sa situation dans le monde, signe de reconnaissance en direction de la communaut\u00e9 des souffrants pour reconnaissance r\u00e9ciproque et solidarit\u00e9&#8230; Les plaintes sont aussi un ensemble de tentatives pour apaiser les douleurs par m\u00e9lop\u00e9e, psalmodie, bercement et recherche de l\u00e9thargie afin de transformer le lieu de ces douleurs en centre de diffusion de substances l\u00e9nitives, et peut \u00eatre un moyen de les \u00e9vacuer en partie \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du corps par l&rsquo;\u00e9mission d&rsquo;ondes sonores qui se glissent dans la respiration qu&rsquo;elles mettent ainsi en relief. Le souffle emporte des particules de souffrance&#8230; Dans ces annihilations et dans ces \u00e9vacuations des douleurs, il doit y avoir bien des r\u00e9actions chimiques subtiles et complexes, et encore inconnues, produites par ces plaintes et ces g\u00e9missements. Ainsi qu&rsquo;au cours de ces rencontres qu&rsquo;on pourrait appeler le partage de la douleur. Ils se jettent dans les bras les uns des autres et ils pleurent ensemble pour se d\u00e9lester de poids insupportables comme s&rsquo;ils se mangeaient r\u00e9ciproquement tous les noeuds qu&rsquo;ils ont dans la gorge&#8230; Il y a beaucoup de gens admirables qui pour partager la douleur viennent en aide \u00e0 leurs semblables de bien des mani\u00e8res et sans chercher ni r\u00e9compense ni gloriole, tr\u00e8s simplement, souvent dans la difficult\u00e9. Il y en a m\u00eame qui vont assister les mourants et leur tenir la main. Ils offrent \u00e0 un autre la possibilit\u00e9 de s&rsquo;accrocher \u00e0 quelqu&rsquo;un, \u00e0 un semblable et de s&rsquo;arracher \u00e0 la solitude ultime et au d\u00e9sespoir insondable. Et pour en tirer quoi? Pas autre chose que ce que tirent les \u00e9l\u00e9phants de la compassion qu&rsquo;ils expriment pour l&rsquo;un des leurs bless\u00e9. Une chose si simple et si fondamentale que les esprits retors qui croient tout conna\u00eetre du coeur humain, ne comprendront jamais&#8230; J&rsquo;admire tous ces gens dont d&rsquo;ailleurs on parle tr\u00e8s peu. Les m\u00e9dias font plut\u00f4t et m\u00eame de mani\u00e8re syst\u00e9matique, la chronique de la mort et de l&rsquo;horreur, de la comp\u00e9tition et du grand banditisme. Si on faisait un jour la chronique de la vie quotidienne, si on cr\u00e9ait la seule radio en continu d&rsquo;informations humaines, quel changement alors, quelle r\u00e9volution! Je pense que le th\u00e9\u00e2tre est comme ce cri de la douleur de l&rsquo;\u00eatre et comme cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9&#8230; tous ensemble&#8230; tous ensemble&#8230; Ouais?<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto 15 07 97<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que le th\u00e9\u00e2tre est comme ce cri de la douleur de l&rsquo;\u00eatre et comme cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9&#8230; tous ensemble&#8230; mais je me demande aussi s&rsquo;il ne serait pas pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;apprendre et de pratiquer le contact physique et r\u00e9el avec la souffance d&rsquo;autrui, avec la souffrance de celle et de celui qui sont, \u00e0 nu \u00e0 vif, r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;humain-m\u00eame qui est au coeur-m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Y A 40 ANS OU PRESQUE<\/p>\n\n\n\n<p>Ah non ce n&rsquo;\u00e9tait pas pareil! Les choses se transforment et changent&#8230; Evoluent-elles en mieux, en mal? Il y avait une troupe dans une ville. Et la ville jouait au foot contre la troupe. Aujourd&rsquo;hui dans la m\u00eame ville, peut-\u00eatre un peu diminu\u00e9e, il y a des centaines de troupes&#8230; En ce temps-l\u00e0, le th\u00e9\u00e2tre se voulait au service du public. Au-jourd&rsquo;hui on voudrait officiellement qu&rsquo;il f\u00fbt au service du public de th\u00e9\u00e2tre. La diff\u00e9rence est grande. On vous dit: occupez-vous de ce public-l\u00e0, tout le reste n&rsquo;est que vile animation. Il y a l\u00e0 mati\u00e8re \u00e0 d\u00e9bat, mais il n&rsquo;y a pas de d\u00e9bat. Bien des troupes et parmi les meilleures souffrent de ces jugements n\u00e9gatifs formul\u00e9s par des gens qui n&rsquo;ont jamais fait ni cr\u00e9ation ni animation, sinon ils sauraient dans leur esprit et dans leur chair qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de diff\u00e9rence. Il y a m\u00eame des troupes qui ne disent rien de leurs animations pour ne pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des minables! Dans cette soci\u00e9t\u00e9 on doit se cacher pour faire le bien, c&rsquo;est beaucoup dire mais quelle honte! Aujourd&rsquo;hui comme hier des spectateurs des spectatrices se faufilent dans le noir. Hier c&rsquo;\u00e9tait les retardataires \u00e0 qui on faisait atten-dre le premier noir pour leur entrouvrir les portes et qui fon\u00e7aient pour trouver leur place ou une place. Aujourd&rsquo;hui \u00e7a fonce pareil. C&rsquo;est les \u00e9pouvant\u00e9s par le spectacle qui fuient \u00e0 toute vitesse. Ca circule en sens inverse. On en trouverait beaucoup qui ont ainsi chang\u00e9 le sens de leur circulation avec le temps! Faut-il regretter cette \u00e9poque? Oh non! Y a aucun regret \u00e0 avoir! C&rsquo;est le pass\u00e9! Et nous sommes dans le pr\u00e9sent. Peut-\u00eatre n&rsquo;y-a-t-il que quelques le\u00e7ons \u00e0 tirer? Mais au fond celles et ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 tirer ces le\u00e7ons, ils sont d\u00e9j\u00e0 tellement dans la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne qu&rsquo;ils en savent d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Et d&rsquo;abord ils savent que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs se bagarraient comme eux au jour le jour, non pas pour appliquer quel-ques recettes d\u00e9rob\u00e9es \u00e0 quelques alchimistes, non pas pour sauver le monde, mais seulement pour faire partager du bonheur, et surtout pour essayer de se d\u00e9gager des id\u00e9es re\u00e7ues, des clich\u00e9s, des vilainies&#8230; Utopistes peut-\u00eatre mais pas idiots! Et m\u00eame sans illusion!<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 BENEDETTO Mar 16 07 96<\/p>\n\n\n\n<p>MACBETH FAIT COMME UN RAT SANS UNE SEULE PAUSE JUSQU&rsquo;A LA MORT<\/p>\n\n\n\n<p>Macbeth \u00e7a file \u00e0 toute blinde, et vitesse-folie . Ca s&rsquo;arr\u00eate pas un instant pour respirer pour s&rsquo;\u00e9couter pour prendre des temps lourds de signification. La signification c&rsquo;est qu&rsquo;ils ont mis le doigt dans l&rsquo;engrenage et \u00e7a va de plus en plus vite pr\u00e9cipi-t\u00e9s au gouffre ils sont. Ca les d\u00e9passe. Il courent derri\u00e8re leur destin. Lui Macbeth et elle qui pousse. Il apprend sa promotion on la confirme. Il galope \u00e0 la maison le roi arrive il le tue. Il tue les gardes il devient roi. Il tue Banquo t\u00e9moin g\u00eanant. Il ne peut pas faire autrement. Faut d\u00e9gager la route \u00e9liminer les preuves. Il tue Lady Macduff et ses enfants et bien d&rsquo;autres encore et encore plus on sait pas tout mais il ne peut r\u00e9gler le compte. A pas le temps de s&rsquo;arr\u00eater Macbeth et de se poser des questions il faut prendre des d\u00e9cisions et vite et encore plus vite toujours. Pas du tout la grandeur tragique avec la grosse voix impressionnante et le souffle de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e, c&rsquo;est du nervosisme de petite cat\u00e9gorie, du raisonnement d&rsquo;alcoolo, de la spasmophilie infantile. Y a du grand c&rsquo;est vrai du tr\u00e8s grand texte dans Shakespeare. Du texte de clodo sur un coin de comptoir philosophant l&rsquo;horreur de vivre un peu comme Khayyam de Nishapur. Ca cavale \u00e0 toute pompe Juste le temps de respirer Pas le temps de l&rsquo;intonation Ni du temps bien senti File vite sans rien forcer Vite \u00e0 la fin sans savoir ce qui va arriver Il ne sait rien il va tr\u00e8s vite vers la fin pour conna\u00eetre le r\u00e9sultat des courses. D&rsquo;un coup alors il voit la fin il est en plein dedans on lui coupe la t\u00eate et il n&rsquo;a rien compris du pourquoi du comment cette injustice fondamentale dont il vient d&rsquo;\u00eatre la victime. Il pourrait dire: On m&rsquo;a vraiment pris pour un con. Et Don Juan c&rsquo;est pareil et Oedipe et tous les per-sonnages tragiques, ils sont pris aux oreilles et en deux temps trois mouvements sans une seule pause, cuits!<\/p>\n\n\n\n<p>INDIEN PROVOCATEUR UN BR\u00dbLOT A LA MAIN<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n&rsquo;avons pas tellement \u00e0 nous plaindre des critiques, sauf de ceux qui ne viennent pas nous voir, comme s&rsquo;ils avaient fait des choix d\u00e9finitifs. Ceux qui viennent par contre font leur travail. Ils \u00e9crivent souvent des bonnes choses. Une bonne chose c&rsquo;est une chose \u00e9crite qui ne trahit pas le spectacle, qui ne fait pas fuir le public sans raison, qui apporte des aper\u00e7us int\u00e9ressants, des points de vue sur nos travaux, sans forc\u00e9ment tartiner des louanges. Certes il peut arriver qu&rsquo;une bonne chose ait un mauvais effet. Par exemple je crains que le terme \u00ab\u00a0po\u00e9tique\u00a0\u00bb tombe comme une condamnation. Quant au mot \u00ab\u00a0dialectique\u00a0\u00bb, brrr! Je n&rsquo;ai jamais pol\u00e9miqu\u00e9 avec un journaliste, et je ne vais pas commenc\u00e9 aujourd&rsquo;hui avec qui que ce soit. Cependant je dois dire que je suis surpris de la persistance de certains clich\u00e9s dont je me sens victime. Le clich\u00e9 n&rsquo;exprime pas une opinion personnelle. Il reprend une id\u00e9e re\u00e7ue, une id\u00e9e qui semble aller de soi et il la ressert par mani\u00e8re de sous-entendu, de complicit\u00e9, de jeu. Il ne mesure pas \u00e0 quel point il enferme, gomme, cache, d\u00e9truit, alourdit, pervertit la compr\u00e9hension des oeuvres. Et peut-\u00eatre tient-il les spectateurs potentiels \u00e0 distance, et en respect! De ces clich\u00e9s il y en a des dizaines dans nos dossiers de presse. Sans remonter bien loin dans le pass\u00e9, au cours des derniers mois on en a vu repara\u00eetre plusieurs qui tendent \u00e0 me pr\u00e9senter comme un indien, ce qui connote folklore d\u00e9suet ou rebelle un peu obtus; ou comme un moraliste qu&rsquo;on n&rsquo;a gu\u00e8re envie d&rsquo;entendre. Souvent comme un militant, comme un type engag\u00e9 tandis que moi j&rsquo;essaie d&rsquo;agir comme un simple citoyen qui essaie de se d\u00e9gager de tous les clich\u00e9s, id\u00e9es faites, poncifs, dogmes et croyances qui nous \u00e9touffent. J&rsquo;ai m\u00eame appris au sujet de l&rsquo;invocation d&rsquo;un mort, que j&rsquo;avais \u00e9crit un br\u00fblot. Non non je ne pol\u00e9mique pas. J&rsquo;essaie de comprendre! Et qu&rsquo;y-a-t-il \u00e0 comprendre quand cette dame vient me proposer une collaboration future et qu&rsquo;elle s&rsquo;excuse de n&rsquo;\u00eatre gu\u00e8re venue jusqu&rsquo;ici chez nous parce que, dit-elle, mon esprit provocateur n&rsquo;est pas sa tasse de th\u00e9. Il y a de quoi tomber des nues: Provocateur! Je ne provoque jamais! Je dis sans \u00e9lever la voix, sans manifestation intempestive, sans d\u00e9claration, ni accusation, ni menace, je dis ce qui me parait juste et vrai. Alors je me demande quels visages p\u00e2les sont-ils? A quelles id\u00e9es douillettes se raccrochent-ils? De quoi ont-ils peur au fond, sans l&rsquo;avouer? D&rsquo;o\u00f9 croient-ils que je parle au lieu d&rsquo;\u00e9couter ce que je dis? Ne criez pas au g\u00e9nie mais ne g\u00eanez pas l&rsquo;\u00e9crit! andre benedetto 98 Apr\u00e8s Giordano Bruno j&rsquo;ai eu droit \u00e0 Benedetto l&rsquo;h\u00e9r\u00e9tique, \u00e0 Benedetto l&rsquo;iconoclaste<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;INVENTION D&rsquo;UN PAYS POUR LES MORTS UNE NECESSITE<\/p>\n\n\n\n<p>La mort de quelqu&rsquo;un. Il est mort. Il n&rsquo;est plus l\u00e0. Mais en fait il est encore l\u00e0 dans la maison, et en tout lieu dans la pens\u00e9e. Pr\u00e9sence insupportable \u00e0 la longue, sans doute. Schizophr\u00e9nie pour tout le monde. Comment gu\u00e9rir de ce mal? Il faut en finir avec ce qu&rsquo;il y a de trop survivant dans ce mort, de sous-vivant. Ce n&rsquo;est pas un sur-vivant mais un sous-vivant. Il est par l\u00e0, par dessous, tapi. Oui les morts sont des sous-vivants toujours pr\u00e9sents mais invisibles. Les vivants ont-ils un jour invent\u00e9 le lieu des morts pour vivre en paix? &#8211; O\u00f9 est-il? &#8211; Il est au ciel. &#8211; Il est au pays des chasses \u00e9ternelles. &#8211; Il est au Wallallah &#8211; Il est r\u00e9incarn\u00e9 dans un \u00eatre vivant &#8211; Etc&#8230; Les peuples ont invent\u00e9 chacun le pays de leurs morts pour s&rsquo;en d\u00e9barrasser, pour les \u00e9loigner du foyer, de la cit\u00e9, pour les tenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart et pour en finir avec la schizophr\u00e9nie. Malheureusement l&rsquo;\u00e9glise est venue faire commerce de cette n\u00e9cessit\u00e9. et ajouter par-dessus le march\u00e9, la notion d&rsquo;enfer et de paradis, sans doute occidentale et tr\u00e8s abominable! Comment a pu venir cette abomination: l&rsquo;invention d&rsquo;une \u00e9glise? Heureux les peuples qui ont des croyances, des cultes mais qui n&rsquo;ont pas d&rsquo;\u00e9glise! Je comprends l&rsquo;invention d&rsquo;un pays pour les morts: &#8211; ils ne sont jamais morts &#8211; donc ils sont encore l\u00e0 et c&rsquo;est insupportable &#8211; il faut les \u00e9loigner, les loger ailleurs, leur donner un pays&#8230; Alors bien s\u00fbr il leur arrive de revenir parmi nous, puisqu&rsquo;ils ne sont pas morts. Je notais ailleurs cette diff\u00e9rence culturelle: &#8211; En M\u00e9diterran\u00e9e, on va voir les morts pour les interroger comme des devins, &#8211; En Angleterre ils reviennent hanter les vivants comme une conscience morale. Au th\u00e9\u00e2tre l&rsquo;apparition d&rsquo;un mort va presque de soi et ne g\u00eane jamais personne sauf le personnage \u00e9ventuellement. Comme si on s&rsquo;attendait en permanence \u00e0 les voir appara\u00eetre. Comme si sur la sc\u00e8ne ils \u00e9taient m\u00eame plus vivants que les vivants. Car ils portent avec eux, purs esprits, le poids \u00e9crasant du d\u00e9finitif. Ils sont enfin achev\u00e9s. Dans les salles de th\u00e9\u00e2tre il y a de plus en plus de morts, dans la salle. Et sur la sc\u00e8ne la tendance \u00e0 jouer les vivants comme s&rsquo;ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 morts, achev\u00e9s et bourr\u00e9s de myst\u00e8res&#8230; Tout est mort. On est dans la mort. Secouons-nous. D 21.06.98.Londres-Marseille En finir avec P\u00e9tain par exemple! Le mettre o\u00f9? Vaste probl\u00e8me l&rsquo;oubli, la m\u00e9moire n\u00e9cessaire et la condamnation. Pas d&rsquo;autre solution sans doute que l&rsquo;\u00e9tude froide sans complaisance de ce que ces gens-l\u00e0 ont fait dans le pass\u00e9. Tout dire.<\/p>\n\n\n\n<p>MANIFESTE PER LO TEATRE D&rsquo;OC<\/p>\n\n\n\n<p>Avem una lenga n\u00f2stra que inventet la po\u00e8sia europenca una cultura tant rica que nos es venguda d&rsquo;en pertot un biais de jogar lo teatre&#8230; e lo cinema una tipologia de personatges tancats ailas desempu\u00e8i mai d&rsquo;un segle en riba de rota coma lei santons, e que bolengan plus Avem d&rsquo;escrivans ancians, autors d&rsquo;\u00f2bras magers, e mai de joves escrivans que sabon escriure d&rsquo;\u00f2bras b\u00e8las e b\u00f2nas Avem tot aqu\u00f2! E p\u00f2di dire qu&rsquo;ai vist d&rsquo;espectacles que son f\u00f2r\u00e7a b\u00f2ns. Mai la situacion actuala dau teatre fa crenta e la devem cambiar un pauc. Per aqu\u00f2 vaqui \u00e7\u00f2 que me pensi que devem faire: 1. Jitar f\u00f2ra la scena toteis aquelei dec\u00f2rs laids, lords e encombrants: telas, taulas, cadieras, cosinieras, arm\u00e0ris e bufets&#8230; Gar\u00e7atz tot aqu\u00f2 def\u00f2ra que ne&rsquo;n avem ges de besonh. Nos cau servar una scena vueja e nusa. Un plateu e basta! 2. Prendre la lenga coma una lenga vertadiera, f\u00f2rta, poderosa, rica que p\u00f2t tot dire a totei sus la terra sensa ges de besonh d&rsquo;assajar de se faire comprendre dei solets franchimands, sens aquela man\u00eda de revirar tot en frances \u00f2 d&rsquo;escriure lo proensau amb la fonetica francesa. La lenga es pas un sota-franc\u00e8s, un pat\u00e8s. Es una lenga coma una autra. Es pas simpletament un suplement d&rsquo;anma per lo paure proensau. La lenga es pas soncament facha per lo pantais, la galejada, la farsejada, lo desconatge, la mantenen\u00e7a de sabem pas de qu\u00e9, la politica estrecha&#8230; Devem quitar tot aqu\u00f2 que son d&rsquo;entrepachas au desvolopament n\u00f2stre. La lenga es facha per la vida, per la comunicacion, per dire lo mond e lo cambiar, per dire la femna e l&rsquo;\u00f2me e per leis adjudar a viure e per que se podon dire elei-meteis tot \u00e7\u00f2 que an dins lo c\u00f2s e dins l&rsquo;anma. Devem auborar lo niveu de la lenga e lo biais de la dire sus lo pontin. E per aqu\u00f2 leis amators devon trabalhar coma lei professionaus e mai e mielhs encara. 3. Durbir lei p\u00f2rtas e lei fenestras sus lo mond d&rsquo;ara, aici e aila, e sus lei f\u00f2rmas n\u00f2vas de la creacion. E jogar tanben def\u00f2ra, dins lei carrieras. Mandar d&rsquo;invitacions en totei aquelei que fan lo teatre, que sabem jamai \u00e7\u00f2 que se j\u00f2ga en c\u00f2 nostre, dins la lenga. Organizar d&rsquo;acampadas mai nombrosas per manejar aquela situacion d&rsquo;ara. De segur qu&rsquo;avem de se parlar e de veire ensems \u00e7\u00f2 qu&rsquo;es possible de faire. Per acabar vaqui lo mement\u00f2: 1. La scena vueja 2. La lenga plena 3. Lo fenestron dubert.<\/p>\n\n\n\n<p>Andrieu Benedetto<\/p>\n\n\n\n<p>AS YOU LIKE IT DE SHAKESPEARE AU GLOBE LE 19 JUIN 1998<\/p>\n\n\n\n<p>Une repr\u00e9sentation dans le Globe reconstitu\u00e9 renouvelle compl\u00e8tement la vision, la connaisssance de Shakespeare. On sort soudain du litt\u00e9raire. C&rsquo;est pas tr\u00e8s grand, assez banal au fond, ordinaire, quotidien, en bois: un grand th\u00e9\u00e2tre intime, simple. Ca joue partout, dans cet univers clos. Ca entre \u00e7a sort du fond de la sc\u00e8ne par trois grandes portes au-dessus desquelles se trouve une galerie, ou de la face et par la salle des 4 entr\u00e9es du parterre et \u00e7a monte alors sur la sc\u00e8ne par un escalier tout le long de la face. Ca \u00e9carte le public debout pour passer, ou pour se battre, ou pour jouer musique, toute en direct avec quelques instrumentistes. Ca prend sans cesse \u00e0 t\u00e9moin, en quelque sorte, des spectateurs tr\u00e8s pr\u00e9sents. L&rsquo;histoire tout \u00e0 coup se joue se fait se fabrique se cr\u00e9e l\u00e0-m\u00eame avec ces gens-l\u00e0, tels qu&rsquo;ils sont. Le monde est une sc\u00e8ne. Tout joue, se joue, prend \u00e0 t\u00e9moin, prend \u00e0 parti. Aucune gravit\u00e9 aucune pr\u00e9tention aucune frime. C&rsquo;est sans tralala, pauvre, suant et soufflant, sans fard, d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 palpable, imm\u00e9diate, \u00e7a sort de l&rsquo;humanit\u00e9 ordinaire, loin des mannequins et des revues de mode. Ca se passe l\u00e0 et nulle part ailleurs. Ca joue aussi bien de dos au public, derri\u00e8re les deux gros piliers qui soutiennent le to\u00eet de la sc\u00e8ne, comme \u00e7a vient, sans chercher \u00e0 faire du th\u00e9\u00e2tre en rond, aucune importance&#8230; Des \u00ab\u00a0oiseaux\u00a0\u00bb font le tour des galeries, par derri\u00e8re le public, avec des appeaux. Les longues tirades ne sont pas longues puisque \u00e7a parle dans la rue, sur la place. Il n&rsquo;y a plus le vulgaire et le distingu\u00e9, il y a des personnages qui s&rsquo;expriment chacun avec son langage, et devant toutes et tous. On est dans l&rsquo;\u00e9vidence de la diversit\u00e9, de la pluralit\u00e9. Je n&rsquo;aurais jamais imagin\u00e9 une chose pareille, il n&rsquo; y aucun probl\u00e8me de texte, du genre de ceux que les professeurs et ex\u00e9g\u00e8tes aiment \u00e0 se poser. A l&rsquo;orchestre, au parterre, si les spectateurs restent debout aussi longtemps, c&rsquo;est que \u00e7a joue partout devant eux, autour d&rsquo;eux et au milieu d&rsquo;eux, c&rsquo;est qu&rsquo;on les bouscule, qu&rsquo;on les met dans leur situation de badauds de place publique et de foire. Et ceux qui parlent sont comme eux, car il y en a de toute sorte. S&rsquo;il n&rsquo;y a que des assis dans un th\u00e9\u00e2tre, je comprends maintenant que \u00e7a ne fonctionne pas \u00e0 fond. Il manque quelque chose: l&rsquo;occupation r\u00e9elle d&rsquo;un m\u00eame espace de jeu, ensemble. Le fou de cour, le d\u00e9conneur de bistrot, le rigolo de fond de classe ou d&rsquo;atelier, ne peuvent pas \u00eatre per\u00e7us pleinement par des assis en rangs d&rsquo;ognons. Il n&rsquo;y a pas de quatri\u00e8me mur. Il n&rsquo;y a m\u00eame aucun mur du tout. Le th\u00e9\u00e2tre c&rsquo;est ce qui vient \u00e0 la conscience, ce qui a le besoin de venir \u00e0 la conscience du monde et de se manifester aux yeux de tous. Ils arrivent de n&rsquo;importe o\u00f9, ils disent ce qu&rsquo;ils ont \u00e0 dire, ils font ce qu&rsquo;ils ont \u00e0 faire et puis ils disparaissent dans le monde, dans nous. Ca se passe au milieu du monde en train de vivre, avec les bruits ext\u00e9rieurs, des avions des h\u00e9licopt\u00e8res dans le ciel, des travaux au loin, les rumeurs de la ville, c&rsquo;est le monde, le soleil ou les nuages comme \u00e7a vient. Ici \u00e7a se passe dans le cercle, entre nous, en plein air et \u00e0 l&rsquo;abri. Ca vit \u00e7a bouge. Voil\u00e0 l&rsquo;accomplissement du th\u00e9\u00e2tre, j&rsquo;allais dire du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;italienne, mais non tout simplement du th\u00e9\u00e2tre pour tous devant tous parmi tous. Je peux me lever, aller-venir en bas au milieu du public debout. Ca ne change rien \u00e0 l&rsquo;histoire, au d\u00e9roulement. Il n&rsquo;y a vraiment l\u00e0 que des individus pris \u00e0 t\u00e9moin de ce qui se passe. On sent m\u00eame bien dans ces conditions de repr\u00e9sentation que chaque individu du public est en puissance un personnage de th\u00e9\u00e2tre pr\u00eat \u00e0 entrer en jeu et en attendant ils regardent ils \u00e9coutent ils vivent \u00e0 leur rythme. Des \u00e9coliers ont leur bouteille d&rsquo;eau ou de soda, ils mangent des glaces qu&rsquo;ils sont all\u00e9s acheter dehors, dans le hall ou sur la place. Il suffit de se d\u00e9placer avec son billet. Je sors un moment, \u00e7a suit son cours, \u00e7a ne m&rsquo;attend pas. Aucune contrainte, aucun sacr\u00e9: on n&rsquo;est plus \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, enfin! Curieux que ce soit sous ces latitudes que ce th\u00e9\u00e2tre de plein-air ait vu le jour, c&rsquo;est le cas de le dire! Voir le jour! Si on n&rsquo;y est pas dedans, dans cet espace, on ne peut pas imaginer comment \u00e7a fonctionne, comment le texte fonctionne, et ce que c&rsquo;est que le th\u00e9\u00e2tre. Usher veut dire huissier, ouvreuse. Sur une sorte de chasuble, d&rsquo;\u00e9tole, elles portent par devant \u00ab\u00a0Globe\u00a0\u00bb et par derri\u00e8re \u00ab\u00a0Usher\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai compris aujourd&rsquo;hui ce que voulait dire ouvreuse! Elles sont aux entr\u00e9es et elles ouvrent les portes, en permanence. Il n&rsquo;y a pas n\u00e9cessit\u00e9 de donner l&rsquo;illusion d&rsquo;un lieu. Un seul objet peut sugg\u00e9rer l&rsquo;univers dans lequel \u00e7a se passe, sans insister sans alourdir, car \u00e7a se passe d&rsquo;abord l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a se joue. Le personnage est le lieu-m\u00eame, le lieu de l&rsquo;action de son jeu. Le lieu du je est le lieu du jeu. Simplement. Pas de d\u00e9cor. Le happy-end est \u00e9vident, sur les trois fr\u00e8res il y en a un de noir et tout le monde accepte \u00e7a sans probl\u00e8me. Et pourquoi \u00e7a en poserait? Il est un des fr\u00e8res. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 d&rsquo;entendre dire qu&rsquo;au parterre jadis, les gens \u00e9taient debout, que \u00e7a bouffait, que \u00e7a r\u00f4tait, que \u00e7a p\u00e9tait, que \u00e7a jouait aux cartes, etc&#8230; Pour avoir v\u00e9cu cette exp\u00e9rience au Globe, sans pet ni r\u00f4t quand m\u00eame, je crois que cette description est compl\u00e8tement fausse. Peut-\u00eatre que parfois les choses se passaient ainsi, mais dans un contexte de jeu, de vie, de monde en mouvement, et si un type p\u00e9tait, sans doute le faisait-il au bon moment pour ponctuer une r\u00e9plique qui le m\u00e9ritait, dans l&rsquo;approbation g\u00e9n\u00e9rale. Car tout le monde est pris par le jeu. La dialectique de l&rsquo;individu dans le collectif et du collectif dans l&rsquo;individu est tr\u00e8s intense dans ce contexte. J&rsquo;imagine qu&rsquo;Hamlet le poignard \u00e0 la main s&rsquo;interrogeant au milieu de cette foule sans cesse interpel\u00e9e, \u00e7a devait \u00eatre bien autre chose que tout ce qu&rsquo;on peut imaginer \u00e0 notre \u00e9poque qui cherche des significations subtiles tout en fuyant la signification forte et principale d&rsquo;un texte prof\u00e9r\u00e9 sur la place publique. Bien des gens de th\u00e9\u00e2tre mes confr\u00e8res ne r\u00eavent souvent que d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre-cim\u00e9ti\u00e8re-silence sacr\u00e9, (un th\u00e9\u00e2tre de zone pi\u00e9tonne pav\u00e9e de marbre et d\u00e9serte la nuit!), o\u00f9 on fait du th\u00e9\u00e2tre-cin\u00e9ma, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;on fait le noir, qu&rsquo;on joue, que le public applaudit puis s&rsquo;en va quand on r\u00e9-\u00e9claire la salle! Signal g\u00e9n\u00e9ral: Ite Missa Est! Tirez-vous! Il n&rsquo;y a plus l\u00e0 que des individus isol\u00e9s, s\u00e9par\u00e9s, atomis\u00e9s, ennemis&#8230; Dans ce th\u00e9\u00e2tre-cin\u00e9ma, et comme au cin\u00e9ma, ce n&rsquo;est plus l&rsquo;acteur qui fait l&rsquo;image mais le metteur en sc\u00e8ne. Il fait l&rsquo;image dans le cadre de sc\u00e8ne con\u00e7u plus ou moins comme un volume. L&rsquo;acteur n&rsquo;a plus qu&rsquo;\u00e0 ob\u00e9ir au doigt et \u00e0 l&rsquo;oeil, qu&rsquo;\u00e0 suivre la circulation \u00e9labor\u00e9e par d&rsquo;autres comme une \u00e9pure, une abstraction, une formule math\u00e9matique. Il n&rsquo;y a plus de sc\u00e8ne du monde. Moli\u00e8re quelques d\u00e9cennies plus tard devait jouer dans un contexte comparable \u00e0 celui du Globe mais sans le plein-air, sauf en tourn\u00e9e dans sa jeunesse peut-\u00eatre Il y avait les chandelles, les nobles sur la sc\u00e8ne, le peuple au parterre debout, et des gens assis tout autour. Ce peuple au beau milieu \u00e9tait certainement plus composite dans son ensemble qu&rsquo;une simple assembl\u00e9e d&rsquo;ouvriers, d&rsquo;artisans, de domestiques. Ce peuple n&rsquo;est-il pas le choeur-m\u00eame qui juge de tout ce qu&rsquo;il entend et de tout ce qu&rsquo;il voit par ses r\u00e9actions imm\u00e9diates? Tout ce que j&rsquo;ai vaguement lu ou entendu du choeur de la trag\u00e9die antique me parait bien faux par rapport \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 que j&rsquo;ai rencontr\u00e9e au Globe de ce populaire install\u00e9 dans l&rsquo;orchestrat\u00e9gique. Le choeur jouait par substitution au peuple. Il chantait et disait tout ce qui devait se penser dans les gradins des personnages et de leurs actions Etapes successives d&rsquo;un effondrement? Un choeur avin\u00e9 chante et danse autour d&rsquo;un chariot. Un choeur de personnes de m\u00eame rang, classe, origine commente. Un peuple au parterre qui p\u00e8se tout juge de tout sans rien dire. Un public dans un lieu encore un peu festif ne bouge plus. Un public dans une salle obscure un public enti\u00e8rement captif. Et nous notre grand d\u00e9bat \u00e9tait: faut-il ou non diviser le public! Or s&rsquo;agit-il de diviser le public ou simplement de lui montrer quelque chose? Voil\u00e0 un authentique patrimoine. Ils s&rsquo;en emparent et ils renouvellent pour moi la vision de Shakespeare, et m\u00eame celle du th\u00e9\u00e2tre moderne qu&rsquo;il faut venir confronter illico \u00e0 ce moule, \u00e0 cette forme invent\u00e9e par les \u00e9lizab\u00e9thains et reconstruite \u00e0 l&rsquo;identique. Notre th\u00e9\u00e2tre jusqu&rsquo;ici n&rsquo;a invent\u00e9 que la RE-lecture. Et de nos jours combien de sc\u00e9nographes ont con\u00e7u des th\u00e9\u00e2tres sophistiqu\u00e9s d&rsquo;o\u00f9 le tremplin-m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre est exclu. Comment peut-on d&rsquo;ailleurs parler de sc\u00e9nographie quand la sc\u00e8ne n&rsquo;est plus le lieu o\u00f9 le monde se manifeste, quand on se trouve dans un th\u00e9\u00e2tre-cimeti\u00e8re, un th\u00e9\u00e2tre esclavagiste du type caverne de Platon avec esclaves attach\u00e9s, leur regard dirig\u00e9 vers le mur o\u00f9 se font les projections, un th\u00e9\u00e2tre du sous-entendu, qui ne cesse de chuchoter \u00e0 l&rsquo;oreille d&rsquo;un public captif quelque chose comme: entre nous, vous savez bien de quoi on parle n&rsquo;est-ce pas, inutile d&rsquo;en dire plus? Le Globe le monde la sc\u00e8ne. Tout lieu ici peut devenir la sc\u00e8ne. La sc\u00e8ne est comme un pavois, comme un projecteur qui se braque sur une partie de l&rsquo;humanit\u00e9 et la donne \u00e0 voir. Un vrai projecteur que peut-il montrer de plus dans cette forme? J&rsquo;ai vu un soir \u00e0 la Maison Jean Vilar un sp\u00e9cialiste faire une conf\u00e9rence sur les \u00e9clairages sans dire un seul mot du soleil. Vingt ans apr\u00e8s \u00e7a me parait encore plus aberrant. Chez nous par ici, quand il pleut, il pleut! L\u00e0-bas, dans un pays o\u00f9 \u00e7a pleut-\u00e7a pleut pas, la pluie clignote, il y a des gens \u00e0 l&rsquo;abri sur plusieurs \u00e9tages, des anneaux superpos\u00e9s. Les pauvres ou les plus pauvres, les plus enfants, les plus curieux, les plus savants peut-\u00eatre sont debout dans l&rsquo;espace au pied de la sc\u00e8ne. Ca se joue devant eux eux et autour d&rsquo;eux,<\/p>\n\n\n\n<p>et m\u00eame au milieu d&rsquo;eux, presqu&rsquo;au contact l&rsquo;acteur est l\u00e0. C&rsquo;est \u00e7a la vraie magie du th\u00e9\u00e2tre! Quand on ne cache rien. Le public est la masse-m\u00eame d&rsquo;o\u00f9 \u00e9merge tout le th\u00e9\u00e2tre, tous les personnages. Questions qui ne sont venues qu&rsquo;au retour: On ne sait peut-\u00eatre pas comment \u00e7a se jouait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. J&rsquo;imagine assez bien comme ce que j&rsquo;ai vu avec ce As you like it. Ai-je raison? Couvraient-ils quand il pleuvait? Le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait-il orient\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re? La galerie centre en plein soleil? Il n&rsquo;y a pas de projecteurs sinon un ensemble de gros quartz fix\u00e9s autour de la troisi\u00e8me galerie pour \u00e9clairer sans doute a giorno la sc\u00e8ne et le public? En d&rsquo;autres circonstances. Lesquelles? N&rsquo;y-a-t-il jamais aucun effet lumineux? Les actrices et les acteurs sont-ils g\u00ean\u00e9s par les bruits ext\u00e9rieurs et par les d\u00e9placements des spectateurs?<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto<\/p>\n\n\n\n<p>APPELE? OUI! ENGAGE? NON!<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 d&rsquo;auteur engag\u00e9. Je ne sais pas tr\u00e8s bien pour quelle raison. Il est vrai que j&rsquo;ai re\u00e7u parfois des commandes pour cr\u00e9er un spectacle sur un th\u00e8me donn\u00e9 (Tu viens au Havre et tu r\u00e9agis! Viens aux Ulis! Viens \u00e0 B\u00e8gles! Lis ce texte de Gautier-Sauzin et dis-moi si tu peux faire quelque chose avec? Un Jaur\u00e8s pour Carmaux&#8230;), ou m\u00eame parfois sans th\u00e8me d\u00e9fini (Dix briques pour un truc au Palace! On va faire chacun une cr\u00e9ation \u00e0 partir de ce tableau&#8230;) Mais dans tous les cas je n&rsquo;ai jamais re\u00e7u aucune directive. Je n&rsquo;ai en fait jamais \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 par personne pour occuper un emploi salari\u00e9 et me tenir aux ordres. Engag\u00e9 c&rsquo;est bien ce que \u00e7a veut dire: recevoir des gages pour ob\u00e9ir \u00e0 quelqu&rsquo;un! Il parait que c&rsquo;est Sartre qui aurait invent\u00e9 ce concept d&rsquo;engag\u00e9! Moi je me suis toujours consid\u00e9r\u00e9 plut\u00f4t comme un appel\u00e9! J&rsquo;aurais bien aim\u00e9 d&rsquo;ailleurs. Etre engag\u00e9. Etre pay\u00e9 pour \u00e9crire avec des directives pr\u00e9cises. Savoir ce qu&rsquo;il faut dire. Etre bard\u00e9 de certitudes. Disposer de tout un attirail et d&rsquo;un appui logistique. Avoir peut-\u00eatre des aides qui vous m\u00e2chent le travail, vous fournissent les mots, les expressions, les documents, les sujets bien s\u00fbr&#8230; Et 39 heures par semaine, le r\u00eave! Jamais rien eu de tout cela. N&rsquo;ai d\u00fb en faire qu&rsquo;\u00e0 ma t\u00eate. Qui ne savait, qui ne sait toujours pas o\u00f9 elle en est exactement. Tr\u00e8s p\u00e9nible! Le th\u00e9\u00e2tre \u00e7a passe par des situations qu&rsquo;il faut trouver. Ca peut durer, la recherche! Vingt ans \u00e0 laisser pi\u00e9tiner Robespierre dans l&rsquo;attente de la situation qui permettrait de le mettre sur sc\u00e8ne. Et les personnages qui ne s&#8217;embarrassent pas d&rsquo;attente et qui font un peu ce qu&rsquo;ils veulent. Qui vous tombent dessus et auxquels il faut ob\u00e9ir, comme ce y\u00e9ti de 92, qui d\u00e9barque le jour de l&rsquo;an! Engag\u00e9 par le y\u00e9ti ah oui! Ou par Marie No Man&rsquo;s Land! Ou par tout autre personnage. Ou m\u00eame par une image, celle de ce type traqu\u00e9 par un projecteur qui a donn\u00e9 Napalm et ses malentendus! ou encore par la premi\u00e8re phrase du Capital de Karl Marx qui dit: La richesse des soci\u00e9t\u00e9s dans lesquelles r\u00e8gne le mode de production capitaliste s&rsquo;annonce comme une immense accumulations de marchandises! La premi\u00e8re phrase de la Bible n&rsquo;est pas mal non plus: Dieu, au commencement, cr\u00e9a les cieux et la terre! La seule certitude c&rsquo;est qu&rsquo;il y a comme un malaise&#8230; Et apr\u00e8s la situation et les personnages, il faut s&rsquo;attraper avec la langue fran\u00e7aise, ce qui n&rsquo;est pas une petite affaire. C&rsquo;est un peu comme essayer de creuser un trou parfaitement cylindrique dans du sable. Pour moi, elle fout le camp de tous les c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>LA LECON DU CAIRE<\/p>\n\n\n\n<p>Oh oui j&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 cette invitation au Caire. Ce fut un s\u00e9jour d&rsquo;une semaine tr\u00e8s instructif, tr\u00e8s fructueux. D&rsquo;abord j&rsquo;ai vu les Pyramides dans leur environnement de rocaille, le Sphinx dans son bassin allong\u00e9, la premi\u00e8re \u00e9glise copte, la citadelle, le grand cimeti\u00e8re musulman comme une ville, la mosqu\u00e9e et le march\u00e9 de Khan Khalili, le mus\u00e9e bien s\u00fbr et les statues d&rsquo;Akenaton et de N\u00e9fertiti. Voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 une tr\u00e8s bonne chose que ce tourisme rapide. La prochaine fois je n&rsquo;irai qu&rsquo;\u00e0 Tell El Amarna. Il m&rsquo;a sembl\u00e9 conna\u00eetre cette ville depuis longtemps, surtout les collines, le cim\u00e9ti\u00e8re la citadelle, par un cauchemar que je fais de temps en temps. Le Festival lui-m\u00eame m&rsquo;a paru d&rsquo;une extraordinaire \u00e9tranget\u00e9. Comme si tout se passait dans les dunes du pass\u00e9, au milieu des figures \u00e9nigmatiques de l&rsquo;Egypte \u00e9ternelle. Quasiment pas de parole publique. Aucun discours de bienvenue ni de pr\u00e9sentation de l&rsquo;op\u00e9ration. Le Ministre de la Culture s&rsquo;est content\u00e9 d&rsquo;annoncer: Au nom de Dieu je d\u00e9clare ouvert le Septi\u00e8me Festival&#8230;, une phrase et termin\u00e9! Ensuite il y a eu la pr\u00e9sentation des membres du jury puis des personnes honor\u00e9es. Et les premiers spectacles. Et l\u00e0: pareil! Le silence! Le th\u00e8me \u00e9tait le corps de l&rsquo;acteur. Il y eut, surtout de la part de l&rsquo;Egypte, du th\u00e9\u00e2tre dans\u00e9 de la pire esp\u00e8ce. De celui qui essaie d&rsquo;occuper l&rsquo;espace, qui essaie de faire passer le temps au spectateur. Qui ne dit rien mais qui bavarde beaucoup. Le plus curieux ce fut le colloque. Des gens assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te qui d\u00e9bite une contribution traduite paragraphe par paragraphe en arabe. Pas une question ni des confr\u00e8res ni des journalistes ni du public. Pas de d\u00e9bat entre les participants. J&rsquo;ai eu l&rsquo;impression de rencontrer un pays qui ne veut officiellement rien dire, qui se rend muet et qui semble se baillonner. Une impression accrue par le fait que j&rsquo;ai eu les trois derniers jours pour les promenades touristiques, en minibus de la S\u00e9curit\u00e9, une charmante jeune guide francophone qui n&rsquo;a pas arr\u00eat\u00e9 de parler, comme pour combler le vide de la parole officielle! L&rsquo;Egypte se mit tout \u00e0 coup \u00e0 parler plus que de raison, \u00e0 essayer de se montrer, de s&rsquo;expliquer&#8230; Tr\u00e8s fascinant! Je regrette de n&rsquo;avoir pas vu plus de 7 sur les 40 spectacles invit\u00e9s. A Veroli, j&rsquo;en ai vu plus, je les ai vus tous les 8. C&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;une toute autre cat\u00e9gorie. Chaque troupe comme un pays en miniature. Il y avait l\u00e0 des Palestiniens, des Isra\u00e9liens, des Croates, des Italiens, des Albanais, des Cubains&#8230; Un ensemble plus r\u00e9duit mais plus percutant. Ca tient au th\u00e8me choisi chaque fois. Cette ann\u00e9e le Th\u00e9\u00e2tre et la Paix. Chaque rencontre apporte toujours quelque chose d&rsquo;essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>ANDRE BENEDETTO<\/p>\n\n\n\n<p>STAGE DE THE\u00c2TRE AVEC DES RETRAITES 16-20 MARS 1998 VITRY-SUR-SEINE AREV<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sidence Paul et No\u00e9mie Froment Ce stage s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 sur 5 s\u00e9ances de 2 heures dont la derni\u00e8re a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ultime r\u00e9p\u00e9tition et la repr\u00e9sentation d&rsquo;un spectacle improvis\u00e9 de 25 min, r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir des suggestions des stagiaires; \u00e0 la satisfaction g\u00e9n\u00e9rale des participants, des responsables et des personnes invit\u00e9es. LES STAGIAIRES \u00e9taient des personnes retrait\u00e9es, surtout des femmes, d&rsquo;un grand \u00e2ge entre 75 et 90 ans, lucides, sans grands probl\u00e8mes de m\u00e9moire, lentes et douces mais passionn\u00e9es, toujours pr\u00eates \u00e0 \u00e9voquer leurs souvenirs et \u00e0 les comparer, mais discr\u00e8tes sur leur profession, leur famille, leur vie priv\u00e9e, facilement bavardes et tent\u00e9es de parler toutes en m\u00eame temps, capables d&rsquo;improviser des personnages propos\u00e9s, souvent handicap\u00e9es physiquement, des personnes en repr\u00e9sentation sociale de souvenance et donc de savoir, en repr\u00e9sentation de performance: je viens de loin&#8230;avec humilit\u00e9 en repr\u00e9sentation de handicap physique, montrant des corps qui souffrent comme de la bataille, marqu\u00e9s par le destin: j&rsquo;ai subi, je subis. DANS LEUR JEU Il y a le handicap, la lenteur, la gestion difficile de l&rsquo;espace et la crainte de ne pas faire comme il faut mais l&rsquo;assurance de personnes qui ont v\u00e9cu, qui ont agi, qui ont de l&rsquo;exp\u00e9rience, tout de m\u00eame&#8230; il y a comme une pratique syst\u00e9matique de la bont\u00e9, de la beaut\u00e9, de la gentillesse, de la f\u00eate, il y a l&rsquo;\u00e9vocation d&rsquo;un monde de r\u00eave dans les rapports sociaux il y a comme une sorte de catharsis invers\u00e9e, au-del\u00e0 de la trag\u00e9die grandiose, la conviction profonde que la vie est belle, il n&rsquo;y a pas de mal, pas de m\u00e9chancet\u00e9, pas de perversion, pas de violence, pas de brusquerie, pas de critique, pas de d\u00e9nonciation, pas de m\u00e9disance, pas d&rsquo;\u00e9clat de voix et pas un mot plus haut que l&rsquo;autre, il y a le plaisir de vivre chaque instant. LA PEDAGOGIE Il faut les prendre tels qu&rsquo;ils sont. Ils ne sont pas l\u00e0 pour apprendre mais pour s&rsquo;exprimer. Ils peuvent recevoir quelques conseils. Il faut imp\u00e9rativement avec eux: une patience souriante et attentive, une \u00e9coute de chaque instant, une recherche des talents cach\u00e9s, une incitation \u00e0 faire, \u00e0 jouer, \u00e0 chanter, sans b\u00eatifier, beaucoup d&rsquo;\u00e9gards, de la douceur et rien qui soit pr\u00e9sent\u00e9 comme obligatoire, n&rsquo;imposer ni texte ni mise en sc\u00e8ne&#8230; Ce fut pour nous une semaine enrichissante. Il y aurait bien d&rsquo;autres analyses \u00e0 faire et bien des le\u00e7ons \u00e0 tirer.<\/p>\n\n\n\n<p>F.A. et A.B. 23.03.98<\/p>\n\n\n\n<p>IL N&rsquo;Y A PLUS DE CAISSE DE RESONNANCE IL Y A UNE FOSSE AUX OURS<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est peut-\u00eatre un peu fini le plateau comme caisse de r\u00e9sonnance du monde. C&rsquo;est \u00e0 dire un plateau sur\u00e9lev\u00e9 au-dessus des spectateurs, parfois exag\u00e9r\u00e9ment comme dans beaucoup de salles des f\u00eates. De plus en plus la tendance est de jouer (de faire jouer&#8230;) au ras du sol devant des gradins (et des gredins?) dress\u00e9s comme une muraille. Surtout dans les salles petites et moyennes. Quelques nostalgiques gardent encore une sc\u00e8ne un peu sur\u00e9lev\u00e9e. Ils sont minoritaires. La tendance tend \u00e0 jeter les acteurs dans une fosse aux ours, dans les ar\u00eanes. Fini le th\u00e9\u00e2tre de tr\u00e9teaux et de proclamation. Au trou! Descendez dans la fosse! Rampez! Enduisez-vous le corps d&rsquo;huile! Arrondissez les angles! Dansez! B\u00ealez! Faites-nous rire! On veut vous voir plus bas que terre! A cause de cette tendance \u00e0 l&rsquo;aplatissement, au r\u00e9tr\u00e9cissement, le th\u00e9\u00e2tre id\u00e9al actuel est une grande sc\u00e8ne au niveau du sol, recouverte de tapis de danse noirs, toute peinte en noir sur les trois c\u00f4t\u00e9s, \u00e9quip\u00e9e de rideaux de fond et de pendrillons noirs, et pourvue d&rsquo;un plafond technique noir. Mis \u00e0 part quelques th\u00e9\u00e2tres qui ont conserv\u00e9 un mur de fond de pierres, le noir semble \u00eatre la couleur oblig\u00e9e. Il para\u00eet que c&rsquo;est plus facile pour d\u00e9corer, pour \u00e9clairer les spectacles. \u00c7a introduit une r\u00e9f\u00e9rence anonyme passe-partout, avec laquelle il n&rsquo;y a aucune surprise nulle part. C&rsquo;est pratique bien qu&rsquo;un peu triste, et \u00e7a pompe beaucoup de lumi\u00e8re! Devant la sc\u00e8ne se dresse un mur de gradins. Quelle que soit la largeur de cette sc\u00e8ne, les si\u00e8ges sont dispos\u00e9s face \u00e0 elle de mani\u00e8re rectiligne, de telle sorte que les spectateurs plac\u00e9s sur les c\u00f4t\u00e9s regardent le spectacle de travers. Qu&rsquo;est-ce donc qui g\u00eane de disposer les si\u00e8ges en demi-cercle? La n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un prosc\u00e9nium arrondi perturberait-elle la rectitude obligatoire? Pour le confort et pour la visibilit\u00e9, il faudra faire quelques dessins tr\u00e8s pr\u00e9cis. On peut peut-\u00eatre avoir une sc\u00e8ne au-devant rectiligne devant une salle en h\u00e9micycle. Il faut tout repenser. Andr\u00e9 Benedetto 18 03 00 Questions pos\u00e9es: la hauteur de la sc\u00e8ne l&rsquo;ar\u00eate de la sc\u00e8ne, rectiligne ou arrondie la couleur g\u00e9n\u00e9rale de la sc\u00e8ne la forme de la salle<\/p>\n\n\n\n<p>LES FESTIVALS COMPARES<\/p>\n\n\n\n<p>Le Festival officiel dit \u00ab\u00a0Festival In\u00a0\u00bb qui jouit d&rsquo;un grand prestige, a une direction qui d\u00e9cide du choix des troupes et qui \u00e9tablit le programme. Les troupes b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un label de qualit\u00e9, d&rsquo;une publicit\u00e9 internationale, de la pr\u00e9sence de la presse et donc de comptes rendus, et pour la plupart d&rsquo;une s\u00e9curit\u00e9 financi\u00e8re. Le IN fait appel chaque ann\u00e9e \u00e0 un peintre diff\u00e9rent qui r\u00e9alise une affiche. Il diffuse un programme tir\u00e9 sur beau papier! Le festival actuel n&rsquo;est pas en rupture compl\u00e8te avec celui qu&rsquo;a cr\u00e9\u00e9 et dirig\u00e9 Jean Vilar. Car c&rsquo;est Vilar lui-m\u00eame qui a fait \u00e9clater le festival dans plusieurs lieux de la ville, et y a fait entrer d&rsquo;autres pratiques artistiques. La rupture semble plus nette du point de vue de la relation aux publics Le Festival non-officiel dit \u00ab\u00a0Festival Off\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas de direction, pas de gestion g\u00e9n\u00e9rale. Personne ne fait de choix. Toutes les troupes qui le d\u00e9sirent peuvent \u00eatre inscrites dans le Bulletin Avignon Public Off moyennant une somme d&rsquo;environ 2000F par spectacle. Cette publication est assez bien faite, pleine de renseignements class\u00e9s de diverses mani\u00e8res, mais pas tr\u00e8s belle. Le \u00ab\u00a0Off\u00a0\u00bb se caract\u00e9rise par la profusion et la diversit\u00e9 des lieux, des heures, des spectacles, des pratiques. On a pris l&rsquo;habitude de dire qu&rsquo;on y trouve le pire comme le meilleur. Bref on peut y voir presque tout ce qui se fait en France, et m\u00eame ailleurs. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale les troupes qui ont un lieu y jouent et accueillent d&rsquo;autres troupes. Celles qui n&rsquo;ont pas de lieu louent une tranche de deux heures dans un lieu am\u00e9nag\u00e9 en th\u00e9\u00e2tre selon des tarifs tr\u00e8s variables qui doivent aller de 20000 \u00e0 80000f pour le mois. Le \u00ab\u00a0Off\u00a0\u00bb entretient des bons rapports avec la population ignor\u00e9e par le \u00ab\u00a0In\u00a0\u00bb. Il y a des passages de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre surtout par les acteurs qui jouent indiff\u00e9remment l\u00e0 o\u00f9 ils ont des engagements.<\/p>\n\n\n\n<p>suite<\/p>\n\n\n\n<p>retour accueil<\/p>\n\n\n\n<p>suite<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto, Ecrits III<\/p>\n\n\n\n<p>textes s\u00e9lectionn\u00e9s et \u00ab\u00a0pos\u00e9s sur la toile\u00a0\u00bb (expression de l&rsquo;auteur) par lui m\u00eame \u00e0 partir de 1999<\/p>\n\n\n\n<p>MEMENTO<\/p>\n\n\n\n<p>le th\u00e9\u00e2tre une passion dans un acteur sur un plateau devant t\u00e9moins et en plein air c&rsquo;est encore mieux et d&rsquo;abord ils veulent te voir et t&rsquo;entendre chaque jour respire de tous tes poumons, dans tous les coins sors la voix dans le masque, fais la sir\u00e8ne dans la colonne exerce-toi au ralenti des mouvements, \u00e0 l&rsquo;extr\u00e8me ralenti pratique la lecture \u00e0 l&rsquo;italienne ne choisis pas de sens, ne donne pas de ton ne mets aucun mot en valeur ferme le sens pour ouvrir l&rsquo;imaginaire dis toute une phrase d&rsquo;un trait reste avec nous, pas de lyrisme creux joue \u00e0 froid et stup\u00e9fait joue le clown et pas le clone articule chaque syllabe et savoure chaque mot empile des images, n&rsquo;impose pas un sens m\u00e9fie-toi des temps des silences tu es l\u00e0 comme un animal tu es le personnage tu fais l&rsquo;image tu montres, tu ne d\u00e9montres pas m\u00e9fie-toi de l&rsquo;orateur en toi et de ses mains laisse-toi chanter et danser prends le texte dont tu as besoin va chercher la technique dont tu as besoin apprends \u00e0 parler sur un rythme \u00e0 improviser un chant tu es dans un espace, tu l&rsquo;articules tu es dans un temps, tu le r\u00e9v\u00e8les tu es avec d&rsquo;autres dans le jeu tu es devant des t\u00e9moins tu incarnes le verbe, tu le prolonges dans tous les sens tu es le centre-m\u00eame ni mime ni danse ni cin\u00e9ma ni peinture ni sculpture ni musique, th\u00e9\u00e2tre<\/p>\n\n\n\n<p>LE PAIN LE VIN LE CHRIST DE CHAIR LES INTEGRISTES<\/p>\n\n\n\n<p>Une de nos invit\u00e9es s&rsquo;en allait avant la d\u00e9gustation. Je l&rsquo;ai abord\u00e9e. Elle m&rsquo;a dit que je l&rsquo;avais choqu\u00e9e, protestante pour qui lepain et le vin ont une telle importance. Elle n&rsquo;avait jamais vu \u00e7a comme\u00e7a. Je la crois volontiers. Pour elle sans doute depuis la petite enfanceles expressions: Ceci est mon corps, ceci est mon sang n&rsquo;\u00e9taient quedes mots presque vides, ne renvoyant \u00e0 rien de r\u00e9el, de visible, de palpable, n&rsquo;\u00e9taient que des expressions convenues, des formules.Une sorte de langue de bois! Et voil\u00e0 que ces mots tout \u00e0 coup pr\u00e9sent\u00e9s dans ce contexte,jou\u00e9s, incarn\u00e9s acqu\u00e9raient une densit\u00e9 inconnue, une vie en quelquesorte, une esp\u00e8ce d&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9! Comme si soudain aux infos du vingtheures, les r\u00e9cepteurs s&rsquo;ouvraient au moment du repas et que du sangen coule, et que des cadavres en sortent.&nbsp;Le r\u00e9el r\u00e9el \u00e9pouvante. Nous avons besoin d&rsquo;\u00e9crans&#8230;&nbsp;En l&rsquo;occurence, moi je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;extrapoler un peu, qu&rsquo;illustrerun peu la parole. Car c&rsquo;est bien lui, fondateur du cannibalisme religieuxqui a dit au fond: Mangez-moi! Buvez-moi! Je prolonge, j&rsquo;interpr\u00e8te, jedonne tout son sens \u00e0 sa parole en lui faisant dire: Mangez-vous etbuvez-vous les uns les autres! Car enfin c&rsquo;est bien cela qu&rsquo;ils font, ou dumoins les catholiques je crois, quand ils ouvrent la bouche pourrecevoir l&rsquo;hostie.&nbsp;Et alors, moi aussi je suis choqu\u00e9. Par elle! Par cette r\u00e9action sir\u00e9ductrice. De quel droit divin s&rsquo;autorise-t-elle \u00e0 \u00eatre choqu\u00e9e?Comment peut-elle se croire d\u00e9tentrice de tout le sens, de tout le sang,de tous les sens? Et se croire le droit de contester ma parole? Laquelle\u00e9mane de lui directement!&nbsp;Elle me parle comme si j&rsquo;avais port\u00e9 atteinte \u00e0 sa foi, \u00e0 son sensdu sacr\u00e9, et m\u00eame \u00e0 son moi le plus intime. Comme si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9sacril\u00e8ge! Ca veut dire quoi: sacril\u00e8ge?&nbsp;Il y a donc des int\u00e9gristes parmi nous. Ils ne voient pas quejamais peut-\u00eatre on ne leur a montr\u00e9 leur christ aussi vivant, aussi r\u00e9el,aussi humain. Ils se referment dans quoi exactement? Heureusementqu&rsquo;ils sont minoritaires et qu&rsquo;ils n&rsquo;ont aucun pouvoir. Sinon attention lafatwa! Comme en terre d&rsquo;islam&#8230;&nbsp;Moi je ne cherche pas \u00e0 provoquer. Je dis ce que je sens, ce queje pense&#8230; pour contribuer \u00e0 l&rsquo;\u00e9largissement des consciences.&nbsp;Hier soir il y avait une \u00e9mission sur Arte (2\/5) sur le proc\u00e8s deJ\u00e9sus. Il a \u00e9t\u00e9 mis en question la responsabilit\u00e9 de Pilate, du Sanh\u00e9drin,etc&#8230; mais personne ne s&rsquo;est demand\u00e9 pourquoi l&rsquo;\u00e9glise traduit: \u00ab\u00a0Il leleur a livr\u00e9\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0Pilate a livr\u00e9 J\u00e9sus aux juifs?\u00a0\u00bb Pourquoi aux juifs? Ill&rsquo;a livr\u00e9 aux chefs religieux de l&rsquo;\u00e9glise de cette \u00e9poque! Mais peut-\u00eatreque ceux qui traduisent ont raison? Peut-\u00eatre n&rsquo;\u00e9tait-il pas juif ?<\/p>\n\n\n\n<p>INTERMITTENT<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un si\u00e8cle qui a entendu un g\u00e9n\u00e9ral franquiste proclamer:&nbsp;Vive la mort! et un propagandiste nazi s&rsquo;exclamer: Quand j&rsquo;entendsparler de culture, je sors mon pistolet! le mot d&rsquo;ordre: Culture morte!lanc\u00e9 par un syndicaliste, ne nous parait gu\u00e8re judicieux&#8230;&nbsp;Si nous jouions chaque soir de l&rsquo;ann\u00e9e et que le th\u00e9\u00e2tre soit pleinen permanence, on pourrait \u00e0 la rigueur le r\u00e9examiner ce sloganfun\u00e8bre! Les spectatrices et les spectateurs seraient l\u00e0 haletants \u00e0 laporte et on leur dirait: Ce soir vous n&rsquo;aurez rien! On va vous montrercomment \u00e7a va \u00eatre bient\u00f4t! Et ils auraient un tel besoin qu&rsquo;ilscomprendraient.&nbsp;Mais ici o\u00f9 nous avons en moyenne cinq \u00e0 six repr\u00e9sentationsparmois, c&rsquo;est tout \u00e0 fait absurde de vouloir faire une pr\u00e9figuration de lamort (quel \u00e9trange projet!) une mort dans laquelle nous sommes d\u00e9j\u00e0 enpartie, une mort dans laquelle on nous pousse lentement mais s\u00fbrement.Et dans ce th\u00e9\u00e2tre qui a \u00e9t\u00e9 durement frapp\u00e9, on sait de quoi on parle.Mais on ne baisse pas les bras. On ne dit pas: Vous voulez qu&rsquo;onmeure? Eh bien d&rsquo;accord mourons! Jamais!&nbsp;Trimballer des cercueils pour protester, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 accepter lamort! Or c&rsquo;est la volont\u00e9 de vivre qu&rsquo;il faut affirmer, de vivre et decr\u00e9er. Et c&rsquo;est alors un tout autre spectacle qu&rsquo;il faut mettre enmouvement, et faire preuve de beaucoup d&rsquo;imagination.&nbsp;Quand les intermittents ont voulu se r\u00e9unir pour discuter, pour sed\u00e9fendre, pour continuer \u00e0 vivre, nous les avons accueillis ici. Maisquand ils d\u00e9cident qu&rsquo;il faut tel soir fermer les th\u00e9\u00e2tres, et jouer lescadavres, l\u00e0 nous ne pouvons pas les suivre.&nbsp;Les intermittents assurent la permanence des spectacles, et de beaucoup d&rsquo;autres activit\u00e9s dans cette soci\u00e9t\u00e9. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;il faut expliquer aux gens qui ne le savent pas. Enoncer les arguments, lestransformer en images et en sc\u00e8nes, les jouer, se mettre un peu \u00e0contribution les uns les autres.VIVE LA VIE!&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>A AVIGNON IL N&rsquo;Y A PLUS QUE DU OFF DEPUIS<\/p>\n\n\n\n<p>PLUS DE TRENTE ANS Nous avons jou\u00e9 en 66 pour le plaisir, pour exister. Jusque l\u00e0 il n&rsquo;y avait que le Palais avec sa cour et son verger. Nous avons ainsi fait sauter un verrou, dans les t\u00eates.Sans le vouloir bien consciemment. Nous avons ouvert une br\u00eache dans le sacr\u00e9, dans letemple, dans l&rsquo;\u00e9glise, dans la caverne de Platon o\u00f9 les esclaves encha\u00een\u00e9s regardent lesombres projet\u00e9es sur les murs.&nbsp;L&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;apr\u00e8s d&rsquo;autres troupes sont venues et le Off naissait sans m\u00eame lesavoir, tandis que le In lui-m\u00eame entrait dans ce Off en ouvrant un deuxi\u00e8me lieu auClo\u00eetre des Carmes. Depuis, les lieux du nouveau Off et ceux de l&rsquo;ancien In n&rsquo;ont pascess\u00e9 de se multiplier. Si bien qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;un \u00e9norme festival off!&nbsp;Sch\u00e9matiquement on peut dire que:- de 47 \u00e0 65 il y a eu un Festival qui avait une direction artistique et un projet th\u00e9\u00e2tral,- en 66 une br\u00eache a \u00e9t\u00e9 ouverte dans le concept, provoquant sans intention de leproduire l&rsquo;\u00e9clatement qui va s&rsquo;ensuivre,- depuis 67 un off qui ne cesse de se d\u00e9velopper de toutes les mani\u00e8res dans toutes lesdirections, \u00e0 partir de tous les centres, y compris celui du In.&nbsp;Pr\u00e9ciser encore qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas une \u00e9poque Vilar et une \u00e9poque post-Vilar. Carc&rsquo;est Vilar qui a voulu ce d\u00e9veloppement. Et il s&rsquo;en est m\u00eame expliqu\u00e9!&nbsp;Le In fonctionne de plus en plus comme le Off. Il n&rsquo;a plus de direction artistique,ni de projet th\u00e9\u00e2tral, mais il a de l&rsquo;argent, beaucoup d&rsquo;argent. Alors il se contente deparcourir le monde, de recruter des troupes pour remplir les cases d&rsquo;un calendrier etoccuper au maximum des lieux publics et des plages horaires. Apr\u00e8s un ensemble depays, un continent, puis un autre, des regroupements arbitraires: pays de l&rsquo;est, paysasiatiques&#8230; Bient\u00f4t le th\u00e9\u00e2tre selon le Tour du Monde en 80 jours, ou n&rsquo;importe quoid&rsquo;autre, pourvu que \u00e7a ait toujours un petit c\u00f4t\u00e9 encyclop\u00e9dique. Apr\u00e8s le concept d&rsquo;art,celui de carte d&rsquo;identit\u00e9 et de relev\u00e9 bancaire! L&rsquo;Op\u00e9ra de P\u00e9kin repr\u00e9sent\u00e9 par Ta\u00efwan,d&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;on a dit, \u00e7a pose tout de m\u00eame des probl\u00e8mes d&rsquo;essence-m\u00eame!&nbsp;Le In organise m\u00eame des parades dans les rues et joue \u00e0 fond la carte du folkloreet du spectaculaire de type t\u00e9l\u00e9visuel intervilles. Et il ne r\u00eave que de faire dispara\u00eetre leOff sans se rendre compte qu&rsquo;il dispara\u00eetrait du m\u00eame coup puisqu&rsquo;il est devenu lui-m\u00eamele Off. Oh certes il y a encore des grandes diff\u00e9rences. Ainsi le In dispose d&rsquo;un budgetconsid\u00e9rable, de tout le patrimoine de la ville et de tous les m\u00e9dias, sauf quelquesrebel-les. Il dispose de dix fois plus de moyens pour produire dix fois moins de spectaclesque le Off. Il dispose sans bourse d\u00e9li\u00e9e de tous les grands lieux publics d&rsquo;o\u00f9 il voudraitm\u00eame chasser les visiteurs de passage!&nbsp;Et puis ne venez pas parler de qualit\u00e9. Les laideurs de tous les mauvaisspectacles du Off r\u00e9unies en trois semaines n&rsquo;atteindront jamais la monstrueuse laideurd&rsquo;une seule repr\u00e9sentation dans la Cour. L\u00e0 o\u00f9 ils se d\u00e9battent dans la vulgarit\u00e9 et dansl&rsquo;impuissance, dans un lyrisme de pacotille, od\u00e9onesque et d&rsquo;avant-guerre, dans unegueulerie \u00e9poumon\u00e9e de castrats \u00e0 longueur d&rsquo;heures! Et apr\u00e8s \u00e7a ils viendraient faire lamorale, se plaindre des cartons qui pendouilleraient comme apr\u00e8s des lendemains de f\u00eate,eux qui d\u00e9truisent syst\u00e9matiquement la f\u00eate des esprits. Eux mais c&rsquo;est qui? Une petitecaste qui ne r\u00eave que de se replier sur elle-m\u00eame et de jouir seule de toute la beaut\u00e9(qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas encore assise sur leurs genoux, soit dit en passant avec R.), une petitecaste bien irrit\u00e9e au fond de cette \u00e9norme et ph\u00e9nom\u00e9nale d\u00e9mocratisation de l&rsquo;art, de lapratique de l&rsquo;art. Ce qui est en question c&rsquo;est timidement peut-\u00eatre un mode de vie, et larecherche d&rsquo;un autre mode. Peut-\u00eatre! Et je dis \u00e7a sans illusion, en sachant que beaucoupne r\u00eavent que de devenir le In! S&rsquo;ils sont des fonctionnaires, \u00e7a leur arrivera un jour. S&rsquo;ilssont des vrais artistes, \u00e7a leur passera, ou ils n&rsquo;en r\u00eavront jamais.&nbsp;Les cartons expos\u00e9s pour s&rsquo;afficher, pour attirer les spectateurs, pour crierl&rsquo;existence, si vous les lisez vous y verrez les t\u00e9moignages d&rsquo;une incroyable vie du th\u00e9\u00e2treau quotidien engendr\u00e9e par des centaines d&rsquo;hommes et de femmes, de jeunes hommes etde jeunes femmes qui ne sont pas venus ici pour gagner de l&rsquo;argent, ni pour recevoir descachets mirobolants mais pour faire du th\u00e9\u00e2tre. Et ils le font de toutes les couleurs. Ilsrevisitent tout, le pire et le meilleur. Ils t\u00e9moignent d&rsquo;une richesse et d&rsquo;une vari\u00e9t\u00e9, d&rsquo;unepuissance de cr\u00e9ation dont il y a plut\u00f4t lieu de se r\u00e9jouir que de se plaindre. Et quand unauteur de 17 ans vous apporte sa pi\u00e8ce comme une offrande -une pi\u00e8ce de jeune auteur,injouable peut-\u00eatre mais avec un verbe \u00e9tonnant et des folies- il y a de quoi s&rsquo;interrogersur l&rsquo;arrogance de cette caste de privil\u00e9gi\u00e9s.&nbsp;Pour quelques uns qui se plaignent d&rsquo;avoir subi un mauvais spectacle dans le Off,combien de milliers qui se plaignent de s&rsquo;\u00eatre ennuy\u00e9s dans la Cour? Et vous avez desgens qui ne r\u00eavent que de mettre de l&rsquo;ordre, que d&rsquo;interdire! Mais au nom de quoi? De lalibert\u00e9 des plus riches? Et la libert\u00e9 d&rsquo;expression? Et la libert\u00e9 d&rsquo;entreprendre? Oh oui il ya des abus. Il y a des amateurs qui jouent sans s&rsquo;avouer, et sans payer des chargessociales! Sans licence d&rsquo;entrepreneur, sans patente! Il y a des n\u00e9griers, des exploiteursmais il y a beaucoup d&rsquo;\u00e9quipes jeunes qui se lancent et qui donnent plus qu&rsquo;elles nere\u00e7oivent. Somme toute, le pays a plus de raisons d&rsquo;\u00eatre fier de son Off que de son In!&nbsp;Dans cet \u00e9norme Festival d&rsquo;Avignon qui propose entre 5 et 600 spectacles, lestroupes venues de l&rsquo;ext\u00e9rieur, mises \u00e0 part celles qui b\u00e9n\u00e9ficient de conditionsprivil\u00e9gi\u00e9es d&rsquo;accueil ou qui s&rsquo;organisent entre elles sur un m\u00eame lieu, ces troupes entransit sont soumises \u00e0 deux r\u00e9gimes radicalement diff\u00e9rents. Les troupes invit\u00e9esofficielles re\u00e7oivent de l&rsquo;argent, occupent gratuitement un lieu public, se r\u00e9servent desplaces de parking, b\u00e9n\u00e9ficient de l&rsquo;assistance technique, de la pub, de la s\u00e9curit\u00e9 desrecettes, du renom du Festival, de la presse, des radios, des t\u00e9l\u00e9s. Les non-invit\u00e9es nepeuvent compter que sur leurs recettes propres, doivent louer tr\u00e8s cher une tranchehoraire, ne b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;aucune assistance municipale et sont bien contentes quand unpigiste local leur consacre un article, en esp\u00e9rant la venue d&rsquo;un national qui ne sera pasforc\u00e9ment meilleur mais qui a une bien plus grand audience.&nbsp;Un des gros probl\u00e8mes de ce Festival est celui pos\u00e9 par les loueurs de salle, qui\u00e9tant ou pas du m\u00e9tier, louent 8 tranches horaires entre 50 et 80.000F l&rsquo;une, parfois dansdeux et m\u00eame trois salles ou cours. Probl\u00e8me qu&rsquo;il faut r\u00e9soudre! Quel recours y-a-t-il?Peut-on emp\u00eacher cette r\u00e9cup\u00e9ration priv\u00e9e de l&rsquo;argent public que les troupes doiventsouvent prendre sur leurs subventions pour investir dans un cr\u00e9neau horaire?&nbsp;Les pouvoirs publics, les collectivit\u00e9s devraient acqu\u00e9rir ces lieux et les mettregratuitement \u00e0 la disposition des troupes selon des crit\u00e8res \u00e0 d\u00e9finir, puisqu&rsquo;apr\u00e8s tout lestroupes officielles disposent d\u00e9j\u00e0 des espaces de la collectivit\u00e9.&nbsp;Il faut aimer le th\u00e9\u00e2tre pour s&rsquo;occuper de th\u00e9\u00e2tre! Etc&#8230; Quiconque viendra vous dire qu&rsquo;il y a trop de spectacles off, dites-lui qu&rsquo;il estcomme celui qui estime qu&rsquo;il y a trop d&rsquo;\u00e9trangers et qu&rsquo;il risque un jour de s&rsquo;entendre direlui aussi qu&rsquo;il y a trop des gens comme lui&#8230; Ah Letizia! Ieri alla mattina sono arrivati i librial pomerrigio ho faxato due volte al 61 71 144e ciascuna volta, la sua voce: pronto, pronto, pronto&#8230;allora ho telefonato e lei me ha dato un altro numeroallora ho faxato al 61 67 512e ancora la sua voce: pronto, pronto, pronto&#8230;allora ho spedito il fax come una lettera!Oggi faxeremo alla notte dope le diecidope la rappresentazione di \u00a0\u00bb La D\u00e9gustation aux flambeaux\u00a0\u00bbuna nuova commedia con vino del paese&#8230;Speremo che il fax funzionera durante il vostro sonno!Vengo di scrivere a Giovanni che sono felice, e anch&rsquo;io fiero.Si si \u00e8 molto buona la colore, la stessa che la mia camicia per recitare.Recitero Nous les Eureup\u00e9ens ad Avignone il 26 aprile, a Montpellier i30 aprile, 1 e 2 mai maggio e il 13 maggio alla Guadeloupe! Parlero dellibro,de lei, de Giovanni e de Lorenzo. L&rsquo;arrivo del libro adesso \u00e8 unbuon segno.Tutto il libro \u00e8 un bel oggetto. Mi piaciono la coperta, il disegno dellap.58 e la p. 77, la traduzione e il prefazione. Le due testi insieme: unabellissima idea.Non sono preoccupato per i diritti d&rsquo;autore. No problema! Vorreisoltanto sapere che cose mandare, spedire a Giovanni, a Lorenzo:sigari? sigarette? dolci? oggetti? vini? libri? La prego de consigliarmi.Fax 00 33 4 90 86 52 26Grazie per i libri blu e per il rosso de Sand,e per il prossimo consiglio.Anch&rsquo;io spero di vederLa un giorno. Affettuosomente,Ho conosciuto Dario Fo vinti-cinque anni fa, per due giorni!<\/p>\n\n\n\n<p>LA PEAU DU PERSONNAGE<\/p>\n\n\n\n<p>Oh je t&rsquo;en prie arr\u00eate! Tu me donnes le vertige. Tu es comme un troufion qui a perdu le pas cadenc\u00e9 et qui saute, qui saute \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sespompes pour essayer de le reprendre. Arr\u00eate d&rsquo;essayer de sauter dans lepersonnage, de lui sauter dedans, arr\u00eate d&rsquo;essayer de t&rsquo;immiscer en lui,de l&rsquo;envahir, comme s&rsquo;il marchait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi!&nbsp;Le personnage n&rsquo;est pas quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre qui serait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi,dans lequel il faudrait se glisser. Il n&rsquo;y a que toi et puis c&rsquo;est tout! Tu neveux pas me croire et pourtant je te le r\u00e9p\u00e8te: C&rsquo;est toi le personnage!Mais oui toi l\u00e0 actrice, acteur et m\u00eame com\u00e9dien, com\u00e9dienne, et enextrapolant un peu, oui oui c&rsquo;est toi aussi, ou femme ou homme, jeunehomme, jeune fille, n&rsquo;importe qui! Je te le dis c&rsquo;est toi!&nbsp;Toi, on te connait, ne serait-ce qu&rsquo;un peu. On connait la couleurde ta peau, de tes yeux et de tes cheveux, ta corpulence, ta taille, tapointure et toutes tes mensurations. Toi, on connait le timbre de tavoix, sa tessiture, ton articulation et ta respiration, ton allure et tad\u00e9marche, tes gestes familiers, tes tics aussi. Toi on connait ton rire,ton pleur possible, ton sourire ou ta sale gueule&#8230;&nbsp;La peau du personnage dont on te parle tant, c&rsquo;est toi. Se mettredans sa peau c&rsquo;est juste endosser ses habits, enfiler ses chaussures et semunir de quelque objet, l&rsquo;accessoire qui le compl\u00e8te. Eh oui, tu es lapeau, l&rsquo;enveloppe ext\u00e9rieure. Tu es le contenant. Et m\u00eame, tu es m\u00eamele contenu! Bizarre! Tu joues \u00e0 refaire quelqu&rsquo;un avec les phrases qu&rsquo;ildoit dire et les mouvements qu&rsquo;il doit faire&#8230; Et alors tu vas voir un peu comme c&rsquo;est extraordinairement curieux. Que tu sois dedans, il n&rsquo;y a pas de doute, sinon il y aurait quid&rsquo;autre avec sa chair et ses os. C&rsquo;est donc bien toi que tu es dedansmais si tu es l\u00e0-dedans toi-m\u00eame c&rsquo;est comme quoi que tu y es? Commeune simple r\u00e9citation? Comme une ingurgitation d&rsquo;alcool ou d&rsquo;autredrogue? Comme une transe provoqu\u00e9e par le par-coeur?&nbsp;Car il faut bien que tu y sois puisque tu y es d\u00e9j\u00e0 totalement maisil faut que tu y sois aussi comme un autre, c&rsquo;est \u00e0 dire comme celui \u00e0qui tu joues, celui \u00e0 qui tu veux nous faire croire m\u00eame si peu que cesoit que tu serais. Et pour cela il faut bien que tu te glisses que tu tecoules dans une sorte d&rsquo;ombre, de vertige, d&rsquo;esprit, d&rsquo;incube ou desuccube, dans une sorte d&rsquo;hypoth\u00e9tique peau d&rsquo;un personnage qui n&rsquo;aaucune existence, qui n&rsquo;a m\u00eame pas la peau sur les os.&nbsp;Cela montre un paradoxe de l&rsquo;acteur autrement plus complexe etplus passionnant que celui de Diderot, ce tr\u00e8s pointu penseur que parailleurs j&rsquo;admire.<\/p>\n\n\n\n<p>Amigas e amics bonjorn en totei. Vos presenti Peire Pessemesse e la cola de Rasteu que va legir sa pe\u00e7a:<\/p>\n\n\n\n<p>Quora siau estat jogar quauquei morceus de Nous lesEureu-p\u00e9ens au festenau de Mollans, es estat un jorn important per ieu.Ai rescontrat dei gens, ai vist dei p\u00e8\u00e7as de teatre, e ai crompat La Tesi,lo darrier libre de P.P. qu&rsquo;es un escrivan que m&rsquo;agrada f\u00f2r\u00e7a.&nbsp;P.P. es un escrivan dei grands e sa lenga es lo proven\u00e7au. Salenga es aquela qu&rsquo;ai ausida dins ma joinessa, ont ai trobat totei lesm\u00f2ts qu&#8217;emplegavian nistons e qu&rsquo;eran pas d&rsquo;arg\u00f2t coma o cresiam maid&rsquo;occitan. La lenga de P.P. es una lenga rica, una forma efem\u00e8ra esubran eternala dau reau que de l\u00f2nga cambia, una lenga minerala,vegetala, animala, una lenga d&rsquo;abans Versailles, una mescladissaespelofida, una s\u00f2rga e una f\u00f2nt mai es pas la f\u00f2nt de Nimes&#8230;&nbsp;Es una lenga que bolega e totjorn en trin de cercar e de se faire,una lenga que vos d\u00f2na enveja de legir encara un pauc, de parlar e maid&rsquo;escriure. Es una lenga que vos d\u00f2na d&rsquo;adjuda, que vos pren per la manper vos faire charrar. Es benleu una lenga de reconciliacion, una lengamoderna, una lenga per l&rsquo;avenir, la lenga dau br\u00e8s de deman perque setr\u00f2ba dins aquela lenga, me sembla, l&rsquo;engenh meteis de la lengaproven\u00e7ala. I a pas ges de vertat , i a un tipe au mitan dau mond qu&rsquo;esen trin de faire sortir la lenga&#8230;&nbsp;Quand sa pe\u00e7a LoViatge a Cuba m&rsquo;es estada donada de legir mene siau congostat e ai decidit de la faire coneisser. E uei anatz laconeisser, mai soncament per la legida. Es l&rsquo;ist\u00f2ria de dos pareus vesinsque se parlan plus dempuei mai de vingt ans dins son vilatge e vaquique se retroban dins lo meteis viatge toristic a Cuba. Dau vilatge auvilatge en prenent l&rsquo;ala dau viatge. I a mai de sens aqui dedins que nepodetz pensar!&nbsp;Aquelei quatre, dos per dos, se van fugir, puei se reconciliar e finfinala s&#8217;empegar ensems amb totei lei rons de l&rsquo;isla. Vesem ansin queCuba sota de la sarrada e dau blocatge n\u00f2rd-american es lo pa\u00efs de lareconciliacion.&nbsp;Coma avem decidit de trabalhar amb l&rsquo;ostau de pa\u00efs de Rasteu,son elei que van legir la pe\u00e7a. Ieu legirai leis indicacions escenicas quese dison ara lei didascalias. Vos grandmerceji d&rsquo;estre toteis aqui ambPeire Pessemassa,l&rsquo;ostau de pa\u00efs de Rasteu,&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;AUTEUR-ACTEUR-PHENIX<\/p>\n\n\n\n<p>ou l&rsquo;auteur et l&rsquo;acteur!<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;histoire terrible d&rsquo;un auteur de th\u00e9\u00e2trequi est poss\u00e9d\u00e9 par un acteurqui a un acteur dans le corpsqui a un acteur dans le ventreL\u00e0 log\u00e9 dans le plus profond de cet auteurcet acteur-l\u00e0 pendant longtemps paisiblequi ne dit presque rien pendant plusieurs ann\u00e9eset qui fait son boulot d&rsquo;acteuren laissant l&rsquo;auteur grandirse comporte \u00e0 la perfectionOn lui demande de faire des petits r\u00f4lesil les fait avec plaisiron lui demande de jouer un marchand d&rsquo;entonnoirsil joue le marchand d&rsquo;entonnoirson lui demande de jouer un marchand de ratsil joue le marchand de ratssans sourcillersans discuter sans pinailler sans contesterOn lui choisit des po\u00e8mes \u00e0 direfran\u00e7ais chinois nord-am\u00e9ricains sovi\u00e9tiquespeu lui importe il les apprendil les r\u00e9cite \u00e0 la demande\u00e7a ne lui pose aucun probl\u00e8mesauf que c&rsquo;est, les po\u00e8mes, tr\u00e8s difficile \u00e0 direparce qu&rsquo;on ne sait jamais commentIl joue Tch\u00e9kov, Beckett, Brecht ou Claudeltout ce qu&rsquo;on veut sans h\u00e9siteril joue parfois des pi\u00e8ces \u00e0 moicet auteur dans lequel il vitpas cabotin pas m&rsquo;as-tu-vu sans pr\u00e9tentionil a m\u00eame refus\u00e9 par humilit\u00e9de jouer un r\u00f4lesp\u00e9cialement \u00e9crit pour luile pilote d&rsquo;Hiroshima qui a cherch\u00e9 apr\u00e8s la guerreen commettant des vols \u00e0 main arm\u00e9e\u00e0 se faire condamner et punirpour avoir indiqu\u00e9 que les conditions climatiquesau-dessus d&rsquo;Hiroshima une des trois villes choisies\u00e9taient tr\u00e8s bonnes pour un bombardement(&#8230;) Non il n&rsquo;a aucune exigenceil est dedans l&rsquo;auteur et il lui ob\u00e9itet comme un serviteur z\u00e9l\u00e9il se tient \u00e0 son serviceet quand l&rsquo;auteur monte un autre auteuril se met aussit\u00f4t en quatreil ne recule devant aucun effortil apprend m\u00eame \u00e0 danser les claquettespour jouer Dudley Craving Mac Adamou portant une montagne de masquesil joue le choeur \u00e0 lui tout seul des PersesTout ce qu&rsquo;il faut faire il le faitjamais ne rechigne \u00e0 la t\u00e2cheet s&rsquo;il faut jouer un noir il se proposeil se maquille enti\u00e8rement en noiret m\u00eame en sc\u00e8ne pour faire plus moderneil va toujours dans le bon sens spectaculairepr\u00eat \u00e0 faire tout ce qu&rsquo;on veutaucun auteur aucun metteur en sc\u00e8nene peut souhaiter avoir mieux sur une sc\u00e8neil est en somme un acteur id\u00e9alet quand je conteste il m&rsquo;approuve(&#8230;) Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 de 66 ce fut un \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisifpour moi et pour mon locatairemon cher h\u00f4te permanent acteur priv\u00e9 \u00e2me damn\u00e9eil s&rsquo;op\u00e9ra en lui une transmutation et il se mit \u00e0 na\u00eetrece ne fut pas alors un changement brutalmais une lente \u00e9volution une irr\u00e9sistible croissance\u00e0 partir d&rsquo;une simple image de presque rienvenue de son d\u00e9sir de son imaginairel&rsquo;ombre d&rsquo;un homme dans un coin du th\u00e9\u00e2trepoursuivi par un projecteurElle venait de lui il se voyait traqu\u00e9moi je veux exprimer lui il veut s&rsquo;exhibermoi montrer lui se montrermais cette image-l\u00e0 je m&rsquo;en suis empar\u00e9\u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 la guerre du Vietnamjetait sur notre table aux heures des repasses enfants nus terrifi\u00e9s en larmesses corps calcin\u00e9s au napalmses assassinats en directet ses bonzes en flammesL&rsquo;ombre de mon acteur traversait ces enfersme conduisant de personnage en personnageet survolant le mondeet d\u00e9couvrant le th\u00e9\u00e2tre gigogneun personnage en joue un autre qui en joue un troisi\u00e8me qui en joue un quatri\u00e8metous embo\u00eet\u00e9s comme des poup\u00e9es russesla fameuse distance \u00e0 la port\u00e9e de tousil vit tout le parti qu&rsquo;il pouvait en tireril se mit \u00e0 r\u00eaver \u00e0 je ne sais trop quoiil se vit en h\u00e9ros pour je ne sais pas quiil m&rsquo;obligea \u00e0 revenir \u00e0 la moto\u00e0 la moto de grosse cylindr\u00e9eJ&rsquo;ai du abandonner le chapeau les gants la cravateendosser le blouson, serrer le casque et enfiler les botteshooligan de retour il m&rsquo;a fait basculeret sa saga \u00e0 lui a enfin commenc\u00e9m&rsquo;a sugg\u00e9r\u00e9 de reprendre les Perses \u00e0 troissous le titre de Xerx\u00e8sil jouait Xerx\u00e8s et sa propre m\u00e8re Atossas&rsquo;il avait pu il aurait bien jou\u00e9 son p\u00e8re aussijouer tout et n&rsquo;importe qui n&rsquo;importe quoi&nbsp;(&#8230;) Ce fut la bagarre sans fin pendant dix ansquand il avait un beau r\u00f4letout \u00e9tait bon pour faire du tapage et foutre le bordelm&rsquo;obligeant moi timide et discret\u00e0 taper sur la grosse caisse\u00e0 jouer de la guitare et de tas d&rsquo;autres instruments\u00e0 jouer comme un loup avec ce hurlement&#8230;mais en 76 apr\u00e8s G\u00e9ronimo et pour plusieurs ann\u00e9esle retour \u00e0 la base et fini les grands r\u00f4lesjusqu&rsquo;en 81 puis en 83(&#8230;) Bref il m&rsquo;en a fait voir de toutes les couleurset tout derni\u00e8rement encoreil a voulu jouer au metteur en sc\u00e8ne sur sc\u00e8ne:\u00a0\u00bbJoue pour moi jeune fille\u00a0\u00bb!&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;extraits d&rsquo;un tr\u00e8s long texte in\u00e9dit non jou\u00e9 \u00e9crit en mars 91&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 BENEDETTO th\u00e9\u00e2tre des charmes 84000 AVIGNON<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0<\/p>\n\n\n\n<p>Thierry PAILLARD compagnie le rouge et le vert 13 ARLES<\/p>\n\n\n\n<p>Cher ami, Je vous remercie de m&rsquo;avoir invit\u00e9 \u00e0 la lecture de votre prochain spectacle. Comme je vous l&rsquo;ai dit rapidement \u00e0 la fin, j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 ce travail et souhait\u00e9 que la ville d&rsquo;Arles la premi\u00e8re, sache l&rsquo;aider comme il le m\u00e9rite. Le choix du th\u00e8me est pertinent et renouvelle un peu la vison qui s&rsquo;impose trop souvent de ce \u00ab\u00a0pauvre\u00a0\u00bb Van Gogh, souffrant dans son coin comme un damn\u00e9! Ici au moins on sent la cr\u00e9ation au milieu de la vie quotidienne. Le montage et le rythme sont bons. C&rsquo;est une belle id\u00e9e de montrer cette amiti\u00e9 du facteur et du peintre. La sempiternelle vie passionn\u00e9e de l&rsquo;artiste s&rsquo;enrichit tout \u00e0 coup de la vraie vie entre les gens. Il faut dire que ce Roulin \u00e9tait quelqu&rsquo;un lui aussi d&rsquo;\u00e9tonnant. Vous avez eu raison de suivre la le\u00e7on de Michon. Vous sera-til possible d&rsquo;utiliser un portrait de Roulin? Meilleurs voeux pour la suite!<\/p>\n\n\n\n<p>P.S. Ceci dit je dois vous faire deux remarques. D&rsquo;abord, le titre me para\u00eet faible. En g\u00e9n\u00e9ral il est pr\u00e9f\u00e9rable que le titre ne fasse pas de commentaire sur l&rsquo;oeuvre, et qu&rsquo;il se contente simplement de la d\u00e9signer! Exemple: Le Facteur de Van Gogh! Pour qu&rsquo;on sache de quoi il s&rsquo;agit! Ensuite si vous devez refaire une lecture, demandez-vous si le texte \u00e0 la main n&rsquo;est pas plus efficace que les pupitres, tr\u00e8s tendance? J&rsquo;ai re\u00e7u un groupe polyphonique corse: Voce et Terra. Ils chantaient autour d&rsquo;un pupitre, parce qu&rsquo;ils ne savaient pas les textes par coeur! Et moi j&rsquo;avais l&rsquo;impression que leurs voix ne sortaient ni de leurs poitrines ni de la terre mais du pupitre!<\/p>\n\n\n\n<p>Evidemment la question se pose de savoir s&rsquo;il vaut mieux pour une lecture que le texte sorte d&rsquo;un corps ou d&rsquo;un pupitre? De toute mani\u00e8re, \u00e0 partir du moment ou un texte est prof\u00e9r\u00e9, de n&rsquo;importe quelle mani\u00e8re, il n&rsquo;est plus le texte qui est \u00e9crit! La chair d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;a corrompu de ses haleines&#8230; Oui bien s\u00fbr que le pupitre permet de d\u00e9gager les deux mains&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>PAS DE SPECTATEURS AUX REPETITIONS<\/p>\n\n\n\n<p>Curieux comme il y a des \u00e9vidences qui mettent des d\u00e9cennies pour devenir claires. Dans la nuit du 12 au 13 mai 01 vers minuit trente chez Avedis, tandis que j&rsquo;expliquais la contradiction dans toute r\u00e9p\u00e9tition entre la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9parer la repr\u00e9sentation pendant la r\u00e9p\u00e9tition et la n\u00e9cessit\u00e9 de n&rsquo;en pas tenir compte pour ne se consacrer qu&rsquo;au travail de la r\u00e9p\u00e9tition ici et maintenant, j&rsquo;ai soudain compris pourquoi nous n&rsquo;aimons gu\u00e8re avoir des spectateurs, des t\u00e9moins pendant que nous r\u00e9p\u00e9tons.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;En g\u00e9n\u00e9ral on pr\u00e9texte que les acteurs n&rsquo;aiment pas, que \u00e7a g\u00eane leur travail, qu&rsquo;ils sont dans une phase intime et qu&rsquo;ils n&rsquo;appr\u00e9cient pas d&rsquo;\u00eatre ainsi d\u00e9visag\u00e9s par des esp\u00e8ces de voyeurs. Certes il y a de cela mais ce qu&rsquo;il me parait surtout c&rsquo;est que les personnes \u00e9trang\u00e8res dans la salle deviennent automatiquement des spectateurs. Et tout spectateur comme toute spectatri-ce entra\u00eene presqu&rsquo;automatiquement l&rsquo;acteur ou l&rsquo;actrice \u00e0 jouer, ce qui n&rsquo;est pas du tout souhaitable.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Quand \u00e7a joue \u00e7a ne pr\u00e9pare pas, \u00e7a se consomme, \u00e7a se consume, et donc on perd du temps, on ne travaille pas et on risque de s&rsquo;engager dans une mauvaise direction. C&rsquo;est la r\u00e9p\u00e9tition au risque du spectaculaire! Peut-\u00eatre suis-je en train d&rsquo;enfoncer une porte ouverte?<\/p>\n\n\n\n<p>TETANISME<\/p>\n\n\n\n<p>Le verbe se fait chair, la chair se t\u00e9tanise et si tu n&rsquo;y prends garde elle devient de l&rsquo;os. Des \u00e9clairs sont lanc\u00e9s mais ils ne br\u00fblent pas! Les filles, je leur demande de parler en dansant. Elles parlent, elles bougent et peu \u00e0 peu le verbe prend le dessus, et il t\u00e9tanise le corps. Je connais bien ce ph\u00e9nom\u00e8ne que j&rsquo;ai souvent \u00e9prouv\u00e9 au cours des grandes improvisations. Je suis tellement tendu par la volont\u00e9 de produire un verbe fort qui tienne le coup qu&rsquo;il vient un moment o\u00f9 je m&rsquo;immobilise et je me p\u00e9trifie peu \u00e0 peu. Avec la peur de se casser et de perdre un morceau. J&rsquo;ai compris qu&rsquo;il faut d&rsquo;abord commencer par bouger, par danser et parler ensuite dans le mouvement, mais si on l\u00e2che les mots en premier c&rsquo;est foutu. Le verbe se fait chair et la chair se fait os. L&rsquo;une est paralys\u00e9e par son \u00ab\u00a0lyrisme\u00a0\u00bb de petite ch\u00e8ve de monsieur seguin nianiania et l&rsquo;autre par ses codes de trap\u00e8ze. Paralys\u00e9e par sa comp\u00e9-tence acrobatique! Il faut qu&rsquo;elle prenne conscience de ses imp\u00e9ratifs \u00e0 elle et qu&rsquo;ensuite elle m\u00e9nage un couloir \u00e0 la parole \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sa structure solidement \u00e9tablie. Alors \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de son mouvement, elle \u00e9met de la parole et m\u00eame immobile elle doit continuer \u00e0 trap\u00e9zer, \u00e0 frissonner. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 pour toutes les actrices et pour tous les acteurs de se mettre en mouvement sur sc\u00e8ne m\u00eame en restant immobile. Il faut que \u00e7a bouge d&rsquo;abord et pr\u00e9alablement \u00e0 la prof\u00e9ration du moindre mot, un peu \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un boxeur. Globalement l&rsquo;acteur ne sait ni danser, ni chanter. Sa propension au lyrisme et sa volont\u00e9 de mettre une intonation doivent \u00eatre diverties, effac\u00e9es, transmu\u00e9es. Voir par ailleurs: l&rsquo;acteur est un tuyau.<\/p>\n\n\n\n<p>mer 27 06 00<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ACTEUR EST UN TUYAU<\/p>\n\n\n\n<p>Tu devras lui dire que c&rsquo;est lui le tuyau. Car l&rsquo;acteur ne doit \u00eatre qu&rsquo;un tuyau, sans chair et sans \u00e2me. Rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un tuyau d&rsquo;arrosage qui doit laisser passer les eaux, et il n&rsquo;a pas \u00e0 se pr\u00e9occuper de la temp\u00e9rature, de la qualit\u00e9, de la couleur des eaux qu&rsquo;il conduit! Et ne pas s&rsquo;entartrer, se d\u00e9former, se boucher. L&rsquo;important est qu&rsquo;elles coulent, les eaux!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Et meilleur sera le tuyau, et meilleur sera l&rsquo;acteur. Moins il sera le personnage, plus alors il sera lui-m\u00eame, et par cons\u00e9quent paradoxalement plus il sera le personnage. Difficile \u00e0 faire comprendre. Ils croient qu&rsquo;on veut les emp\u00eacher d&rsquo;\u00eatre eux-m\u00eames, de s&rsquo;exprimer, alors que justement on cherche le contraire qui est de leur permettre d&rsquo;\u00eatre enfin ce qu&rsquo;ils sont dans leurs profondeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On connait cette r\u00e9partie:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comment vas-tu?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Yau de po\u00eble!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le clown qui a ainsi r\u00e9pondu b\u00eatement \u00e0 une question rituelle par cet \u00e9cho, par ce prolongement, par ce jeu de mots a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 tout le secret! Peut-\u00eatre se sentait-il sur la piste comme un tuyau de po\u00eble ou peut-\u00eatre de poils, comme une b\u00eate. Comme un tuyau, comme quelque chose de creux qui laisse passer la parole du personnage qui n&rsquo;existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00c7a passe \u00e0 travers moi. Il a pu constater, ce clown-l\u00e0. Quelque chose passe. Quelque chose parle. Quelque chose joue. Quelque chose tire, comme dit le ma\u00eetre de zen. L&rsquo;archer doit tout faire pour que \u00ab\u00a0\u00e7a tire\u00a0\u00bb, ind\u00e9pendamment de lui, et souvent m\u00eame malgr\u00e9 lui. Et pour cela il faut: devenir transparent, immat\u00e9riel, et d&rsquo;abord perdre toute volont\u00e9 de r\u00e9ussir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le bien faire n&rsquo;est pas de chercher \u00e0 atteindre la cible, mais de permettre le lancement de la fl\u00e8che dans les meilleures conditions. Pas un accroc en toi, pas une asp\u00e9rit\u00e9, pas un d\u00e9sir, pas une intonation, pas une indication de sens, pas une pens\u00e9e m\u00eame, rien! La technique supr\u00eame est le total effacement de toutes les techniques et de toute volont\u00e9 de gagner. Difficile!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Tu seras sur la sc\u00e8ne comme le tuyau d&rsquo;arrosage qui ne fait pas de sentiment, qui accomplit sa seule tache: de laisser couler les eaux&#8230; Ici je pense arroseur arros\u00e9. Je ne sais pas pourquoi. Je ne vois aucun d\u00e9veloppement possible \u00e0 cette image.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Bref tu n&rsquo;as pas \u00e0 apprendre mais \u00e0 d\u00e9sapprendre. Jouvet qui \u00e9crivit quelque chose comme, je crois, la vaine manie d&rsquo;un moi te poss\u00e8de, m\u00e9dite-le. lun 14.05.01<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;EST TOI LE MODELE<\/p>\n\n\n\n<p>Il a fait des stages et des formations de th\u00e9\u00e2tre, de bouffon m\u00e9di\u00e9val, de mime et de clown, de danseur-acteur-chanteur, de clown encore, sur plusieurs ann\u00e9es. Plus une ann\u00e9e dans un conservatoire. Plus ou moins, il pratique le th\u00e9\u00e2tre depuis quinze ans. Il a particip\u00e9 \u00e0 plusieurs spectacles&#8230; et m\u00eame avec des gens connus, qui ont du m\u00e9tier&#8230; Et pendant tout ce temps et avec tous ces gens, il n&rsquo;a rien appris, pas m\u00eame \u00e0 lire \u00e0 l&rsquo;italienne.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ces gens qui auraient d\u00fb l&rsquo;aider et qui ne l&rsquo;ont pas fait, que faisaient-ils? L&rsquo;ont-ils jamais \u00e9cout\u00e9 une seule fois? Comme ils auraient d\u00fb. Ou alors ils ont les oreilles tellement g\u00e2t\u00e9es et corrompues qu&rsquo;ils ne peuvent plus se rendre compte de rien. Ils laissent se d\u00e9rouler la chansonnette presque traditionnelle, sans jamais l&rsquo;interrompre. Il le laisse parler faux.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il met l&rsquo;intonation comme s&rsquo;il r\u00e9citait la petite ch\u00e8vre de monsieur seguin, il fait du lyrisme de pacotille en relevant toutes les fins des phrases et des vers, il parigotise le texte, il met des mots en valeur on se demande pourquoi, il ponctue de ses mains comme un politicien un discours, il laisse parler quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre \u00e0 sa place<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Quand je dis qu&rsquo;il n&rsquo;a rien appris, \u00e7a veut dire qu&rsquo;on ne lui a jamais demand\u00e9 de se mettre au centre de lui-m\u00eame. On ne l&rsquo;a jamais entrain\u00e9 \u00e0 \u00e7a. On ne lui a jamais dit que le personnage n&rsquo;existait pas. Il croit encore que le personnage est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et qu&rsquo;il doit essayer d&rsquo;y entrer dedans, de lui entrer dans la peau. Comme les soldats qui apprennent \u00e0 marcher au pas. La cadence avance \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux, ils y sautent dedans. D&rsquo;o\u00f9 peut bien sortir cette expression: la peau du personnage? De quelle penderie?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On ne lui a jamais dit franchement: l&rsquo;indication que je te donne n&rsquo;est pas une forme dans laquelle tu dois entrer, car c&rsquo;est toi la forme. On ne lui a jamais r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re \u00e0 savoir que c&rsquo;est lui le mod\u00e8le, qu&rsquo;il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;autre. Et moi je devrais lui dire que c&rsquo;est lui le tuyau. dim 13.05.01<\/p>\n\n\n\n<p>JEUNE OU VIEUX C&rsquo;EST PAREIL!<\/p>\n\n\n\n<p>Homme aimable, oeuvre admirable, Omar Khayyam! On l&rsquo;imagine d\u00e9j\u00e0 un peu vieux quand il \u00e9crit ses quatrains. Il fait le bilan, le constat, l&rsquo;\u00e9tat des lieux. Il parle bien, au nom de la vieillesse. Il remue un peu les regrets. Il diffuse m\u00e9lancolie. Il \u00e9ponge la tristesse. Et les vieux qui l&rsquo;\u00e9coutent se disent comme lui Ah c&rsquo;est bien vrai. Il aurait fallu profiter, ne pas se d\u00e9mener pour rien, ne penser qu&rsquo;\u00e0 jouir. De leurs regrets, ils font a posteriori, des r\u00e8gles de conduite. Mais s&rsquo;ils redevenaient jeunes ils recommenceraient pareil, tous leurs exc\u00e8s! Peut-\u00eatre?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Si vous faites des ateliers avec des dames et des messieurs ag\u00e9s, vous verrez comme ils aiment les histoires d&rsquo;amour. Quel que soit le point de d\u00e9part et le sujet, ils n&rsquo;improvisent que de \u00e7a: l&rsquo;amour-l&rsquo;amour. Ils revisitent leurs jeunesses. Et ils fr\u00e9missent et ils revivent. Et ils vivent par le th\u00e9\u00e2tre quelque chose de grand, de parfait, l&rsquo;id\u00e9al. On peut se demander si toutes les histoires de Tristan et d&rsquo;Iseut, ne seraient pas des oeuvres de vieillards. Ou alors de tr\u00e8s jeunes gens en r\u00e9volte. Les vieillards sont des ados, les ados sont des vieillards. Ils se disent: j&rsquo;aurais aim\u00e9 ou j&rsquo;aimerais que ce fut ainsi!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Omar Khayyam peut-il \u00eatre un exemple, un mod\u00e8le pour la jeunesse? Est-il lui-m\u00eame un tr\u00e8s jeune po\u00e8te Oui parce qu&rsquo;il est en r\u00e9bellion. Il fait la profession de foi de quelqu&rsquo;un qui ne veut pas \u00eatre dupe. Il refuse toute croyance, tout dogme, toute id\u00e9e re\u00e7ue. Il est tr\u00e8s jeune. Il entra\u00eene \u00e0 la lucidit\u00e9, il contribue \u00e0 forger des esprits libres et purs, il conseille l&rsquo;amour, la recherche du bonheur simple et la consommation du vin, quintessence de l&rsquo;univers, s\u00e8ve-m\u00eame de la terre. Il n&rsquo;est pas dans le mystique, il est dans l&rsquo;id\u00e9al, il est dans l&rsquo;\u00e9rotique, il est dans le voyage et dans la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Du vin ou du haschisch? Ou n&rsquo;importe quoi d&rsquo;autre, ainsi que pr\u00eachait Baudelaire, enivre-toi, peu importe de quoi&#8230; Et les adultes alors, les femmes et les hommes m\u00fbrs, o\u00f9 sont-ils donc? Ils sont en train de basculer d&rsquo;un id\u00e9al dans un autre id\u00e9al. Et \u00e7a leur parle tr\u00e8s vigoureusement. On les voit bien rentrer \u00e0 la maison, se servir un verre de vin et se dire en le sirotant: Bon alors maintenant, que vais-je faire? Et c&rsquo;est \u00e0 elles et c&rsquo;est \u00e0 eux de d\u00e9cider!<\/p>\n\n\n\n<p>suite<\/p>\n\n\n\n<p>retour accueil<\/p>\n\n\n\n<p>suite<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto, Ecrits IV<\/p>\n\n\n\n<p>textes s\u00e9lectionn\u00e9s et \u00ab\u00a0pos\u00e9s sur la toile\u00a0\u00bb (expression de l&rsquo;auteur) par lui m\u00eame \u00e0 partir de 1999<\/p>\n\n\n\n<p>DANS LA STATUE IL Y A UN HOMME<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Jaur\u00e8s, on se trouve d&#8217;embl\u00e9e dans le sublime et dans le colossal. Cet homme a tout d&rsquo;une statue g\u00e9ante, d&rsquo;un bloc de cristal qui repr\u00e9senterait une conscience humaine \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur, et qui \u00e9mettrait des sons venus des galaxies. Il n&rsquo;\u00e9tait pas tout seul \u00e0 lutter contre la guerre. Ils \u00e9taient tr\u00e8s nombreux. Mais on l&rsquo;a cru capable d&rsquo;en arr\u00eater \u00e0 lui tout seul le processus. La preuve en est qu&rsquo;on l&rsquo;a assassin\u00e9 et que deux jours apr\u00e8s la guerre a \u00e9clat\u00e9. En France il y eut 1 500 000 morts. Et 1 500 000 morts, \u00e7a fait 1 500 000 veuves et combien de millions d&rsquo;orphelins? Les survivants de la der des ders ont regrett\u00e9 sans doute de ne pas l&rsquo;avoir \u00e9cout\u00e9. Et il fut le premier mort. Et martyr de la paix. On a peine \u00e0 imaginer l&rsquo;importance de cet homme en ce temps-l\u00e0. Une importance telle qu&rsquo;un inconnu, propuls\u00e9 par une presse haineuse et par les P\u00e9guy, Daudet, Barr\u00e8s et d&rsquo;autres, ait pu penser qu&rsquo;il suffisait de l&rsquo;\u00e9liminer pour que la guerre puisse se d\u00e9cha\u00eener.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Son importance ne fit alors que cro\u00eetre et la statue se mit \u00e0 se dresser. \u00c7a intimide et \u00e7a p\u00e9trifie m\u00eame. On se dit si je m&rsquo;en approche, si j&rsquo;essaie de regarder de pr\u00e8s ce ph\u00e9nom\u00e8ne, et d&rsquo;escalader jusqu&rsquo;\u00e0 ces cimes, je vais \u00eatre pris de vertige et d\u00e9gringoler de tr\u00e8s haut. La face \u00e0 face appara\u00eet difficile. On a envie de fuir, de passer son chemin&#8230; Et en plus, pour tout couronner, dans notre \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;inhumain chez un homme est donn\u00e9 comme le signe majeur de sa r\u00e9ussite sociale et&#8230; humaine, o\u00f9 on peut voir un grand patron se pr\u00e9senter publiquement comme un tueur pour prouver son excellence, notre grand homme a quelque chose d&rsquo;anachronique surtout avec la barbe, d&rsquo;insolite, d&rsquo;incongrue et de presque surnaturel avec son image de saint qui l\u00e9vite en forme de ballon. Et combien d&rsquo;autres images qui collent au personnage!<\/p>\n\n\n\n<p>Avec lui hommes et femmes se sentaient devenir bons. Ils l&rsquo;ont dit. Parce que nous les humains nous aimons qu&rsquo;on nous parle du fond du coeur, mais avec les poches vides. Il semble la chair-m\u00eame du peuple. Il \u00e9merge de la masse, et il l&rsquo;engendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Sort-il d&rsquo;elle, sort-elle de lui? On ne sait plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on feuillette les tables des mati\u00e8res des biographies, on a l&rsquo;impression de lire un catalogue des vertus. Orateur surdou\u00e9, premier en tout, agr\u00e9g\u00e9 de philosophie, pacifiste, grand vainqueur des m\u00e9chants, visionnaire&#8230; Il donne une impression de perfection totale. En m\u00eame temps qu&rsquo;un orateur et qu&rsquo;un tribun exceptionnel, homme de la parole, il est un homme de l&rsquo;action: initiateur de la Verrerie ouvri\u00e8re, fondateur de l&rsquo;Humanit\u00e9, \u00e9ditorialiste, pol\u00e9miste, historien, militant&#8230; repr\u00e9sentent \u00e9norme et toujours plus gigantissime. Un des plus statufi\u00e9s de notre si\u00e8cle, il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9boulonn\u00e9, et ne le sera sans doute jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah oui c&rsquo;est tr\u00e8s impressionnant. Mais il ne faut pas se laisser impressionner et intimider par cette statue faite de clich\u00e9s \u00e9crasants. Dans la statue il y a un homme. Il ne faut pas abandonner Jaur\u00e8s \u00e0 sa solitude grandiose. Il faut tirer ce nouveau dieu \u00e0 soi et y plonger dedans. Il faut aller voir de plus pr\u00e8s, traverser le mythe et trouver le tissu des \u00e9motions et des pens\u00e9es dont il est fait, essayer de le retrouver au quotidien et tout de suite il faut ouvrir une biographie et la lire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Laquelle? &#8211; N&rsquo;importe laquelle pour commencer. Elles sont toutes bonnes. Dans chacune il y a du bon, Jaur\u00e8s oblige! Il y a un homme plut\u00f4t petit, rond et carr\u00e9, bon vivant et bourreau de travail, tendre et terrible, haut en couleurs et m\u00eame en noir et blanc, grand cerveau et grand coeur encore plus qu&rsquo;on n&rsquo;imagine,<\/p>\n\n\n\n<p>tr\u00e8s \u00e9mouvant et en plus&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on apprend qu&rsquo;il lui manque parfois un bouton, comme \u00e0 Giordano Bruno, qu&rsquo;il a souvent des pantalons tire-bouchonn\u00e9s, qu&rsquo;il lui arrive de s&rsquo;\u00e9ponger le front avec une chaussette, on sent que l&rsquo;investigation de l&rsquo;individu devient plus facile. On entre avec lui dans sa vie. Et on sort de la croyance.<\/p>\n\n\n\n<p>On trouve un homme. On le voit se battre pour la libert\u00e9, pour la justice, pour l&rsquo;\u00e9mancipation de tous les \u00eatres humains, au jour le jour, plong\u00e9 sans r\u00e9ticence dans le r\u00e9el le plus pauvre, avec des hommes et des femmes qu&rsquo;il conna\u00eet, qu&rsquo;il c\u00f4toie, qu&rsquo;il \u00e9coute, et avec lesquels il s&rsquo;explique..<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit chercher, naviguer \u00e0 vue, parer au plus press\u00e9 mais se maintenir toujours au cap de son utopie. On d\u00e9couvre un projet et une m\u00e9thode. Il n&rsquo;a pas de v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tablie. Il n&rsquo;a pas de r\u00e9ponse toute pr\u00eate. Il cherche. On le voit au milieu des choix \u00e0 faire, comme nous, et c&rsquo;est difficile. Les obstacles qu&rsquo;il a rencontr\u00e9s, nous les rencontrons chaque jour. Il \u00e9tait au d\u00e9but de notre si\u00e8cle et il a voulu l&rsquo;arracher \u00e0 son destin de guerre, en se dressant avec toute la puissance des forces populaires et cr\u00e9atrices du 19\u00e8me. Et le 20\u00e8me en naissant l&rsquo;a tu\u00e9 pour lib\u00e9rer d&rsquo;autres forces occultes et devenir ce qu&rsquo;il \u00e9tait, peut-\u00eatre: une accumulation pr\u00e9visible d&rsquo;horreurs. Et crac, le revoici \u00e0 la fin de ce si\u00e8cle. Comme dans un grand film de science-fiction, fulgurant. Quand tout a \u00e9t\u00e9 consum\u00e9, voici Jaur\u00e8s, le chercheur d&rsquo;humanit\u00e9 qui revient.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin du si\u00e8cle avec nous. \u00c7a tombe bien! L&rsquo;ONU vient de d\u00e9cider l&rsquo;an 2000 l&rsquo;ann\u00e9e de la culture de la paix. Et voil\u00e0 Jaur\u00e8s en chair en os et pas en forme de statue, qui nous accueille sur le pas de la porte, \u00e0 la charni\u00e8re des mill\u00e9naires. Il a des id\u00e9es sur la paix, de l&rsquo;exp\u00e9rience, une grande bont\u00e9. Il ne s&rsquo;agit pas de croire en lui mais de travailler avec lui. Et de plonger en lui, d&rsquo;essayer de convaincre et de s&rsquo;attendrir avec lui, de devenir meilleurs, de n\u00e9gocier sans cesse, de chercher la conciliation, de trouver une solution, d&rsquo;enseigner&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Bref d&rsquo;\u00eatre des humains, si on peut dire encore, qui ont le respect de l&rsquo;autre, et de toute vie.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&#8230; et alors cette bouche s&rsquo;ouvre et la parole coule et le souffle et la voix le verbe se fait chair et c&rsquo;est vraiment pas cher et c&rsquo;est encore gratuit quand \u00e7a r\u00e9pand la lumi\u00e8re et l&rsquo;amour comme des milliers de lueurs enfin dans la nuit noire au fond des hommes il y a cette voix peut-\u00eatre le besoin de cette voix oui une voix peut-\u00eatre un souvenir commun&#8230; Aquela votz que parlava occitan amb minaires e pacans, e totei lei trabalhadors dau pa\u00efs sieu. Cette voix qui parlait occitan avec mineurs et paysans et tous les travailleurs de son pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>CHOEUR<\/p>\n\n\n\n<p>Mon cher F\u00e9lix, je t&rsquo;avoue que je n&rsquo;ai pas tr\u00e8s bien compris ton diagnostic! J&rsquo;esp\u00e8re que mon mal n&rsquo;est pas trop grave!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Lorsque je me suis int\u00e9ress\u00e9 au Macbeth de Sh. c&rsquo;\u00e9tait pour en faire un spectacle de notre th\u00e9\u00e2tre gourmand: le banquet de Macbeth avec soupe d&rsquo;orties, ailes de chauve-souris, etc&#8230; Et puis un jour de cet \u00e9t\u00e9 je suis pass\u00e9 au texte pour voir un<\/p>\n\n\n\n<p>peu comment j&rsquo;allais tripoter \u00e7a, et mettre sur pied le spectacle avec des spectateurs convives, participant plus ou moins \u00e0 l&rsquo;action, y compris comme figurants.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;D&#8217;embl\u00e9e, je suis tomb\u00e9 sur les sorci\u00e8res. Forc\u00e9ment, puis-qu&rsquo;elles font la premi\u00e8re sc\u00e8ne o\u00f9 elles annoncent qu&rsquo;elles<\/p>\n\n\n\n<p>vont rencontrer Macbeth. A partir de l\u00e0 je ne pouvais plus m&rsquo;en tenir \u00e0 un vague sc\u00e9nario de repas. Il y a les sorci\u00e8res et elles ne peuvent pas \u00eatre au banquet!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je ne me souviens plus du d\u00e9tail des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es mais enfin je me suis trouv\u00e9 devant le probl\u00e8me suivant: comment jouer le spectacle, un Macbeth tout simplement, avec le minimum d&rsquo;acteurs et d&rsquo;actrices, avec une sorte de choeur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je pense que le probl\u00e8me fondamental du th\u00e9\u00e2tre est celui du choeur. Tr\u00e8s difficile \u00e0 r\u00e9soudre. J&rsquo;ai souvent proc\u00e9der comme si la troupe dans son ensemble, et en permanence sur la sc\u00e8ne, repr\u00e9sentait le choeur: l&rsquo;outil par lequel l&rsquo;histoire se raconte et progresse. En 67 avec Xerx\u00e8s (Les Perses), nous \u00e9tions trois en blouson noir, nous repr\u00e9sentions les vieillards et nous jouions les personnages. En 73 avec Gaston D. la troupe en voyage s&rsquo;arr\u00eate dans une auberge&#8230; En 95 avec Com\u00e9die dans un bus, un choeur se constitue de gens qui vont vivre ensemble une aventure&#8230; Je passe sur tous les autres exemples plus ou moins r\u00e9ussis.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Depuis trois ann\u00e9es, je pratique un choeur un peu diff\u00e9rent, un peu sp\u00e9cial: le choeur fictif, le choeur suppos\u00e9, le choeur<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9sign\u00e9 auquel on s&rsquo;adresse et qui ne r\u00e9pond pas.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans Ciao Amore, le public repr\u00e9sente les invit\u00e9s de la noce auxquels, en particulier, les parents s&rsquo;adressent; dans Terres<\/p>\n\n\n\n<p>Br\u00fbl\u00e9es, la vieille tante s&rsquo;adresse aux ombres du pays (tous les morts) suppos\u00e9es suspendues partout autour; dans Fleur du B\u00e9ton l&rsquo;adolescente cr\u00e9e plusieurs choeurs auxquels elle s&rsquo;adresse elle seule (ses copains et copines, les ombres des habitants partis, les nouveaux habitants lointains).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;A la lecture, on ne peut pas imaginer l&rsquo;importance dramaturgique, c&rsquo;est \u00e0 dire le r\u00f4le dans l&rsquo;action, que ces choeurs<\/p>\n\n\n\n<p>vont jouer lors des repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;un public, d&rsquo;un groupe de spectatrices et de spectateurs pris simplement \u00e0 t\u00e9moins mais d&rsquo;un ensemble de personnes que le personnage consid\u00e8re comme ses parents, alli\u00e9s, amis, etc&#8230; et qui sont donc comme caract\u00e9ristiquement le choeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectateur se trouve mis en position de d\u00e9doublement, de d\u00e9-centrement, ce qui n&rsquo;est peut-\u00eatre pas confortable en cette \u00e9poque!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;J&rsquo;aurais aim\u00e9 faire une sorte de choeur par lequel l&rsquo;action sefait et se raconte. Mais voil\u00e0 il y a les sorci\u00e8res. Et moi je suis<\/p>\n\n\n\n<p>donc tomb\u00e9 sur elles. La rencontre est toujours rude, les r\u00e9sultats souvent \u00e9pouvantables. Moi, je ne m&rsquo;en suis pas trop mal tir\u00e9. Elles sont d&rsquo;un autre monde. Si elles \u00e9taient seules sur sc\u00e8ne pour raconter cette histoire et jouer tous les r\u00f4les \u00e7a ne pourrait \u00eatre qu&rsquo;\u00e0 un congr\u00e9s de sorci\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Aucune ne peut jouer Macbeth car Macbeth est leur jouet, leur cr\u00e9ature, leur souris. Il y a donc le Lord et s&rsquo;il y a le Lord, il y a donc la Lady. Et n\u00e9cessairement Banquo, le personnage quasiment muet mais dont la pr\u00e9sence est fondamentale. Ce qui fait six personnes. Pour que \u00e7a puisse se faire il faut encore quelqu&rsquo;un que j&rsquo;appelle le magicien-tambour (que je joue) pour lui faire jouer plusieurs autres personnages et surtout pour lui faire conduire l&rsquo;activit\u00e9 musicale d&rsquo;une importance capitale.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ah quel dommage que tu n&rsquo;aies pas VU! Ce magicien et les sorci\u00e8res install\u00e9s \u00e0 demeure sur sc\u00e8ne sous une sorte de hutte figur\u00e9e par un faisceau de longues cannes coup\u00e9es le long des ruisseaux. Cannes qui servent aussi de lances aux gardes, de perches de suspension pour divers objets, de poignards&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Macbeth \u00e0 lui tout seul est une formidable enflure baroque, comme une cloque sur une chambre \u00e0 air, qui fait appara\u00eetre que la chambre n&rsquo;est qu&rsquo;une baudruche gonfl\u00e9e! Inocul\u00e9 par les sorci\u00e8res, il interpr\u00e8te l&rsquo;oracle de travers, courcircuite la<\/p>\n\n\n\n<p>trajectoire du destin, se place entre le roi et son successeur l\u00e9gitime, brouille les cartes! Mais son r\u00e8gne, vaine tentative pour occuper le centre, ne sera qu&rsquo;une parenth\u00e8se. A la fin l&rsquo;h\u00e9ritier l\u00e9gitime retrouve ses droits, ses seigneurs, ses amis, ses int\u00e9r\u00eats, ses oripeaux&#8230; Tout rentre dans l&rsquo;ordre. Ca se termine bien! Mais quelle le\u00e7on sur le vide du plein apparent!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Donc Macbeth tue le roi et ensuite il n&rsquo;arr\u00eate plus de tuer, pour affermir son pouvoir. Elle comprend tout de suite qu&rsquo;il n&rsquo;y<\/p>\n\n\n\n<p>avait rien \u00e0 tirer de cette aventure, elle renonce et devient folle d&rsquo;avoir cru et d&rsquo;avoir commis tant de meurtres pour ne poss\u00e9der qu&rsquo;un hochet. Je suis la ri\u00e8ne! dit-elle \u00e0 juste titre.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Pour les \u00e2mes biens n\u00e9es, bien tremp\u00e9es, ambitieuses comme elle -elle qui est d&rsquo;ailleurs le double de son mari et l&rsquo;autre<\/p>\n\n\n\n<p>centre, en somme- pour ces \u00e2mes-l\u00e0, il apparait que le centre-m\u00eame est vide creux inutile, que le pouvoir n&rsquo;est pas une<\/p>\n\n\n\n<p>simple affaire de satisfaction personnelle mais un leurre, et une affaire de clan, de cour, de client\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Voici un couple \u00e0 la sc\u00e8ne, comme l&rsquo;unit\u00e9 des contraires, un double centre comme on en voit peu. Car l&rsquo;homme et la femme, o\u00f9 est le centre quand ils sont \u00e9gaux? C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9nigme m\u00eame de la pi\u00e8ce. Alors pour s&rsquo;en tirer on pr\u00e9sente toujours Lady comme l&rsquo;instigatrice, comme l&rsquo;\u00e2me damn\u00e9e du Lord, ce qui est faux! Il n&rsquo;est pas le jouet de sa femme, ni elle de son mari. Elle comprend plus vite, c&rsquo;est tout.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Et puis il y a la superposition du monde des sorci\u00e8res et de celui des humains. Lequel est le vrai? Le n\u00f4tre sans aucun doute!<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le leur domine, irrigue, ironise, subvertit et submerge le n\u00f4tre. Alors je les garde sur sc\u00e8ne, les sorci\u00e8res. Elles viennent aider \u00e0 l&rsquo;accomplissement de la mission, comme choeur actif, pseudopodes et tentacules du destin.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Pendant la repr\u00e9sentation, du sang vers\u00e9 et des morceaux de cadavres, elles pr\u00e9parent la sangria qu&rsquo;elles servent \u00e0 la fin.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Elles ont le statut ambigu par excellence: elles font les sorci\u00e8res aux yeux band\u00e9s, elles chantent et dansent et puis elles<\/p>\n\n\n\n<p>font tous les personnages en groupes, tous les ensembles (Tous ensemble, tous ensemble, ouais!) c&rsquo;est \u00e0 dire les dames de<\/p>\n\n\n\n<p>compagnie de Lady, les gardes du roi, les assassins affid\u00e9s par Lord, les seigneurs, les guetteurs, les jeunes lords&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On voit les hommes \u00e0 l&rsquo;oeuvre, toutes leurs trajectoires qui se croisent: Macbeth (la dynastie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re), Malcolm (la dynastie \u00e0 court terme), Banquo (la dynastie \u00e0 long terme) et on voit le destin \u00e0 l&rsquo;oeuvre \u00e0 travers, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et au-dessus de ce tissage. Le destin conduit, repr\u00e9sent\u00e9, incarn\u00e9 par cette \u00e9quipe de th\u00e9\u00e2tre de r\u00e9gisseurs, de musiciens et de valets de sc\u00e8ne qui apparaissent les premiers et qui vont tout faire jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, sorte de choeur, pour pr\u00e9parer, pour prendre en mains et animer, pour accueillir et servir les acteurs, leur donner la r\u00e9plique&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il faut imaginer: les temps \u00e0 diverses vitesses comme des trains parall\u00e8les qui s&rsquo;accompagnent, les espaces superpos\u00e9s qui se secouent, les personnages polyvalents, les trajectoires de ces gens, les sorci\u00e8res qui restent une ph\u00e9nom\u00e9nale invention<\/p>\n\n\n\n<p>incompr\u00e9hensible! Et en plus un macbeth noir&#8230; pas parce qu&rsquo;il est noir je l&rsquo;ai pris mais parce qu&rsquo;il est na\u00eff comme le personnage!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ce sur quoi il faudrait r\u00e9fl\u00e9chir c&rsquo;est sur l&rsquo;\u00e9norme diff\u00e9rence qu&rsquo;il y a entre les Nordiques et Nous dans le rapport au choeur, me semble-t-il, et dans le rapport aux morts.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans le rapport au choeur il faudrait \u00e9tudier des pi\u00e8ces de diverses \u00e9poques. Chez les Anglais, Allemands et Fran\u00e7ais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Comment ils \u00e9vacuent la question!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans le rapport aux morts on sait qu&rsquo;il est courant de voir les morts revenir visiter les vivants chez Shakespeare, et sans<\/p>\n\n\n\n<p>doute chez d&rsquo;autres auteurs. Chez nous jamais! Les morts ne reviennent jamais. Ils savent ce que c&rsquo;est que l&rsquo;horreur de la vie. Ils ont v\u00e9cu. Ils ne tiennent pas \u00e0 revivre. C&rsquo;est nous qui allons chez les morts quand nous voulons les consulter, comme Ulysse par exemple, dans Hom\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Moi j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 de voir au Caire l&rsquo;an pass\u00e9 un cimeti\u00e8re dans lequel je me rends souvent dans mes r\u00eaves. C&rsquo;est<\/p>\n\n\n\n<p>une sorte de vrai village en volume, o\u00f9 parait-il il y a de plus en plus de pauvres qui habitent. Mais le mien je crois est plus<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9labr\u00e9. Du moins en certains endroits et l\u00e0-bas je n&rsquo;ai vu et reconnu qu&rsquo;en passant en voiture.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L&rsquo;important dans cette affaire, contrairement \u00e0 ce qui se passe dans le monde du cin\u00e9ma et de la t\u00e9l\u00e9vision, c&rsquo;est<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;appropriation du monde culturel anglo-saxon par le monde culturel m\u00e9diterran\u00e9en, ou du moins la bipolarit\u00e9 culturelle \u00e0 part \u00e9gale! Car il reste cette apparition de Banquo qui n&rsquo;a pas d&rsquo;autre fonction que de repara\u00eetre au plus vite et plusieurs fois aussit\u00f4t que mort!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Les sorci\u00e8res ont-elles \u00e9t\u00e9 appost\u00e9es par Banquo?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Eh bien voil\u00e0 la r\u00e9action que m&rsquo;a sugg\u00e9r\u00e9e ton impression d&rsquo;un abandon du baroque pour une plong\u00e9e dans le classique!<\/p>\n\n\n\n<p>REGENERATION<\/p>\n\n\n\n<p>chez nous on a raval\u00e9 des fa\u00e7ades comme les chinois ravalent p\u00e9riodiquement les ossements de leurs anc\u00eatres<\/p>\n\n\n\n<p>et puis ils les renfouissent mais nous nous transformons tous les b\u00e2timents en s\u00e9pulcres qui se dressent honteux dans leur obsc\u00e9nit\u00e9 mais la pluie ne les dissout pas dans l&rsquo;air du temps<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9j\u00e0 les explosions avaient commenc\u00e9 le travail juste au pied du palais pour la rendre \u00e0 la mort<\/p>\n\n\n\n<p>la ville et l\u00e0-dessus il y a des id\u00e9es bizarres qui courent dans des archi-t\u00eates sur la mani\u00e8re d&rsquo;organiser l&rsquo;urbain on a vu un quartier central devenir une sorte de n\u00e9cropolele centre-ville a eu son premier infarctus<\/p>\n\n\n\n<p>je suis toujours en plein coeur du sujet alors le quartier de la balance le bien nomm\u00e9 a \u00e9t\u00e9 balanc\u00e9 on a oubli\u00e9 o\u00f9 mais il en reste un souvenir<\/p>\n\n\n\n<p>apr\u00e8s ce f\u00fbt le palais paul vidal o\u00f9 se donnait toutes les f\u00eates mon mal vient de plus loin \u00e0 peine au fils d&rsquo;\u00e9g\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>sous les lois de l&rsquo;hymen je m&rsquo;\u00e9tais engag\u00e9e ils ont fait p\u00e9ter les immeubles pour offrir du terrain dans la proximit\u00e9 aux tribus de la mort qui ont plus d&rsquo;or accumul\u00e9que toutes les tribus de la vie rejet\u00e9s loin vers les b\u00e2timents gris ils existent ces b\u00e2timents je les ai vus sous leur nom de po\u00e8te ils existent encore<\/p>\n\n\n\n<p>et sur leurs fa\u00e7ades au soleil il n&rsquo;y a pas une seule fen\u00eatre je n&rsquo;ai jamais cess\u00e9 de red\u00e9couvrir les banlieues<\/p>\n\n\n\n<p>elles ne sont jamais les m\u00eames moi banlieue faite de banlieues leur histoire est aussi la mienne<\/p>\n\n\n\n<p>j&rsquo;appartiens \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an sud qui vient battre tous les remparts de ses grandes vagues sal\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>pour chanter la rengaine des peuples nous sommes l\u00e0 vivants pensez \u00e0 nous ne nous oubliez pas<\/p>\n\n\n\n<p>c&rsquo;est pas des sauvages du tout mais c&rsquo;est moi dont il est question pas des peuplades \u00e9coute bien ni des insectes je ne noue pas avec eux la relation du sociologue ni du missionnaire ni du commer\u00e7ant ni de l&rsquo;ethnologue ni du militaire vainqueur ni du livreur de culture ni du n\u00e9grier encore moins<\/p>\n\n\n\n<p>ni en allant un peu trop loin de l&rsquo;exterminateur partisan of course de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des races<\/p>\n\n\n\n<p>je noue sans forcer la dose la relation de l&rsquo;autre \u00e0 l&rsquo;autre avec moi-m\u00eame et moi-le-m\u00eame<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a me concerne \u00e9troitement il faut le dire je suis en terrain de connaisssance<\/p>\n\n\n\n<p>des connaissances et de la connaissance<\/p>\n\n\n\n<p>c&rsquo;est mon histoire qu&rsquo;il s&rsquo;agit tu vas voir et l\u00e0-dedans y a plein d&rsquo;histoires<\/p>\n\n\n\n<p>dans cette histoire-l\u00e0 la mienne y a plein de noeuds de carrefours de connections<\/p>\n\n\n\n<p>avec plein de chemins partout dans tous les sens o\u00f9 tu peux si tu veux te perdre ou retrouver<\/p>\n\n\n\n<p>mon histoire comme un univers de neurones une corde \u00e0 noeuds une vie<\/p>\n\n\n\n<p>il y a la langue de l&rsquo;\u00e9cole il y a la langue de la vie et puis d&rsquo;autres langues d&rsquo;ailleurs venues<\/p>\n\n\n\n<p>mais les gardiens de la pr\u00e9tendue puret\u00e9 versaillaise veillent encore et m\u00eame ils se font des dict\u00e9es en direct tr\u00e8s subtiles et ils s&rsquo;y font des fautes et des farces et ils rient<\/p>\n\n\n\n<p>ah comme ils sont heureux tous ces cr\u00e2nes savants aux machoires articul\u00e9es trop bien huil\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 radoter des subjonctifs et \u00e0 sucer des platitudes ah oui ton caf\u00e9 fout le camp y a plus rien dans la cafeti\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>h\u00e9las comme bient\u00f4t gueulera mon macduff venu r\u00e9veiller un vivant<\/p>\n\n\n\n<p>je ne peux r\u00e9veiller un mort en v\u00e9rit\u00e9 qui voit autour de lui tous ces cadavres<\/p>\n\n\n\n<p>moi aussi j&rsquo;ai entendu les injures du racisme cr\u00e9tin \u00e0 cause de quoi que mon pays que \u00e7a aurait pu \u00eatre totalement la france \u00e7a le sera jamais tout \u00e0 fait vraiment \u00e7a restera un pays inachev\u00e9 dans moi avec un gros trou qu&rsquo;on aurait pu en attendre beaucoup de ce pays mais il perd de plus en plus des morceaux de sa conscience \u00e9videmmenty en a qui croient que c&rsquo;est pas grave que \u00e7a repoussera peut-\u00eatre la conscience en entier comme les nageoires du tigre mais non<\/p>\n\n\n\n<p>ils sont pas forts en biologie ils savent pas comment que \u00e7a se m\u00e9lange ou comment que \u00e7a se m\u00e9lange pas<\/p>\n\n\n\n<p>des morceaux qui tombent \u00e0 la poubelle de sa conscience \u00e0 lui de responsable \u00e9thique du monde<\/p>\n\n\n\n<p>ce pays qu&rsquo;il aurait pu \u00eatrepour donner un exemple \u00e0 toutes et \u00e0 tous juste un exemple<\/p>\n\n\n\n<p>y en a plus des exemples n\u00e9cessaires ce pays ne veut plus ressembler \u00e0 la France<\/p>\n\n\n\n<p>il veut ressembler \u00e0 n&rsquo;importe quoi adieu adieu je m&rsquo;en vais sans tourner les yeux<\/p>\n\n\n\n<p>je ne sais pas tr\u00e8s bien encore si je serai chercheur d&rsquo;or<\/p>\n\n\n\n<p>ou chasseur de phoques au p\u00f4le nord chef de banque chez rockfeller<\/p>\n\n\n\n<p>ou chef de bande chez les gangsters mais bient\u00f4t je serai millionnaire&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>et pendant ce temps-l\u00e0 des gens quelque part dans le monde en lutte se mettent \u00e0 chanter la marseillaise<\/p>\n\n\n\n<p>et voil\u00e0 que le disque s&rsquo;arr\u00eate dans leur gorge ils se demandent ce qui se passe il se passe que le moteur il a cal\u00e9 dit po po po y en a plus des exemples et en m\u00eame temps y en plus de plus en plus des exemples regarde c&rsquo;est le concept de diff\u00e9rence qui a h\u00e9riss\u00e9 ses cheveux sur leur langue et ils z\u00e9zaient n&rsquo;importe quoi \u00e0 profusion lui il est plus ceci que l&rsquo;autre il est plus cela et l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 alors c&rsquo;est o\u00f9 que vous l&rsquo;avez jet\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>on devient on est devenu une autre r\u00e9publique une et tr\u00e8s divisible comme un troupeau de gnous fon\u00e7ant dans les savanes<\/p>\n\n\n\n<p>harcel\u00e9 par les pr\u00e9dateurs pour accomplir sa migration mais nous les pr\u00e9dateurs<\/p>\n\n\n\n<p>ils nous embrassent sur la bouche l&rsquo;homme est un homme pour l&rsquo;homme<\/p>\n\n\n\n<p>tout le monde tue tout le monde pour la s\u00e9lection de l&rsquo;esp\u00e8ce<\/p>\n\n\n\n<p>qui deviendra ainsi au cours des d\u00e9cennies de plus en plus forte et m\u00e9chante cette esp\u00e8ce<\/p>\n\n\n\n<p>il le faut il le faut pour conqu\u00e9rir les galaxies<\/p>\n\n\n\n<p>et le progr\u00e8s porter toujours plus loin on ne reviendra pas sur la loi du profit<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a nous d\u00e9passe individuellement beaucoup trop nous les individus on n&rsquo;y peut rien faut accepter<\/p>\n\n\n\n<p>peut-\u00eatre oh je dis bien peut-\u00eatre une chance \u00e0 saisir avec eux et moi et nous les pieds dans les p\u00e9riph\u00e9ries<\/p>\n\n\n\n<p>qui sommes jusqu&rsquo;au cou enfonc\u00e9s dans le sujet principal et de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral<\/p>\n\n\n\n<p>int\u00e9r\u00eat et principal la fourmi n&rsquo;est pas pr\u00eateuse eux je te dis qu&rsquo;ils sont debout et que des citoyens ils sont<\/p>\n\n\n\n<p>et ils refusent de se lancer dans la guerre civile dans laquelle on les pousse \u00e0 grands renforts de forces<\/p>\n\n\n\n<p>de mani\u00e8re syst\u00e9matique \u00f4 temps suspends ton vol<\/p>\n\n\n\n<p>si dans leur coeur et dans leur corps et dans leur conscience les banlieues \u00e9taient identiques aux non-banlieues<\/p>\n\n\n\n<p>villages restaur\u00e9s centre-villes immeubles bourgeois h\u00f4tels particuliers zones r\u00e9sidentielles lotissements<\/p>\n\n\n\n<p>elles ne seraient pas ce qu&rsquo;elles sont c&rsquo;est \u00e9vident elles seraient depuis longtemps ces banlieues-l\u00e0<\/p>\n\n\n\n<p>en guerre d\u00e9clar\u00e9e ouverte impitoyable ce qui n&rsquo;est pas le cas et on semble le regretter<\/p>\n\n\n\n<p>mais ni moi ni bien des amis et connaissances on ne pense le mal et beaucoup et beaucoup qu&rsquo;on ne connaitra pas<\/p>\n\n\n\n<p>qui ont encore quelque imagination et grand d\u00e9sir de vie<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9sir aussi intense que celui des ados l\u00e0 o\u00f9 ils ont v\u00e9cu l\u00e0 o\u00f9 ils vivent est leur pays<\/p>\n\n\n\n<p>territoire de leur jeunesse ils sont partie int\u00e9grante de nous<\/p>\n\n\n\n<p>moi par exemple qui suis un cas extr\u00e8me nous sommes tous des cas extr\u00e8mes<\/p>\n\n\n\n<p>consid\u00e8re-toi comme un cas extr\u00e8me et tu te verras autrement<\/p>\n\n\n\n<p>au milieu des probl\u00e9matiques et des horreurs.<\/p>\n\n\n\n<p>SCHEMA DE L&rsquo; INTERVENTION D&rsquo;ANDRE BENEDETTO POUR LE CAIRE<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je parlerai du corps de l&rsquo;acteur selon deux cas:<\/p>\n\n\n\n<p>1. l&rsquo;acteur repr\u00e9sente un personnage muet<\/p>\n\n\n\n<p>2. l&rsquo;acteur repr\u00e9sente un personnage parlant<\/p>\n\n\n\n<p>1. Le corps du personnage muet:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Parmi toutes les pi\u00e8ces que j&rsquo;ai \u00e9crites et mont\u00e9es, il y en a plusieur qui mettent en sc\u00e8ne un personnage fondamental qui ne dit rien, ne prononce pas un seul mot.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sence du personnage n&rsquo;a pas toujours exactement la m\u00eame fonction dans le spectacle et le travail de l&rsquo;acteur garde \u00e0 chaque fois une dimension sp\u00e9cifique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;LE MARCHEUR (1975)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 \u00e0 Avignon un jeune homme inconnu se mit \u00e0 marcher \u00e0 travers la ville dans tous les axes, parcourant des kilom\u00e8tres pendant des heures. En plein Festival il \u00e9tait troublant de voir ce gar\u00e7on prendre la ville enti\u00e8re comme sc\u00e8ne pour y d\u00e9ambuler en sifflant et sans jamais prononcer un seul mot. J&rsquo;\u00e9crivis alors un long po\u00e8me qui devint<\/p>\n\n\n\n<p>le pr\u00e9texte d&rsquo;un spectacle de cl\u00f4ture dans lequel tandis que je disais le texte un acteur marchait sur place sans rien dire, obstin\u00e9 et que les autres faisaient l&rsquo;environnement festivalier.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Alors voyez l&rsquo;acteur marche sur place. Silencieux comme une \u00e9nigme. Et quelqu&rsquo;un parle pour interroger cette marche. Pour essayer de l&rsquo;\u00e9clairer de la comprendre. Pour en tirer du sens des sens. Lui qui marche dans tous les sens. Du sens<\/p>\n\n\n\n<p>oh oui il semble. Qu&rsquo;il ait perdu le sens les sens. Car il n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb de se comporter ainsi. En plein milieu du Festival tout seul. Prendre pour sc\u00e8ne uneville pleine de sc\u00e8nes!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La question qui me pr\u00e9occupait alors \u00e9tait celle-ci: qui de lui ou de nous donne au monde le spectacle, la repr\u00e9sentation n\u00e9cessaire? Est-il en train de nous an\u00e9antir, cette esp\u00e8ce de citoyen-th\u00e9\u00e2tre?<\/p>\n\n\n\n<p>LE MINOTAURE D&rsquo;AVIGNON (1978)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La question m&rsquo;a pr\u00e9occup\u00e9 longtemps. Elle me pr\u00e9occupe encore. En 1978, nous cr\u00e9\u00e2mes un spectacle, en collaboration avec un tr\u00e8s grand nombre d&rsquo;habitants. Ce spectacle qui se d\u00e9roulait en plusieurs lieux de la ville commen\u00e7ait dans notre th\u00e9\u00e2tre am\u00e9nag\u00e9 en ar\u00e8ne dans laquelle le marcheur se remettait en marche, entour\u00e9 cette fois d&rsquo;un choeur d&rsquo;habitants qui regardaient et commentaient l&rsquo;action du personnage. Dans ce cas-l\u00e0 la fonction de l&rsquo;acteur n&rsquo;\u00e9tait pas exactement la m\u00eame. Ni la signification de son acte \u00e0 travers la ville. Il marchait encore. Il n&rsquo;y avait plus une seule personne \u00e0 parler,<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;utilisant un peu comme une illustration. Ils \u00e9taient plusieurs et leurs interrogations quis&rsquo;accrochaient \u00e0 lui ne faisaient qu&rsquo;amplifier le myst\u00e8re. Celui des sens.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il aurait fallu alors questionner les deux acteurs pour leur faire dire comment ils vivaient cet acte muet solitaire. Mais personne n&rsquo;y pensa! Moi j&rsquo;\u00e9tais persuad\u00e9 et je le suis toujours que c&rsquo;est une excellente \u00e9cole pour l&rsquo;acteur d&rsquo;assumer un r\u00f4le de ce type sur la sc\u00e8ne. Il est dans une fonction r\u00e9p\u00e9titive. Il doit affiner son mouvement. L&rsquo;accomplir<\/p>\n\n\n\n<p>jusqu&rsquo;au bout des ongles. Peu \u00e0 peu percevoir des d\u00e9tails inconnus et ciseler le travail comme un orf\u00e8vre. Une qu\u00eate ontologique par l&rsquo;exploration syst\u00e9matique du corps lanc\u00e9 dans un mouvement ne peut \u00eatre que b\u00e9n\u00e9fique pour des \u00eatres dont la t\u00e2che principale est la pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On n&rsquo;a jamais non plus questionn\u00e9 les spectateurs!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Mais voici que d&rsquo;\u00e9nigme la marche de l&rsquo;acteur devient le support de la voix.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;JAURES LA VOIX (1984)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;J&rsquo;avais re\u00e7u commande d&rsquo;une pi\u00e8ce sur Jean Jaur\u00e8s, le socialiste fran\u00e7ais qui, s&rsquo;opposant \u00e0 la guerre de toutes ses forces, fut assassin\u00e9 par un fanatique le 31 juillet 1914. Il me parut tr\u00e8s vite impossible d&rsquo;\u00e9crire les sc\u00e8nes oblig\u00e9es de la vie de cet homme exemplaire. Elles me paraissaient exister d\u00e9j\u00e0 partout&#8230; comme des ic\u00f4nes la\u00efques.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je r\u00e9solus alors, car c&rsquo;\u00e9tait un tr\u00e8s grand orateur, de m&rsquo;en tenir \u00e0 la voix. J&rsquo;\u00e9crivis cinq monologues de 10 minutes chacun dont un enti\u00e8rement sur la voix, les mots, le verbe et plus g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;oralit\u00e9. Je demandai \u00e0 un acteur de repr\u00e9senter cette figure l\u00e9gendaire avec barbe, melon et manteau et de marcher, de tourner sur place comme une<\/p>\n\n\n\n<p>vieille photo, comme un hologramme. Lui, il faisait presque toujours la m\u00eame action.<\/p>\n\n\n\n<p>Autour de nous deux, nous enveloppant, un ballet d&rsquo;acteurs et d&rsquo;actrices jouaient des pantomimes lentes \u00e9voquant la vie de cet homme. Le tout sur fond de musiques r\u00e9p\u00e9titives mais chantantes que j&rsquo;avais compos\u00e9es au synth\u00e9tiseur sur le mode interminable!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La figure repr\u00e9sent\u00e9e par l&rsquo;acteur, un personnage politique tr\u00e8s connu dont on croit d\u00e9j\u00e0 tout savoir, donnait \u00e0 voir de mani\u00e8re palpable la l\u00e9gende d&rsquo;un homme et la marche de l&rsquo;histoire, le ressassement et le pi\u00e9tinement. Cette figure devenait le centre, en volume et en filigrane, d&rsquo;un ensemble d&rsquo;activit\u00e9s ( l&rsquo;acteur muet, la parole, les acteurs dansants, les musiques) qui intervenaient les unes sur les autres de mani\u00e8re al\u00e9atoire. Si j&rsquo;avais alors dispos\u00e9 d&rsquo;un jeu d&rsquo;orgues \u00e9lectronique \u00e0 m\u00e9moire, j&rsquo;aurais compos\u00e9 aussi les \u00e9clairages avec des successions de chenillards.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On comprend que le rapport que nous avons \u00e0 l&rsquo;histoire se trouve ainsi soumis gr\u00e2ce \u00e0 ce jeu de distances, \u00e0 un regard critique dont nous avons le plus grand besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L&rsquo;acteur marche donc sur place. Avec manteau, barbichette et melon. Et l\u00e0 tout au contraire du marcheur, sur lequel la parole se posait des questions, l\u00e0 sur cette figure de l\u00e9gende, la parole s&rsquo;accroche et se d\u00e9pose, et lui colle du myst\u00e8re sur le dos. Ca cr\u00e9e de la distance. On croyait tout savoir. Ca modifie notre regard, et notre rapport \u00e0 l&rsquo;histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Que l&rsquo;on enl\u00e8ve de cette composition le personnage muet et tout s&rsquo;\u00e9croule. Il est et il n&rsquo;est pas le personnage! Car il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;\u00eatre ou de ne pas \u00eatre, mais d&rsquo;\u00eatre et de ne pas \u00eatre! En m\u00eame temps!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans les deux cas, le Marcheur et Jaur\u00e8s, il ne s&rsquo;agit ni d&rsquo;une figuration ni d&rsquo;un mime. Le corps muet qui fait du mime pour compenser la parole perdue n&rsquo;a pour moi gu\u00e8re d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Il exprime la recherche de la communication la plus simple et la plus imm\u00e9diate, la recherche du consensus, la volont\u00e9 de se faire comprendre \u00e0 tout prix. Et bine que ce soit louable, il y a l\u00e0 aussi, si je puis dire, quelque chose de d\u00e9magogique. Il ne me semble pas que les muets fassent du mime. Ils parlent avec leurs mains, avec leurs doigts, avec leurs gestes. Il usent d&rsquo;un langage..<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Pour repr\u00e9senter le Marcheur et Jaur\u00e8s, il faut un vrai travail d&rsquo;acteur et pour assumer un r\u00f4le de ce genre on a besoin d&rsquo;un bon acteur. Car cet acteur doit se lancer dans une action r\u00e9p\u00e9titive, faire sans arr\u00eat la m\u00eame chose. Cela n&rsquo;est pas facile. L&rsquo;acteur ne peut s&rsquo;en tenir \u00e0 une reproduction m\u00e9canique. Peu \u00e0 peu il per\u00e7oit en lui des sensations nouvelles. Des d\u00e9tails inconnus surgissent dans son corps. Il se d\u00e9couvre comme une immensit\u00e9 int\u00e9rieure. Il se rend compte que ce n&rsquo;est pas aussi simple&#8230; Car un simple mouvement est compos\u00e9 de mille petits mouvements.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Alors il doit faire des choix en permanence, affiner son mouvement initial, l&rsquo;accomplir jusqu&rsquo;au bout des ongles, le ciseler comme un orf\u00e8vre et le maintenir identique au milieu de mille autres sollicitations qui apparaissent. Lanc\u00e9 dans une<\/p>\n\n\n\n<p>investi-gation de lui-m\u00eame, il ne peut qu&rsquo;essayer de faire un pas apr\u00e8s l&rsquo;autre, et de le faire enfin correctement ce pas, ce mouvement qui ne cesse de se d\u00e9composer en lui pas apr\u00e8s pas.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le r\u00e9p\u00e9titif comme d&rsquo;ailleurs le ralenti, voil\u00e0 une excellente \u00e9cole pour les acteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Car il ne s&rsquo;agit pas de passer le temps sur la sc\u00e8ne, de r\u00e9aliser une s\u00e9rie de mouvements insolites ou anecdotiques, et de faire n&rsquo;importe quoi&#8230; Pour distraire le monde et lui faire passer le temps. Ou pour faire croire, vieux r\u00eave, qu&rsquo;on \u00e9chappe \u00e0 la pesanteur. La danse moderne s&rsquo;y emploie beaucoup \u00e0 son tour, passer le temps, comme s&rsquo;y est employ\u00e9e en son temps la danse classique avec ses tutus et ses pointes!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le th\u00e9\u00e2tre c&rsquo;est la pesanteur de l&rsquo;\u00eatre. Toutes les pesanteurs aucune acrobatie. Il faut se poser l\u00e0 les pieds plant\u00e9s dans le sol. Et essayer de se sortir de quelque chose qui retient. Essayer de se d\u00e9gager. Et on essaie toujours en vain mais on essaie. De Xerx\u00e8s \u00e0 Vladimir et Estragon, tout est lourd au th\u00e9\u00e2tre, et s&rsquo;enfonce dans la boue. On essaie de se<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9gager, avec ou sans texte. On pi\u00e9tine. On ressasse. Pour trouver une issue. Pas pour passer le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;A la m\u00eame \u00e9poque que notre Jaur\u00e8s on a fait d&rsquo;autres exp\u00e9riences de conjonctions entre paroles dites, lanc\u00e9es, greff\u00e9es sur des corps muets: avec les Naufrag\u00e9s du Radeau de La M\u00e9duse, avec Savorgnan de Brazza dans la jungle, avec une figure bien connue de toute la ville. C&rsquo;est une femme toute v\u00eatue de noir qui arpente les rues charg\u00e9es de sacs<\/p>\n\n\n\n<p>pleins de papiers et de documents. Le personnage parlait dans une fracture. Il partait de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la place,<\/p>\n\n\n\n<p>venait dans un faisceau lumineux vers le hall du th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;o\u00f9 le public le regardait. Il parlait avec des micros H.F. et sa voix \u00e9tait retransmise dans le hall. On entendait la voix tout pr\u00e8s et on voyait le personnage dehors l\u00e0-bas dans le vent et le froid de l&rsquo;hiver. Le personnage venait poser son visage contre la vitre. Et alors on n&rsquo;entendait plus rien. Le<\/p>\n\n\n\n<p>corps muet momifi\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p>MARIE NO MAN&rsquo;S LAND ( 1987)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ce personnage est inspir\u00e9 par Marie l&rsquo;Egyptienne qui touch\u00e9e par la gr\u00e2ce renon\u00e7a \u00e0 son m\u00e9tier de prostitu\u00e9e et se retira au d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans un d\u00e9cor de d\u00e9solation, plut\u00f4t de guerre que de d\u00e9sert, une vieille femme vivote. Un jour elle voit un homme qui la regarde. Elle lui demande de la laisser tranquille, qu&rsquo;elle est vieille, qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus bonne \u00e0 rien, qu&rsquo;elle n&rsquo;a plus aucun go\u00fbt pour l&rsquo;amour, etc&#8230;. L&rsquo;homme ne bouge pas. Il la regarde avec un sourire tr\u00e8s doux.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il n&rsquo;a pas de convoitise visible, il sourit, il d\u00e9couvre. Et son regard engendre la parole. C&rsquo;est elle peut-\u00eatre qui interpr\u00e8te ce regard? Le corps muet engendre le corps parlant. Nous spectateurs nous sommes les t\u00e9moins de cette rencontre. Elle ne s&rsquo;adresse pas \u00e0 nous mais \u00e0 lui. Qui n&rsquo;entend peut-\u00eatre pas? Il y a une immense distance. Sans cette pr\u00e9sence muette, le spectacle n&rsquo;existe pas. On peut dire que d&rsquo;une certaine mani\u00e8re ce corps d&rsquo;homme cr\u00e9e effectivement le d\u00e9sert, la d\u00e9solation, la solitude de l&rsquo;autre. Elle devient visible.<\/p>\n\n\n\n<p>UN AUTISTE UN SOIR (90) LOUISE ET LE YETI (1993)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;J&rsquo;ajoute ici des r\u00e9flexions sur deux autres pi\u00e8ces comportant un personnage muet.<\/p>\n\n\n\n<p>Et auxquelles je n&rsquo;avais pas pens\u00e9 d&rsquo;abord. En 1990 ce fut Un Autiste Un Soir dans lequel, entre une infirmi\u00e8re et un m\u00e9decin, se trouvait un de ces malades qui s&rsquo;enferment dans le mutisme. Cet \u00eatre en souffrance pour peu qu&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 lui nous pose de graves questions et nous transforme nous-m\u00eames en profondeur. Ce genre de personnage<\/p>\n\n\n\n<p>est tr\u00e8s difficile \u00e0 jouer parce qu&rsquo;il est tr\u00e8s difficile sur sc\u00e8ne de ne rien montrer et de se taire. Le moindre d\u00e9tail prend des proportions \u00e9normes.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;J&rsquo;ai pu m&rsquo;en rendre compte moi-m\u00eame quand en 1993 j&rsquo;ai jou\u00e9 un muet d&rsquo;une esp\u00e8ce bien particuli\u00e8re. Je l&rsquo;ai repr\u00e9sent\u00e9, je n&rsquo;ai pas pu faire autrement parce qu&rsquo;il s&rsquo;est impos\u00e9 \u00e0 moi! Il s&rsquo;agissait du Y\u00e9ti, le l\u00e9gendaire homme des neiges du Tibet. Mont\u00e9 sur des cothurnes, mal v\u00eatu, prot\u00e9g\u00e9 par une mauvaise couverture, pauvre extr\u00e8me, tr\u00e8s humain et tr\u00e8s animal, j&rsquo;ai essay\u00e9 de le repr\u00e9senter dans un monolithisme composite, une sorte de st\u00e8le anthropomorphe. Je n&rsquo;ai jamais \u00e9prouv\u00e9 le besoin de parler mais plut\u00f4t d&rsquo;\u00e9mettre des sons \u00e9mergeant de la respiration passant par le g\u00e9missement et allant<\/p>\n\n\n\n<p>jusqu&rsquo;au chant.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans ce genre de r\u00f4le on sent intens\u00e9ment le regard des spectateurs, de mani\u00e8re quasi palpable. Ils veulent voir ils veulent lire ils veulent comprendre. Sans parler de mimique car aucune n&rsquo;est possible, chaque mouvement, chaque geste, chaque esquisse signifie toujours beaucoup plus qu&rsquo;on a pr\u00e9vu et vous fait passer imm\u00e9diatement dans une cat\u00e9gorie identifiable. L&rsquo;inconnu ne peut pas rester inconnu! Comment le maintenir le plus longtemps possible comme \u00e9nigme, comme non-r\u00e9ponse inqui\u00e9tante? Peut-on mesurer tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment les effets de la gestuelle dans laquelle on s&rsquo;engage? Je parle des effets au moment o\u00f9 \u00e7a se fait&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Suis-je le ma\u00eftre de mon geste jusqu&rsquo;au bout des ongles? De ma voix jusqu&rsquo;\u00e0 la moindre vibration des cordes vocales? Je joue. M\u00eame en sachant ce que je dois faire, je ne sais rien. Je me demande que faire? Comment le faire? Comment r\u00e9ussir enfin? Je n&rsquo;ai pas de r\u00e9ponse. J&rsquo;essaie. J&rsquo;aimerais bien fixer tout \u00e7a. Et ensuite m&rsquo;y reposer! Mais je ne peux. Il me faut rester en attente. A l&rsquo;\u00e9coute. Sur le qui-vive&#8230;J&rsquo;ai v\u00e9cu tr\u00e8s intens\u00e9ment cette situation limite! Je n&rsquo;en ai rien th\u00e9oris\u00e9. Je pense qu&rsquo;il faut jouer tout personnage comme s&rsquo;il \u00e9tait muet. Les actrices et les acteurs savent cela mais ils sont bien loin de l&rsquo;admettre \u00e7a! Ils croient que le texte est important! Ils h\u00e9sitent souvent \u00e0 plonger tout seul en eux-m\u00eames. Mais tr\u00e8s souvent aussi les conditions de travail qu&rsquo;on leur offre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>DON JUAN AUX AROMATES (1994)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans ce Don Juan que nous jouons cet \u00e9t\u00e9 encore, le personnage ne dit rien. On dit tout \u00e7a dans le prologue mais sans en donner la raison. Pourquoi reste-t-il muet? Je ne sais pas si tous les spectateurs pourraient r\u00e9pondre \u00e0 cette question!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;En fait Don Juan n&rsquo;est l\u00e0 que comme mythe! Le personnage principal est celui d&rsquo;une femme.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On voit Don Juan jeter son d\u00e9volu sur une adolescente. La soeur ain\u00e9e, m\u00e8re de famille sans doute, s&rsquo;interpose, veut arracher sa petite soeur aux griffes du s\u00e9ducteur. Elle irait m\u00eame pour la sauver jusqu&rsquo;\u00e0 se sacrifier \u00e0 sa place.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Don Juan ne peut pas ouvrir la bouche sinon il fait disparaitre cette femme la seule peut-\u00eatre pour laquelle il existe vraiment, et de mani\u00e8re obsessionnelle. Il est soudain pour elle l&rsquo;objet inconnu, l&rsquo;objet d\u00e9fendu, l&rsquo;objet du d\u00e9sir. Il est devant ses yeux lanc\u00e9 dans une danse permanente. Il ne parle au fond qu&rsquo;\u00e0 une autre! S\u00e9ducteur il incarne totalement l&rsquo;\u00eatre \u00e0 s\u00e9duire. Il incarne la subversion muette. Don Juan n&rsquo;existe que parce qu&rsquo;il y a du d\u00e9sir interdit. Et je suis effar\u00e9 de constater \u00e0 quel point il existe encore dans notre soci\u00e9t\u00e9 occidentale. Pas si lib\u00e9r\u00e9e que \u00e7a!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans ce m\u00eame spectacle je joue le pr\u00e9sentateur, le sganarelle et il m&rsquo;arrive souvent de faire le crabe, c&rsquo;est \u00e0 dire celui qui se place pour qu&rsquo;on juge des \u00e9clairages en r\u00e9p\u00e9titions. Je fais l&rsquo;amer, le rep\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Le corps du personnage parlant:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Pour le cas de l&rsquo;acteur qui repr\u00e9sente un personnage parlant dans lequel le corps de l&rsquo;acteur entre en jeu plus qu&rsquo;il n&rsquo;est de cout\u00fbme habituellement, je prendrai l&rsquo;exemple d&rsquo;un seul spectacle. Celui que j&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 Avignon<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il s&rsquo;agit de RIGOBERTA MET LES VOILES.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;En sortant des studios d&rsquo;une t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 elle vient de parler contre le port du voile, une femme, prise de panique \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que des int\u00e9gristes l&rsquo;aient vu et la reconnaissent, se jette dans l&rsquo;obscurit\u00e9 d&rsquo;une impasse.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;A peine vient-elle d&rsquo;y reprendre ses esprits qu&rsquo;un personnage inqui\u00e9tant la d\u00e9busque. Alors dans un hallucinant face \u00e0 face nord-sud, elle se trouve aux prises avec un purificateur occidental.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je pr\u00e9cise que ce qui m&rsquo;occupe surtout dans cette pi\u00e8ce c&rsquo;est le personnage de l&rsquo;homme. Cet homme qui nous habite tous plus ou moins et de plus en plus et que nous redoutons plus que tout. Celui qui est pr\u00eat \u00e0 liquider tous les humains qui ne rentrent pas dans les normes. On a connu \u00e7a dans l&rsquo;histoire. Aujourd&rsquo;hui la b\u00eate immonde est parmi nous. Elle nous occupe et nous contamine. Elle n&rsquo;a malheureusement pas le visage d&rsquo;un seul parti. Mais bient\u00f4t de tout le monde. C&rsquo;est cela qui en fait l&rsquo;horreur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je me serais raisonnablement bien pass\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire cette pi\u00e8ce et de jouer ce spectacle. Je n&rsquo;ai pas pu faire autrement. Pourquoi au fond je ne sais pas. Je craignais m\u00eame de me retrouver bien seul pour les repr\u00e9sentations. Eh bien non, au contraire. Elles et ils sont venus m&rsquo;apporter l&rsquo;\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour mon travail. Le th\u00e9\u00e2tre!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je joue les deux personnages avec deux costumes superpos\u00e9s. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul d\u00e9cor d&rsquo;ext\u00e9rieur-nuit avec poubelle dans un seul espace et avec un seul projecteur, c&rsquo;est \u00e0 dire un seul \u00e9clairage sans aucun autre effet. Il s&rsquo;agit ici avec ce maximum de param\u00e8tres constants de donner \u00e0 voir au plus pr\u00e8s, \u00e0 mieux lire et appr\u00e9cier l&rsquo;affrontement de ces deux personnages, leur duel dans le corps d&rsquo;un m\u00eame acteur. Rien ne bouge dans cet espace-l\u00e0 que ce corps-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;D&rsquo;abord il y a donc selon le sexe l&rsquo;utilisation de la voix sur deux registres diff\u00e9rents, et l&#8217;emploi d&rsquo;attitudes et de gestes diff\u00e9rentes. On connait tout \u00e7a. On le pratique r\u00e9guli\u00e8rement. Peut-\u00eatre pas pendant deux heures et dans une tension violente.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais enfin si \u00e7a ne rel\u00e8ve que de la seule performance athl\u00e9tique, \u00e7a n&rsquo;ouvre pas de perspectives. Et \u00e7a fait belle lurette qu&rsquo;il m&rsquo;arrive de faire du th\u00e9\u00e2tre comme de la boxe ou du marathon&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Avec Rigoberta c&rsquo;est autre chose, \u00e7a va un peu plus loin. Il faut faire bouillir la temp\u00eate int\u00e9rieure en permanenc, se tenir sous tr\u00e8s haute tension. Pousser un peu l&rsquo;acteur dans ses ressources physiques: les corporelles et vocales, et dans ses r\u00e9serves mentales et psychiques.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il n&rsquo;y a pas un r\u00e9pertoire pr\u00e9-\u00e9tabli de gestes, de mimiques, de sons et de musiques dans lequel je puiserais pour illustrer et pour agr\u00e9menter le texte. Il y a une n\u00e9cessit\u00e9 de prolonger de montrer diff\u00e9remment, sous un autre angle, dans une autre<\/p>\n\n\n\n<p>couleur, selon un autre rythme ce qui est en train de se dire. Et il y a la n\u00e9cessit\u00e9 concomitante d&rsquo;inventer ces prolongements au moment-m\u00eame du jeu, de conserver une grande souplesse, de ne rien fixer, de ne rien<\/p>\n\n\n\n<p>apprendre par coeur. Sauf le texte. Mais aucune m\u00e9lodie pour les chansons pour lesquelles je n&rsquo;ai fix\u00e9 qu&rsquo;un rythme sur lequel je m&rsquo;appuie pour chanter. La m\u00e9lodie, le rythme, la danse. Cela ne va pas de soi. C&rsquo;est difficile. Il faut franchir le pas. Faire ce qui parait sonner faux. D\u00e9passer la honte et l&rsquo;inconvenance. Il faut tout oser ainsi que l&rsquo;osent les enfants quand ils jouent. Ce serait plus simple et plus facile de prendre une guitare mais alors tout ce qui peut na\u00eetre de neuf resterait quelque part dans un sommeil profond.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;J&rsquo;ai beaucoup improvis\u00e9 oralement. Et m\u00eame des spectacles entiers. Alors le verbe qui d\u00e9ferle \u00e0 travers le corps, je parle d&rsquo;un verbe fort et visionnaire, alors ce verbe a parfois tendance \u00e0 paralyser le corps. Le corps entier se met en attente en voie de passage de l&rsquo;oralit\u00e9. Ne bouge plus. T\u00e9tanis\u00e9. Etrange r\u00e9action!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je viens \u00e0 peine de me lancer dans l&rsquo;improvisation dans\u00e9e. Dans quelques jours je pourrais mieux analyser ce qui se passe. A travers ces morceaux de transe corporelle o\u00f9 le corps se d\u00e9m\u00e8ne dans des violentes contradictions, le r\u00e9el, l&rsquo;irr\u00e9el et le surr\u00e9el s&#8217;empoignent et nous serions bien incapables de dire ce qui se passe vraiment et ce que<\/p>\n\n\n\n<p>nous voyions dans ces moments o\u00f9 les m\u00e9moires corporelles viennent \u00e0 la surface pour nous parler. De nous saisis simultan\u00e9ment dans plusieurs espace-temps.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je joue je ne sais rien. Je me demande que faire? Comment le faire? Comment r\u00e9ussir cette fois enfin. Je n&rsquo;ai pas de r\u00e9ponse. J&rsquo;essaie. J&rsquo;aimerais bien fixer tout \u00e7a. Maisje ne peux pas. Il me faut rester en attente. A l&rsquo;\u00e9coute. Sur le qui-vive&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>ANDRE BENEDETTO<\/p>\n\n\n\n<p>RETRAITES<\/p>\n\n\n\n<p>Th\u00e9\u00e2tre des Carmes 84000 Avignon Frances Ashley Andr\u00e9 Benedetto<\/p>\n\n\n\n<p>STAGE DE THE\u00c2TRE AVEC DES RETRAITES 16-20 MARS 1998<\/p>\n\n\n\n<p>VITRY-SUR-SEINE AREV R\u00e9sidence Paul et No\u00e9mie Froment<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ce stage s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 sur 5 s\u00e9ances de 2 heures dont la derni\u00e8re a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ultime r\u00e9p\u00e9tition et la repr\u00e9sentation d&rsquo;un spectacle improvis\u00e9 de 25 min, r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir des suggestions des stagiaires; \u00e0 la satisfaction g\u00e9n\u00e9rale des participants, des responsables et des personnes invit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;LES STAGIAIRES \u00e9taient des personnes retrait\u00e9es, surtout des femmes, d&rsquo;un grand \u00e2ge entre 75 et 90 ans,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;lucides, sans grands probl\u00e8mes de m\u00e9moire, lentes et douces mais passionn\u00e9es, toujours pr\u00eates \u00e0 \u00e9voquer leurs souvenirs et \u00e0 les comparer, mais discr\u00e8tes sur leur profession, leur famille, leur vie priv\u00e9e, facilement bavardes et tent\u00e9es de parler toutes en m\u00eame temps, capables d&rsquo;improviser des personnages propos\u00e9s, souvent handicap\u00e9es physiquement,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;des personnes en repr\u00e9sentation sociale de souvenance et donc desavoir, en repr\u00e9sentation de performance: je viens de loin&#8230;avec humilit\u00e9 en repr\u00e9sentation de handicap physique, montrant des corps qui souffrent comme de la bataille, marqu\u00e9s par le destin: j&rsquo;ai subi, je subis.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;DANS LEUR JEU<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il y a le handicap, la lenteur, la gestion difficile de l&rsquo;espace et la crainte de ne pas faire comme il faut mais l&rsquo;assurance de personnes qui ont v\u00e9cu, qui ont agi, qui ont de l&rsquo;exp\u00e9rience, tout de m\u00eame&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;il y a comme une pratique syst\u00e9matique de la bont\u00e9, de la beaut\u00e9, de la gentillesse, de la f\u00eate, il y a l&rsquo;\u00e9vocation d&rsquo;un monde de r\u00eave dans les rapports sociaux il y a comme une sorte de catharsis invers\u00e9e, au-del\u00e0 de la trag\u00e9die<\/p>\n\n\n\n<p>grandiose, la conviction profonde que la vie est belle, il n&rsquo;y a pas de mal, pas de m\u00e9chancet\u00e9, pas de perversion, pas de<\/p>\n\n\n\n<p>violence, pas de brusquerie, pas de critique, pas de d\u00e9nonciation, pas de m\u00e9disance, pas d&rsquo;\u00e9clat de voix et pas un mot plus haut que l&rsquo;autre, il y a le plaisir de vivre chaque instant.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;LA PEDAGOGIE<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il faut les prendre tels qu&rsquo;ils sont. Ils ne sont pas l\u00e0 pour apprendre mais pour s&rsquo;exprimer. Ils peuvent recevoir quelques conseils.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il faut imp\u00e9rativement avec eux: une patience souriante et attentive, une \u00e9coute de chaque instant, une recherche des talents cach\u00e9s, une incitation \u00e0 faire, \u00e0 jouer, \u00e0 chanter, sans b\u00eatifier, beaucoup d&rsquo;\u00e9gards, de la douceur et rien qui soit pr\u00e9sent\u00e9 comme obligatoire, n&rsquo;imposer ni texte ni mise en sc\u00e8ne&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ce fut pour nous une semaine enrichissante. Il y aurait bien d&rsquo;autres analyses \u00e0 faire et bien des le\u00e7ons \u00e0 tirer. F.A. et A.B. 23.03.98<\/p>\n\n\n\n<p>ACTEUR ENFANT PERDU<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L&rsquo;acteur, \u00eatre qui s&rsquo;est perdu, se cherche<\/p>\n\n\n\n<p>enfant perdu<\/p>\n\n\n\n<p>ombre qui a perdu son ombre<\/p>\n\n\n\n<p>cherche \u00e0 perdre du poids de l&rsquo;ampleur,<\/p>\n\n\n\n<p>d&rsquo;o\u00f9 tr\u00e8s souvent l&rsquo;enflure et le vent dans les voiles<\/p>\n\n\n\n<p>il veut donner du poids \u00e0 sa pr\u00e9sence<\/p>\n\n\n\n<p>et faire obstacle \u00e0 la lumi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>se faire voir au maximum<\/p>\n\n\n\n<p>pour de nouveau avoir une ombre<\/p>\n\n\n\n<p>et pouvoir croire qu&rsquo;il est l\u00e0<\/p>\n\n\n\n<p>si beaucoup le voient<\/p>\n\n\n\n<p>il va peut-\u00eatre se mettre \u00e0 exister<\/p>\n\n\n\n<p>il cabotine forc\u00e9ment sinon qui le verrait personne<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e8s qu&rsquo;il se trouve en sc\u00e8ne<\/p>\n\n\n\n<p>il exag\u00e8re pris d&rsquo;une certaine folie<\/p>\n\n\n\n<p>il ne peut pas se retenir exaltation<\/p>\n\n\n\n<p>il y a l&rsquo;\u00eatre au fond de lui qui se d\u00e9m\u00e8ne et hurle<\/p>\n\n\n\n<p>pour attirer l&rsquo;attention<\/p>\n\n\n\n<p>et qu&rsquo;on sache enfin<\/p>\n\n\n\n<p>qu&rsquo;il y a quelqu&rsquo;un au fond de cette apparence<\/p>\n\n\n\n<p>qu&rsquo;il y a quelqu&rsquo;un au fond de la jarre vide<\/p>\n\n\n\n<p>il veut attirer l&rsquo;attention se faire voir<\/p>\n\n\n\n<p>j&rsquo;avais cette impression avec une chanteuse<\/p>\n\n\n\n<p>je disais \u00e0 ses d\u00e9tracteurs et ricaneurs<\/p>\n\n\n\n<p>mais si je vous assure il y a quelqu&rsquo;un au fond<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le grand art est de plaire<\/p>\n\n\n\n<p>a dit Moli\u00e8re un vrai cabot dit-on<\/p>\n\n\n\n<p>qui a su attirer l&rsquo;attention<\/p>\n\n\n\n<p>de mani\u00e8re d\u00e9finitive<\/p>\n\n\n\n<p>est-ce plaire ou est-ce quoi exactement<\/p>\n\n\n\n<p>qu&rsquo;il faudrait dire?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On a l&rsquo;impression qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de juste milieu possible<\/p>\n\n\n\n<p>ou ne rien faire<\/p>\n\n\n\n<p>ou en faire trop<\/p>\n\n\n\n<p>pas d&rsquo;autre choix<\/p>\n\n\n\n<p>le probl\u00e8me est que dans les deux cas<\/p>\n\n\n\n<p>il ne s&rsquo;agit pas de l&rsquo;intensit\u00e9 ext\u00e9rieure<\/p>\n\n\n\n<p>car on peut en voir qui ne font rien<\/p>\n\n\n\n<p>et d&rsquo;autres qui en font trop<\/p>\n\n\n\n<p>mais qui restent tous dans le juste milieu bien ti\u00e8de<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Alors c&rsquo;est quoi l&rsquo;acteur?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Un enfant perdu! Une f\u00ealure! Un ballon de baudruche qui part dans le cosmos.<\/p>\n\n\n\n<p>28.01.01<\/p>\n\n\n\n<p>DANSE FOOT ET AUTRES SPORTS<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La danse contemporaine est un art, si on peut dire, tr\u00e8s mani\u00e9r\u00e9, pr\u00e9cieux, distingu\u00e9, bcbg bien s\u00fbr et religieux en diable. En exhibant leur corps dans toutes les postures et tous les mouvements, on a l&rsquo;impression qu&rsquo;elles et ils veulent l&rsquo;effacer, le faire dispara\u00eetre en tant que corps, en tant que r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle comme si elles et ils en avaient profond\u00e9ment honte de ce corps charnel. Le transcender pour atteindre dieu peut-\u00eatre? Ils sont des croyants, des adeptes.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La danse contemporaine est aussi ennuyeuse que le football et que tous les autres sports collectifs dans lesquels on voit des gens se d\u00e9mener dans tous les sens et gesticuler comme des d\u00e9ments qui cherchent \u00e0 marquer des points en entrant des buts, pour nous faire croire et se faire croire \u00e0 eux-m\u00eames qu&rsquo;il est en train de se passer quelque chose d&rsquo;important sous nos yeux<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Or il ne se passe rien, strictement rien. C&rsquo;est purement virtuel, et simulacre. Comparons \u00e0 une d\u00e9faite militaire une d\u00e9fait sportive. Dans celle-ci, mauvais th\u00e9\u00e2tre, il peut y avoir des bless\u00e9s et tout \u00e0 fait exceptionnellement un mort. Dans celle-l\u00e0, r\u00e9alit\u00e9 mauvaise, il y a du sang qui coule, et des bless\u00e9s r\u00e9els et souvent des morts en grand nombre.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Avec la danse, avec le foot, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;enjeu. Ils font semblant, ils essaient de se bouger le plus qu&rsquo;ils peuvent, et de transpirer \u00e0 grosses gouttes. Ils sont d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s bien pay\u00e9s pour \u00e7a, ces esp\u00e8ces de moulins \u00e0 vent brassant de l&rsquo;air, ces ventilateurs inutiles. Je revois la sueur de Georges Golovine\u2026 27.02.01<\/p>\n\n\n\n<p>LA VIE EST UN SONGE<\/p>\n\n\n\n<p>Etonnant \u00e0 constater: une grande pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre r\u00e9siste \u00e0 tous les traitements. Mais peut-\u00eatre faut-il la conna\u00eetre avant de voir la repr\u00e9sentation? Alors on la regarde, ou plut\u00f4t on l&rsquo;\u00e9coute se d\u00e9velopper sous tous les masques, costumes, simagr\u00e9es, cris, vocif\u00e9rations, minauderies, lumi\u00e8res, sons, etc\u2026 dont on l&rsquo;affuble<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Nous sommes all\u00e9s voir hier La Vie est un Songe de Calderon, quel chef- d&rsquo;\u0153uvre mais quelle \u00e9preuve:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; la gadg\u00e9tisation sc\u00e9nographique avec rideaux transparents et miroirs derri\u00e8re lesquels de temps en temps \u00e7a joue,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; les feuillets pour repr\u00e9senter la campagne et qui font vraiment latrines des camps militaires, qui ne se font peut-\u00eatre plus,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; le musicien qui ne s&rsquo;arr\u00eate jamais, et qui horripile l&rsquo;oreille, comme un film t\u00e9l\u00e9 am\u00e9ricain,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; les interpr\u00e8tes plant\u00e9s de profil et qui se parlent entre eux, ou carr\u00e9ment vers le fond, et qu&rsquo;on n&rsquo;entend pas,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; celle qu&rsquo;on ne comprend pas, m\u00eame quand elle parle de face vers la salle, mais dont on voit les seins \u00e0 un moment,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; celui qui en sa qualit\u00e9 de h\u00e9ros sauvage hache le texte, le d\u00e9chiquette pour faire plus bestial peut-\u00eatre ou plus douloureux, en larmoyant bien s\u00fbr,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; et l&rsquo;autre qui joue de la guibole comme un clown, mais qui ne fait pas rire.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai quand m\u00eame appr\u00e9ci\u00e9:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; les gardes cagoul\u00e9s de noir pour le terrorisme d&rsquo;\u00e9tat,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; l&rsquo;installation \u00e0 la cour royale de Sigismond sur un praticable en pente, qui repr\u00e9sente son territoire de prisonnier,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; la gestuelle-danse des corps \u00e0 corps,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; le fils toujours aussi d\u00e9pouill\u00e9 dans la victoire finale.<\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet l&rsquo;histoire de La Vie est un Songe. Le roi Basile a enferm\u00e9 son fils Sigismond dans une tour, par crainte d&rsquo;\u00eatre \u00e9vinc\u00e9 par lui. Un jour il le fait endormir, transporter au ch\u00e2teau et mettre sur le tr\u00f4ne. Le fils vertigineux agresse tout le monde et profite de sa nouvelle sup\u00e9riorit\u00e9. Son p\u00e8re lui reproche d&rsquo;\u00eatre ce qu&rsquo;il a fait de lui: une b\u00eate sauvage, et le fait renfermer.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pensais \u00e0 ceux qu&rsquo;un ministre a qualifi\u00e9 de sauvageons, auxquels on reproche de m\u00e9conna\u00eetre la r\u00e8gle sociale (que personne ne respecte!) et d&rsquo;\u00eatre ce qu&rsquo;on a fait d&rsquo;eux dans leurs ghettos\u2026 A.B. 001.02.01<\/p>\n\n\n\n<p>LE PERSONNAGE TRAGIQUE<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir du 15. 01. 02, j\u2019ai vu l\u2019\u00e9mission \u00a0\u00bb Ca me r\u00e9volte \u00a0\u00bb et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 et \u00e9mu par la mani\u00e8re dont des parents qui ont perdu leur logement, ou dont un enfant a disparu, a succomb\u00e9 \u00e0 la drogue, a une maladie g\u00e9n\u00e9tique orpheline*, parlent de leur malheur, de leur souffrance, de leur lutte, de leur regroupement, avec une force d\u2019\u00e2me, un amour et une dignit\u00e9 dans leur situation tragique tels que les vrais h\u00e9ros de th\u00e9\u00e2tre en paraissent p\u00e2lichons.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a peut-\u00eatre que la Camille de Corneille dans Horace, qui soit \u00e0 leur hauteur dans l\u2019amour, l\u2019abn\u00e9gation et l\u2019indignation. Corneille s\u2019est beaucoup interrog\u00e9 sur un d\u00e9faut qu\u2019il sentait dans cette pi\u00e8ce et qui est probablement d\u00fb \u00e0 ce personnage dont l\u2019humanit\u00e9 d\u00e9stabilise l\u2019ensemble. Elle dit durement \u00e0 son fr\u00e8re ce qu\u2019elle pense de ses actes d\u2019h\u00e9ro\u00efsme guerrier, et il la tue. Le reste a-t-il encore un int\u00e9r\u00eat, apr\u00e8s? On pr\u00e9f\u00e8rerait en entendre plus de sa part, car avec elle la vie profonde parle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi l\u2019Infante dans le Cid qui a les grandes dimensions tragiques de l\u2019humain de base si je puis dire. Elle subit son sort avec grandeur. Elle renonce pour Chim\u00e8ne \u00e0 Rodrigue qu\u2019elle aime et qui apr\u00e8s sa victoire pourrait \u00eatre digne d\u2019elle, fille du roi. Elle appara\u00eet avec force dans Fin de Journ\u00e9e. Y-a-t-il d\u2019autres personnages secondaires d\u2019une telle importance dans les autres pi\u00e8ces de Corneille? Je ne sais pas mais je les sens \u00e0 l\u2019\u0153uvre partout. C\u2019est sans doute quand Corneille attaque la grandeur un peu trop empl\u00e2tr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le seul fait de na\u00eetre sans le vouloir et d\u2019avoir d\u2019embl\u00e9e une histoire toute \u00e9crite dans son origine sinon trac\u00e9e, fait de nous toutes et tous des personnages tragiques. Seuls des rares individus incarnent pleinement cette situation tragique avec conscience, d\u00e9termination, dignit\u00e9 et indignation. C\u2019est \u00e0 dire avec une force d\u2019amour et une volont\u00e9 de comprendre et de surmonter qui \u00e9clairent toutes les autres destin\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que la fille qui revient \u00e0 la maison avec le cadavre de son ami, le jeune homme expos\u00e9, appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie des h\u00e9ros du quotidien, d\u2019une extr\u00eame banalit\u00e9 et d\u2019une puissance \u00e9tonnante.<\/p>\n\n\n\n<p>16.01.02<\/p>\n\n\n\n<p>* Il y a environ 8000 maladies g\u00e9n\u00e9tiques dites orphelines pour lesquelles on ne fait gu\u00e8re de recherches, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elles ne touchent que des minorit\u00e9s infimes de malades. Et pour lesquelles la S\u00e9curit\u00e9 Sociale ne fait presque aucun effort pour aider les parents. Rentabilit\u00e9 oblige.<\/p>\n\n\n\n<p>LE MICRO COMME PROTECTION<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9velopp\u00e9 dans Nous les Eureup\u00e9ens, cette id\u00e9e plut\u00f4t rigolote que nous sommes devenus tellement sensibles que nous ne pouvons plus regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face, et encore moins la toucher. C&rsquo;est pour cette raison profonde que nous sommes oblig\u00e9s de nous replier sur nous-m\u00eames, de nous mettre \u00e0 l&rsquo;abri sous les longues visi\u00e8res des casquettes, derri\u00e8re les verres fum\u00e9s des lunettes et surtout derri\u00e8re les \u0153illetons des cam\u00e9ras, et donc devant des \u00e9crans. Car il nous serait insupportable de voir de pr\u00e8s, r\u00e9ellement de pr\u00e8s et bien palpable, tout ce que la t\u00e9l\u00e9vision nous montre. Nous ne pouvons pas imaginer qu&rsquo;on vienne nous d\u00e9poser sur la table pendant notre d\u00eener le moindre cadavre. Par contre, sans fr\u00e9mir et sans l\u00e2cher la fourchette, nous pouvons regarder sur nos \u00e9crans des morts en quantit\u00e9, d\u00e9chiquet\u00e9s, sanglants, pourris. Ils sont tenus \u00e0 bonne distance. Je pensais jusqu&rsquo;ici que les micros \u00e9taient des proth\u00e8ses. Ainsi bien pour les hommes politiques, des maires en particulier, que pour les artistes, les chanteurs qui ne peuvent pas se passer de micros m\u00eame dans une petite salle, m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;acoustique est parfaite. Ils ont besoin de cette proth\u00e8se, ils s&rsquo;y accrochent. Ils croient peut-\u00eatre qu&rsquo;elle les relie directement aux auditeurs, \u00e0 leur entendement secret. Ils croient peut-\u00eatre qu&rsquo;elle les inspire, ou m\u00eame qu&rsquo;elle les justifie. Et qu&rsquo;elle leur donne la parole. En m\u00eame temps il faut bien constater que c&rsquo;est l&rsquo;expression m\u00eame de la sup\u00e9riorit\u00e9, la certitude de pouvoir s&rsquo;exprimer malgr\u00e9 les autres. Qui peut me prendre la parole si c&rsquo;est moi qui tient le micro ? Car le micro appartient au monde de ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir. Le micro est un appendice de Big Brother, et celui qui l&rsquo;a en main, la force est avec lui. Et moi quand on me parle \u00e0 travers le micro, je suis toujours en train de me demander qui essaie de me parler. Et pourquoi il le fait avec ce moyen. Or voici que le 25 janvier 2002, assistant \u00e0 un d\u00e9bat sur l&rsquo;exception culturelle, je me suis dit soudain qu&rsquo;il en \u00e9tait aussi des micros comme des visi\u00e8res et des \u00e9crans. Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;on croit b\u00eatement les micros ne sont pas utilis\u00e9s pour mieux entendre, mais pour faire \u00e9cran, eux aussi. Faire \u00e9cran \u00e0 la voix crue, \u00e0 la chair crue. Pour mettre \u00e0 distance la voix aussi bien du locuteur que de l&rsquo;auditeur. Pour servir de filtre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. C&rsquo;est comme si l&rsquo;oreille charnelle ne pouvait plus recevoir directement le son \u00e9manant d&rsquo;une bouche, d&rsquo;une gorge, des profondeurs d&rsquo;un corps en chair et en os. On peut m\u00eame se demander si le pr\u00e9servatif ne fait pas partie de cette id\u00e9ologie du filtre et de l&rsquo;\u00e9cran. Et qui a n\u00e9cessit\u00e9 l&rsquo;invention du sida. En juillet 68 au Verger d&rsquo;Urbain V, quelques \u00a0\u00bb gauchistes \u00a0\u00bb criaient: Enterrez les micros! Beau programme.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur le Ministre,<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;appr\u00e9cie beaucoup que vous vous soyez d\u00e9plac\u00e9 personnellement pour me remettre les insignes de chevalier dans l&rsquo;ordre des Arts et Lettres, et je vous en remercie chaleureusement.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;accepte cette distinction puisqu&rsquo;elle m&rsquo;est offerte, et au fond qui suis-je pour la refuser, et de quel droit? D&rsquo;autant plus que mes camarades du th\u00e9\u00e2tre on trouv\u00e9 \u00e7a tr\u00e8s honorable, et l&rsquo;estiment bien m\u00e9rit\u00e9e. Et comme dans une certaine mesure, eux c&rsquo;est moi et moi c&rsquo;est eux, eh bien j&rsquo;accepte.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes je suis un peu g\u00ean\u00e9 de me trouver ainsi distingu\u00e9 et d\u00e9sign\u00e9, et de recevoir en plus des t\u00e9moignages d&rsquo;affection, des fleurs et des livres, ce qui me touche beaucoup. Quoi qu&rsquo;on puisse en penser, et m\u00eame si je suis souvent sur la sc\u00e8ne, je n&rsquo;ai jamais cherch\u00e9 \u00e0 me faire remarquer, encore moins \u00e0 attirer l&rsquo;attention ou m\u00eame \u00e0 provoquer qui que ce soit de quelque mani\u00e8re que ce soit. L&rsquo;anonymat est la situation dans laquelle je me sens le mieux. Je n&rsquo;ai pas r\u00e9ussi \u00e0 m&rsquo;y maintenir compl\u00e8tement, mais sans le faire vraiment expr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Simplement il me semble que j&rsquo;ai quelque chose d&rsquo;important \u00e0 montrer en montant sur une sc\u00e8ne, et uniquement comme \u00e7a. Je ne sais pas ce que c&rsquo;est. Car si je le savais, je pourrais le dire sans m&rsquo;exhiber. Moi je dois montrer ce que je pressens sans le voir, et elles et eux dans la salle, ils le voient sans m\u00eame s&rsquo;en rendre compte. Mat\u00e9rialiste et dialecticien autant qu&rsquo;il se peut, je constate que quelque chose pendant le spectacle fonctionne entre nous et en profondeur dont aucune ni aucun d&rsquo;entre nous n&rsquo;a conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce pour cette raison que le th\u00e9\u00e2tre baigne le plus souvent dans une incantation soporifique qui favorise peut-\u00eatre cette subcommunication? Je ne sais pas. Mais si cela \u00e9tait il faudrait h\u00e9las, que je reconnaisse un jour avoir eu tort en refusant d&rsquo;endormir le public avec les violoncelles du lyrisme. J&rsquo;indique humblement cette perplexit\u00e9 relative au sommeil et je la laisse l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre que pour montrer ce quelque chose que les autres peuvent voir, et moi pas, ce qui est le propre de l&rsquo;acteur, j&rsquo;ai \u00e9crit des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Beaucoup de pi\u00e8ces, par n\u00e9cessit\u00e9, car on commence et ensuite, \u00e0 essayer d&rsquo;en r\u00e9ussir vraiment une, on ne peut plus s&rsquo;arr\u00eater. On l&rsquo;\u00e9crit, on la monte pour voir ce que \u00e7a donne. L&rsquo;inconv\u00e9nient est qu&rsquo;ensuite on ne peut pas l&rsquo;effacer. Alors autant en tirer quelques exemplaires pour les participants, pour les amis et pour quelques spectatrices et spectateurs particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant je dois dire que j&rsquo;accepte et re\u00e7ois cette distinction pour ce th\u00e9\u00e2tre et m\u00eame pour cette ville, pour les deux cofondateurs avec moi, Jacqueline et Bertrand, pour la m\u00e9moire de nos morts, Mich\u00e8le Hurault, mon fr\u00e8re Georges, Christian Chamoux, Guy Azavedo, pour celles et ceux qui y travaillent en ce moment, pour celles et ceux qui y ont travaill\u00e9 dans le pass\u00e9, et plus c&rsquo;est loin plus ils ont donn\u00e9, pour celles et ceux qui le soutiennent, qui le financent, pour les programmateurs qui nous ont souvent fait confiance, achet\u00e9 des repr\u00e9sentations, ou m\u00eame pass\u00e9 commande de pi\u00e8ces avec un budget (j&rsquo;ai beaucoup \u00e9crit sur commande mais on ne m&rsquo;a jamais dict\u00e9 les textes), pour les gens d&rsquo;associations tr\u00e8s diverses qui ont souvent fait appel \u00e0 nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour celles et pour ceux qui ont collabor\u00e9 et collaborent avec nous \u00e0 des activit\u00e9s artistiques et culturelles, pour les responsables qui ont fait le voyage parfois de tr\u00e8s loin, ou qui auraient voulu le faire, qui ne peuvent pas \u00eatre l\u00e0, qui le regrettent parce que cette distinction est peut-\u00eatre plus importante que ce que je croyais.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les spectatrices et les spectateurs fid\u00e8les depuis plus de trente cinq ans, pour celles et ceux qui sont revenus au moins une fois, ou venus une seule fois mais qui ne pouvaient pas faire mieux, pour celles et pour ceux qui vont venir encore dans l&rsquo;avenir, et pour la m\u00e9moire du P\u00e8re Jacques qui nous a re\u00e7us ici en septembre 63, qui nous a h\u00e9berg\u00e9s tr\u00e8s longtemps gracieusement, qui a support\u00e9 les critiques \u00e0 cause de nous parce qu&rsquo;il \u00e9tait de celles et de ceux qui lorsqu&rsquo;ils entendent que les \u00eatres humains naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits pensent d&rsquo;abord que \u00e7a s&rsquo;applique \u00e0 tous les autres et pas \u00e0 eux seuls prioritairement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les parents, pour les amis, pour les anc\u00eatres et si vous calculez que vers l&rsquo;an 1111 nous en avions chacune et chacun un peu plus d&rsquo;un milliard (2 parents, 4 arri\u00e8re grands-parents, 8, 16, 32\u2026), vous voyez que \u00e7a fait beaucoup de monde. Si on ajoute les relations plus ou moins amicales, les connaissances, les fonctionnaires dans les diverses administrations et collectivit\u00e9s qui ont contribu\u00e9 et qui contribuent encore \u00e0 notre survie, on se rend compte que \u00e7a fait un nombre astronomique. Alors une seule m\u00e9daille peut-elle suffire ? Certainement car seul le partage total permet la multiplication sans fin pour toutes et pour tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici pour illustrer ce partage, je souhaite que nous tentions pour une seule fois un effet comme on n&rsquo;en voit que sur les grandes sc\u00e8nes, en esp\u00e9rant qu&rsquo;il r\u00e9ussira, l&rsquo;effet d&rsquo;une pluie de poussi\u00e8re d&rsquo;or sur vos t\u00eates, les ors de la R\u00e9publique, car vous \u00eates toutes et tous des exceptions culturelles, des artistes, des gens sensibles parce que vous \u00eates des d\u00e9fenseurs du th\u00e9\u00e2tre qui est souvent une \u00e9cole d&rsquo;\u00e9thique et de d\u00e9mocratie, surtout quand il est bon.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;accepte comme protection, comme armure et comme \u00e9cu, pour les 3 ou 4 d\u00e9cennies qui me restent pour agir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour pouvoir dire \u00e0 tous les th\u00e9\u00e2tres frileux: n&rsquo;ayiez plus peur, achetez nos spectacles, c&rsquo;est fini l&rsquo;atypique, l&rsquo;inclassable, le hors-norme, le subversif, le radical, l&rsquo;engag\u00e9, etc&#8230; Je dois dire au passage que je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 engag\u00e9. Au contraire j&rsquo;ai toujours essay\u00e9 de me d\u00e9gager des carcans, des id\u00e9es re\u00e7ues, des clich\u00e9s, des banalit\u00e9s, des certitudes, des v\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles, et souvent de moi-m\u00eame. Alors je vous le clame: Je rentre dans le rang. R\u00e9cup\u00e9rez-moi vite. Faites-nous des promesses d&rsquo;achat. Nous avons besoin d&rsquo;argent pour cet \u00e9t\u00e9 pour reprendre un spectacle, une vraie trag\u00e9die antique fond\u00e9e sur un \u00e9v\u00e9ne-ment d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s ancien, qui remonte \u00e0 avant le 11 septembre c&rsquo;est vous dire, une pi\u00e8ce n\u00e9cessaire, un affrontement cosmique entre une fille et son p\u00e8re, une nouvelle Antigone\u2026 du vrai th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;ancienne et \u00e0 la moderne!<\/p>\n\n\n\n<p>Au point o\u00f9 j&rsquo;en suis parvenu, je ne peux conclure autrement qu&rsquo;en esp\u00e9rant avec vous Monsieur le Ministre, que votre action au service de la d\u00e9centralisation culturelle puisse s&rsquo;intensifier et se diversifier dans tout le pays, partout, avec toutes et avec tous, citoyennes et citoyens que nous devons consid\u00e9rer non pas comme des consommatrices et des consommateurs mais sans restriction comme des cr\u00e9atrices et des cr\u00e9ateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto<\/p>\n\n\n\n<p>LE LYRISME L&rsquo;HYPNOSE LE SOMMEIL POUR COMMUNICATION<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que j&rsquo;ai quelque chose d&rsquo;important \u00e0 montrer en montant sur une sc\u00e8ne, et uniquement de cette mani\u00e8re. Je ne sais pas ce que c&rsquo;est. Car si je le savais, je pourrais le dire sans m&rsquo;exhiber. Moi je dois montrer ce que je pressens sans le voir, et quand je le leur montre, elles et eux dans la salle, ils le voient sans m\u00eame s&rsquo;en rendre compte. Mat\u00e9rialiste et dialecticien autant qu&rsquo;il se peut, je constate avec stupeur cette irrationnalit\u00e9 que quelque chose pendant le spectacle fonctionne entre nous et en profondeur dont aucune ni aucun d&rsquo;entre nous n&rsquo;a conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce pour cette raison que le th\u00e9\u00e2tre baigne le plus souvent dans une incantation soporifique qui favorise peut-\u00eatre cette subcommunication? Je ne sais pas. Mais si cela \u00e9tait il faudrait h\u00e9las, que je reconnaisse un jour avoir eu tort en refusant d&rsquo;endormir le public avec les violoncelles du lyrisme. Je n&rsquo;aime pas cette fa\u00e7on qu&rsquo;ont la plupart des actrices et des acteurs de relever la fin des phrases, de toujours se tenir comme en suspension, l&rsquo;air inspir\u00e9, presqu&rsquo;en extase, de chercher \u00e0 tout prix \u00e0 produire un discours discursif, \u00e0 faire une d\u00e9monstration au lieu de montrer et de donner \u00e0 voir des images. Oh non je n&rsquo;aime pas cette fa\u00e7on de tenir le spectateur en haleine et en quelque sorte en otage, jusqu&rsquo;au moment de d\u00e9livrer le dernier mot de la p\u00e9riode. Je pr\u00e9f\u00e8re de beaucoup d\u00e9livrer une image apr\u00e8s l&rsquo;autre, sans lyrisme, sans une trace de sensiblerie, sans ce pathos dont ils ne peuvent se passer, sans cette complaisance baveuse qui fait de tout texte dit une sorte de confession de l&rsquo;interpr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel bonheur quand elle ou il se contente de dire, de projeter vers le public un texte d\u00e9pouill\u00e9 de toutes les mucosit\u00e9s et de toutes les morves dont la plupart veulent \u00e0 tout prix l&rsquo;affubler, l&rsquo;orner, le d\u00e9corer, le broder, le passementer au lieu de l&rsquo;articuler simplement pour le donner \u00e0 entendre et le laisser se d\u00e9brouiller tout seul dans les oreilles et les cervelles des spectatrices et des spectateurs. Mais comme je ne tiens pas \u00e0 avoir raison \u00e0 tout prix, il ne m&rsquo;est pas impossible de penser que peut-\u00eatre quelque chose d&rsquo;essentiel ne se manifeste chez les gens du public que si restant dans la tradition on se laisse emporter sur les ailes du lyrisme, et si on plonge tout le monde dans une somnolence qui serait propice \u00e0 la passation des \u00e9nergies et des images. J&rsquo;indique humblement cette perplexit\u00e9 relative a un sommeil qui serait n\u00e9cessaire au th\u00e9\u00e2tre, et contre lequel je me suis beaucoup d\u00e9men\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne pense pas que ce soit en pure perte mais quelle souffrance! On a l&rsquo;impression qu&rsquo;on leur a inculqu\u00e9 cette v\u00e9rit\u00e9 fondamentale: Si tu n&rsquo;as ne serai-ce qu&rsquo;un infime grain de pathos, tu seras sauv\u00e9 et si tu le parigotises alors l\u00e0 ce sera la perfection. Je suis pour la prononciation de chaque syllabe et pour la fermeture de chaque phrase.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ESPACE DU THEATRE DES CARMES<\/p>\n\n\n\n<p>Et les pi\u00e8ces que nous y avons cr\u00e9\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>Il serait difficile d&rsquo;\u00e9tablir un lien clair et direct entre architecture et dramaturgie, entre mes pi\u00e8ces et l&rsquo;espace du Th\u00e9\u00e2tre des Carmes, tel qu&rsquo;il est devenu depuis quelques ann\u00e9es, pas tout \u00e0 fait \u00e0 l&rsquo;italienne, avec des fauteuils et un grand rideau de sc\u00e8ne, rouges. Il n&rsquo;y a jamais eu de coulisse cour. Mais heureusement il y avait une coulisse jardin d&rsquo;o\u00f9 peuvent se faire les entr\u00e9es, c&rsquo;est \u00e0 dire toutes les arriv\u00e9es. Heureusement dis-je car pour moi tout arrive toujours de jardin, du fond m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre, pour s&rsquo;en aller vers cour. C&rsquo;est \u00e0 dire vers l&rsquo;ext\u00e9rieur. Il nous est arriv\u00e9 aussi de faire arriver des personnages de l&rsquo;ext\u00e9rieur\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Difficile d&rsquo;\u00e9tablir le lien architecture-dramaturgie parce que:<\/p>\n\n\n\n<p>1. d&rsquo;abord nous avons utilis\u00e9 ce th\u00e9\u00e2tre sans sc\u00e8ne \u00a0\u00bb traditionnelle \u00a0\u00bb pendant pr\u00e8s de 25 ans, de septembre 63 quand nous nous sommes install\u00e9s, \u00e0 87 lorsque nous avons ouvert l&rsquo;ancienne sc\u00e8ne. Nous jouions en tr\u00e9teaux adoss\u00e9s, et pour cela nous avons construit des sc\u00e8nes de toutes les sortes. Et comme la salle \u00e9tait modelable, nous l&rsquo;avons dispos\u00e9e avec ou sans gradins, en frontal, en rond, en ar\u00e8ne, en \u00e9trave, avec plusieurs plateaux un peu partout, et m\u00eame pendant quelque temps avec une galerie presque tout autour,<\/p>\n\n\n\n<p>2. ensuite parce que nous avons utilis\u00e9 la sc\u00e8ne d&rsquo;origine encore ferm\u00e9e comme petit th\u00e9\u00e2tre et une fois ouverte comme petit amphith\u00e9\u00e2tre, comme cabaret et comme salon de th\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>3. enfin parce que nous avons fait des cr\u00e9ations ailleurs que dans ce th\u00e9\u00e2tre,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Emballage \u00e0 la Bourse du Travail (Salle Franklin) du Havre, 1970,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Gaston D dans le clo\u00eetre des Carmes, 1973,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Le Si\u00e8ge de Montauban, sur la Place Nationale de Montauban, avec quatre sc\u00e8nes mobiles, et le public partout, 1974,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; G\u00e9ronimo \u00e0 Bruxelles, 1974,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Les Zulus des Ulis, dans la Maison pour tout, 1976,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Un Bonjour de B\u00e8gles avec chariots sur les places, 1976,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Les Drapiers Jacobins, en rond sur la Place Nationale, 1976,<\/p>\n\n\n\n<p>puis en couloir \u00e0 Paul Vidal Champfleury, 1977,<\/p>\n\n\n\n<p>puis en italienne au Municipal d&rsquo;Avignon, 1978,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Fusillade \u00e0 Montredon sous chapiteau, 1980,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Les Ecluses du Temps, sous chapiteau, 1981,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Croisi\u00e8re Paul Riquet, sous chapiteau, 1981,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Un Soir le Chantier de Port de Bouc sur 400 m. de front de mer, 1981,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Djebel Amour, sous chapiteau, 1984,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jaur\u00e8s la Voix sur petit chariot n&rsquo;importe o\u00f9, 1984,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Lope de Aguirre dans les bois d&rsquo;Uzeste, 1991<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ciao Amore au Festival de Veroli, Italie, 1994,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Le Montreur d&rsquo;Ours, Uzeste, 1999,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Giordano Bruno, Vitry, 1999,<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pli\u00e9 l&rsquo;architecture du Th\u00e9\u00e2tre des Carmes aux besoins de notre dramaturgie prot\u00e9iforme!<\/p>\n\n\n\n<p>SOUS PRETEXTE DE FORMER DES ADOS<\/p>\n\n\n\n<p>A toutes et \u00e0 tous dans ce pays, d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;ils viennent et quelles que soient leurs origines, il ne suffit pas de vouloir leur faire consommer les produits culturels traditionnels fran\u00e7ais consid\u00e9r\u00e9s par le pouvoir comme sup\u00e9rieurs \u00e0 tous les autres et dits en plus &lsquo;de qualit\u00e9&rsquo; et &lsquo;\u00e9litaires pour tous&rsquo;, non il ne suffit pas y compris par gavage, de vouloir les leur faire consommer. A toutes et \u00e0 tous, et o\u00f9 qu&rsquo;ils soient, il s&rsquo;agit aussi et surtout de leur donner l&rsquo;occasion de cr\u00e9er ce qu&rsquo;ils veulent selon leurs d\u00e9sirs et leurs besoins et selon leurs capacit\u00e9s et leur cultu-re qui vaut bien la culture en place officielle et p\u00e9trifiante ? J&rsquo;ai vu des ados, filles et gar\u00e7ons, faire du th\u00e9\u00e2tre, et j&rsquo;ai constat\u00e9 qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient rien \u00e0 apprendre d&rsquo;important du th\u00e9\u00e2tre professionnel, par contre je pense que les professionnels du th\u00e9\u00e2tre ont beaucoup \u00e0 apprendre de ces ados dans leur mani\u00e8re de voir le monde autour d&rsquo;eux et de se voir eux-m\u00eames avec des distances jamais encore imagin\u00e9es, dans leur fa\u00e7on de se bouger, d&rsquo;occuper l&rsquo;espace et de d\u00e9velopper leur gestuelle. Moi-m\u00eame j&rsquo;ai beaucoup appris \u00e0 leur contact et pas simplement des techniques car eux aussi font de l&rsquo;\u00e9litaire pour tous, mais ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme des nuls, des incultes, en bas de l&rsquo;\u00e9chelle sociale et m\u00eame hors de l&rsquo;\u00e9chelle, rejet\u00e9s dans les no man&rsquo;s land du monde urbi et orbi avec tous les parias de la terre. Cependant l\u00e0 o\u00f9 ils sont, l\u00e0 o\u00f9 on ne veut pas les voir, ils pr\u00e9parent les langages et les arts \u00e0 venir, et le jour o\u00f9 ils auront besoin pour passer le temps ou pour agr\u00e9menter leurs cr\u00e9ations de quelques unes de toutes ces mignardises artistiques nationales qu&rsquo;on veut leur faire ingurgiter de force, ils n&rsquo;auront aucune peine \u00e0 les trouver car elles encombrent tous les rayons, tous les \u00e9crans, toutes les sc\u00e8nes, tous les mus\u00e9es, et pour tr\u00e8s longtemps encore, solidement plant\u00e9es comme chiendent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00d4 STAGIAIRES<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous d\u00e9sirez progresser dans votre art, par vous-m\u00eames, au contact de formateurs et d&rsquo;autres stagiaires qui sont autant de collaborateurs, de partenaires, de t\u00e9moins: N&rsquo;arrivez pas avec des id\u00e9es toutes faites, des croyances et des convictions d\u00e9finitives, des clich\u00e9s, Ne venez pas pour participer \u00e0 une confrontation, \u00e0 une conf\u00e9rence nationale ou \u00e0 un d\u00e9bat t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, Venez avec un esprit d&rsquo;ouverture et de cr\u00e9ativit\u00e9 dans un atelier d&rsquo;art, dans un lieu de pratique o\u00f9 on cherche, o\u00f9 on cr\u00e9e, Mettez-vous en question vous-m\u00eames, et tout ce que vous savez, et tout ce que vous croyez, N&rsquo;attendez pas de le\u00e7on magistrale, ni un dogme infaillible, ni des recettes pour l&rsquo;avenir, Vous \u00eates, vous-m\u00eame, la mati\u00e8re m\u00eame du stage sur laquelle vous allez travailler, la p\u00e2te que vous allez p\u00e9trir, Nous ne nous connaissons pas encore mais nous savons que nous avons un int\u00e9r\u00eat commun: la cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale. Et nous aussi, nous avons \u00e0 apprendre des choses de vous, mais pas plus que nous, vous ne pouvez savoir lesquelles! Elles d\u00e9pendent de vous, de vos personnalit\u00e9s, de nos affinit\u00e9s. On pourrait ouvrir une \u00e9cole pour former les futurs stagiaires! Car quel que soit le stage, j&rsquo;imagine que les probl\u00e8mes doivent se poser de la m\u00eame fa\u00e7on. Sauf l\u00e0 \u00e9videmment o\u00f9 on d\u00e9livre des connaissances \u00e9ternelles!<\/p>\n\n\n\n<p>LECTURE TRES RAPIDE<\/p>\n\n\n\n<p>Hier soir pour terminer, nous avons fait une lecture tr\u00e8s rapide, \u00e0 peine articul\u00e9e, de Joue pour moi jeune fille. On se rend compte avec cet exercice combien l&rsquo;imagination, la lib\u00e9ra-tion du jeu se d\u00e9ploie et devient cr\u00e9atrice dans ces travaux fluides, sans intonation particuli\u00e8re, \u00e0 la va-vite. Bien des d\u00e9ve-loppements, des reliefs, des figures, des gestes, des mani\u00e8res de dire, des intonations apparaissent qui autrement, resteraient cach\u00e9es, enfouies. Il en va de m\u00eame avec la lecture \u00e0 l&rsquo;italienne qui permet d&rsquo;\u00e9couter le texte, de s&rsquo;\u00e9couter en train de le dire. L\u00e0 dans la lecture rapide, et molle, quasi inaudible, on voit on sent comme des bestioles qui cherchent leur voie. Le texte appara\u00eet comme un immense serpent qui se contorsionne en me passant par la bouche. Beurk! Le texte se mat\u00e9rialise autrement que dans une articulation structur\u00e9e, plut\u00f4t comme dans un souffle, qui me souffle des secrets \u00e0 l&rsquo;oreille interne, comme dans une continuit\u00e9 mat\u00e9rielle. Le texte s&rsquo;all\u00e8ge, vibre, se d\u00e9bat, grouille, essaie vraiment d&rsquo;appara\u00eetre, de s&rsquo;incarner, de se montrer comme une fresque. Apprendre \u00e0 lib\u00e9rer le jeu par l&rsquo;italienne, par la lecture tr\u00e8s rapide, par des hypoth\u00e8ses de folies diverses, par le travail de l&rsquo;insolite issu du banal r\u00e9alisme quotidien, par m\u00e9lop\u00e9es et danses, et aussi par ralentis et par rigidit\u00e9s&#8230; Lire \u00e0 plat, ce n&rsquo;est pas lire b\u00eatement sans donner de sens, c&rsquo;est emp\u00eacher qu&rsquo;un sens unique vienne imposer sa direction! Lire, filer, laisser filer l&rsquo;ima-gination \u00e0 son gr\u00e9, voir se d\u00e9velopper le jeu, toutes les possibili-t\u00e9s, montrer et ne pas d\u00e9montrer, ne pas s&rsquo;interdire de faire un geste, en faire un autre \u00e0 sa place! Si je dis: ils sont fous, ils vont jusqu&rsquo;au bout, ils assurent \u00e0 mort, et \u00e7a se prolonge de toutes les mani\u00e8res. Exemples: elle lui fait sauter des p\u00e9tards dans les jambes, ils se canardent \u00e0 la sarbacane, ils gonflent des ballons de baudruche, ils craquent des allumettes, ils se jettent de la farine, des serpentins, etc&#8230; ce sont des hypoth\u00e8ses qui peuvent \u00eatre retenues mais qui peuvent aussi dispara\u00eetre apr\u00e8s avoir aid\u00e9 l&rsquo;exploration du personnage, le d\u00e9veloppement du jeu, l&rsquo;imagination de l&rsquo;acteur. Ils ne font pas la f\u00eate, ces trois-l\u00e0, ils se d\u00e9cha\u00eenent. Pas par m\u00e9chancet\u00e9 mais par passion. Ce n&rsquo;est pas de la parodie, de la rigolade, c&rsquo;est du tr\u00e8s s\u00e9rieux&#8230; cette s\u00e9ance rituelle initiatique inflig\u00e9e \u00e0 la jeune fille. Le Monsieur cherche, le Secr\u00e9taire est l&rsquo;\u00eatre-l\u00e0, l&rsquo;acteur en somme!<\/p>\n\n\n\n<p>SPECTACLE REALITE<\/p>\n\n\n\n<p>Y en a qui doutent d&rsquo;eux-m\u00eames, de leurs pratiques dans la vie, de leurs comportements, qui se demandent s&rsquo;ils sont normaux, si les autres font comme eux, comme elles. Alors ils veulent se compa-rer \u00e0 des vrais vivants, \u00e0 des r\u00e9els et pas \u00e0 des fictifs. Ils veulent voir, se voir, se mesurer, savoir vraiment ce qu&rsquo;il en est. Et bien s\u00fbr il y en a toujours d&rsquo;autres qui sont pr\u00eats \u00e0 fournir les produits d\u00e9sir\u00e9s. A Londres, para\u00eet-il au 19\u00e8me, parfois une famille pauvre \u00e9tait invit\u00e9e \u00e0 vivre pour de vrai telle qu&rsquo;elle-m\u00eame sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre pendant un certain temps. A notre \u00e9poque on peut voir tous les d\u00e9ballages qui se font devant des cam\u00e9ras mises au service de la r\u00e9alit\u00e9. Et de tout temps les ethnologues ont pr\u00e9tendu\u2026 Mais tout cela qui est montr\u00e9, est-ce du r\u00e9el palpable, authentique et banal, ou d\u00e9j\u00e0 de la fiction? LA CROYANCE On leur fait croire d&rsquo;abord qu&rsquo;ils ont une sensibilit\u00e9 \u00e0 \u00e9taler pour \u00e9mouvoir, et ensuite qu&rsquo;il y a des personnages qu&rsquo;ils doivent re-pr\u00e9senter, inventer, mimer, qu&rsquo;ils doivent exhiber. Alors ils s&rsquo;exhibent en clowns, en pitres, en grotesques, en geignards, en cabots, avec des techniques, des mimiques, des contorsions, des costumes, des accessoires, des maquillages, sans parler des d\u00e9cors tr\u00e8s lourds. Ils \u00e9taient des acteurs potentiels dou\u00e9s, ils deviennent des com\u00e9diens, des imitateurs, des bouffis. Et pendant ce temps, des corps \u00e0 t\u00e2tons dans la nuit, qui bougent, qui se cherchent, qui tentent de s&rsquo;inventer entre eux et qui tentent de vivre parce que le vent se l\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>SANS RETENUE ET SANG GLACE<\/p>\n\n\n\n<p>Quand l&rsquo;\u00e9motion ouvre les vannes et les jette dans la transe humide et incontr\u00f4l\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9go\u00fbtant, j&rsquo;en ai vu pleurer, baver, se d\u00e9bonder en sc\u00e8ne, se rouler par-terre et gueuler, le nez d\u00e9gouli-nant de larmes et le nez de morve mais qui ne vont pas jusqu&rsquo;\u00e0 se pisser dessus mais c&rsquo;est tout comme, \u00e7a fait le m\u00eame effet, comment peut-on se laisser aller \u00e0 ce point, \u00e7a me glace. LE BON TON Le bon ton c&rsquo;est le ton convenu! Il y a le ton convenu du politique, le ton convenu du vendeur, le ton convenu du journaliste d&rsquo;autant plus identifiables qu&rsquo;ils cherchent \u00e0 nous faire prendre des vessies pour des lanternes, \u00e0 nous arnaquer, \u00e0 nous mentir. On s&rsquo;en rend compte, on ne dit rien, on accepte, on joue le jeu des dupes. Et ainsi de convention en convention rien ne se dit et rien ne bouge. De m\u00eame il y a un ton convenu de l&rsquo;acteur, c&rsquo;est la langue de bois de la sensiblerie. Ca parle pour ne rien dire, pour bercer, pour endormir. Pour faire croire qu&rsquo;on ressent toutes et tous la m\u00eame chose, qu &lsquo;on est tous d&rsquo;accord, au fond. Et vogue la gal\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>LECTURE TRES RAPIDE<\/p>\n\n\n\n<p>Hier soir pour terminer, nous avons fait une lecture tr\u00e8s rapide, \u00e0 peine articul\u00e9e, de Joue pour moi jeune fille. On se rend compte avec cet exercice combien l&rsquo;imagination, la lib\u00e9ra-tion du jeu se d\u00e9ploie et devient cr\u00e9atrice dans ces travaux fluides, sans intonation particuli\u00e8re, \u00e0 la va-vite. Bien des d\u00e9ve-loppements, des reliefs, des figures, des gestes, des mani\u00e8res de dire, des intonations apparaissent qui autrement, resteraient cach\u00e9es, enfouies. Il en va de m\u00eame avec la lecture \u00e0 l&rsquo;italienne qui permet d&rsquo;\u00e9couter le texte, de s&rsquo;\u00e9couter en train de le dire. L\u00e0 dans la lecture rapide, et molle, quasi inaudible, on voit on sent comme des bestioles qui cherchent leur voie. Le texte appara\u00eet comme un immense serpent qui se contorsionne en me passant par la bouche. Beurk! Le texte se mat\u00e9rialise autrement que dans une articulation structur\u00e9e, plut\u00f4t comme dans un souffle, qui me souffle des secrets \u00e0 l&rsquo;oreille interne, comme dans une continuit\u00e9 mat\u00e9rielle. Le texte s&rsquo;all\u00e8ge, vibre, se d\u00e9bat, grouille, essaie vraiment d&rsquo;appara\u00eetre, de s&rsquo;incarner, de se montrer comme une fresque. Apprendre \u00e0 lib\u00e9rer le jeu par l&rsquo;italienne, par la lecture tr\u00e8s rapide, par des hypoth\u00e8ses de folies diverses, par le travail de l&rsquo;insolite issu du banal r\u00e9alisme quotidien, par m\u00e9lop\u00e9es et danses, et aussi par ralentis et par rigidit\u00e9s&#8230; Lire \u00e0 plat, ce n&rsquo;est pas lire b\u00eatement sans donner de sens, c&rsquo;est emp\u00eacher qu&rsquo;un sens unique vienne imposer sa direction! Lire, filer, laisser filer l&rsquo;ima-gination \u00e0 son gr\u00e9, voir se d\u00e9velopper le jeu, toutes les possibili-t\u00e9s, montrer et ne pas d\u00e9montrer, ne pas s&rsquo;interdire de faire un geste, en faire un autre \u00e0 sa place! Si je dis: ils sont fous, ils vont jusqu&rsquo;au bout, ils assurent \u00e0 mort, et \u00e7a se prolonge de toutes les mani\u00e8res. Exemples: elle lui fait sauter des p\u00e9tards dans les jambes, ils se canardent \u00e0 la sarbacane, ils gonflent des ballons de baudruche, ils craquent des allumettes, ils se jettent de la farine, des serpentins, etc&#8230; ce sont des hypoth\u00e8ses qui peuvent \u00eatre retenues mais qui peuvent aussi dispara\u00eetre apr\u00e8s avoir aid\u00e9 l&rsquo;exploration du personnage, le d\u00e9veloppement du jeu, l&rsquo;imagination de l&rsquo;acteur. Ils ne font pas la f\u00eate, ces trois-l\u00e0, ils se d\u00e9cha\u00eenent. Pas par m\u00e9chancet\u00e9 mais par passion. Ce n&rsquo;est pas de la parodie, de la rigolade, c&rsquo;est du tr\u00e8s s\u00e9rieux&#8230; cette s\u00e9ance rituelle initiatique inflig\u00e9e \u00e0 la jeune fille. Le Monsieur cherche, le Secr\u00e9taire est l&rsquo;\u00eatre-l\u00e0, l&rsquo;acteur en somme!<\/p>\n\n\n\n<p>suite<\/p>\n\n\n\n<p>retour accueil<\/p>\n\n\n\n<p>suite<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto, Ecrits V<\/p>\n\n\n\n<p>textes s\u00e9lectionn\u00e9s et \u00ab\u00a0pos\u00e9s sur la toile\u00a0\u00bb (expression de l&rsquo;auteur) par lui m\u00eame \u00e0 partir de 1999<\/p>\n\n\n\n<p>IL Y A DES TOURISTES QUI CUEILLENT NOS LAVANDES<\/p>\n\n\n\n<p>Tout change avec le temps, les villes aussi bien que les gens. Par exemple, Henry Miller a fait un jour le recensement de toutes les pissoti\u00e8res d&rsquo;Avignon, du fond de Champfleury au pied du Palais des Papes, en passant par la rue de la R\u00e9publique. Il y en avait partout. Et peu \u00e0 peu, elles ont toutes disparu. Et bien des choses ont disparu, sans parler de tous les gens au jour le jour. Il y a longtemps d\u00e9j\u00e0 le quartier de la Balance a \u00e9t\u00e9 racl\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;os et vid\u00e9 de ses petits peuples, exp\u00e9di\u00e9s vers les banlieues lointaines. Le Monument du Centenaire, remplac\u00e9 par un man\u00e8ge, a quitt\u00e9 la Place de l&rsquo;Horloge pour monter la garde aux all\u00e9es de l&rsquo;Oulle. Et la statue de Crillon a quitt\u00e9 la Place du Palais. Plus r\u00e9cemment les barres de Champfleury et puis le stup\u00e9fiant Guillaume Apollinaire de la Rocade, ont \u00e9t\u00e9 explos\u00e9s. On a perdu le Centre National du Th\u00e9\u00e2tre. Quant au Rh\u00f4ne aujourd&rsquo;hui transform\u00e9 en lac, on se souvient qu&rsquo;il fut un torrent et que l&rsquo;\u00e9t\u00e9 68, il nous fit une nuit une crue si violente, qu&rsquo;il emporta la sc\u00e8ne mont\u00e9e sur une petite \u00eele devant le Pont St-B\u00e9n\u00e9zet, o\u00f9 devaient des danseurs danser, lors de l&rsquo;a\u00efoli g\u00e9ant organis\u00e9 pour f\u00eater le d\u00e9part du Living Theatre. Mais dans le m\u00eame temps, on voit d&rsquo;autres choses appara\u00eetre. Les plots le long des trottoirs, ou les bateaux le long du fleuve, qui avaient compl\u00e8tement disparu, qui sont de plus en plus nombreux. Les petits des particuliers, et les gros pour emporter des centaines de touristes, de nuit comme de jour! Et puis la navette fluviale. Mais ce qu&rsquo;on voit prolif\u00e9rer de plus \u00e9trange sur les murs de la ville, naevi bruns, m\u00e9tastases d&rsquo;un mal inconnu, ce sont des peintures de personnages qui pendant quelques nuits ont hant\u00e9 la Cour d&rsquo;Honneur, et qui apparaissent comme autant de fen\u00eatres ouvertes sur des huis-clos saint-sulpiciens. Par contre les remparts, eux, ne bougent pas, sauf quelques poternes perc\u00e9es ici et l\u00e0, quelques pelouses, les remparts qui nous permettent ici au moins de distinguer vraiment l&rsquo;intra et l&rsquo;extra-muros, le centre et la ban-lieue. Les remparts qui, plus qu&rsquo;une fronti\u00e8re, sont un nouveau concept. Il y a ainsi des Av., des gens que je connais, qui se demandent s&rsquo;il y a un monde \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur des remparts, et m\u00eame quelques uns qui sont convaincus que non, tellement ils se sentent bien, et \u00e0 l&rsquo;abri. R\u00e9cemment on a vu appara\u00eetre le Garde du Palais en habit du quatorzi\u00e8me si\u00e8cle, le chapeau \u00e0 plume sur la t\u00eate et la pertuisane \u00e0 la main, et l\u00e0 soudain on a senti qu&rsquo;on entrait dans une nouvelle \u00e9poque sous le signe d\u00e9finitif du patrimoine. Car avant tout d&rsquo;abord, il reste le Palais. Il reste l\u00e0, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 et magnifi\u00e9. Il reste le c\u0153ur m\u00eame de la cit\u00e9, comme r\u00e9f\u00e9rence supr\u00eame, comme arbitre des \u00e9l\u00e9gances, comme le chef d&rsquo;orchestre de la transformation. Je ne saisis peut-\u00eatre que quelques apparences en me promenant dans mes souvenirs, dans mes r\u00e9serves d&rsquo;images, je constate. Mais jusqu&rsquo;\u00e0 quel point suis-je dans cette ville? Comment la conna\u00eetre si je suis en plein de-dans? Ou si je suis en plein dehors? Entre deux eaux, voil\u00e0, et ni dans tous les lieux, ni dans tous les milieux. Mais les int\u00e9rieurs percent les murs et se montrent. On voit des choses tr\u00e8s secr\u00e8tes. Il y a quelques ann\u00e9es, un conservateur eut l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;ouvrir les portes du Palais et de permettre \u00e0 tous les Av. le passage \u00e0 travers la Cour. Mais \u00e7a ne dura pas et elles furent referm\u00e9es. Ce devait \u00eatre contraire \u00e0 toutes les r\u00e8gles. Car alors adieu peut-\u00eatre tous les myst\u00e8res, les r\u00e9serves de froid et de fant\u00f4mes s\u00e9culaires, les miasmes et les mauvaises consciences au fond des vieilles pierres. Mais qui donc d\u00e9cide des r\u00e8gles? Les villes changent, elles deviennent peut-\u00eatre ce qu&rsquo;elles doivent \u00eatre mais selon quels crit\u00e8res. Qui donc d\u00e9cide de la forme et du plan de travail? Qui inspire? Qui est le ma\u00eetre d&rsquo;\u0153uvre? Qui suscite, qui orchestre les changements? Qui donne tous les ordres? Est-ce le Palais, qui occupe tous les esprits? Petit insecte pr\u00eat \u00e0 l&rsquo;envol, le Pont c&rsquo;est rigolo. Mais le Palais c&rsquo;est du s\u00e9rieux\u2026 du colossal. La ville se transforme, s&rsquo;exprime, s&rsquo;exhibe, s&rsquo;affuble et s&rsquo;affable pour devenir ce qu&rsquo;elle doit \u00eatre, en fonction de certains besoins. Elle est parcourue par ses agents, couturi\u00e8res, ma\u00e7ons, visionnaires, planificateurs, conseillers et quantit\u00e9s d&rsquo;autres qui ne se concertent pas forc\u00e9ment. Des forces sont \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre de mille mani\u00e8res, tirent \u00e0 hue et \u00e0 dia, des choix se font, des m\u00e9moires en viennent aux mains. Et, fa\u00e7on de parler, \u00e7a avance! Un lifting permanent. Et tandis que \u00e7a se pare et que \u00e7a se technologise, que tout \u00e7a se passe, qui travaille et qui se r\u00e9alise pour mieux vendre sans doute, la vie continue comme avant, avec ses humains tous plus int\u00e9ressants les uns que les autres, hantant les march\u00e9s, les bistrots, les lieux de loisirs. Et c&rsquo;est dans ce quotidien-l\u00e0 qu&rsquo;on a le plus l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre sur une autre plan\u00e8te, la vie. Il est loin le temps de l&rsquo;industrialisation, o\u00f9 un illumin\u00e9 sugg\u00e9rait de faire arriver le train sur les remparts. Aujourd&rsquo;hui tout au sud, le train plonge dans un no man&rsquo;s land et se pose pr\u00e8s d&rsquo;un paquebot renvers\u00e9 la quille en l&rsquo;air. Et alors tu te demandes si les Av. ne sont pas les anciens naufrag\u00e9s de ce vaisseau du futur, r\u00e9fugi\u00e9s sur une \u00eele d\u00e9serte&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>FAUT-IL TUER L&rsquo;AIGLE?<\/p>\n\n\n\n<p>Hier soir au Th\u00e9\u00e2tre des Carmes, selon une liturgie de Liliane Fendler-Bussi, dans une structure et mati\u00e8res d&rsquo;Anne Latour, Annick Giordano dans une chambre pos\u00e9e au milieu de l&rsquo;espace, jouait la C\u00e9r\u00e9monie, ou les d\u00e9votions de Fran\u00e7oise d&rsquo;Aubign\u00e9, veuve Scarron, marquise de Maintenon. On entendait la pluie tomber, le magn\u00e9tophone claquer \u00e0 chaque ar-r\u00eat. On voyait par les vasistas dans le toit fr\u00e9mir les \u00e9clairs bleus de l&rsquo;orage et par la lucarne du po\u00eale \u00e0 mazout se tortiller les flammes jaunes. Et tout cela autour, pour moi, ces bruits et ces lueurs, ces sons et ces images, accen-tuait encore la solitude de cette femme confite dans sa triste situation et dans sa chambre, accentuait le caract\u00e8re isol\u00e9 et insolite de cet \u00e9l\u00e9ment sous nos yeux, ce morceau d&rsquo;un autre univers \u00e0 contempler d\u00e9pos\u00e9 l\u00e0 comme un caillou sur la lune. Le monde entier, le cosmos, vaquait \u00e0 ses occupations, comme elle aux siennes. Or voil\u00e0 que cela pose probl\u00e8me \u00e0 quelques uns. Et vous allez voir que c&rsquo;est un probl\u00e8me s\u00e9rieux que cela pose aussi et surtout aux autres, par contrecoup. Vilar disait un jour\u2026 Je veux dire qu&rsquo;il me semble avoir entendu dire un jour \u00e0 Vilar: \u00a0\u00bb Cet aigle par exemple, qui viendrait planer au-dessus de Prom\u00e9th\u00e9e encha\u00een\u00e9, cet aigle non pr\u00e9vu dans la mise en sc\u00e8ne, \u00e7a me g\u00eanerait. Car il n&rsquo;aurait rien \u00e0 faire l\u00e0, \u00e0 ce moment-l\u00e0, dans cette mise en sc\u00e8ne! \u00a0\u00bb Et peut-\u00eatre a-t-il ajout\u00e9: \u00a0\u00bb Je vous demande un peu. Le th\u00e9\u00e2tre c&rsquo;est du s\u00e9rieux, c&rsquo;est du pr\u00e9vu au quart de poil. \u00a0\u00bb Il refusait l&rsquo;impr\u00e9vu et l&rsquo;anecdotique. En d&rsquo;autres temps -et il faut aussi consid\u00e9rer qu&rsquo;il y a dans notre temps-m\u00eame des temps qui sont aussi autres, qu&rsquo;il y a d&rsquo;autres temps aujourd&rsquo;hui-m\u00eame et dans ce temps- en d&rsquo;autres temps donc, les spectateurs, et le metteur en sc\u00e8ne en premier, auraient vu dans le passage de cet aigle, un signe fort et plein de sens. Car ces hasards objectifs qui ne peuvent se provoquer mais qui sont provoqu\u00e9s -par dieu sait qui et dieu sait pourquoi- nous viennent de tr\u00e8s loin pour dire quelque chose. Ils apparaissent soudain dans une masse d&rsquo;autres qui nous restent invisibles. Faut-il s&rsquo;en priver? Faut-il tuer l&rsquo;aigle quand on le voit? Faut-il tout faire pour emp\u00eacher l&rsquo;aigle d&rsquo;arriver jusqu&rsquo;\u00e0 nous, ou nous avec tout notre tralala d&rsquo;arriver jusqu&rsquo;\u00e0 lui? Quelques uns qui sont nombreux pensent que oui. Oui qu&rsquo;il faut emp\u00eacher, de toute fa\u00e7on, tenir en mains, canaliser. C&rsquo;est m\u00eame la tendance principale qui a le pouvoir en art, car il y a un pouvoir en art, mais c&rsquo;est un autre d\u00e9bat. Ils veulent simplement \u00e9liminer le monde entier, faire un grand trou b\u00e9ant pour y mettre une \u0153uvre dite d&rsquo;art, et qu&rsquo;on puisse la voir telle qu&rsquo;en elle-m\u00eame, l&rsquo;appr\u00e9cier et s&rsquo;esbaudir dans les meilleurs conditions. Ils ont des exigences, eux. Ils savent ce qu&rsquo;ils veulent. Faire le noir, le d\u00e9sert, le silence, complets, pour pouvoir installer la cr\u00e9ation comme suspendue dans le vide, dans l&rsquo;espace, dans le temp. Mais alors au th\u00e9\u00e2tre, que faire avec les raclement de gorges et de pieds, le crisse-ment des v\u00eatements, le souffle des respirations -merde il y a du souffle!- tous les fr\u00e9missements, claquements, toussotements, gargouillis, chuchote-ments, craquements, \u00e9ternuements, etc\u2026 Que faut-il en faire? Mais revenons au Th\u00e9\u00e2tre des Carmes! Quelqu&rsquo;un hier soir me faisait remarquer qu&rsquo;on voyait les lueurs du po\u00eale et qu&rsquo;il faudrait peut-\u00eatre penser \u00e0 mettre un paravent\u2026 Ah \u00e7a alors, me suis-le soudain exclam\u00e9 et dit \u00e0 moi-m\u00eame: \u00a0\u00bb Voil\u00e0 bien douze ou quinze ans qu&rsquo;on utilise des po\u00eales \u00e0 hublot, par n\u00e9cessit\u00e9, et nous ne nous \u00e9tions pas encore aper\u00e7us que les flammes se voyaient de la salle, non seulement quand il fait noir mais aussi en pleine lumi\u00e8re. Quelle c\u00e9cit\u00e9, je l&rsquo;avoue. Heureusement qu&rsquo;il y a comme \u00e7a des gens qui arrivent et qui nous font remarquer ces d\u00e9fauts aveuglants car sinon, nous aurions continu\u00e9 long-temps \u00e0 faire des signaux de fum\u00e9e en croyant faire du th\u00e9\u00e2tre. Mais tr\u00eave de perte de temps pour plaisanter quand on n&rsquo;en a pas envie \u00e0 force d&rsquo;en perdre pour rien avec tous ceux qui savent tout, je connais un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 r\u00e8-gnent le noir et le silence absolus et \u00e9ternels. C&rsquo;est le lieu id\u00e9al du jeu, sans plus aucune perturbation ext\u00e9rieure d&rsquo;aucune sorte. Mais voil\u00e0, personne n&rsquo;y joue. M\u00eame pas les perfectionnistes. Et pourtant il n&rsquo;en manque pas dans le monde de ces th\u00e9\u00e2tres o\u00f9 on a enfin le noir total et le silence d\u00e9finitif. Mais personne n&rsquo;y joue! (1) La mise au pas, la mise en plis, la mise au secret, la mise au secret, la mise au cachot, au silence, la mise au piquet, la mise en bo\u00eete, la mise \u00e0 mort (2), l&rsquo;alignement des t\u00eates et la taille du buis, au cordeau et au fil \u00e0 plomb, rasez toutes ces t\u00eates, passez-moi \u00e7a au noir, et puis donnez-moi un peu quelques pr\u00e9cisions\u2026 Tout \u00e7a c&rsquo;est du m\u00eame ordre. C&rsquo;est Monsieur Propre qui surgit\u2026 Il s&rsquo;appelle selon le cas, rumeur ou majorit\u00e9 silencieuse. Il va vite et il frappe fort. Il est innombrable. Il est dangereux. Il \u00e9galise, Il uniformise. Il tue\u2026 Etc sur l&rsquo;\u00e9clairage, etc sur les d\u00e9cors, etc sur le costumes, etc sur l&rsquo;accent, etc sur le jeu, etc sur la vie, etc sur la po\u00e9sie et sur les HLM qui ont une toute petite cuisine et une petite baignoire dans laquelle y en a para\u00eet-il qui ont os\u00e9 y \u00e9lever un cochon ces sauvages, car ils n&rsquo;ont jamais rien compris au th\u00e9\u00e2tre id\u00e9al, de noir v\u00eatu, bouche cousue et haut de borne, en concession perp\u00e9tuelle. Andr\u00e9 Benedetto S 27.XI.82 NB. Picasso savait-il peindre? Remarques du 04.X.02: (1) Je ne sais pas du tout \u00e0 quoi il est fait allusion. (2) J&rsquo; ai oubli\u00e9 la mise en sc\u00e8ne, la mise en bi\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00caNES 2001, LE JEUNE HOMME EXPOSE<\/p>\n\n\n\n<p>Pour essayer de comprendre un peu la mondialisation, j&rsquo;ai voulu \u00e9crire une pi\u00e8ce sur ce th\u00e8me. J&rsquo;ai imagin\u00e9 divers sc\u00e9narios qui avaient plut\u00f4t des allures de th\u00e8ses. Et puis le 20 juillet 2001 il y a eu la mort de ce jeune homme \u00e0 G\u00eanes: Carlo Giuliani. Cet \u00e9v\u00e8nement violent et tragique m&rsquo;a paru \u00eatre le n\u0153ud de toutes les contradictions de notre monde en train de se mondialiser contre les int\u00e9r\u00eats des peuples, et pour moi l&rsquo;occasion d&rsquo;aborder et d&rsquo;\u00e9clairer ce ph\u00e9nom\u00e8ne sous un angle vraiment humain. A partir du fait historique, j&rsquo;ai imagin\u00e9 une fiction. La fianc\u00e9e du jeune homme qui \u00e9tait avec lui \u00e0 la manifestation contre le sommet revient \u00e0 la maison avec le cadavre de son ami. Elle arrive au moment o\u00f9 on c\u00e9l\u00e8bre l&rsquo;anniversaire de son vieil anar de grand-p\u00e8re. Elle rapporte le cadavre. Elle refuse qu&rsquo;on l&rsquo;enterre et en plus, \u00e0 la consternation g\u00e9n\u00e9rale, elle accuse son p\u00e8re, le d\u00e9put\u00e9, d&rsquo;\u00eatre responsable du meurtre en sa qualit\u00e9 de membre des forces politiques qui dirigent le monde. On est alors en pleine crise.<\/p>\n\n\n\n<p>DEUX PONTS TROIS ARBRES ET QUATRE HOMMES DU SUD<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait que je refasse pour cette ann\u00e9e une nouvelle \u00e9dition de Jaur\u00e8s-la-Voix, un ensemble de cinq monologues, jou\u00e9 en 84 et tir\u00e9 \u00e0 tr\u00e8s peu d&rsquo;exemplaires il y a longtemps. C&rsquo;est alors que j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres textes en attente, des textes de diverses \u00e9poques sur les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Pour la plupart des in\u00e9dits, et j&rsquo;ai constat\u00e9 que plusieurs de ces textes auxquels je trouvais encore quelque int\u00e9r\u00eat avaient une chose en commun: le sud. Il y avait l\u00e0 deux ponts: le Pont du Gard et le Pont St-B\u00e9n\u00e9zet ; trois arbres: le cypr\u00e8s, le pin et l&rsquo;olivier; et trois hommes sur lesquels, en plus du tribun Jaur\u00e8s, j&rsquo;avais \u00e9crit des textes \u00e0 dire: le po\u00e8te Artaud, le sculpteur Dard\u00e9 et l&rsquo;acteur Vilar. Jacques Br\u00e9mond l&rsquo;\u00e9diteur m&rsquo;a sugg\u00e9r\u00e9 de demander des illustrations \u00e0 Ernest Pignon-Ernest, ami de longue date et peintre incomparable. Ernest a accept\u00e9. Il a grav\u00e9 les quatre portraits saisissants. Et voil\u00e0 comment le livre a \u00e9t\u00e9 fait.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;AUTRE EST UN JE<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule chose \u00e0 apprendre, et la plus difficile, c&rsquo;est le respect de l&rsquo;autre. Oui, le respect de l&rsquo;autre, et cela d\u00e8s le moment de sa naissance. Car de ce moment-l\u00e0 il est un \u00eatre humain, une conscience humaine, fut-elle embryonnaire, qui se met en action. Cet individu naissant, quels que soient sa couleur, sa conformation, ses mensurations, ses langages, ses mouvements et tout ce qu&rsquo;on peut imaginer d&rsquo;autre, tout cela ne change rien \u00e0 sa qualit\u00e9 fondamentale d&rsquo;\u00eatre humain en devenir, jamais complet, sans cesse en \u00e9volution et en d\u00e9veloppement physique et psychique. Admettre que l&rsquo;autre est un autre, un \u00eatre autonome, totalement libre et ind\u00e9pendant, ma\u00eetre de son destin, de ses pens\u00e9es, de ses d\u00e9sirs, cela ne va pas de soi. Il faut beaucoup d&rsquo;amour et une grande force de caract\u00e8re. Tout l&rsquo;enseignement, agr\u00e9ment\u00e9 de la pratique ludique des sons, des traits, des couleurs, des formes, des mots, des nombres, ne devrait porter que sur cette seule mati\u00e8re : l&rsquo;autre qui est un je au m\u00eame titre que moi-m\u00eame. Cet enfant quand il te regarde, il te toise d&rsquo;en bas pour te faire comprendre qu&rsquo;il est \u00e0 la m\u00eame hauteur. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 \u00e7a commence l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est tout de suite. Au premier cri. Andr\u00e9 Benedetto Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit le 01.08.02. et exp\u00e9di\u00e9 le m\u00eame jour \u00e0 la demande de Nathalie Boitaud pour le Journal d&rsquo;Uzeste, Hestajada de las Arts, 25\u00e8me Et\u00e9 2002.<\/p>\n\n\n\n<p>LETTRES A FELIX MORT<\/p>\n\n\n\n<p>HYPOTHESE 1 j&rsquo;aimerais y croire un instant, m&rsquo;adonner \u00e0 cette drogue et les paupi\u00e8res alourdies par l&rsquo;opium du peuple \u00e9crire : Cher F\u00e9lix j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;ils ne t&rsquo;ont pas lobotomis\u00e9 et gav\u00e9 de bonheur et fondu dans une majorit\u00e9 silencieuse encore plus gluante que celle d&rsquo;ici-bas j&rsquo;esp\u00e8re que tu as retrouv\u00e9 des bons esprits et qu&rsquo;au sein de la b\u00e9atitude \u00e9ternelle quelle horreur vous poursui-vez la contestation n\u00e9cessaire et que vous agitez pour emp\u00eacher le triomphe de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation dont le Paradis semble le parfait ach\u00e8vement, cet hypermarch\u00e9 infini dans les nuages, et pour poursuivre dans cette hypoth\u00e8se saugrenue je t&#8217;embrasse et je te dis \u00e0 bient\u00f4t car si tu y es pourquoi n&rsquo;y serais-je pas et je pense que ce sera rigolo<\/p>\n\n\n\n<p>HYPOTHESE 2 h\u00e9las F\u00e9lix car je te pr\u00e9f\u00e8rerais vivant, te voil\u00e0 depuis un certain temps dans les mille \u00e9clats du miroir de l&rsquo;ubiquit\u00e9 absolue apparaissant disparaissant ici et l\u00e0 comme mille et mille papillons dans les esprits et dans les c\u0153urs qui t&rsquo;ont aim\u00e9 ce qui au fond nous complique la t\u00e2che pour te rassembler et pour t&rsquo;apostropher c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 difficile de te saisir quand tu \u00e9tais l\u00e0 corps pr\u00e9sent et maintenant c&rsquo;est encore plus difficile ainsi dispers\u00e9 que tu es dans tous ces gens et personne ne les conna\u00eet tous et ils pensent tous diff\u00e9remment mais tout de m\u00eame tous ces f\u00e9lix petits bonheurs un peu partout chez les uns et les autres stimulant posant des questions disputant ils forment un r\u00e9seau pensant qui ne plie pas et au fond c&rsquo;est peut \u00eatre \u00e7a que \u00e7a s&rsquo;appelle le paradis l&rsquo;oiseau paradis alors je vous dis alors je vous salue les f\u00e9lix innombrables tandis que je vous vois vous marrer de bon c\u0153ur comme se marrait bien celui qu&rsquo;on a connu .<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux textes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits et envoy\u00e9s manuscrits pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande de Sergi Javaloy\u00e8s envoy\u00e9e de Juran\u00e7on le 23 juillet 2002, sous la mention Confidentiel: Amic, C&rsquo;est Betty qui m&rsquo;a donn\u00e9 ton adresse, c&rsquo;est aussi avec elle que nous avons eu l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une exposition qui montrerait agrandis (fortement) des lettres au paradis adress\u00e9es \u00e0 F\u00e9lix-Marcel Castan par ceux qui l&rsquo;ont aim\u00e9, c\u00f4toy\u00e9 ou tout simplement lu (\u2026) Je viens vers toi, qu&rsquo;arribi t\u00e0&rsquo;t demandar un t\u00e8xte com volhas, una letrota au Paradis a F\u00e8lix\u2026 O un aute t\u00e8xte. 1500 signes maxi, manescriut. La mustra, l&rsquo;expo sera visible -vededera bilingua a Uz\u00e8sta deu 19 d&rsquo;Aost enl\u00e0 au 25. Merc\u00e9s hera e plan lo ton, Sergi Javaloy\u00e8s J&rsquo;ai envoy\u00e9 une photocopie de la page \u00e0 Betty Dael-Castan. Il y a 1727 signes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>SECURITE? OH OUI, ET VITE!<\/p>\n\n\n\n<p>Oh oui s\u00e9curit\u00e9, nous en avons besoin, nous toutes et nous tous, et puis surtout les jeunes. Nous vivons dans un monde instable, inqui\u00e9tant, dangereux o\u00f9 la violence \u00e0 chaque instant et sous toutes ses formes nous agresse et nous frappe. N&rsquo;importe quand et n&rsquo;importe o\u00f9 soudain des catastro-phes se produisent. Des fleuves sortent de leur lit. Des torrents s&rsquo;enflent et d\u00e9ferlent. Des terrains s&rsquo;affaissent. Des tremble-ments de terre engloutissent des populations. Des vagues de la mer emportent des promeneurs. Des bourrasques de vent arrachent tout, tuent et d\u00e9vastent. Selon les statistiques, chaque ann\u00e9e des records sont battus\u2026 Tout cela les jeunes le savent et ils constatent que les adultes, qui ont les pouvoirs, n&rsquo;y peuvent rien et que quand ils y pourraient, ou bien ils ne font rien par n\u00e9gligence ou bien ils prennent des d\u00e9cisions lourdes de cons\u00e9quences, h\u00e9las souvent par int\u00e9r\u00eat, dans les petites comme dans les grandes villes. Au niveau mondial, U.S.A. en t\u00eate beaucoup de pays refusent de signer et de s&rsquo;engager avec la communaut\u00e9 interna-tionale pour r\u00e9duire les gaz \u00e0 effets de serre, pour promouvoir les droits de l&rsquo;enfant, pour abolir la peine de mort, pour interdire les mines antipersonnel\u2026 Tout cela les jeunes le savent et si les grands pays du monde, si les tr\u00e8s puissantes d\u00e9mocraties ne respectent ni les \u00eatres humains, ni la nature, ni l&rsquo;avenir de la plan\u00e8te et des esp\u00e8ces, pourquoi eux les petits, les infimes qui ne p\u00e8sent rien, pourquoi respecteraient-ils quelque chose? Ce serait d\u00e9risoire! Si les grands responsables et les chefs tant montr\u00e9s et tant vant\u00e9s ne font rien pour am\u00e9liorer l&rsquo;avenir, pourquoi eux s&rsquo;inqui\u00e8te-raient-ils du futur et m\u00eame du pr\u00e9sent? Quand ils voient ce que font les russes aux tch\u00e9tch\u00e8nes, les isra\u00e9liens aux palestiniens et les nord-am\u00e9ricains \u00e0 tout le monde, quand ils voient que la force prime le droit et se permet tout, pourquoi eux, de quelque milieu qu&rsquo;ils soient respecte-raient-ils leurs petits camarades? Pourquoi respecteraient-ils leurs enseignants qui leur paraissent peut-\u00eatre au service d&rsquo;un monde corrompu, et sans aucune r\u00e8gle que celle du profit? Il est \u00e9pouvantable de constater cela et de se dire que la violence est pire que celle qu&rsquo;on dit, que le mal est plus profond qu&rsquo;on ne peut l&rsquo;imaginer. Tout co\u00fbte trop cher, mais plus rien ne vaut quelque chose. Tout a une valeur mais les valeurs se dissol-vent dans l&rsquo;air du temps. Le monde est une marchandise mais l&rsquo;avenir ne vaut plus un clou. Depuis tout petits, les jeunes savent ce qui se passe dans le monde. Ils ont des yeux et des oreilles. Ils entendent les nou-velles. Ils voient les images. Le poids des mots dans leur esprit, et le choc des photos dans leur imaginaire ne peuvent les laisser indemnes. La violence des faits jaillit des pages et des \u00e9crans. Oh pas la violence des films et des s\u00e9ries, oh non. Mais celle des nouvelles qui d\u00e9gorge \u00e0 pleins tubes cathodiques et qui envahit les c\u0153urs et les esprits. Ils apprennent qu&rsquo;on peut entasser des milliards et jeter des gens \u00e0 la rue. Des gens comme eux. Ils apprennent les gains excessifs des sportifs, les m\u00e9faits des violeurs qu&rsquo;on appelle cyniquement des p\u00e9dophiles et dont on fait l&rsquo;apologie ouverte-ment, les sans-logis qui meurent de froid, les enfants squeletti-ques qui meurent de faim, les prostitu\u00e9es et les prostitu\u00e9s, tr\u00e8s jeunes et toutes les autres horreurs d\u00e9vers\u00e9es quotidiennement. Et trop souvent sans grande d\u00e9ontologie. Exemple: les drogues sont toujours pr\u00e9sent\u00e9es par les m\u00e9dias comme des sources de profits colossaux. On dit ce que \u00e7a vaut, des millions, et on ne dit jamais ce que \u00e7a co\u00fbte aux malheureux, \u00e0 leurs parents, et \u00e0 tout le monde. On pourrait dire aussi \u00e0 quoi \u00e7a pourrait servir pour le bien\u2026 Mais quel pr\u00e9sentateur s&rsquo;est jamais pos\u00e9 la question? A ces jeunes, \u00e0 ces adolescents, o\u00f9 qu&rsquo;ils soient, tout leur dit \u00e0 chaque instant et de mille mani\u00e8res que ce monde est foutu. Cette hypoth\u00e8se d&rsquo;une fin programm\u00e9e contre laquelle on ne pourrait rien atteint tous les esprits avec une extr\u00eame violence. Et eux, ils ne peuvent rien du tout pour emp\u00eacher l&rsquo;apocalypse. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 beau qu&rsquo;ils aient encore globalement des comporte-ments civiques, qu&rsquo;ils ne foutent pas tout \u00e0 feu et \u00e0 sang comme on semble l&rsquo;attendre d&rsquo;eux, ou qu&rsquo;ils ne tombent pas tous dans les poches des int\u00e9gristes. La violence gicle de partout. On ne peut pas y \u00e9chapper. On n&rsquo;\u00e9chappe pas plus \u00e0 la violence g\u00e9n\u00e9rale qu&rsquo;\u00e0 la pub. Elle a des r\u00e9percussions sur les enfants, sur les jeunes, sur les ados. Il n&rsquo;y a aucune s\u00e9curit\u00e9, aucune protection possible. C&rsquo;est comme une contamination g\u00e9n\u00e9rale. Ainsi dit un po\u00e8te: Tu cueilles une fleur, tu bouges une \u00e9toile. Tout est li\u00e9. Une bourrasque ici et beaucoup plus loin une feuille qui tombe. La violence c&rsquo;est com-me la mar\u00e9e noire. Un seul trou dans la coque d&rsquo;un navire et des centaines de kilom\u00e8tres de c\u00f4tes pollu\u00e9es. Et que propose-t-on comme solution? La r\u00e9pression, toujours la r\u00e9pression. De qui la r\u00e9pression? Des feuilles qui tombent! Des sauvageons bien s\u00fbr, de leurs parents et jamais des lointains responsables. Et trop souvent la violence institutionnelle qui relaie la violence du profit. On accuse, on n&rsquo;explique jamais. Les politiques ont des grandes responsabilit\u00e9s parce qu&rsquo;ils accusent des innocents au lieu d&rsquo;expliquer. Et s&rsquo;ils n&rsquo;expliquent pas c&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;ils sont complices et coupables. Il faudrait qu&rsquo;ils se mettent \u00e0 parler vraiment, \u00e0 dire ce qu&rsquo;ils savent, \u00e0 expliquer \u00e0 fond et pendant tout le temps qu&rsquo;il faut. Qui donc, quoi donc les en emp\u00eache? Le taux d&rsquo;audien-ce, le pourcentage des parts de march\u00e9? Si l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat est attaqu\u00e9e, l&rsquo;\u00e9tat doit s&rsquo;interroger sur cette autorit\u00e9, sur ses fonde-ments et sur sa l\u00e9gitimit\u00e9. S\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;accord. Toute la s\u00e9curit\u00e9 pour toutes et pour tous et contre toutes les violences.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; FAUT-IL CRITIQUER? &#8211; NON, JAMAIS?<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous allez voir un spectacle donn\u00e9 par des gens que vous connaissez, parents, amis, relations, et que vous devez dire quelque chose \u00e0 la fin, dites au minimum que c&rsquo;est bien, que \u00e7a vous a plu du genre: J&rsquo;ai aim\u00e9, c&rsquo;est bien, vous \u00eates bons, etc\u2026 et au maximum, si vous voulez faire du z\u00e8le et faire vraiment plaisir, d\u00e9veloppez sur quelque chose d&rsquo;un peu int\u00e9ressant, de positif, d&rsquo;\u00e9trange, d&rsquo;insolite, etc\u2026 Il est tr\u00e8s bien vu aussi de poser des questions, de demander des pr\u00e9cisions sur des d\u00e9tails, de montrer que vous vous int\u00e9ressez \u00e0 la cr\u00e9ation. Mais surtout ne faites pas de critique, pas une seule critique, pas l&rsquo;ombre d&rsquo;une critique, ne formulez m\u00eame pas une petite r\u00e9serve, vous f\u00e2cheriez et \u00e7a ne servirait \u00e0 rien, m\u00eame si vous faites cela parce que \u00e7a vous para\u00eet utile dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du spectacle. Les moindres critiques n\u00e9gatives, les plus insignifian-tes r\u00e9serves sont toujours tr\u00e8s mal per\u00e7ues. Les gens ne veulent pas de conseils, pas de le\u00e7ons, pas de doutes, ils veulent plaire et c&rsquo;est tout et si vous leur montrez si peu que ce soit que vous avez des r\u00e9ticences, ils en concluront qu&rsquo;ils ne vous ont pas plu, et vous deviendrez un ennemi. Il est vrai qu&rsquo;il faut se m\u00e9fier des critiques, et surtout des \u00e9loges, faites par des parents ou des amis qui souvent ne peuvent pas prendre la distance n\u00e9cessaire et disent n&rsquo;importe quoi. Mais si les professionnels \u00e9coutaient, s&rsquo;ils voulaient entendre, ils pourraient tirer grand profit de certaines critiques qui viennent d&rsquo;\u00e9trangers, de gens ext\u00e9rieurs au travail, surtout quand ils sont aussi du m\u00e9tier. H\u00e9las dans ce cas, c&rsquo;est bien pire. Le confr\u00e8re est per\u00e7u comme un concurrent jaloux, tout simplement. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 de faire des critiques qui allaient dans le sens du spectacle, qui pouvaient le servir, l&rsquo;am\u00e9liorer et lui permettre parfois de poursuivre son parcours. Le pire que je me suis permis a \u00e9t\u00e9 de conseiller \u00e0 un metteur en sc\u00e8ne et acteur devenu auteur pour une fois, de supprimer les d\u00e9cors trop lourds et de r\u00e9duire la distribution de moiti\u00e9, tout en conservant l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;histoire et le principe de jeu, afin de pouvoir poursuivre les repr\u00e9sentations en tourn\u00e9e car le spectacle \u00e9tait trop lourd. Il a tr\u00e8s mal pris ces suggestions et m&rsquo;en a beaucoup voulu par la suite. Il n&rsquo;a donc pas tenu compte de mes suggestions et ce qui \u00e9tait pr\u00e9visible, il n&rsquo;a pas pu continuer \u00e0 exploiter sa cr\u00e9ation, tandis que s&rsquo;il m&rsquo;avait \u00e9cout\u00e9\u2026 Je n&rsquo;ai jamais tellement fait de critiques dans le pass\u00e9 mais depuis plusieurs ann\u00e9es, depuis cette malheureuse exp\u00e9-rience, avec quelqu&rsquo;un avec lequel je me croyais en situation d&rsquo;amiti\u00e9, je ne fais plus jamais aucune suggestion \u00e0 personne, m\u00eame quand ce serait d&rsquo;une extr\u00eame urgence comme je l&rsquo;ai vu derni\u00e8rement, car \u00e7a ne sert strictement \u00e0 rien. Eh oui j&rsquo;ai vu des catastrophes se profiler mais personne ne veut de profiler! Alors je te le dis: Laisse couler le navire, sinon on te reprochera d&rsquo;avoir provoqu\u00e9 le naufrage. Et moi alors, moi, comment je r\u00e9agis? Eh bien voil\u00e0, je vais vous dire. J&rsquo;\u00e9coute les critiques et la plupart du temps, je n&rsquo;entends rien d&rsquo;int\u00e9ressant qui pourrait am\u00e9liorer le spectacle. Dommage! Car je me dis que je ne peux pas voir l&rsquo;\u00e9norme erreur fatale que je pressens peut-\u00eatre mais que personne h\u00e9las ne veut me montrer et me conseiller ainsi utilement, par crainte de\u2026 comme si tout le monde avait d\u00e9j\u00e0 lu les lignes qui pr\u00e9c\u00e8dent!<\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8res et chers amis, je vous prie de recevoir cette contribution \u00e0 la mise en perspective d&rsquo;un spectacle du jeune th\u00e9\u00e2tre, l&rsquo;En Famille de la troupe Organik II dirig\u00e9e par Brigitte Canaan, la bonne actrice qu&rsquo;on a vue jouer avec nous dans Com\u00e9die dans un Bus, Fleur du B\u00e9ton, Macbeth, Joue pour Moi Jeune Fille, Houle de Fond, et qui a d\u00e9j\u00e0 quelques exp\u00e9riences de cr\u00e9ation dans des bars, des rues et places, et des th\u00e9\u00e2tres.<\/p>\n\n\n\n<p>LE PATHOS A LA FOURCHETTE<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque il y a un an, Brigitte Canaan a lu sa pi\u00e8ce, En Famille, qui se d\u00e9roule presque toute au cours d&rsquo;un repas familial, et qu&rsquo;elle envisageait de la monter, j&rsquo;imaginais un spectacle de type marseillais haut en couleurs et en coups de gueule. Tous les personnages caract\u00e9ristiques sont l\u00e0: la m\u00e8re possessive, le p\u00e8re qui ob\u00e9it, les grands parents traditionnels, la s\u0153ur d\u00e9-pressive, le fils qui voulant \u00e9chapper \u00e0 sa m\u00e8re tombe sur et dans le double maternel, plus vieille que lui de quinze ans et m\u00e8re de cinq enfants, la fianc\u00e9e comme pi\u00e8ce rapport\u00e9e\u2026 Et ils sont tous autour d&rsquo;une table pour le partage de la soupe, cette nourriture familiale et tribale par excellence. Mais voil\u00e0 que cette soupe qui aurait due \u00eatre au pistou, n&rsquo;est plus que de p\u00e2tes! Et le spectacle qui vient d&rsquo;\u00eatre cr\u00e9\u00e9 n&rsquo;a plus grand chose \u00e0 voir avec son origine suppos\u00e9e, ni avec le traitement sc\u00e9nique que je m&rsquo;attendais \u00e0 voir. La farce marseillaise o\u00f9 on se demande si on doit dire \u00a0\u00bb un \u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb une \u00a0\u00bb a\u00efoli , et o\u00f9 on fait du sentiment, dispara\u00eet au profit d&rsquo;une farce d&rsquo;une autre nature, mais qui dit la m\u00eame chose avec d&rsquo;autres moyens qui, peut-\u00eatre, explicitent mieux le propos initial. Le repas familial reste l&rsquo;occasion d&rsquo;une convivialit\u00e9 encore \u00e9largie ici, puisque les spectatrices et spectateurs sont convi\u00e9s \u00e0 la table m\u00eame du repas, ou \u00e0 ses abords imm\u00e9diats, par n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;accueillir plus de gens. Les spectatrices et spectateurs ne sont plus les t\u00e9moins \u00e9loign\u00e9s d&rsquo;une action dramatique mais les parents et les amis assis parmi et entre les personnages. Et on \u00e9vite ainsi l&rsquo;\u00e9cueil de la repr\u00e9sentation d&rsquo;un repas qui prend toujours, expos\u00e9 en sc\u00e8ne frontale, des allures de c\u00e8ne, tous de face au public. Ici les spectatrices et spectateurs sont impliqu\u00e9s dans l&rsquo;espace du jeu, dans la proximit\u00e9 et dans l&rsquo;intimit\u00e9 des personnages, dans le d\u00e9roulement de l&rsquo;action. Ils participent \u00e0 la construction du spectacle en \u00e9tant l\u00e0 pr\u00e9sents, en buvant du vin et en consommant des produits de bouche r\u00e9els, mais crus et donc tr\u00e8s diff\u00e9rents de ceux, en particulier de la soupe, consomm\u00e9s par les personnages, et dans le m\u00eame temps ce spectacle se d\u00e9construit sous leurs yeux, dans leur environnement imm\u00e9diat. Ils sont install\u00e9s dans un spectacle d&rsquo;int\u00e9rieur et on leur fait du th\u00e9\u00e2tre de rue. Ils c\u00f4toient des personnages qui jouent en marionnettes et qui du fond de leur fripes de mousses color\u00e9es et de derri\u00e8re leurs lourds maquillages cherchent \u00e0 \u00e9tablir la connivence des regards et des sourires avec eux, spectatrices et spectateurs qui parfois un peu coinc\u00e9s et ne sachant s&rsquo;ils peuvent intervenir, \u00e9touffent de tant de proximit\u00e9, cherchent \u00e0 prendre du recul, de la distance et m\u00eame \u00e0 s&rsquo;\u00e9tirer pour celles et ceux qui se sentent les plus mal assis. Elles et ils ne sont pas agress\u00e9s mais ils ne sont plus du tout \u00e0 l&rsquo;abri dans le confort habituel des fauteuils. Ils sont au c\u0153ur m\u00eame de la dialectique de l&rsquo;\u00e9laboration du spectacle en train de se constituer et de sa destruction simultan\u00e9e, au c\u0153ur de la dialectique du com\u00e9dien et du personnage, au c\u0153ur de la dialectique des espaces, les personnages \u00e9tant peu \u00e0 peu \u00e9ject\u00e9s de la table du repas. Bref c&rsquo;est beaucoup plus riche, plus subtil et plus complexe que \u00e7a peut para\u00eetre au premier coup d&rsquo;\u0153il. Les spectatrices et le spectateurs sont les t\u00e9moins d&rsquo;un jeu de marionnettes bourr\u00e9es de tics et couvertes de m\u00e9tastases, et les partenaires fraternels des \u00eatres qui vivent au fond de ces mannequins d\u00e9glingu\u00e9s et qui tentent d&rsquo;\u00e9tablir des contacts entre naufrag\u00e9s de la sc\u00e8ne et de la vie. Les consciences en paix et les consciences inqui\u00e8tes, les consciences curieuses et les consciences dormeuses ne voient pas le m\u00eame spectacle et ne r\u00e9agissent pas de la m\u00eame fa\u00e7on. Pour quelques unes quelques uns, une esp\u00e8ce de mauvais go\u00fbt se donne libre cours. Et pour quelques autres il y a de la carence esth\u00e9tique, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 une esth\u00e9tique est en jeu, parce qu&rsquo;ils ne retrouvent pas leurs formes, leurs couleurs, leurs \u00e9critures et leurs mises en sc\u00e8ne pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es. Alors voici des gens d\u00e9sempar\u00e9s qui se sentent emmen\u00e9s trop loin des spectacles dits de qualit\u00e9 auquel ils sont habitu\u00e9s, bien trop loin des convenances oblig\u00e9es, loin des conventions et hors du consensus. Ce qui les d\u00e9stabilise\u2026 Il n&rsquo;y a pas l\u00e0 des manques ou des erreurs esth\u00e9tiques mais des choix esth\u00e9tiques de bout en bout. Le spectacle se fait en se faisant et se d\u00e9voile peu \u00e0 peu. Il y a beaucoup de choses \u00e0 voir, et \u00e0 d\u00e9couvrir apr\u00e8s coup. Par exemple que le fianc\u00e9 joue en torero, ce qui se voit \u00e0 ses mollets, et qu&rsquo;\u00e0 la fin il sacrifie la b\u00eate, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;ennemi de la famille, donc de la soci\u00e9t\u00e9, donc le bouc \u00e9missaire\u2026 La m\u00e8re est une statue pr\u00e9historique mamelue, st\u00e9atopyge et m\u00eame callipyge. Le p\u00e8re comme une ombre. Le grand-p\u00e8re et la grand&rsquo;m\u00e8re sont devenus une seule et m\u00eame personne, ce qui est fr\u00e9quent, de m\u00eame que la s\u0153ur et la fianc\u00e9e mais pour d&rsquo;autres raisons. Le texte c&rsquo;est ce qu&rsquo;il en reste dans un monde de perte acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e d&rsquo;identit\u00e9, de t\u00e9l\u00e9vision omnipr\u00e9sente, de sodas, de vulgarit\u00e9, de guerres permanentes, de tueurs en s\u00e9rie\u2026 Il sonne simple et juste, juste ce qu&rsquo;il faut aux pauvres marionnettes pour continuer \u00e0 \u00eatre et \u00e0 agir, ou juste pour \u00eatre agis juste ce qu&rsquo;il faut pour que demeure leur croyance d&rsquo;\u00eatre les d\u00e9cideurs de leur destin. Les actrices et acteurs sont aux prises avec des conditions de jeu assez inhabituelles et ils devraient avec la pratique, d\u00e9velopper des actions, des mouvements, des comportements, des intonations, des cris, des danses d\u00e9sarticul\u00e9es, des chants r\u00e9p\u00e9titifs par bribes que l&rsquo;on sent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans un travail fort int\u00e9ressant. Andr\u00e9 Benedetto Dim 19.X.02 Le personnage marseillais, proven\u00e7al et plus largement m\u00e9diterran\u00e9-en est fondamentalement un individu tragique, fataliste, non-croyant, toujours en repr\u00e9sentation, jouant \u00e0 fond sa diff\u00e9rence, d\u00e9pendant de sa famille, fils d&rsquo;une m\u00e8re souvent possessive, p\u00e8re d&rsquo;un enfant qu&rsquo;il met au centre du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>LE THEATRE DE CONFESSIONNAL<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est la deuxi\u00e8me fois que je vois du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais film\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9cemment et tout sp\u00e9cialement pour la t\u00e9l\u00e9vision. Il est m\u00eame pr\u00e9cis\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo; \u00a0\u00bb Une tr\u00e8s belle adaptation qui respecte l&rsquo;\u0153uvre tout en s&rsquo;adaptant aux imp\u00e9ratifs de la t\u00e9l\u00e9vision. \u00a0\u00bb Bref c&rsquo;est adapt\u00e9 en s&rsquo;adaptant\u2026 mais on n&rsquo;\u00e9num\u00e8re pas les imp\u00e9ratifs, et de quelle t\u00e9l\u00e9vision, dommage. L&rsquo;adaptation en question, car on n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 remanier les grands classiques, sans respecter l&rsquo;alternance des rimes f\u00e9minines et masculines, sans garder quelques petits morceaux essentiels, taille largement dans le texte, et arrange un peu l&rsquo;int\u00e9rieur de quelques vers. C&rsquo;est donc plut\u00f4t de l&rsquo;arrangement. Ca ne se joue pas dans un seul lieu, \u00e7a change de cadre, de pi\u00e8ce, \u00e7a met parfois un \u0153il dans un dehors \u00e9troit, mais \u00e7a reste du huis-clos, sans les vrais ext\u00e9rieurs ni les foules comme y est contraint le th\u00e9\u00e2tre, mais aussi sans public. Le r\u00e9sultat est surprenant de la part des actrices et des acteurs. Ils parlent tous pour le micro, ils articulent le moins possible, ils parlent le moins fort possible, ils susurrent. L&rsquo;acteur bien s\u00fbr ne fait pas l&rsquo;image comme il la fait au th\u00e9\u00e2tre, de moins en moins d&rsquo;ailleurs. C&rsquo;est la cam\u00e9ra qui s&rsquo;en charge, comme au cin\u00e9ma, et dans cette image, les acteurs distillent le son. Ils distillent, voil\u00e0 le mot. Curieusement, ils ne respectent pas la di\u00e9r\u00e8se, di-\u00e9-r\u00e8se, qui pourtant pourrait contribuer avantageusement \u00e0 leur fa\u00e7on de dire le texte. L&rsquo;acteur t\u00e9l\u00e9vision de ce type est en somme un chuchoteur. Tout se passe vraiment entre eux seuls dans l&rsquo;image expos\u00e9e, sans t\u00e9moins, et surtout pas comme au th\u00e9\u00e2tre. Ca rel\u00e8ve du complot, de la conspiration, de la confidence, de la voix off, du journal intime, de la confession et peut-\u00eatre du cauchemar. On dirait qu&rsquo;ils jouent dans un confessionnal, et que nous sommes t\u00e9l\u00e9spectatrices et t\u00e9l\u00e9spectateurs \u00e0 la maison, dans la posture du cur\u00e9. Je ne sais pas si cela est bon ou mauvais. Je le constate. On est loin de ce qui a pu se faire en d&rsquo;autres temps. Ce n&rsquo;est plus du th\u00e9\u00e2tre, un peu comme \u00e0 la sc\u00e8ne, film\u00e9 et re-transmis, c&rsquo;est du th\u00e9\u00e2tre t\u00e9l\u00e9visuel, une \u0153uvre intime. Aujourd&rsquo;hui l&rsquo;acteur t\u00e9l\u00e9vision de ce type est le contraire-m\u00eame de l&rsquo;acteur th\u00e9\u00e2tre officiel qui se d\u00e9carcasse toujours autant sur les grandes sc\u00e8nes, comme dans les si\u00e8cles pass\u00e9s. Voir ci-apr\u00e8s l&rsquo;acteur barbaque.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ACTEUR BARBAQUE<\/p>\n\n\n\n<p>Ca se passe sur une grande sc\u00e8ne, dans un grand festival, avec un grand acteur, un grand metteur en sc\u00e8ne&#8230; Et on constate d&rsquo;abord que l&rsquo;acteur est vieux, bien trop vieux. Il a au moins quinze ans de plus que celui annonc\u00e9 dans la pi\u00e8ce, ce qui est rare. Et \u00e7a c&rsquo;est un mal g\u00e9n\u00e9ral. La plupart du temps, les acteurs sont trop vieux sur les sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre. M\u00eame quand ils ont les moyens d&rsquo;engager des gens de talent, les metteurs en sc\u00e8ne prennent des Dom Juan, des Macbeth, des Tartuffe de 50, 60 ans\u2026 qui devraient en avoir vingt de moins. Pourquoi? Est-ce l&rsquo;anciennet\u00e9 qui pr\u00e9vaut dans les distributions? Ensuite il lyrise, il rel\u00e8ve tout vers le ciel, il cherche \u00e0 tout lier et \u00e0 donner du sens, et \u00e0 faire du sentiment, il chante les vers qu&rsquo;il ne sait pas dire car il en fait de 11 ou m\u00eame de 10 pieds, souvent \u00e0 cause de la di\u00e9r\u00e8se non observ\u00e9e et plus souvent de l&rsquo;\u00e9lision inopportune des e qui ne sont pourtant plus muets mais qui font une syllabe quand ils sont pris entre deux consonnes. Mais lui il s&rsquo;en moque, il avale. Et pourtant il a du m\u00e9tier. Mais lui il croit sans doute, en agissant ainsi moderniser la langue\u2026 la mettre au niveau de la vie, c&rsquo;est \u00e0 dire du bistrot et du film policier. Ensuite encore il ne cesse pas de gueuler, quand il ne sait pas quoi faire d&rsquo;autre avec son personnage, ce qui est insupportable. Enfin il tombe dans le pathos, il s&rsquo;\u00e9meut, il pleurniche, il pleure m\u00eame, surtout s&rsquo;il est une femme, et \u00e7a coule, et \u00e7a bave que c&rsquo;en est \u00e0 vomir, il s&rsquo;exprime, il s&rsquo;expose, il s&rsquo;\u00e9tale. On dirait de la boucherie. Et voil\u00e0 sous vos yeux, l&rsquo;actrice ou l&rsquo;acteur barbaque qui vous livre ses tripes. Ca doit durer depuis longtemps, depuis un si\u00e8cle et plus encore. Apr\u00e8s Diderot et Brecht pour citer des anciens, j&rsquo;ai cru que \u00e7a allait dispara\u00eetre. Eh bien non. Ce que j&rsquo;ai vu il y a assez longtemps, je l&rsquo;ai revu encore, il y a peu. Je comprends que des actrices et des acteurs, m\u00eame c\u00e9l\u00e8bres, se laissent aller \u00e0 ces \u00e9panchements, \u00e0 ces d\u00e9bordements de sensiblerie, \u00e0 ces livraisons de barbaque sanguinolente. Ce sont des \u00e2mes faibles\u2026 Mais ce que je ne comprends pas c&rsquo;est que des spectatrices et des spectateurs puissent supporter ces cris, ces pleurs, ces crises de nerfs simul\u00e9s, ces inconvenances, ces vulgarit\u00e9s, ces cochonneries affectives. Quand ils ne sommeillent plus berc\u00e9s par les lyrismes de pacotille, peut-\u00eatre que r\u00e9veill\u00e9s en sursaut par ces manifestations intempestives de la chair en d\u00e9lire, peut-\u00eatre que dans ces exc\u00e8s vocaux, expressifs et corporels, ils voient les actrices et les acteurs se d\u00e9bonder et pisser et chier sous leurs yeux et que \u00e7a les soulage de quelque chose de violent, de quelques gros besoins cach\u00e9s aux plus profonds. Tout cela rel\u00e8verait alors dans la forme d&rsquo;une esp\u00e8ce de distanciation qui n&rsquo;a jamais encore \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e par personne, et dans le fond de la plus banale catharsis! Mais d&rsquo;o\u00f9 vient donc que cela me soit si p\u00e9nible?<\/p>\n\n\n\n<p>LES HECATOMBES SUR LES ROUTES<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe peut-\u00eatre des statistiques sur les accidents de la route qui permettent de savoir quels sont les pourcentages des responsables selon le v\u00e9hicule, ou camion, son tonnage, ou voiture, sa cylindr\u00e9e, sa marque, le conducteur, son sexe, son \u00e2ge, sa situation sociale, l&rsquo;infrastructure routi\u00e8re, le climat\u2026 Mais comme on ne conna\u00eet pas ces statistiques, il faut donc s&rsquo;en tenir \u00e0 des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s. On vend des automobiles trop rapides, beaucoup trop rapides. On vend m\u00eame des automobiles qui peuvent \u00eatre conduites sur toutes les routes, sans permis. Laxisme excessif, vitesse excessive, il y a des gens qui trouvent ces pratiques anormales et qui estiment qu&rsquo;elles devraient \u00eatre interdites. Ces gens oublient des r\u00e8gles tr\u00e8s importantes de notre soci\u00e9t\u00e9. La premi\u00e8re r\u00e8gle est que les \u00eatres humains naissent libres et \u00e9gaux en droits. Par cons\u00e9quent ils peuvent tous pr\u00e9tendre poss\u00e9der une voiture et se promener comme tout le monde sur le r\u00e9seau routier, sauf sur les autoroutes pour les sans-permis, ce qui d&rsquo;ailleurs est injuste. La deuxi\u00e8me r\u00e8gle est que, sous peine de r\u00e9cession et de ch\u00f4mage, l&rsquo;indice de croissance doit imp\u00e9rativement augmenter d&rsquo;ann\u00e9e en ann\u00e9e et par cons\u00e9quent, peu importent les cons\u00e9quences, l&rsquo;industrie automobile doit vendre le plus possible de voitures. Aussi bien \u00e0 celui qui, dans sa propri\u00e9t\u00e9, a une piste priv\u00e9e sans limitation de vitesse, qu&rsquo;\u00e0 celle qui est \u00e0 moiti\u00e9 aveugle, ou qu&rsquo;\u00e0 celui qui n&rsquo;a jamais r\u00e9ussi \u00e0 passer le permis, comme \u00e0 celui \u00e0 qui on l&rsquo;a retir\u00e9 d\u00e9finitivement, bref \u00e0 n&rsquo;importe qui. Et ainsi \u00e7a continue \u00e0 produire, \u00e0 consommer et \u00e0 rouler. Au fond, puisqu&rsquo;il en est certainement de m\u00eame dans les autres pays avec toutes ces ventes de bolides et de sans-permis, tout cela n&rsquo;a peut-\u00eatre, du moins en France, aucune incidence particuli\u00e8re sur les accidents de la route. Or la question principale est justement de savoir quelles sont les causes des h\u00e9catombes routi\u00e8res en France, qui sont des records en Europe et qui demeurent \u00e0 ce jour, sp\u00e9cifiques et incompr\u00e9hensibles. Pourquoi en France et pas ailleurs? On rend les mauvais chauffeurs responsables de tout. On les appelle les chauffards. On les accuse de vitesse excessive, d&rsquo;alcoolisme, de cannabisme, d&rsquo;incivisme, d&rsquo;inconscience, d&rsquo;\u00e9go\u00efsme, etc\u2026 l&rsquo;explication est courte. On pr\u00e9conise des mesures draconiennes, on en prend mais sans obtenir des r\u00e9sultats probants. Pourquoi cet \u00e9chec permanent? Parce qu&rsquo;on n&rsquo;a pas encore mis le doigt sur le mal. Evidemment! Parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas les bons conduiteurs et les autres sur les routes. Il n&rsquo;y a, plus ou moins, que des chauffards\u2026 Y compris des ministres, des d\u00e9put\u00e9s, des l\u00e9gislateurs! Car sur la route il s&rsquo;agit de se comporter comme dans la vie sociale. \u00catre le meilleur, le plus rapide, le plus efficace, le plus rentable. Gagner du temps qui est de l&rsquo;or en barre. Et pour cela aller le plus vite possible. Battre des records. Passer, d\u00e9passer, se surpasser. Plonger dans l&rsquo;inconnu. Rechercher de la sensation. Br\u00fbler les stops et les feux rouges. Rouler en \u00e9tat d&rsquo;ivresse. Rester sur la voie m\u00e9diane. Et puis faire la morale aux autres \u00e0 coups de klaxon ou de phares. Tout cela pour prouver quelque chose. Quoi donc? On va y venir. Car tout cela rel\u00e8ve de la psychanalyse. Et on aurait bien besoin de Franz Fanon pour nous aider en cette circonstance. Pourquoi tous ces gens se comportent-ils sur les routes comme des malins, des voyous, des pr\u00e9tentieux, des inconscients, des sportifs, des frimeurs, des frustr\u00e9s, des fous ah oui des malades mentaux. Pourquoi? Pour la raison bien simple qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucun autre pays en Europe qui ait comme la France occup\u00e9 un pays tel que l&rsquo;Alg\u00e9rie par exemple, pendant plus de 130 ans, pour au terme d&rsquo;une sale guerre perdue appel\u00e9e pacification et apr\u00e8s des centaines de milliers de morts , reconna\u00eetre son ind\u00e9pendance. Et pour cette autre raison bien simple aussi, qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucun autre pays en Europe qui ait interdit \u00e0 plusieurs peuples de pratiquer leur langue, qui les en ait emp\u00each\u00e9s par la r\u00e9pression la plus humiliante et qui continue \u00e0 leur refuser ce droit, reconnu maintenant par la communaut\u00e9 internationale. Une charte a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e que la France refuse toujours de signer. Des g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;enfants ont \u00e9t\u00e9 traqu\u00e9s, pouss\u00e9s \u00e0 la d\u00e9lation m\u00e9canique. Le premier qui \u00e9tait surpris \u00e0 dire un mot de \u00a0\u00bb patois \u00a0\u00bb (pas toi) devait porter un signal autour du cou, dont il ne pouvait se d\u00e9barrasser qu&rsquo;en surprenant un de ses camarades de classe en train de transgresser l&rsquo;interdiction et en lui transmettant le signal, curieux relais, curieux entra\u00eenement \u00e0 la recherche d&rsquo;innocence et \u00e0 une d\u00e9lation qui a tr\u00e8s bien fonctionn\u00e9 pendant la derni\u00e8re guerre. Cette belle \u0153uvre de culpabilisation et d&rsquo;anti-\u00e9mancipation \u00e9t\u00e9 men\u00e9e, h\u00e9las, par l&rsquo;\u00e9cole de la R\u00e9publique. Le d\u00e9plorable couronnement de ces m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9pouvante a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9cente panth\u00e9onisation de l&rsquo;Abb\u00e9 Gr\u00e9goire, le champion aux temps r\u00e9volutionnaires, de la lutte contre les patois. Et ainsi syst\u00e9matiquement, impitoyablement pendant des d\u00e9cennies, des g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;enfants ont \u00e9t\u00e9 traumatis\u00e9s et ont refus\u00e9 par la suite de parler leur langue \u00e0 leurs propres enfants tandis qu&rsquo;ils continuaient \u00e0 la parler entre eux, devenus adultes. Choqu\u00e9s \u00e0 des profondeurs qui ne se mesurent pas, ils n&rsquo;ont pas transmis la langue interdite mais ils ont transmis \u00e0 leurs descendants, par la culture, par la mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre et de vivre, ces blessures ingu\u00e9rissables, ces peurs inavou\u00e9es, ces culpabilit\u00e9s profondes. Et aujourd&rsquo;hui les voil\u00e0 toutes et tous lanc\u00e9s sur les routes, de m\u00eame que tous ceux qui ont men\u00e9 la guerre coloniale, ses combats, ses tortures et ses ex\u00e9cutions sommaires, dont on n&rsquo;est pas encore sortis. Il n&rsquo;y a sur les routes que des coupables qui roulent. La question est de savoir s&rsquo;il faut faire passer tout le monde sur le divan ou si une bonne r\u00e9pression, tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re et implacable, va calmer tous ces coupables qui ne d\u00e9sirent au fond que d&rsquo;\u00eatre punis et qui attendent impatiemment d&rsquo;\u00eatre pris en flagrant d\u00e9lit, verbalis\u00e9s, tax\u00e9s et priv\u00e9s de points? J&rsquo;avoue n&rsquo;avoir pas de r\u00e9ponse. Andr\u00e9 Benedetto P.S. 1 &#8211; Il y a aussi le probl\u00e8me des feux rouges, cette aberration. Le probl\u00e8me des policiers qui verbalisent des peccadilles, et sont rarement l\u00e0 o\u00f9 il faudrait. Qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 p\u00e9nalis\u00e9 pour la seule forme, pour le principe, pour rien? Le probl\u00e8me de l&rsquo;Equipement qui cherche \u00e0 paralyser le trafic par tous les moyens, en pr\u00e9tendant l&rsquo;am\u00e9liorer\u2026 P.S.2 &#8211; Forc\u00e9ment je n&rsquo;ai rien pu dire de la recherche de l&rsquo;immobilit\u00e9 par la vitesse, et le retour \u00e0 l&rsquo;\u0153uf originel. Plus tu vas vite, plus tu as des chances de pi\u00e9ger le temps, de le paralyser. Le r\u00eave pour cela c&rsquo;est d&rsquo;atteindre la vitesse de la lumi\u00e8re et que plus rien ne se passe. Comme au th\u00e9\u00e2tre, quand deux heures s&rsquo;\u00e9coulent en une fraction de seconde, au temps de Zone Rouge, et de la moto noire.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici le texte de la communication que j&rsquo;ai faite en s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re finale lors du Forum &lsquo;Sciences et Citoyennet\u00e9&rsquo; \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de R\u00e9gion Paca le V.24.01.03 \u00e0 17:00 J&rsquo;ai essay\u00e9 de rendre compte de nos \u00e9changes du mardi 14.01.03 au Th\u00e9\u00e2-tre des Charmes \u00e0 Avignon. Je ne me suis h\u00e9las pas souvenu de tout, d&rsquo;autant plus que je ne disposais pour exposer, que de cinq minutes.<\/p>\n\n\n\n<p>ARTISTES PASSEURS DE SAVOIR<\/p>\n\n\n\n<p>Texte original que j&rsquo;ai d\u00fb couper pour faire une communication de 5 minutes. Henry-Louis Taylor de l&rsquo;ASTS a souhait\u00e9 que nous organisions chez nous au Th\u00e9\u00e2tre des Carmes \u00e0 Avignon en amont de la journ\u00e9e qui se tient ici ce 24 janvier un d\u00e9bat public sur le th\u00e8me des Artistes passeurs de savoir nous avons donc organis\u00e9 ce d\u00e9bat le mardi 14 janvier et j&rsquo;ai fait appel pour cela \u00e0 3 personnes que j&rsquo;estime des artistes et des gens d&rsquo;exp\u00e9rience avec lesquels le dialogue est possible et donc fructueux Claude Djian, acteur et formateur aupr\u00e8s de lyc\u00e9ens et d&rsquo;\u00e9tudiants Pierre Guiral directeur de l&rsquo;Ecole Nationale de Musique de Th\u00e9\u00e2tre et de Danse d&rsquo;Avignon et surtout Artiste lyrique en exercice Henri Touati, conteur et directeur du Festival des Arts du R\u00e9cit en Is\u00e8re Henry-Louis emp\u00each\u00e9, nous nous sommes donc retrouv\u00e9s \u00e0 quatre avec une cinquantaine de personnes venues de tous les horizons et m\u00eame d&rsquo;autres villes\u2026 et apr\u00e8s une demi-heure de monologues introducteurs nous avons d\u00e9battu pendant 80 minutes. Je tente ici quelques r\u00e9miniscences L&rsquo;acteur doit parvenir \u00e0 \u00eatre aussi beau et pr\u00e9sent sur une sc\u00e8ne qu&rsquo;une vache dans un pr\u00e9 ce qui vaut aussi pour tout \u00eatre humain dans la vie mais qui est difficile \u00e0 r\u00e9aliser d&rsquo;\u00eatre l\u00e0, seul, paisible, pr\u00eat \u00e0 agir, sans micro, sans proth\u00e8se. Pour aider \u00e0 atteindre ce r\u00e9sultat d&rsquo;\u00eatre l\u00e0 et pas ailleurs, soi-m\u00eame et pas un simulacre il faut prendre les individus tels qu&rsquo;ils sont ne pas chercher \u00e0 les remplir de connaissances et de techniques ni \u00e0 les transformer de fond en comble leur donner simplement l&rsquo;occasion de faire par eux-m\u00eames et par exemple pour ce qui est du th\u00e9\u00e2tre quand il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une \u00e9cole d&rsquo;acteurs leur donner l&rsquo;occasion de faire du th\u00e9\u00e2tre sans leur apprendre \u00e0 en faire ce qui est paradoxal mais p\u00e9dagogique faisons d&rsquo;abord comme si sinon on commencera quand? Mettre une classe en situation d&rsquo;atelier de th\u00e9\u00e2tre c&rsquo;est bouleverser les hi\u00e9rarchies et les clich\u00e9s habituels c&rsquo;est permettre \u00e0 tous les \u00eatres d&rsquo;appara\u00eetre diff\u00e9rents de ce qu&rsquo;ils paraissent \u00eatre d&rsquo;habitude de les r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 eux-m\u00eames et aux autres comme ils ne se savaient pas encore ils se trouvent alors dans le rapport \u00e0 l&rsquo;autre selon d&rsquo;autres codes que d&rsquo;habitude et leurs images prennent d&rsquo;autres couleurs et leurs corps d&rsquo;autres contours plus tu te vois dans les autres et plus ces miroirs sont nombreux plus au fond tu deviens toi-m\u00eame avec plein de profondeurs Cette passation du savoir fondamental n&#8217;emp\u00eache pas de leur donner quelques esquisses de conseils de leur faire pratiquer le minimum d&rsquo;exercices pour \u00e9chauffer le corps, la voix, pour stimuler la participation individuelle et la participation g\u00e9n\u00e9rale de cette collectivit\u00e9 nouvelle qui est en train de se d\u00e9couvrir sous un jour diff\u00e9rent au fur et \u00e0 mesure que les abeilles de l&rsquo;imaginaire se mettent en mouvement et produisent de l&rsquo;art Le professeur en art quand \u00e0 lui, chanteur, musicien, doit rester imp\u00e9rativement un artiste en exercice un artiste p\u00e9dagogue et non pas un p\u00e9dagogue artiste \u00e0 ses heures et toujours tenter de s&rsquo;arracher aux pesanteurs individuelles et sociales aux r\u00e9flexes conservateurs gare \u00e0 l&rsquo;acad\u00e9misme qui fut une bonne chose en son temps mais devenue ensuite et progressivement une mauvaise chose un tremplin, ressort perdu, qui est devenu une entrave S&rsquo;ouvrir au monde, lancer des passerelles, croiser les disciplines, les arts et les techniques, ne pas chercher \u00e0 fabriquer des chiens savants mais aider \u00e0 l&rsquo;individuation \u00e0 la socialisation de l&rsquo;\u00eatre respect de l&rsquo;individu qui n&rsquo;est pas une disquette format\u00e9e pr\u00eate \u00e0 recevoir les informations et les v\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles mais une m\u00e9moire vivante qui se d\u00e9veloppe mais une histoire d\u00e9j\u00e0 en cours et qui continue de s&rsquo;\u00e9crire mais des milliers d&rsquo;ampoules pr\u00eates \u00e0 s&rsquo;\u00e9clairer mais un \u00eatre humain en train de se construire et alors le savoir dans quoi comment faut-il le d\u00e9poser? L&rsquo;aspect affectif dans la transmission du savoir est fondamental on le v\u00e9rifie avec les b\u00e9b\u00e9s \u00e0 qui on raconte des histoires avec tous les handicap\u00e9s et finalement avec tout le monde l&rsquo;amour est le plus grand passeur de savoir et de savoirs il peut donner de l&rsquo;esprit surtout aux filles para\u00eet-il il peut m\u00eame engendrer la vie, ce qui est stup\u00e9fiant alors nous insistons sur le plaisir \u00e0 donner sur le plaisir \u00e0 prendre on m&rsquo;aime j&rsquo;aime donc je suis donc j&rsquo;apprends bref nous nous m\u00e9fions de la dictature de la technique pour la technique de la barre mise trop haut des parcours du combattant pour celles et pour ceux qui n&rsquo;ont pas du tout envie de se battre l&rsquo;important est de mettre en confiance et de donner confiance avant d&rsquo;imposer quelque chose le savoir est que tu es l\u00e0 dans le monde que tu n&rsquo;es pas seul au monde que tu es en relation avec tout, avec toutes, avec tous, que tu deviens en permanence un toi toujours le m\u00eame et toujours diff\u00e9rent que l&rsquo;apprendre doit \u00eatre un plaisir je pr\u00e9conise par exemple pour les acteurs l&rsquo;\u00e9rotisme par la buccalit\u00e9, je veux dire par la mastication des mots ainsi dans la Derni\u00e8re Bande, Beckett en v\u00e9ritable artiste passeur de savoirs donne cette indication: il savoure le mot bobine cela veut dire qu&rsquo;il le r\u00e9p\u00e8te, plusieurs fois, qu&rsquo;il s&rsquo;en d\u00e9lecte, essayez, vous verrez venir le plaisir, bobine, bobine, bobine\u2026 et la difficult\u00e9 avec mais avec quel plaisir Il faudrait aussi parler de la voix dans la transmission des savoirs ah j&rsquo;aime beaucoup votre voix il y a aussi des voix insupportables quels savoirs la voix transmet-elle sont-ce les m\u00eames que le texte qu&rsquo;elle prof\u00e8re il y a des voix effrayantes il y a des cooptations de voix pour chaque radio et Jaur\u00e8s je vais te dire on l&rsquo;entendait de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Vieux-Port que disait-il \u00e0 ce moment je ne sais pas mais on peut dire qu&rsquo;on l&rsquo;entendait et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce qu&rsquo;il voulait vous m&rsquo;entendrez vous m&rsquo;entendrez vous m&rsquo;entendrez clamait-il et on l&rsquo;a si bien entendu que\u2026 \u00e7a s&rsquo;est termin\u00e9 vilain Ce qui s&rsquo;est tiss\u00e9 entre nous ce soir-l\u00e0 fut tr\u00e8s riche r\u00e9unis rien \u00e0 perdre et rien \u00e0 gagner nous avons \u00e9t\u00e9 un peu comme des sages, ce qui est rare paisibles et perplexes, palabrant en confiance nous \u00e9changions des exp\u00e9riences, des pratiques, des tentatives, des interrogations mais aucune v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive nous \u00e9tions d&rsquo;accord sur quelques essentiels non formul\u00e9s nous avons ressenti cette grande \u00e9motion \u00e0 se sentir penser ensemble quelque chose de bon et il en est rest\u00e9 un fragile \u00e9merveillement Il y a des peuples primitifs, tellement primitifs qu&rsquo;ils ne connaissent pas le compl\u00e9ment d&rsquo;objet ainsi ils ne disent pas je vous parle mais je parle, vous \u00e9coutez, ce n&rsquo;est pas un ordre mais un constat ils ne connaissent que les sujets actifs Ils appartiennent \u00e0 des civilisations tr\u00e8s anciennes qui survivent et nous influencent un peu au moins quelques uns d&rsquo;entre nous ils pensent que le monde n&rsquo;est pas une marchandise ils habitent des hautes montagnes Certains de leurs fr\u00e8res qui habitent les plaines pensent de m\u00eame et ils pr\u00e9cisent que l&rsquo;homme ne peut vendre que ce qu&rsquo;il peut emporter quand il s&rsquo;en va seul et \u00e0 pied mais nous malins, de l&rsquo;argent plein les poches nous pouvons en emporter tant qu&rsquo;on veut et acheter tout ce qu&rsquo;on veut TOUT surtout des armes de destruction massive Nous qui, plut\u00f4t que d&rsquo;une civilisation tr\u00e8s ancienne, sommes d&rsquo;une angoisse existentielle tr\u00e8s profonde qui nous jette dans toutes les directions comme des chauffards, quand ils nous disent aussi que leur pens\u00e9e est une \u00e9tincelle du soleil nous pouvons leur dire que nous, notre pens\u00e9e produit des \u00e9tincelles nous sommes pass\u00e9s de l&rsquo;homme qui a perdu son ombre de Chamiso \u00e0 l&rsquo;ombre qui a perdu son homme d&rsquo;Hiroshima et quand nous entendons le mot Sciences traumatisme et r\u00e9flexe nous voyons une grande lueur et nous entendons un grand boum Pour remettre l&rsquo;homme \u00e0 sa place le romancier Pierre Boulle a imagin\u00e9, cauchemar r\u00e9jouissant que tout recommen\u00e7ait avec des singes aussi born\u00e9s que des humains on peut aussi imaginer cette utopie na\u00efve et rousseauiste que tout pourrait recommencer avec des primitifs tr\u00e8s primitifs qui maintiendraient l&rsquo;humanit\u00e9 dans la voie des connaissances minimales de la sagesse non-rentable d&rsquo;une citoyennet\u00e9 dont nous n&rsquo;avons aucune id\u00e9e, d&rsquo;un sens du sacr\u00e9 sans culpabilit\u00e9 initiale et d&rsquo;une \u00e9thique qui nous visite parfois et si fugacement qu&rsquo;il nous arrive de sourire comme les innocents que nous sommes sans le savoir<\/p>\n\n\n\n<p>PEU CONNU HELAS<\/p>\n\n\n\n<p>Sur une radio j&rsquo;ai entendu un jour quelqu&rsquo;un dire beaucoup de bien de moi. Puis il a ajout\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais peu connu et qu&rsquo;au fond j&rsquo;avais tout fait pour \u00e7a. Il sous-entendait peut-\u00eatre que je n&rsquo;avais jamais rien jou\u00e9 ni rien \u00e9dit\u00e9, que j&rsquo;avais fui la presse, que je m&rsquo;\u00e9tais retir\u00e9 au d\u00e9sert, etc\u2026 Ce qui est absurde. Sans doute voulait-il plut\u00f4t dire que je n&rsquo;avais pas fait tout ce qu&rsquo;il fallait faire pour \u00eatre plus connu. Mais cela pouvait-il le dire, ce qu&rsquo;il faut faire, sans d\u00e9voiler sa propre strat\u00e9gie? Pour moi disant cela, cette personne s&rsquo;est sagement rang\u00e9e dans le camp de la r\u00e9action, assise parmi ceux qui pensent que si un homme a \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;il l&rsquo;a bien cherch\u00e9, et que si une femme a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e, c&rsquo;est qu&rsquo;elle l&rsquo;a bien voulu. Car tout le monde sait qu&rsquo;il est impossible de rengainer un sabre quand on agite son fourreau! Bref cette personne a choisi d&rsquo;\u00eatre avec ceux qui ne pensent pas par eux-m\u00eames et qui se contentent, c&rsquo;est moins fatigant, de r\u00e9p\u00e9ter des id\u00e9es re\u00e7ues. Je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 constern\u00e9, ni au fond tellement surpris. Car enfin que suis-je aux yeux des assis, des install\u00e9s, des singes savants, des adeptes de la r\u00e9ussite homologu\u00e9e, des thurif\u00e9raires du pouvoir (quel qu&rsquo;il soit), de celles et de ceux qui ob\u00e9issent aux r\u00e8gles qu&rsquo;il faut appliquer pour monter haut, qui savent ce qu&rsquo;il ne faut pas dire et ce dont il ne faut pas parler, pour r\u00e9ussir. J&rsquo;allais \u00e9crire pour ob\u00e9ir! Car il faut ob\u00e9ir pour r\u00e9ussir. Non seulement se plier devant les id\u00e9es dominantes, les faire siennes et les mettre en pratique, et d&rsquo;abord m\u00e9priser l&rsquo;autre, et surtout fermer sa gueule. Toi par exemple qui te crois connu, dont le portrait peut appara\u00eetre \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 et m\u00eame \u00e0 la couverture des magazines (chaque semaine des dizaines de stars), qu&rsquo;as-tu fait pour cela, qu&rsquo;as-tu \u00e9vit\u00e9 de faire? Qui es-tu, et quelle est ta mesure pour d\u00e9cr\u00e9ter le niveau de notori\u00e9t\u00e9 de qui que ce soit? Sais-tu seulement que dans ce pays il y a des gens qui ne connaissent m\u00eame pas le nom du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, et qui s&rsquo;en foutent! Et des milliards n&rsquo;ont jamais entendu les noms de Bouddha, de J\u00e9sus, de Mahomet. La gloire, \u00e7a va \u00e7a vient. C&rsquo;est une chose tr\u00e8s soluble, tr\u00e8s volatile. \u00catre connu, sinc\u00e8rement, \u00e7a commence \u00e0 combien de personnes? Fais froidement ce que tu as \u00e0 faire et puis apr\u00e8s\u2026 Cette personne qui semble, \u00e0 ce qu&rsquo;elle dit, avoir eu la chance de me conna\u00eetre, elle devrait b\u00e9nir son existence chaque jour pour cette chance et souhaiter que \u00e7a arrive \u00e0 tout le monde, ouvrir des portes et donner \u00e0 conna\u00eetre, cr\u00e9er des occasions, susciter des rencontres, au lieu de regretter on ne sait pas trop quoi au fond. Ah combien ce genre de r\u00e9flexion du \u00a0\u00bb Peu connu \u00a0\u00bb trahit de morgue et montre un manque immense de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, d&rsquo;humanit\u00e9, et simplement de cette humilit\u00e9 qui a toujours donn\u00e9 de la grandeur aux \u00eatres. 11.02.02<\/p>\n\n\n\n<p>ACTEUR AFRICAIN<\/p>\n\n\n\n<p>JE PARLE A L&rsquo;HOMME ET IL CROIT QUE JE PARLE A SA COULEUR J&rsquo;ai commis bien des erreurs avec des actrices et des acteurs, tr\u00e8s souvent sans m&rsquo;en rendre compte. Et sans doute beaucoup plus encore que je ne pense. On croit qu&rsquo;on se comprend parce qu&rsquo;on parle la m\u00eame langue. Il y a au moins deux erreurs dont je suis s\u00fbr, et que j&rsquo;ai comprises apr\u00e8s coup. Trop tard \u00e9videmment. Cet Africain, je l&rsquo;avais appr\u00e9ci\u00e9 chez lui, dans son pays et dans ses improvisations. Il a voulu venir. On a trouv\u00e9 le principe du stage, car c&rsquo;est tr\u00e8s compliqu\u00e9 juridiquement, et il est venu. Globalement ce fut une bonne affaire pour lui. Mais l&rsquo;op\u00e9ration n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 ce qu&rsquo;elle aurait d\u00fb \u00eatre. A peine \u00e9tait-il arriv\u00e9 que la peur sans doute s&rsquo;est empar\u00e9e de lui. Il ne sortait quasiment pas de son appartement. Il avait peur de tout. Lui de la ville comme nous de la for\u00eat vierge, peut-\u00eatre. Et peut-\u00eatre aussi avait-il peur de nous, qui avons sem\u00e9 la terreur dans le monde. Je ne sais pas. Il avait surtout peur de ne pas r\u00e9ussir et il n&rsquo;avait qu&rsquo;une obsession: savoir son texte, ne pas se tromper. Il est vrai que nous n&rsquo;avions plus beaucoup de temps, \u00e0 cause des formalit\u00e9s interminables. Cependant, il y avait moyen de faire du bon travail. Mais il n&rsquo;\u00e9coutait pas ce que je disais. Rien. Ca n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 la catastrophe, mais il n&rsquo;y a pas eu de lendemains \u00e0 la cr\u00e9ation. Avec ce Beur ce fut presque pareil dans un autre spectacle et dans une autre \u00e9poque. Il jouait le r\u00f4le d&rsquo;un immigr\u00e9, il n&rsquo;a pas su prendre la distance et il a pris ce que je lui disais non pas comme des critiques \u00e0 lui comme acteur, mais comme des fl\u00e8ches racistes \u00e0 lui en tant qu&rsquo;homme. Ce fut un immense malentendu. Il a souffert. Moi aussi. Il ne parvenait pas \u00e0 faire des choses tr\u00e8s faciles. Inhib\u00e9 compl\u00e8tement, il ne devait plus rien entendre, ne comprenait plus rien, ni moi non plus. Je n&rsquo;ai pas su m&rsquo;y prendre. Le r\u00e9sultat ne fut pas bon. Et j&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 m&rsquo;interroger. L&rsquo;\u00eatre social d\u00e9termine la conscience. Avec sa couleur, avec son histoire, avec le racisme ambiant, un Africain n&rsquo;est pas un Europ\u00e9en et peut-\u00eatre se sent-il moins \u00e9gal, ou tout simplement en danger? Les m\u00e9faits de la colonisation agissent encore entre nous. Chacun porte son histoire avec lui, ses traumatismes, et si peu que ce soit qu&rsquo;il y ait du pouvoir, le mal empire. Car nous sommes quelque part de l&#8217;empire du mal les h\u00e9ritiers. Nous parlions la m\u00eame langue. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un acteur comme un autre. L&rsquo;autre non plus. Aucun acteur n&rsquo;est comme un autre. Il faudrait un peu plus y penser. Mais comment? Comment emp\u00eacher que co\u00efncident chez un acteur le handicap individuel moteur et \u00a0\u00bb le handicap ethnique \u00a0\u00bb v\u00e9cu comme un frein? Comment emp\u00eacher cet acteur de vivre son origine comme un handicap, et comment lui offrir l&rsquo;occasion de vivre pleinement son handicap ontologique qui est on tremplin artistique et sa caverne d&rsquo;ali baba? Est-ce en lui faisant jouer autre chose que ce qu&rsquo;il est? Peut-\u00eatre. Mais alors qui jouera le beur, un blanc? Et un gros le maigre, un jeune le vieillard et une femme l&rsquo;homme? 04.02.03<\/p>\n\n\n\n<p>MOI ENGAG\u00c9? &#8211; MAIS OUI! &#8211; AH BON\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Editions P\u00e9riph\u00e9rie th\u00e9\u00e2tre des charmes place des carmes 84000AVIGNON On trouvera dans cette brochure la communication faite le 22 Mai 2003 au Colloque international de Paris X- Nanterre: POUR UNE HISTOIRE CRITIQUE DU SPECTACLE MILITANT Organis\u00e9 par l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;accueil EA 3458 Repr\u00e9sentation. Recherches th\u00e9\u00e2trales et cin\u00e9matographiques D\u00e9partement des Arts du Spectacle Universit\u00e9 Paris X-Nanterre 200 avenue e la R\u00e9publique 92001 NANTERE cedex Christian Biet Olivier Neveux Le texte ici complet a d\u00fb subir quelques coupures pour que la communication ne dure pas plus de 25 minutes. Il m\u00e9riterait quelques d\u00e9veloppements et explications compl\u00e9mentaires. Nous en aurons bient\u00f4t l&rsquo;occasion. A la prochaine rentr\u00e9e. La veille d&rsquo;annoncer le programme de la 41\u00e8me saison, ce sera du samedi 27 septembre 2003 \u00e0 14 H au dimanche 28 \u00e0 18 H, tout un week-end consacr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9colte chronologique et \u00e0 la vid\u00e9o-fixation des souvenirs sur le th\u00e8me des 40 saisons du Th\u00e9\u00e2tre des Carmes dont le premier spectacle, Le Pilote d&rsquo;Hiroshima, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 le 17 d\u00e9cembre 1963.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 d&rsquo;auteur engag\u00e9. Je ne sais pas tr\u00e8s bien pour quelle raison. Ce que je peux r\u00e9sumer ainsi: &#8211; Engag\u00e9 moi? &#8211; Mais oui! &#8211; Ah bon\u2026 Ce petit dialogue fut le titre pour cette communication avant sa r\u00e9daction. Il rend compte de ma perplexit\u00e9 a priori devant ce concept d&rsquo;engagement qui ne m&rsquo;a jamais paru \u00e9chapper tout \u00e0 fait au contexte militaire, et \u00e0 la tenue de combat avec feuillage, sans parler des feuillets. Pour mieux positiver j&rsquo;ai ensuite pens\u00e9 donner pour titre cette citation: L&rsquo;engagement du f\u0153tus pr\u00e9c\u00e8de la descente et le d\u00e9gagement. Car si engagement il y a, je ne le vois d\u00e9boucher que, non pas sur une prise de pouvoir mais sur ma propre et compl\u00e8te naissance. Car en v\u00e9rit\u00e9, nous sommes encore \u00e0 na\u00eetre. Na\u00eetre \u00e0 ce qui serait la vraie vie pleine et enti\u00e8re d&rsquo;un \u00eatre libre. Ce qui ne peut s&rsquo;obtenir qu&rsquo;avec tous les autres. Peut-\u00eatre me suis-je enivr\u00e9 d&rsquo;une formidable utopie, le bonheur avec toutes et tous. Cependant malgr\u00e9 toutes les d\u00e9n\u00e9gations que je pourrais formuler, je reconnais en venant ici que j&rsquo;appartiens bien \u00e0 la cohorte des tar\u00e9s, des ringards, des esclaves, des sectaires, des esprits secs, de celles et de ceux qui n&rsquo;ont rien compris, qui se sont battus et pour certains qui se battent encore contre des moulins et pour tout dire de celles et de ceux qui m\u00e9ritent les injures, les ironies et les ricanements, les calomnies, les accusations, les d\u00e9nonciations, les volont\u00e9s de nuire, de clouer au pilori, et surtout de faire fuir le public, tout cela venant des bien-pensants, des braves gens, et surtout des distingu\u00e9s tels cette journaliste qui \u00e9crit dans le monde du 26 mars dernier, abandonn\u00e9 par un spectateur: \u00ab\u00a0Mais r\u00e9duire ce film \u00e0 son aspect militant serait faire injure \u00e0 son auteur.\u00a0\u00bb Elle a tout dit d&rsquo;un coup. Et moi je pense aussi depuis longtemps que les termes d&rsquo;engag\u00e9 et de militant sont plut\u00f4t des injures. Ces termes rel\u00e8vent plus du monde policier et de la d\u00e9lation que du monde de la litt\u00e9rature et des arts. Ces termes permettent de r\u00e9duire les \u0153uvres, et ainsi de les occulter, et de tenter de les faire dispara\u00eetre. La question serait de savoir pourquoi et au profit de qui. Je fais remarquer au passage qu&rsquo;il y a pire encore que de dire \u00ab\u00a0c&rsquo;est un spectacle engag\u00e9\u00a0\u00bb ou militant, ou m\u00eame que \u00ab\u00a0c&rsquo;est de l&rsquo;agit-prop\u00a0\u00bb, c&rsquo;est de dire \u00ab\u00a0c&rsquo;est un spectacle po\u00e9tique\u00a0\u00bb, tare r\u00e9dhibitoire. Je reconnais avoir donn\u00e9 en 74 une repr\u00e9sentation qui se voulait engag\u00e9e mais je jure n&rsquo;avoir jamais voulu faire un spectacle po\u00e9tique! Et encore moins esth\u00e9tique, du moins au sens qu&rsquo;on attribue g\u00e9n\u00e9ralement et \u00e0 tort \u00e0 ce mot, quand on devrait plut\u00f4t dire mani\u00e9r\u00e9, joli, gentil, convenable, de bon go\u00fbt&#8230; M\u00eame l&rsquo;agit-prop a une esth\u00e9tique. Il n&rsquo;y a pas l&rsquo;Esth\u00e9tique \u00e0 majuscule et au-dessus de tout. Il y a des esth\u00e9tiques. Et je pense que l&rsquo;esth\u00e9tique est la pointe avanc\u00e9e d&rsquo;une \u00e9thique, et d&rsquo;une cosmovision. L&rsquo;esth\u00e9tique c&rsquo;est comme la gastronomie, mais il y a beaucoup trop de gens qui croient que la gastronomie c&rsquo;est la sauce! Sans doute qu&rsquo;une personne s&rsquo;interrogera au cours de ce colloque sur le terrorisme des mots employ\u00e9s par des critiques qui pr\u00e9f\u00e8rent juger tr\u00e8s vite plut\u00f4t que de s&rsquo;interroger. Chemin faisant il vit le cou du chien pel\u00e9. Qu&rsquo;est cela lui dit-il. &#8211; Rien! &#8211; Quoi, rien? &#8211; Peu de chose. &#8211; Mais encore? &#8211; Le collier dont je suis attach\u00e9, de ce que vous voyez est peut-\u00eatre la cause. &#8211; Attach\u00e9, dit le loup. Vous ne courez donc pas o\u00f9 vous voulez? &#8211; Pas toujours mais qu&rsquo;importe\u2026 J&rsquo;avoue \u00eatre dans la cat\u00e9gorie incrimin\u00e9e depuis avant 66 et y \u00eatre rest\u00e9 bien apr\u00e8s les ann\u00e9es 70, et m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. Mais j&rsquo;ai un peu \u00e9volu\u00e9 je crois. En particulier en ramenant la contradiction dans un seul individu . Ce qui permet des \u00e9conomies! Je plaide coupable mais paradoxalement j&rsquo;affirme que ce n&rsquo;est pas de ma faute. J&rsquo;y suis tomb\u00e9 dedans tout petit. Oh je ne faisais pas du th\u00e9\u00e2tre dit engag\u00e9 dans mon grenier, \u00e9tant enfant. Je n&rsquo;avais pas de grenier. J&rsquo;ai d\u00e9couvert le th\u00e9\u00e2tre tr\u00e8s tard quand j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 atteint par le mal. Tous mes malheurs ont commenc\u00e9 je crois l&rsquo;\u00e9t\u00e9 o\u00f9 voulant m&rsquo;entra\u00eener \u00e0 la traduction j&rsquo;ai achet\u00e9 un magazine en langue anglaise dans lequel j&rsquo;ai trouv\u00e9 un grand reportage sur ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 Hiroshima, le 6 ao\u00fbt 45, o\u00f9 une d\u00e9mocratie a produit une esth\u00e9tique \u00e0 la mesure de son \u00e9thique dont on voit chaque jour et partout dans le monde les effets d\u00e9vastateurs. De ce que j&rsquo;ai lu, j&rsquo;en ai \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 d\u00e9finitivement. J&rsquo;ai \u00e9crit une pi\u00e8ce, puis une deuxi\u00e8me puis une troisi\u00e8me que j&rsquo;ai mont\u00e9e et comme il y a de cela 40 ans, il faudrait en \u00e9crire une quatri\u00e8me dans laquelle le pilote dirait, me semble-t-il: Je suis un terroriste. A cette \u00e9poque-l\u00e0 je suis donc tomb\u00e9 dans le monde moderne. L&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;apr\u00e8s je suis tomb\u00e9 dans le th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 cause d&rsquo;un professeur de philosophie qui ne pouvait pas s&rsquo;en tenir au sp\u00e9culatif pur, qui cherchait toujours \u00e0 nous faire toucher du doigt la r\u00e9alit\u00e9. Et me voil\u00e0 enqu\u00eatant sur une panne \u00e9lectrique ou, je ne sais plus pourquoi mais \u00e0 cause de lui, taillant dans une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre pour en faire une adaptation, en toute innocence, moi un ignare, un non-litt\u00e9raire et pas du tout artiste. Et l\u00e0-dessus dans cette \u00e9cole est arriv\u00e9 Gabriel Monnet et puis les grands stages d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Cinq semaines \u00e0 monter un classique, rencontrer les \u0153uvres de Brecht, ou croiser Michel Vinaver tout jeune quand il \u00e9crivait les Cor\u00e9ens. Rien que le titre annonce la couleur\u2026 C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Annecy presque avant le D\u00e9luge. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 de me demander s&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu \u00e0 une \u00e9poque, une vaste conspiration pour drainer les jeunes talents dans la voie sans issue du th\u00e9\u00e2tre pour tous, de les attendrir, et les enfermer dans l&rsquo;humanisme, au lieu de les endurcir et de les propulser vers Hollywood. En v\u00e9rit\u00e9, mon premier r\u00f4le fut le P\u00e8re No\u00ebl! Et puis le Groupe Th\u00e9\u00e2tral Universitaire d&rsquo;Aix. Et puis le passage \u00e0 Paris. Je n&rsquo;y suis pas rest\u00e9. Oh j&rsquo;aimais cette ville mais je devais m&rsquo;y sentir en pays \u00e9tranger, sans encore savoir pourquoi. Et je n&rsquo;y ai pas fait des rencontres d\u00e9cisives. Par les circonstances de la vie je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 Avignon, sans l&rsquo;avoir choisi, comme \u00e7a, \u00e0 cause d&rsquo;un mal de dents. Les autres Jacqueline et Bertrand qui y \u00e9taient d\u00e9j\u00e0, faisaient un peu de l&rsquo;amateur avec la romanci\u00e8re Elisabeth Barbier, amie de Vilar et voil\u00e0 que je me suis retrouv\u00e9 r\u00e9gisseur au Festival. Tout pr\u00e8s de Vilar et de Philipe. J&rsquo;aurais pu me retrouver au Th\u00e9\u00e2tre Municipal et lever l&rsquo;ancre avec les Galas Karsenty. Non, ce fut le Th\u00e9\u00e2tre National Populaire. Que voulez-vous Monsieur le Pr\u00e9sident, on choisit pas mais \u00e7a vous marque, m\u00eame si vous avez l&rsquo;esprit tr\u00e8s critique. Et on se retrouve un jour au banc des accus\u00e9s. Plus tard je suis tomb\u00e9 dans le marxisme, et tout seul en plus. Je ne peux accuser personne de m&rsquo;avoir influenc\u00e9. A Champfleury o\u00f9 j&rsquo;habitais il y avait le Palais Paul Vidal qui servait pour la Foire et dans lequel se d\u00e9roulaient toutes sortes d&rsquo;activit\u00e9s. Entre autres la F\u00eate d&rsquo;hiver de la Marseillaise, avec sa librairie. Brochures. Salaire, prix et profit, la Violence dans l&rsquo;histoire, etc\u2026 Tu feuillettes, tu ach\u00e8tes\u2026 Et plus tard Le Capital\u2026 Les livres peuvent faire des ravages. On comprend pourquoi il y en a qui les interdisent ou qui les br\u00fblent. Moi par exemple je ne serais pas tomb\u00e9 dans ces lectures, je serais peut-\u00eatre un honorable retrait\u00e9 de l&rsquo;enseignement, un auteur \u00e0 succ\u00e8s de th\u00e9\u00e2tre de boulevard, un acad\u00e9micien, qui sait, ou m\u00eame un mort d\u00e9finitif\u2026 Mais non je suis tomb\u00e9 dans Prol\u00e9taires de tous les pays unissez-vous, alors je me suis uni, d&rsquo;ailleurs plus \u00e0 moi-m\u00eame qu&rsquo;aux autres mais \u00e7a revient au m\u00eame, et me voil\u00e0 aujourd&rsquo;hui avec l&rsquo;\u00e9toile rouge au front. Bien s\u00fbr l&rsquo;engag\u00e9 au sens du spectateur qui devient acteur, \u00e7a existe. Il ne se contente plus de regarder ce qui se passe, il voit soudain, il devient conscient, il s&rsquo;implique, il se jette dans l&rsquo;action, il s&rsquo;engage, il pousse \u00e0 la roue et il se salit les mains. Ainsi certains qui assistent \u00e0 un combat, prennent parti pour un des deux camps, pour Pozzo ou pour Lucky. Moi je n&rsquo;ai pas pris parti, ni pour les uns, ni pour les autres. Je suis tomb\u00e9 avec les autres, tous les autres de tous les pays, comme beaucoup d&rsquo;autres sans doute. Et il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ange gardien qui te retienne. Il y a l\u00e0-dedans mati\u00e8re \u00e0 une grande trag\u00e9die. Un vrai th\u00e9\u00e2tre de la Cruaut\u00e9 comme celui de la Maladie que nous portons malgr\u00e9 nous sans le savoir. Mon fr\u00e8re cadet \u00e9tait un militant communiste farouche qui se battait contre le capitalisme. Il est mort d&rsquo;un cancer de l&rsquo;amiante qui met trente ans \u00e0 se d\u00e9clarer. Cela signifie qu&rsquo;il se battait contre un ennemi qui lui avait d\u00e9j\u00e0 inocul\u00e9 la mort. Il \u00e9tait dans la bataille, d\u00e9j\u00e0 mort, sans le savoir. Mais quelque chose en lui peut-\u00eatre le savait, car il \u00e9tait une force de la nature, et la vie m\u00eame. Et il vivait\u2026 Mais bien s\u00fbr \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;\u0152dipe-Roi, d&rsquo;Hamlet et de toutes les histoires de papa-maman, c&rsquo;est peut-\u00eatre pas comme trag\u00e9die un sujet assez passionnant, trop quotidien&#8230; Alors je l&rsquo;ai \u00e9crit en occitan. Bref je suis tomb\u00e9 dans le nucl\u00e9aire c&rsquo;est \u00e0 dire dans la modernit\u00e9, puis dans le th\u00e9\u00e2tre, puis dans le marxisme et tout \u00e7a sans le vouloir. Il ne me manquait plus qu&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre. Je l&rsquo;ai trouv\u00e9 par hasard encore en 63 et l\u00e0 prenant notre envol avec le Pilote d&rsquo;Hiroshima, de pi\u00e8ce en pi\u00e8ce on n&rsquo;a plus arr\u00eat\u00e9 et tout est devenu de plus en plus irr\u00e9versible, irr\u00e9m\u00e9diable. Alors autant continuer. Il y avait toujours une question, une angoisse qui nous travaillait l&rsquo;\u00eatre. Essayer de comprendre pourquoi, de m\u00eame qu&rsquo;Ho Chi Minh, Johnson clame: \u00ab\u00a0C&rsquo;est toi l&rsquo;envahisseur?\u00a0\u00bb, c&rsquo;est pas de l&rsquo;engagement \u00e7a, mais l&rsquo;analyse concr\u00e8te de la situation concr\u00e8te. Et pris entre le Hipppie Bleu et le Garde Rouge, comment dire, autrement qu&rsquo;avec les blousons noirs de Zone Rouge, la douleur que nous ressentions \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution de Guevara dont les portraits fleurissent les manifs, comme celle de G\u00eanes. G\u00eanes 2001,<\/p>\n\n\n\n<p>le meurtre de Carlo Giuliani. J&rsquo;ai \u00e9crit et cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;an pass\u00e9 une pi\u00e8ce. Une fille accuse son p\u00e8re. Ils se disputent ils argumentent. Chacun s&rsquo;exprime. Moi je ne prends pas parti. Je ne choisis pas un camp. Je souffre aussi de ce p\u00e8re. Mais je crois que le seul fait de donner la parole \u00e0 l&rsquo;autre, \u00e0 la fille contre son p\u00e8re, \u00e0 la femme contre le mari, \u00e0 l&rsquo;ouvrier contre le patron, c&rsquo;est consid\u00e9r\u00e9 comme attentatoire au pouvoir et \u00e0 la dignit\u00e9 du p\u00e8re, du mari, du patron. C&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e7a l&rsquo;erreur, le mauvais go\u00fbt, si tu donnes la parole, je veux dire si tu permets de parler \u00e0 ceux qui sont consid\u00e9r\u00e9s par les puissants, les nantis et tous les majoritaires silencieux comme devant fermer leur gueule, tu fais une \u0153uvre militante, engag\u00e9e, et jug\u00e9e simpliste, r\u00e9ductrice\u2026 au moment m\u00eame o\u00f9 tu ouvres des portes et des fen\u00eatres, o\u00f9 tu essaies de te d\u00e9gager des poncifs et d&rsquo;\u00e9largir les perspectives. A la fin de 68, apr\u00e8s Zone Rouge, apr\u00e8s Les Clowns et Lola P\u00e9lican, apr\u00e8s Mai 68 qui fut la fin des esp\u00e9rances n\u00e9es en 66, \u00e0 l&rsquo;aube du 1er janvier 69 apr\u00e8s avoir dans\u00e9 toutes la nuit de fin d&rsquo;ann\u00e9e, nous d\u00e9cid\u00e2mes de suivre une juste ligne de masse. Cette fois on \u00e9tait en plein dans la marmite et parfaitement irr\u00e9cup\u00e9rables. Cette nuit-l\u00e0, nous \u00e9tions dans une maison de village. Sur le mur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du portail Jean-Marc avait bomb\u00e9: L&rsquo;IMAGINATION N&rsquo;A PAS PRIS LE POUVOIR MAIS ON EST CONTENT QUAND M\u00caME. Et tout de suite apr\u00e8s les f\u00eates nous avons pris pour th\u00e8me la lutte des classes en nous fondant sur la premi\u00e8re phrase du Capital: La richesse des soci\u00e9t\u00e9s dans lesquelles r\u00e8gnent le mode de production capitaliste s&rsquo;annonce comme une immense accumulation de marchandises. La premi\u00e8re phrase de la Bible: Au commencement Dieu cr\u00e9a le ciel et la terre, je ne vois pas ce que je peux en faire. Tandis que l&rsquo;autre\u2026 Nous nous sommes empar\u00e9s du concept du Parti Communiste sur le Capitalisme Monopoliste d&rsquo;Etat. Nous avons pris pour sujet le d\u00e9mant\u00e8lement des voies ferr\u00e9es, \u00e0 la SNCF puisque la classe ouvri\u00e8re \u00e9tait surtout repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Avignon par les cheminots du D\u00e9p\u00f4t des Rotondes. Et le 13 mai 69 nous avons cr\u00e9\u00e9 le Petit Train de Monsieur Kamod\u00e9 dans des d\u00e9cors bleu blanc rouge d&rsquo;Ernest, une pi\u00e8ce didactique destin\u00e9e aux BFM, les bons fran\u00e7ais moyens. A gauche l&rsquo;usine et Peuple tout en rouge qui marche avec des cothurnes, \u00e0 droite le tas des marchandises o\u00f9 tr\u00f4ne Monsieur Kamod\u00e9 tout en bleu, et au centre l&rsquo;hexagone sur lequel est couch\u00e9e Arachn\u00e9 dans sa robe de rails bleus et rouges. Et en face les spectateurs en h\u00e9micycle sur des pliants. Pendant le Festival qui suit, Bernard Mounier qui dirige alors la Maison de la Culture du Havre voit ce spectacle. Il me propose de venir au Havre de r\u00e9agir, d&rsquo;\u00e9crire une pi\u00e8ce et de la cr\u00e9er l\u00e0-bas. Je pr\u00e9cise l\u00e0 encore que je n&rsquo;ai rien demand\u00e9. Je n&rsquo;ai souvent fait que r\u00e9pondre \u00e0 des demandes. Avec ou sans th\u00e8me sugg\u00e9r\u00e9. &#8211; Viens au Havre! &#8211; Viens aux Ulis! &#8211; Viens \u00e0 B\u00e8gles! &#8211; Viens \u00e0 Montauban! &#8211; Lis ce texte de Gautier-Sauzin et dis-moi si tu peux en sortir quelque chose? &#8211; Ecris-nous un Jaur\u00e8s pour cr\u00e9er \u00e0 Carmaux. &#8211; Cent mille francs pour un truc au Palace! &#8211; On va faire chacun une cr\u00e9ation \u00e0 partir de ce tableau, si tu as une id\u00e9e, fais un spectacle ! &#8211; Une cr\u00e9ation de 40 minutes dans la for\u00eat d&rsquo;Uzeste. &#8211; Une cr\u00e9ation en Ile de France. &#8211; Une cr\u00e9ation en Italie\u2026 &#8211; Viens par ici ! Viens par l\u00e0 ! Et moi bonne p\u00e2te, j&rsquo;y vais. Dans toutes ces propositions, un budget plus ou moins important et rien de plus. Dans tous les cas je n&rsquo;ai jamais re\u00e7u aucune directive. Je n&rsquo;ai en fait jamais \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 par personne pour occuper un emploi salari\u00e9 et me tenir aux ordres. Engag\u00e9 c&rsquo;est bien ce que \u00e7a veut dire: recevoir des gages pour ob\u00e9ir \u00e0 quelqu&rsquo;un! Moi je me suis toujours consid\u00e9r\u00e9 plut\u00f4t comme un appel\u00e9! Beaucoup d&rsquo;appel\u00e9s, peu d&rsquo;\u00e9lus. La r\u00e9ponse beaucoup plus tard. Un ou deux si\u00e8cles ! J&rsquo;aurais bien aim\u00e9 d&rsquo;ailleurs. Etre engag\u00e9. Etre pay\u00e9 pour \u00e9crire avec des directives pr\u00e9cises. Savoir ce qu&rsquo;il faut dire. Etre bard\u00e9 de certitudes. Disposer de tout un attirail et d&rsquo;un appui logistique. Avoir peut-\u00eatre des aides qui vous m\u00e2chent le travail, vous fournissent les mots, les expressions, les documents, les sujets bien s\u00fbr&#8230; Et 39 heures par semaine, le r\u00eave! Jamais rien eu de tout cela. N&rsquo;ai d\u00fb en faire qu&rsquo;\u00e0 ma t\u00eate. Qui ne savait pas, la pauvre, qui ne sait toujours pas o\u00f9 elle en est exactement. Et qui cherche. Oh y a toujours une id\u00e9e qui s&rsquo;impose. Tu rencontres par exemple un tr\u00e8s beau personnage dans l&rsquo;histoire: Akh\u00e9naton, Giordano Bruno, Robespierre. Tu as envie de le faire conna\u00eetre \u00e0 d&rsquo;autres. Et pour cela il faut le mettre dans une situation intense, avec d&rsquo;autres personnages? Le th\u00e9\u00e2tre \u00e7a passe par des situations fortes qu&rsquo;il faut trouver. Ca peut durer, la recherche! Pendant vingt ans j&rsquo;ai laiss\u00e9 pi\u00e9tiner Robespierre, avant de d\u00e9couvrir la situation qui me permettrait de le mettre sur la sc\u00e8ne, autrement que dans une de ces pi\u00e8ces convenues sur la R\u00e9volution. Et pour chaque sujet, une dramaturgie, une sc\u00e9nographie particuli\u00e8res. Car on n&rsquo;a pas un moule dans lequel couler tous les th\u00e8mes, les uns apr\u00e8s les autres. Il existait au Havre depuis 68 une commission qui regroupait tous les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s culturels de toutes les entreprises de cette ville tr\u00e8s r\u00e9cente et tr\u00e8s ouvri\u00e8re. Armand Salacrou avait \u00e9crit Boulevard Durand, l&rsquo;histoire du syndicaliste Jules Durand, innocent inculp\u00e9 du meurtre d&rsquo;un docker, condamn\u00e9 \u00e0 mort et devenu fou. A l&rsquo;\u00e9poque de cette trag\u00e9die il n&rsquo;y avait que des dockers charbonniers dans ce port. Je me suis pos\u00e9 la question de savoir quel travailleur pourrait repr\u00e9senter l&rsquo;importante classe ouvri\u00e8re tr\u00e8s diversifi\u00e9e en 1970. Cette question fondamentale de dramaturgie, au lieu d&rsquo;y r\u00e9pondre et de choisir un personnage, j&rsquo;en ai fait tout un deuxi\u00e8me acte dans lequel on passe en revue des h\u00e9ros potentiels. Au premier acte et dans ces circonstances, plut\u00f4t que de m&rsquo;appuyer sur la Bible, ce qui eut \u00e9t\u00e9 plus \u0153cum\u00e9nique peut-\u00eatre, je commen\u00e7ais par illustrer le livre premier du Capital sur l&rsquo;homme qui cherche \u00e0 vendre sa seule marchandise, sa force de travail. Pour se procurer un poisson pour manger, il doit vendre le poisson qu&rsquo;il a dans le corps. Avant d&rsquo;aller au march\u00e9 pour acheter, il doit aller au march\u00e9 pour se vendre. Et je me rends compte aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;avec le poisson, il y avait du christique l\u00e0-dedans. La preuve que nous ne contr\u00f4lons pas tout, \u00f4 confr\u00e8res en \u00e9criture, et que malgr\u00e9 les filtres, il y a peut-\u00eatre toujours des voix \u00e9trang\u00e8res dans toutes les voix. C&rsquo;\u00e9tait Emballage, une pi\u00e8ce \u00e9crite en collaboration avec les travailleurs et cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la Bourse du Travail du Havre. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;occasion de ce spectacle que nous nous sommes pos\u00e9s la question de savoir si l&rsquo;humour \u00e9tait r\u00e9volutionnaire. On a r\u00e9pondu non et d&rsquo;un spectacle \u00e9pique de deux heures on a tir\u00e9 une sorte de spectacle bizarre, elliptique et fumeux d&rsquo;une heure. Invit\u00e9s par Guy \u00e0 Bordeaux on l&rsquo;a jou\u00e9 quatre fois. Les grands critiques \u00e9taient l\u00e0 et quand ils ont estim\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait de loin notre meilleur spectacle, nous sommes revenus aussit\u00f4t \u00e0 la premi\u00e8re version, consid\u00e9rant en fin de compte que l&rsquo;humour \u00e9tait r\u00e9volutionnaire, et dans cette voix-l\u00e0 j&rsquo;ai fait quand m\u00eame des progr\u00e8s! Une pi\u00e8ce en engendre toujours une autre. Mais souvent bien diff\u00e9rente. Apr\u00e8s Emballage au Havre, A Bec et \u00e0 Griffes \u00e0 Avignon. Il peut m\u00eame arriver qu&rsquo;une contradiction brutale dans laquelle je me trouve engendre aussi une pi\u00e8ce. Voici deux exemples de la m\u00eame \u00e9poque, 70-71. On joue Emballage dans un Centre Dramatique National, bien pay\u00e9s, mal accueillis, aucune publicit\u00e9. Au retour, tr\u00e8s en col\u00e8re, on prend \u00e0 bras-le-corps cette situation pour nous insupportable et il en sort La contradiction dans l&rsquo;\u0153uf et l&rsquo;\u0153uf dans la contradiction. Selon Engels, selon Mao. Le germe dans l&rsquo;\u0153uf se nourrit de l&rsquo;ancien, le contenu de l&rsquo;\u0153uf et quand il na\u00eet on conclut dialectiquement que le nouveau s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 au d\u00e9triment de l&rsquo;ancien. Une autre fois un autre directeur de CDN, metteur en sc\u00e8ne, me demande une cr\u00e9ation. &#8211; A quoi tu travailles en ce moment? &#8211; Sur Rosa Lux\u2026 Pas eu le temps de terminer le nom qu&rsquo;il s&rsquo;exclame! &#8211; Moi quand Gatti \u00e9crit le G\u00e9n\u00e9ral Franco, pas d&rsquo;accord\u2026 etc\u2026 Entre parenth\u00e8ses c&rsquo;est Gatti qui m&rsquo;avait parl\u00e9 de Rosa Luxembourg\u2026 &#8211; Et tu as quelque chose d&rsquo;autre? &#8211; La Peste de Marseille en 1720! &#8211; Eh bien voil\u00e0! \u00c7a c&rsquo;est un sujet! Du coup j&rsquo;ai \u00e9crit Rosa Lux. C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un narrateur qui lance les chiennes de l&rsquo;imagination pour \u00e9voquer la peste de Marseille. Elles commencent et tout \u00e0 coup elles font appara\u00eetre Rosa Luxembourg. Plusieurs fois de suite. On devait la cr\u00e9er et la jouer au moins vingt fois, puis ce fut cinq fois et finalement on ne l&rsquo;a pas jou\u00e9e dans cet autre Centre Dramatique. Dans ces circonstances-l\u00e0 moi je suis effectivement toujours engag\u00e9\u2026 dans l&rsquo;action cr\u00e9atrice, dans le pr\u00e9sent, dans le dialogue, enfin, dans le non-dialogue. Mais de nous deux le Directeur en place et moi, l&rsquo;engag\u00e9, le politique, le militant, le militaire, c&rsquo;est qui? Avec cette Rosa j&rsquo;ai eu aussi des probl\u00e8mes nouveaux avec trois ou quatre spectateurs qui avaient aim\u00e9 Emballage et qui ne trouvaient pas leur compte dans cet autre rapport \u00e0 l&rsquo;histoire et au th\u00e9\u00e2tre. J&rsquo;\u00e9tais en sc\u00e8ne et tout en jouant je me disputais avec eux, un ou deux en particulier \u00e0 Toulouse et \u00e0 Lyon. Car les appr\u00e9ciateurs, pour ne pas dire les admirateurs, peuvent \u00eatre redoutables. On peut tout craindre de leur part. Ils veulent dire du bien et peuvent faire un mal terrible, innocemment. Ils sont m\u00eame capables de vous lancer la horde sauvage entre les pattes. Car ceux qui sont les plus p\u00e9nibles en g\u00e9n\u00e9ral sont les croyants. Ils ont des certitudes. Ils savent ce qui est bon et ce qui doit \u00eatre fait. On voit le probl\u00e8me \u00e0 tr\u00e8s grande \u00e9chelle en ce moment, qui obstrue tous les horizons. Les croyants purs et durs, voil\u00e0 un aspect de la militance qu&rsquo;il faudrait examiner. Je n&rsquo;ai<\/p>\n\n\n\n<p>jamais tellement cherch\u00e9 \u00e0 avoir raison. J&rsquo;ai voulu dire ce que je ressentais. Je n&rsquo;ai jamais pol\u00e9miqu\u00e9 avec aucun journaliste. Et pourtant j&rsquo;ai lu beaucoup de choses, m\u00e9chancet\u00e9s ou louanges qui m&rsquo;ont g\u00ean\u00e9. Mais je suis pour la libert\u00e9 de la presse, malgr\u00e9 tout! Et puis elle passe, les \u0153uvres restent. Les id\u00e9es re\u00e7ues aussi, malheureusement. On aurait tendance \u00e0 nous pr\u00e9senter comme des obtus qui essaieraient de mettre en application une id\u00e9ologie alors que nous ne sommes, mes nombreux confr\u00e8res et moi, que des types qui sont aux prises avec toutes les lignes de force de l&rsquo;existence, en contact, en sympathie et parfois en conflit, avec des quantit\u00e9s de gens et que mus par une esp\u00e8ce d&rsquo;utopie et de sacr\u00e9, aux sourds et aux aveugles volontaires, nous essayons de faire voir et de faire entendre un non-vu et un non-dit qui nous paraissent essentiels \u00e0 conna\u00eetre pour le bonheur et pour la dignit\u00e9. Et c&rsquo;est le seul d\u00e9sir de vivre libre qui parle, pas une th\u00e9orie. Je ne vais pas passer en revue toutes les \u00e9poques de mon existence jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, ni m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante-dix. Cependant je veux en \u00e9voquer encore une qui sort des pr\u00e9c\u00e9dentes et qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 les suivantes. Avec la Contradiction dans l&rsquo;\u0153uf, on a pris pour personnage repr\u00e9sentatif, un petit \u00e9leveur du Gard et du coup on a mis la main aux marionnettes et le pied en Occitanie d&rsquo;o\u00f9 on sortait sans trop le savoir et qu&rsquo;on a d\u00e9couverte avec passion. On \u00e9tait de retour chez nous. On a fait beaucoup de choses. On a organis\u00e9 des Rencontres. On a cr\u00e9\u00e9 des pi\u00e8ces importantes: La Madone des Ordures, Gaston Domnici et le dernier soir que nous jouions Esclamonda l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne cathare, j&rsquo;ai lev\u00e9 la main et j&rsquo;ai dit: Notre prochain spectacle G\u00e9ronimo, Ugh! Je ne sais pas pourquoi mais du coup les jours d&rsquo;apr\u00e8s, alors que nous campions \u00e0 Monts\u00e9gur, j&rsquo;ai d\u00e9couvert l&rsquo;homme t\u00eatu qui incarne totalement la r\u00e9sistance arm\u00e9e, et parce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus que cette chose \u00e0 faire et parce qu&rsquo;en m\u00eame temps il ne fallait pas la faire, il a fait la derni\u00e8re chose \u00e0 faire. Et j&rsquo;en ai fait le prototype du rebelle occitan. Ainsi les pi\u00e8ces naissent aussi du hasard, d&rsquo;un seul mot, d&rsquo;une image, quand on n&rsquo;est pas ferm\u00e9, quand on saisit tout ce qui passe \u00e0 port\u00e9e de la main, \u00e0 port\u00e9e de l&rsquo;imaginaire. Quand on vit. Et quand on vit, quand on veut vivre comme un humain parmi des humains, dignement, on est tout de suite dans la subversion, c&rsquo;est \u00e0 dire la version aquatique. Ou alors il faut se taire, fermer les yeux et se boucher les oreilles. Et rester assis. Et reposer en paix. Je me suis attach\u00e9 \u00e0 montrer que je n&rsquo;\u00e9tais pour rien dans les orientations principales de mon existence. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par les \u00e9v\u00e8nements. J&rsquo;ai r\u00e9pondu \u00e0 des demandes. Je n&rsquo;ai pas fait expr\u00e8s. Je suis comme n&rsquo;importe quel humain, un personnage tragique parce que quelque chose s&rsquo;exprime \u00e0 travers moi, et que je ne contr\u00f4le pas! \u00c7a me tombe dessus. Je plaide coupable, mais non responsable. Les personnes qui pensent maintenant que je suis un irresponsable ont raison. Oui un irresponsable, \u00e9videmment puisque je suis un artiste, j&rsquo;ai gard\u00e9 mon \u00e2me d&rsquo;enfant comme ils disent, un innocent, un ravi de la cr\u00e8che donc un non-engag\u00e9, l&rsquo;instrument du destin, la pauvre cr\u00e9ature de Frankenstein qui va crever dans les glaces du p\u00f4le Nord. \u00c7a la traverse tout cela qui doit s&rsquo;accomplir. Le Y\u00e9ti par exemple, ce n&rsquo;est pas moi qui suis all\u00e9 le chercher, j&rsquo;aurais eu trop honte. C&rsquo;est lui qui est venu et qui a voulu que je le repr\u00e9sente comme parangon de l&rsquo;exclu. C&rsquo;\u00e9tait au matin du 1er janvier 1992. Le Y\u00e9ti qui d\u00e9barque sans crier gare! Car il y a des personnages qui ne s&#8217;embarrassent pas d&rsquo;attendre et qui font un peu ce qu&rsquo;ils veulent. Qui vous tombent dessus et auxquels il faut ob\u00e9ir! Engag\u00e9 par le Y\u00e9ti eh oui! Ou par Marie No Man&rsquo;s Land! Ou par tout autre personnage. Ou m\u00eame par une simple image, celle de ce type traqu\u00e9 par un projecteur qui a donn\u00e9 Napalm et cette interrogation d&rsquo;Olivier Todd lors de la cr\u00e9ation: Comment se fait-il que la premi\u00e8re pi\u00e8ce sur le Vietnam soit cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Avignon? C&rsquo;est vrai qu&rsquo;en France tout ce qui ne sort pas de Paris, laisse perplexe! Il faut dire que pour parler du Vietnam selon la m\u00e9thode traditionnelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;allusion, j&rsquo;avais fait une adaptation des Perses d&rsquo;Eschyle car les traductions des classiques grecs \u00e9taient alors injouables, impossibles \u00e0 prof\u00e9rer. Nous avons mont\u00e9 cette pi\u00e8ce. Ce fut le plus \u00e9pouvantable spectacle que nous ayions mont\u00e9. Pour corriger le tir, nous avons donc jou\u00e9 Napalm, la guerre du Vietnam \u00e0 bras-le-corps et remont\u00e9 le texte des Perses, en pur th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 trois en blousons noirs sous le titre de Xerx\u00e8s. C&rsquo;\u00e9tait du th\u00e9\u00e2tre athl\u00e9tique. Apr\u00e8s la situation et les personnages, il faut s&rsquo;attraper avec la langue fran\u00e7aise, ce qui n&rsquo;est pas une petite affaire, cet engagement-l\u00e0. C&rsquo;est un peu comme essayer de creuser un trou parfaitement cylindrique dans du sable. La seule certitude c&rsquo;est qu&rsquo;il y a toujours comme un malaise&#8230; Mais aussi quel plaisir, l&rsquo;\u00e9criture, n&rsquo;est-ce pas, \u00f4 dramaturges! J&rsquo;aurais aim\u00e9 vous entretenir: &#8211; de la culture occitane et de la diglossie, &#8211; de l&rsquo;Acteur Sud, &#8211; du principe de repr\u00e9sentation proven\u00e7al et m\u00e9diterran\u00e9en, &#8211; de la fameuse distance, d&rsquo;Aristote \u00e0 nos jours, &#8211; du d\u00e9cor comme soporifique, &#8211; du micro comme pr\u00e9servatif et comme canal de Big Brother, &#8211; du th\u00e9\u00e2tre avec les enfants, les lyc\u00e9ens, les \u00e9tudiants, &#8211; de la catharsis \u00e0 notre \u00e9poque, &#8211; du pathos et de la complaisance, &#8211; des m\u00e9rites compar\u00e9s des uns, nous les occidentaux, et des autres, les primitifs et sous-d\u00e9velopp\u00e9s, \u00e0 notre d\u00e9triment, &#8211; de notre manifeste de 66 : Ne vous laissez pas cultiver par n&rsquo;importe qui, la culture aux \u00e9gouts, les classiques au poteau, lavez-vous le cerveau, etc\u2026 &#8211; des id\u00e9es dominantes qui \u00e9touffent les \u00eatres: l&rsquo;homme est m\u00e9chant, la femme est inf\u00e9rieure, l&rsquo;enfant est petit, et celui qui sort de ces id\u00e9es est un criminel, &#8211; du combat dans lequel depuis si longtemps je suis engag\u00e9 corps et \u00e2me contre lyrisme de pacotille pour endormir le monde en relevant le ton \u00e0 la fin de chaque vers, de chaque membre de phrase et presque de chaque mot, et contre parigotisme pour s&rsquo;encanailler tous ensemble, en avalant les mots, en faisant des \u00e9lisions, en ne respectant pas les douze pieds, lyrisme et parigotisme, voil\u00e0 les monstres, les deux mamelles empoisonn\u00e9es auxquelles s&rsquo;allaite la jeunesse, avec l&rsquo;aide du mauvais exemple de presque tous les anciens, et des m\u00e9dias, Nous part\u00eem&rsquo; cinq cents mais par un prompt renfort Nous nous v\u00eem&rsquo;trois mille en arrivant au port Tant \u00e0 nous voir marcher avec un tel visag&rsquo;\u2026 &#8211; et vous entretenir encore de bien d&rsquo;autres sujets qui rel\u00e8vent tous plus ou moins du sujet qui nous occupe, &#8211; et tout particuli\u00e8rement de cette question d\u00e9licate du prix de revient de l&rsquo;engagement. La libert\u00e9 n&rsquo;est pas une marchandise mais elle co\u00fbte quand m\u00eame tr\u00e8s cher. J&rsquo;ai toujours eu le sentiment que je tentais de me d\u00e9gager, de me d\u00e9sentraver et de me lib\u00e9rer peu \u00e0 peu avec l&rsquo;aide de toutes et tous les autres. Un type qui est en train de se noyer et qui se d\u00e9bat, je ne pense pas qu&rsquo;il ait un programme politique. Il ne milite pas. Il ne fait pas de pros\u00e9lytisme. Il essaie de respirer, de surnager, de r\u00e9sister, de se maintenir en surface, de se d\u00e9gager pour survivre, de s&rsquo;en sortir. Sans compter celles et ceux qui se noient sans le savoir, nous sommes nombreux \u00e0 \u00eatre dans cette situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, et quelques uns se viennent en aide, se soutiennent, se donnent des conseils. Ils se d\u00e9battent en ch\u0153ur. Ils n&rsquo;ont souvent pas le temps de se demander s&rsquo;ils ne se trompent pas de voie. De toute mani\u00e8re c&rsquo;est tr\u00e8s souvent trop tard pour bifurquer, pour faire marche arri\u00e8re. A moins de tomber \u00e0 genoux et de crier: Je crois, personne ne croira \u00e0 un changement. Tout de nous devient suspect. Le pr\u00e9sum\u00e9 innocent n&rsquo;existe pas en ce domaine, et on sent autour de soi comme une envie de tuer. D&rsquo;o\u00f9 ce silence \u00e0 partir d&rsquo;un certain moment\u2026 Si on r\u00e9fl\u00e9chit mieux, comme miroir, on peut aussi penser que s&rsquo;engager et militer c&rsquo;est une mani\u00e8re de remuer pour \u00e9viter la noyade mentale, et la noyade g\u00e9n\u00e9rale. Narcisse se penche au-dessus de l&rsquo;eau et il comprend qu&rsquo;il y en a un qui m\u00e9rite de vivre, lui-m\u00eame, une \u00e9tonnante d\u00e9couverte! L&rsquo;engagement au fond, je ne sais pas \u00e0 quoi \u00e7a a servi, \u00e0 quoi \u00e7a sert encore. Peut-\u00eatre \u00e0 tenir quelques consciences en \u00e9veil? Peut-\u00eatre \u00e0 retarder le pire, sinon \u00e0 l&#8217;emp\u00eacher? \u00c7a doit quand m\u00eame bien servir \u00e0 quelque chose puisque les install\u00e9s s&rsquo;y opposent. Avez-vous \u00e9tudi\u00e9 les censures insidieuses? Les comit\u00e9s d&rsquo;experts, les intermittents du spectacle, le d\u00e9mant\u00e8lement des services publics\u2026 Nous avons quelques ennemis f\u00e9roces. Mais ce qui me r\u00e9jouit beaucoup, c&rsquo;est que nous sommes encore l\u00e0, vivants, et que -pour reprendre une blague de fous du bon vieux temps- nous pouvons voir les encag\u00e9s qui nous montrent du doigt et qui, de derri\u00e8re leurs barreaux, croient que c&rsquo;est nous, les engag\u00e9s, qui sommes enferm\u00e9s, tandis que nous allons, nous, camarades, et tous les jeunes et nouveaux et nombreux r\u00e9sistants et gu\u00e9rilleros qui apparaissent. Oui nous allons au milieu d&rsquo;un monde tellement plein de sujets d&rsquo;indignation et de col\u00e8re qu&rsquo;on se sent immortels, n&rsquo;est-ce pas, tellement il y a \u00e0 faire! Et l\u00e0 alors se dresse la terrible question du style! Et des coupures\u2026 FIN<\/p>\n\n\n\n<p>APPENDICES APPEL <br>Ne vous gargarisez pas d&rsquo;une \u00e9motion factice et n&rsquo;avalez pas des syllabes et pied \u00e0 pied dites vos vers. Tordez le cou \u00e0 l&rsquo;\u00e9loquence et \u00e0 la vulgarit\u00e9! Devenez des simples tuyaux!<\/p>\n\n\n\n<p>LE BON TON <br>Le bon ton c&rsquo;est le ton convenu! Il y a le ton convenu du politique, le ton convenu du vendeur, le ton convenu du journaliste d&rsquo;autant plus identifiables qu&rsquo;ils cherchent \u00e0 nous faire prendre des vessies pour des lanternes, \u00e0 nous arnaquer, \u00e0 nous mentir. On s&rsquo;en rend compte, on ne dit rien, on accepte, on joue le jeu des dupes. Et ainsi de convention en convention rien ne se dit et rien ne bouge. De m\u00eame il y a un ton convenu de l&rsquo;acteur, c&rsquo;est la langue de bois de la sensiblerie. \u00c7a parle pour ne rien dire, pour bercer, pour endormir. Pour faire croire qu&rsquo;on ressent toutes et tous la m\u00eame chose, qu&rsquo;on est tous d&rsquo;accord, au fond, et qu&rsquo;on se sent tr\u00e8s bien ensemble, malgr\u00e9 tout.<br><\/p>\n\n\n\n<p>LE G\u00c9ANT ANT\u00c9E <br>C&rsquo;\u00e9tait un g\u00e9ant qui pour reprendre ses forces, devait obligatoirement toucher terre. Dans la lutte, il \u00e9tait redoutable. Hercule vint \u00e0 bout de lui en le maintenant longtemps dans ses bras, en l&rsquo;air, et il s&rsquo;\u00e9puisa, loin de sa terre-m\u00e8re. Ainsi l&rsquo;acteur qui s&rsquo;\u00e9lance sur les petites ailes du lyrisme, qui chantonne, qui s&rsquo;\u00e9vade vers les nu\u00e9es au lieu de rester avec nous, terre \u00e0 terre, il perd ses forces. On ne voit plus un type en train de vivre, de parler, de penser mais un type qui joue \u00e0 l&rsquo;ange, au distingu\u00e9 qui vibre et qui en plus parigotise. Le malheureux!<\/p>\n\n\n\n<p>NOUS NE SOMMES PAS DES POLITIQUES<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agit du texte qui para\u00eet dans notre d\u00e9pliant N\u00b0154, contenant le programme complet de nos spectacles pendant le 38\u00e8me Festival Off. Nous les gens de th\u00e9\u00e2tre nous ne sommes pas des politiques. Pas du tout. Il y a entre les politiques et nous une tr\u00e8s grande diff\u00e9rence. Il y a m\u00eame un ab\u00eeme que nous avons laiss\u00e9 franchir par quelques journalistes, des critiques malveillants qui m\u00e9langent tout, qui lancent des ponts d&rsquo;\u00e2neries, et pas des ponts aux \u00e2nes, et cr\u00e9ent des confusions. Pour ne pas pol\u00e9miquer, nous avons laiss\u00e9 dire et \u00e9crire\u2026 Nous sur sc\u00e8ne, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, nous ne ponctuons nos tirades ni du geste ni de la voix comme les politiques ont tendance \u00e0 le faire dans leurs discours, car il y a toujours un tribun des temps anciens qui s&rsquo;agite en secret en eux. Ils ponctuent avec ferveur, avec fureur pour d\u00e9montrer peut-\u00eatre qu&rsquo;ils croient \u00e0 ce qu&rsquo;ils disent ou parce qu&rsquo;ils croient que les gens ne comprennent rien. Oui, ils veulent convaincre, ils veulent d\u00e9montrer, preuves en mains. Ils ont toujours des chiffres, des statistiques \u00e0 la bouche. Mais nous les gens de th\u00e9\u00e2tre nous n&rsquo;avons pas \u00e0 d\u00e9montrer mais \u00e0 montrer, ce qui est bien diff\u00e9rent, \u00e0 donner \u00e0 voir et \u00e0 entendre. Et que chacun ensuite se fasse son opinion. Je conc\u00e8de que, \u00e0 part moi et quelques autres, la seule ressemblance qu&rsquo;il y ait entre la majorit\u00e9 des gens de th\u00e9\u00e2tre et la majorit\u00e9 des politiques est une certaine tendance tr\u00e8s profonde qu&rsquo;ils ont \u00e0 faire du lyrisme, pour montrer qu&rsquo;ils sont sensibles, qu&rsquo;ils ressentent des choses, qu&rsquo;ils peuvent s&rsquo;\u00e9mouvoir et pour cela, ils rel\u00e8vent la fin de toutes leurs phrases. Ils chantent quand ils parlent, comme la plupart de nos actrices et acteurs. Le plus \u00e9tonnant est que le public dans tous les cas accepte cette convention que j&rsquo;appelle de la petite ch\u00e8vre de monsieur Seguin qu&rsquo;elle \u00e9tait jolie et nia nia nia\u2026 telle que r\u00e9cit\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Certes, nous sommes pr\u00e9occup\u00e9s de gagner notre vie avec notre art, et avec l&rsquo;aide des pouvoirs publics, et pour cela de plaire qui est le grand art dont personne ne conna\u00eet vraiment les r\u00e8gles. Mais les \u0153uvres ne d\u00e9pendent pas des voix exprim\u00e9es, blanches ou nulles. Elles ne sortent pas des urnes mais des \u00e2mes. De toute mani\u00e8re, je peux le dire franchement, n&rsquo;en d\u00e9plaise aux \u00e9tiqueteurs, moi je ne suis pas un politique. Je n&rsquo;ai pas de solution \u00e0 proposer. Je ne dis pas: Venez voter pour moi, mais: Venez vous voir, quand nous jouons&#8230;<br><\/p>\n\n\n\n<p>LA DOUBLE CATHARSIS<\/p>\n\n\n\n<p>Ce devait \u00eatre le jeudi 26 juillet 2003 vers 18:30 quand au cours d&rsquo;une repr\u00e9sentation des Inter-mittents Ressuscit\u00e9s, j&rsquo;ai d\u00e9couvert en public la double catharsis. Il y a une vid\u00e9o de cette repr\u00e9sentation. Je racontais depuis quelques jours la sc\u00e8ne d&rsquo;une spectatrice qui rencontre une actrice et qui lui explique qu&rsquo;elle a besoin qu&rsquo;on joue pour elle pour \u00eatre all\u00e9g\u00e9e de toutes les horreurs qu&rsquo;elle ressent en elle accumul\u00e9es, et en retour l&rsquo;actrice en gr\u00e8ve lui explique qu&rsquo;elle-m\u00eame souffre de ne pas jouer, car elle ne peut pas elle-m\u00eame s&rsquo;all\u00e9ger de son propre mal qu&rsquo;elle ne peut \u00e9vacuer qu&rsquo;en jouant. Et chaque fois laissant cette image en suspens de ce duo, avec une impression de malaise et d&rsquo;incompr\u00e9hension de la situation, je disais c&rsquo;est ce que nous appelons la catharsis ou purgation des passions et je passais pour illustration plus pr\u00e9cise de cette fameuse catharsis \u00e0 l&rsquo;histoire du meurtre rituel symbolique du responsable du protocole par exemple qui soulage tous les intermittents! Je sentais bien que dans mon duo actrice-spec-tatrice il y avait autre chose que cette simple catharsis pour la spectatrice. Et l&rsquo;actrice alors, son besoin imp\u00e9ri-eux de jouer, son malaise \u00e0 en \u00eatre priv\u00e9e, \u00e7a relevait de quoi? Et l\u00e0 soudain j&rsquo;ai compris qu&rsquo;il y avait la double catharsis! La chose jusqu&rsquo;ici impens\u00e9e! Aristote ne s&rsquo;est, me semble-t-il, pr\u00e9occup\u00e9 que des spectateurs. Mais il y a aussi les acteurs. Et il m&rsquo;apparut qu&rsquo;il y avait une catharsis pour l&rsquo;acteur comme il y en avait une pour le spectateur. C&rsquo;est la m\u00eame pour les deux et elle a une double fonction. L&rsquo;acteur a besoin de jouer, de repr\u00e9sen-ter un acte symbolique, le spectateur a besoin de voir cet acte repr\u00e9sent\u00e9. C&rsquo;est en quelque sorte un \u00e9change de bons proc\u00e9d\u00e9s, une assistance mutuelle. Ils se font plaisir l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Ils se purgent, ils se soulagent ensemble. Bien s\u00fbr il serait bon de relire les quelques lignes d&rsquo;Aristote relatives \u00e0 la catharsis. A.B. 27.07.03 Le voici! \u00a0\u00bb Donc la trag\u00e9die est l&rsquo;imitation d&rsquo;une action de caract\u00e8re \u00e9lev\u00e9 et compl\u00e8te, d&rsquo;une certaine \u00e9tendue, dans un langage relev\u00e9 d&rsquo;assaisonnements d&rsquo;une esp\u00e8ce particuli\u00e8re selon les diverses parties, imitation qui est faite par des personnages en action et non au moyen d&rsquo;un r\u00e9cit, et qui, suscitant piti\u00e9 et crainte op\u00e8re la purgation propre \u00e0 pareilles \u00e9motions. J&rsquo;appelle \u00ab\u00a0langage relev\u00e9 d&rsquo;assaisonnements\u00a0\u00bb celui qui a rythme, m\u00e9lodie et chant, et j&rsquo;entends par \u00ab\u00a0assaisonnements d&rsquo;une esp\u00e8ce particuli\u00e8re\u00a0\u00bb que certaines parties sont ex\u00e9cut\u00e9es simplement \u00e0 l&rsquo;aide du m\u00e8tre, tandis eu d&rsquo;autres, par contre, le sont \u00e0 l&rsquo;aide du chant.\u00a0\u00bb Au fond Aristote parle pour le corps social dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>PROJET DE LIVRE : VIVRE AVIGNON 2003<\/p>\n\n\n\n<p>Laurent Villeret, Oui je me souviens de vous. Je vous envoie trois textes sur le sujet qui nous occupe. Le premier, bref r\u00e9capitulatif, para\u00eetra dans notre d\u00e9pliant de la rentr\u00e9e. A part deux d\u00e9tails, je ne le d\u00e9veloppe pas plus. Le deuxi\u00e8me du 27.07.03 a \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9, ou envoy\u00e9, \u00e0 tous les participants de ce spectacle, pour garder trace et rappeler \u00e0 chacune et chacun ce qui lui revient. Le troisi\u00e8me, \u00e0 titre d&rsquo;information, a paru dans l&rsquo;Humanit\u00e9 le 16 juillet. J&rsquo;\u00e9tais pour la gr\u00e8ve, par solidarit\u00e9 quasi oblig\u00e9e. Si un jour il n&rsquo;y avait plus d&rsquo;Intermittents, il n&rsquo;y aurait peut-\u00eatre plus de th\u00e9\u00e2tre. D\u00e8s la fin juin je me disais et j&rsquo;en parlais, que si nous entrions en gr\u00e8ve, nous pourrions peut-\u00eatre en profiter amorcer un travail pour une prochaine cr\u00e9ation. Cela n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 possible dans le contexte tel qu&rsquo;il s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 d\u00e8s le tout d\u00e9but de juillet. Mais on discute, on brasse des situations, des personnages\u2026 Et \u00e7a peut toujours servir! La preuve\u2026 Le 10 juillet, assez t\u00f4t, je me suis demand\u00e9 s&rsquo;il ne faudrait pas \u00e9crire au pr\u00e9sident de la R\u00e9pu-blique dans la perspective du 14 juillet (on peut toujours r\u00eav\u00e9, \u00e7a finit par servir!) et alors j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 ce titre L&rsquo;Intermittent Ressuscit\u00e9 par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Mais la veille il y avait eu le Conseil des Ministres, et rien! Il n&rsquo;y avait rien \u00e0 attendre\u2026 Alors la 2\u00e8me partie du titre est tomb\u00e9e lorsqu&rsquo;\u00e0 10H j&rsquo;ai propos\u00e9 \u00e0 tous les autres de faire une cr\u00e9ation collective. Ce qui a permis cette cr\u00e9ation c&rsquo;est d&rsquo;abord la situation dans laquelle nous nous trouvions toutes et tous, avec les m\u00eames pr\u00e9occupations, les m\u00eames objectifs, les m\u00eames parcours, et de plus en collaboration avec des spectatrices et des spectateurs qui \u00e9taient aussi dans la m\u00eame histoire. Nous avions une m\u00e9moire commune de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement en train de se faire, ce qui n&#8217;emp\u00eache d&rsquo;ailleurs pas les contradictions! Ce qui a permis aussi la cr\u00e9ation c&rsquo;est la pr\u00e9sence sur le m\u00eame plateau de trois troupes du Sud qui se connaissent depuis bien longtemps et qui ont dans bien des domaines des pratiques qui se ressemblent, et qui se compl\u00e8tent. Nous avons donc pu mettre tr\u00e8s rapidement sur pied une cr\u00e9ation, une vraie cr\u00e9ation de th\u00e9\u00e2tre qui n&rsquo;est pas du th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;intervention, ni d&rsquo;agitation. Le plus remarquable dans cette affaire est justement qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;abord et avant tout de th\u00e9\u00e2tre, tout simplement, comme il devrait y en avoir plus souvent. Je regrette de n&rsquo;avoir pas jou\u00e9 deux pi\u00e8ces importantes pour notre \u00e9poque: G\u00eanes 2001, le Jeune Homme Expos\u00e9 et L&rsquo;Homme aux petites pierres encercl\u00e9 par les gros canons. J&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 plong\u00e9 dans un moment de vie intense et d&rsquo;interrogations, de rencontres de la profession avec elle-m\u00eame dans sa diversit\u00e9 et avec les publics de th\u00e9\u00e2tre , plus passionn\u00e9s encore qu&rsquo;on ne l&rsquo;imaginait. En partance pour quinze jours, sans illusion sur l&rsquo;avenir, cordialement \u00e0 vous. <br>Andr\u00e9 Benedetto<br><\/p>\n\n\n\n<p>LES INTERMITTENTS RESSUSCITES<\/p>\n\n\n\n<p>ou jouer pour montrer l&rsquo;impossibilit\u00e9 de jouer et faire ainsi de l&rsquo;obstacle le passage<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9t\u00e9 au 2\u00e8me jour de gr\u00e8ve le 10 juillet 2003 \u00e0 10H, j&rsquo;ai propos\u00e9 \u00e0 celles et \u00e0 ceux qui devaient jouer leur spectacle sur notre sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre des Carmes, de cr\u00e9er un spectacle d&rsquo;improvisation sur le th\u00e8me de l&rsquo;Intermittent Ressuscit\u00e9. Ce projet fut longuement discut\u00e9, puis accept\u00e9, mis en chantier et jou\u00e9 \u00e0 15H30 pour la premi\u00e8re fois par Migrations Culturelles de Bordeaux (Guy Lenoir et Limengo Benano-Melly), Pied Nu de Marseille (Mahoammed Adi et Karamoko Bangoura), Th\u00e9\u00e2tre des Carmes d&rsquo;Avignon (Fran\u00e7oise Baut, Claude Djian, Nicolas Flamen, Marie Labadie, Aude Laine, Corinne Levesque et Odile Picard). Moi-m\u00eame Andr\u00e9 Benedetto je m&rsquo;y suis incorpor\u00e9 \u00e0 la 2\u00e8me, Kaki (Mimagine) \u00e0 la 4\u00e8me, et Virginie Berland (Mes Dix Doigts) \u00e0 la 13\u00e8me. Ca durait 25 minutes, \u00e7a a atteint parfois les 65 minutes. C&rsquo;\u00e9tait un vrai spectacle de th\u00e9\u00e2tre pour dire l&rsquo;impossibilit\u00e9 prochaine de faire du th\u00e9\u00e2tre. Ah oui du vrai th\u00e9\u00e2tre fond\u00e9 sur un th\u00e8me fort et sur une m\u00e9moire commune d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement en cours, avec une dialectique collectif-individuel de ces gens allong\u00e9s qui se rel\u00e8vent pour improviser une sc\u00e8ne, un ch\u0153ur musical qui ponctue et agr\u00e9mente les sc\u00e8nes, des vrais personnages tir\u00e9s d&rsquo;un r\u00e9el ext\u00e9rieur (et int\u00e9rieur) dans lequel tout le monde baigne, le tout transpos\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne avec humour mais sans m\u00e9chancet\u00e9. Chaque repr\u00e9sentation \u00e9tait suivie d&rsquo;un d\u00e9bat passionnant avec des spect-acteurs qui vivaient cette crise aussi fortement que les gens de th\u00e9\u00e2tre. Nous avons jou\u00e9 aussi longtemps que ce fut possible pour nous jusqu&rsquo;au dimanche 27 inclus, soit 28 repr\u00e9sentations. Tout le monde a pu filmer, enregistrer, photographier sans entrave. Il n&rsquo;\u00e9tait pas question de pr\u00e9lever des droits d&rsquo;auteur sur l&rsquo;histoire en train de se faire. A.B.<\/p>\n\n\n\n<p>PLAN DU SPECTACLE L&rsquo;INTERMITTENT RESSUSCITE (1\u00e8re version) repr\u00e9sent\u00e9 du 10 au 20 juillet 2003 \u00e0 15h30 et \u00e0 19h00<\/p>\n\n\n\n<p>1. IL ETAIT UNE FOIS Mohammed, Karamoko<\/p>\n\n\n\n<p>2 . LA FILLE QUI VEUT FAIRE DU THEATRE ET SES PARENTS Marie, Fran\u00e7oise et Claude<\/p>\n\n\n\n<p>3. LE SALTIMBANQUE Kaki<\/p>\n\n\n\n<p>4. LE MATIN ON PARLE DES CHOSES DU MATIN Mohammed, Karamoko<\/p>\n\n\n\n<p>5. LA FILLE PASSIONNEE ET SON AMI DELAISSE PAS D&rsquo;ACCORD Odile, Limengo<\/p>\n\n\n\n<p>6. LA TENTATIVE D&rsquo;EXPLICATION DU PROTOCOLE PAR ERNEST ANTOINE Guy Lenoir<\/p>\n\n\n\n<p>7. LE LOUP DEVOREUR Virginie<\/p>\n\n\n\n<p>8. JE VAIS FAIRE UN TABAC Claude en Centaure caracolant<\/p>\n\n\n\n<p>9. CELLE QUI VEUT JOUER ET CELLE QUI NE VEUT PAS Corinne, Aude<\/p>\n\n\n\n<p>10. LA CATHARSIS A UNE TABLE DE BISTROT Spectatrice et actrice. Andr\u00e9 et le poignard de th\u00e9\u00e2tre pour l&rsquo;agression symbolique du responsable.<\/p>\n\n\n\n<p>11. IL FAUT HURLER Mohammed, Karamoko<\/p>\n\n\n\n<p>12. LES PLUS RICHES PLUS RICHES LES PLUS PAUVRES PLUS PAUVRES Claude et le Ch\u0153ur r\u00e9pond: -Exactement!<\/p>\n\n\n\n<p>13. LE DIRECTEUR DE THEATRE D&rsquo;AVIGNON Jouer ou ne pas jouer? Nicolas<\/p>\n\n\n\n<p>14. MAMAN COURAGE JOUEZ MES ENFANTS Ne sciez pas la branche. Marie<\/p>\n\n\n\n<p>15. LE SPECTATEUR SOLIDAIRE qui refuse d&rsquo;aller au th\u00e9\u00e2tre. Manger ou ne pas manger? Andr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>16. LES AVIGNONNAISES REACS choqu\u00e9es par les intermittents allong\u00e9s. Odile, Fran\u00e7oise<\/p>\n\n\n\n<p>17. FAUT PAS PLEURER\u2026 DEBOUT! Mohammed Karamoko<\/p>\n\n\n\n<p>18. CITATION DU MINISTRE AILLAGON DE 1997: Vive les marges!<\/p>\n\n\n\n<p>19. LES FAITS LES CHIFFRES Quelques dates, Troupes en gr\u00e8ve et D\u00e9parts.<\/p>\n\n\n\n<p>20. MARIE-JOSEE ROIG Moi je veux que \u00e7a joue, le Festival. Marie<\/p>\n\n\n\n<p>21. PRESENTATION DES TROUPES QUI VIENNENT DE JOUER<\/p>\n\n\n\n<p>22. DEBAT<\/p>\n\n\n\n<p>Ce spectacle a \u00e9t\u00e9 une cr\u00e9ation collective d&rsquo;improvisations en solo, en duo ou en trio des actrices et des acteurs des compagnies qui devaient jouer sur la sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre des Carmesau Festival 2003. MIGRATIONS CULTURELLES de Bordeaux Guy Lenoir Limengo Benano Melly PIED NU de Marseille Mohammed Adi Karamoko Bangoura MES DIX DOIGTS de Bonneuil sur Marne Virginie Berland MIMAGINE d&rsquo;Avignon Kaki THE\u00c2TRE DES CARMES Fran\u00e7oise Baut Andr\u00e9 Benedetto Marie Labadie Claude Djian Aude Laine Nicolas Flamen Corinne Levesque Odile Picard et parfois Beno\u00eet Baut Administration et Accueil: Frances Ashley Mich\u00e8le Hoger Andri\u00e8ve Chamoux Cl\u00e9mence Benedetto Apr\u00e8s le d\u00e9part pr\u00e9vu de Migrations culturelles et du Pied Nu, le spectacle a continu\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>PLAN DU SPECTACLE LES INTERMITTENTS RESSUSCITES (2\u00e8me version) repr\u00e9sent\u00e9 du 21 au 27 juillet 2003 \u00e0 18h00 (sauf le 22)<\/p>\n\n\n\n<p>1. ALLONGEMENT ETIREMENT LAMINAGE Andr\u00e9 et une sanza<\/p>\n\n\n\n<p>2 . LA FILLE QUI VEUT FAIRE DU THEATRE ET SES PARENTS Marie, Fran\u00e7oise et Claude<\/p>\n\n\n\n<p>3. LE SALTIMBANQUE Kaki<\/p>\n\n\n\n<p>4. LA FILLE ECHEVELEE ET SON AMI PAS D&rsquo;ACCORD Aude, Nicolas<\/p>\n\n\n\n<p>5. LA MARE ORIGINELLE Andr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>6. LA TENTATIVE d&rsquo;EXPLICATION DU PROTOCOLE PAR ERNEST ANTOINE Claude, Fran\u00e7oise<\/p>\n\n\n\n<p>7. LA CATHARSIS A UNE TABLE DE BISTROT Spectatrice et actrice. Andr\u00e9 et le poignard de th\u00e9\u00e2tre pour le meurtre rituel du responsable.<\/p>\n\n\n\n<p>8. LE LOUP DEVOREUR puis JE JOUERAI PAS MON SPECTACLE Virginie<\/p>\n\n\n\n<p>9. LES DECHIREMENTS de chacune et chacun. Andr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>10. CELLE QUI VEUT JOUER ET CELLE QUI NE VEUT PAS JOUER Corinne, Aude<\/p>\n\n\n\n<p>11. LE DIRECTEUR DE THEATRE D&rsquo;AVIGNON Jouer ou ne pas jouer? Nicolas<\/p>\n\n\n\n<p>12. MAMIE COURAGE JOUEZ MES ENFANTS Ne sciez pas la branche Marie<\/p>\n\n\n\n<p>13. LE SPECTATEUR SOLIDAIRE ET DECHIRE Manger ou ne pas manger? Andr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>14. LES AVIGNONNAISES REACS choqu\u00e9es par les intermittents allong\u00e9s. Fran\u00e7oise, Corinne<\/p>\n\n\n\n<p>15. JE VAIS FAIRE UN TABAC A CE FESTIVAL Claude en Centaure caracolant<\/p>\n\n\n\n<p>16. LES INTERMITTENTS SE RELEVENT Andr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>17. LES PLUS RICHES PLUS RICHES LES PLUS PAUVRES PLUS PAUVRES Claude<\/p>\n\n\n\n<p>18. LA CITATION DU MINISTRE AILLAGON DE 1997 Vive les marges! Virginie<\/p>\n\n\n\n<p>19. LES FAITS LES CHIFFRES: Dates, Troupes en gr\u00e8ve, D\u00e9parts.<\/p>\n\n\n\n<p>20. MARIE-JOSEE ROIG Moi je veux que \u00e7a joue le Festival. Marie<\/p>\n\n\n\n<p>21. PRESENTATION DES TROUPES QUI VIENNENT DE JOUER<\/p>\n\n\n\n<p>22. DEBAT<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre original \u00e9tait L&rsquo;Intermittent Ressuscit\u00e9. Lors de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation il est devenu Les Intermittents Ressuscit\u00e9s. Logique! L&rsquo;entr\u00e9e \u00e9tait de deux euros, le chapeau rapportait autant que la recette. Notre t\u00e2che accomplie il nous a sembl\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable de cesser nos activit\u00e9s le soir du dimanche 27 juillet apr\u00e8s avoir repr\u00e9sent\u00e9 ce spectacle 28 fois. Chaque repr\u00e9sentation \u00e9tait suivie d&rsquo;un d\u00e9bat avec la quasi totalit\u00e9 du public, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin et toujours aussi passionnant. Qui aurait pu imaginer le 1er juillet l&rsquo;\u00e9mergence du spectateur qui allait refuser d&rsquo;aller au spectacle par solidarit\u00e9? Nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 des int\u00e9gristes de la gr\u00e8ve. Chacune et chacun ont agi selon leur conscience et selon leurs possibilit\u00e9s dans cette situation difficile. Il n&rsquo;y avait pas les gr\u00e9vistes et les non-gr\u00e9vistes. Il y avait celles et ceux qui ont jou\u00e9 sans \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me, qu&rsquo;ils reposent en paix. Et puis celles et ceux qui s&rsquo;interrogeaient et qui agissaient du mieux qu&rsquo;ils pouvaient, avec un peu ou beaucoup de gr\u00e8ve et de d\u00e9bats, que personne ne vienne leur faire la morale. L&rsquo;\u00e9thique commande parfois de se taire! A.B. 27.07.03<\/p>\n\n\n\n<p>ESCHYLE, SHAKESPEARE, MOLI\u00c8RE ET NOUS-M\u00caMES : RECORDS BATTUS DE RENTABILIT\u00c9<\/p>\n\n\n\n<p>Preuve donn\u00e9e par la gr\u00e8ve annonc\u00e9e, le Festival d&rsquo;Avignon, et les autres, ne peuvent se d\u00e9rouler que gr\u00e2ce aux intermittents. Sans eux pas de loisirs, pas de \u00a0\u00bb plaisirs sup\u00e9rieurs de l&rsquo;esprit \u00ab\u00a0, pas de soir\u00e9es artistiques, pas de terrasses pleines de consommateurs, pas d&rsquo;h\u00f4tels r\u00e9serv\u00e9s depuis des mois, pas d&rsquo;habitants louant leur appartement, pas de concours de boules entre personnalit\u00e9s\u2026 Alors toutes celles et tous ceux qui tirent profit d&rsquo;un festival, et ils sont tr\u00e8s nombreux, de l&rsquo;\u00e9picier et de l&rsquo;\u00e9lectricien du coin jusqu&rsquo;aux vignerons du terroir, en passant par tous les autres: imprimeurs, annonceurs, libraires, limonadiers, restaurateurs et bistrots\u2026 devraient donc cotiser eux aussi pour les intermittents. Et l&rsquo;\u00e9tat lui-m\u00eame et les autres collectivit\u00e9s qui tirent profit de ces profits, gr\u00e2ce aux imp\u00f4ts, devraient aussi cotiser pour les intermittents. Et alors voil\u00e0 de quoi alimenter les caisses, si on se fonde sur la toute petite et si n\u00e9cessaire solidarit\u00e9 sociale sans laquelle il n&rsquo;y a plus de soci\u00e9t\u00e9. Par l&rsquo;ampleur du mouvement dict\u00e9 par leurs int\u00e9r\u00eats et surtout par l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral dont ils ont conscience, on voit qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas avec ces gens-l\u00e0, intermittentes et intermittents, de quelques r\u00eaveurs qui seraient indemnis\u00e9s \u00e0 ne rien faire mais \u00e0 de vrais travailleurs dont le travail rev\u00eat une importance sociale d&rsquo;autant plus consid\u00e9rable qu&rsquo;on ne la mesure jamais tr\u00e8s bien. Pourquoi donc ceux qui ont en mains tous les pouvoirs en sont-ils encore \u00e0 claironner Vous chantiez j&rsquo;en suis fort aise, eh bien dansez maintenant! avec les cyniques accumuleurs de profits qui nous entra\u00eenent dans la r\u00e9gression g\u00e9n\u00e9rale. Ces ringards! Il y eut une \u00e9poque o\u00f9 il y avait deux distributions de courrier par jour. Et nous derni\u00e8rement il a fallu, apr\u00e8s \u00e9tonnement \u00e0 ne rien recevoir, que nous allions nous-m\u00eames r\u00e9cup\u00e9rer notre courrier d&rsquo;une semaine. Au nom de la rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate, les chercheurs de profits d\u00e9truisent les services publics, et \u00e9touffent la plan\u00e8te. Ils exigent des 15% de b\u00e9n\u00e9fice pour la location d&rsquo;un argent qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas du tout gagn\u00e9 \u00e0 la sueur de leur front. Objectivement, qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que leur imb\u00e9cile exigence de rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate aupr\u00e8s de la rentabilit\u00e9 par exemple des artistes et des litt\u00e9raires avec le temps? Lequel de ces surpay\u00e9s d&rsquo;aujourd&rsquo;hui pourrait pr\u00e9tendre recevoir dans un, deux ou trois si\u00e8cles l&rsquo;\u00e9quivalent de ce qu&rsquo;on devrait donner \u00e0 Moli\u00e8re, \u00e0 Van Gogh et \u00e0 tous les autres pour le plaisir qu&rsquo;ils procurent et pour leur apport \u00e0 la formation des esprits et des sensibilit\u00e9s, depuis si longtemps. Les artistes sont tr\u00e8s rentables. Ils sont m\u00eame tellement rentables, qu&rsquo;il suffit qu&rsquo;un seul le soit dans l&rsquo;avenir pour qu&rsquo;il valide et cautionne tous les autres de son \u00e9poque. Les artistes sont peut-\u00eatre les seuls rentables! Ils sont si utiles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 que, par exemple, les \u0153uvres de la litt\u00e9rature et du th\u00e9\u00e2tre deviennent propri\u00e9t\u00e9 publique 70 ans apr\u00e8s la mort de leurs auteurs, tellement on en a besoin. En v\u00e9rit\u00e9, qui est en train de scier la branche et de prendre de toutes les mani\u00e8res les spectateurs en otage et m\u00eame tout l&rsquo;avenir? Les gens du M\u00e9def, ces minoritaires par excellence, connaissent les cons\u00e9quences d&rsquo;une restriction du statut des intermittents, qui n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pas une sin\u00e9cure. Au nom de quoi veulent-ils tout casser? Au nom de leurs profits? Peut-\u00eatre pas! Mais peut-\u00eatre bien de leur s\u00e9curit\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 dire de leur volont\u00e9 de totalitarisme. S&rsquo;ils r\u00e9ussissent \u00e0 faire ent\u00e9riner par le gouvernement leur accord avec d&rsquo;autres minoritaires, les intermittentes et les intermittents du spectacle vivant seront en fait les seules victimes et ainsi tous les petits foyers de l&rsquo;art, de la pens\u00e9e, du questionne-ment du monde, de l&rsquo;intranquillit\u00e9 cr\u00e9atrice, de la joie, de la vie-m\u00eame seront \u00e9radiqu\u00e9s, tandis que les promoteurs du spectacle mort, les soci\u00e9t\u00e9s de production audio-visuelles et autres plus ou moins li\u00e9es aux loisirs, pourront continuer \u00e0 piocher des profits dans les caisses de l&rsquo;assurance-ch\u00f4mage, pourront poursuivre leurs entreprises d&rsquo;ab\u00eatissement et d&rsquo;endormissement tout en verrouillant la nouveaut\u00e9, la pens\u00e9e cr\u00e9ative et critique, et tout simplement l&rsquo;imaginaire. Et on ne sait pas encore tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Benedetto<\/p>\n\n\n\n<p>MANIFESTE PER LO TEATRE D&rsquo;OC<\/p>\n\n\n\n<p>Avem una lenga n\u00f2stra que inventet la po\u00e8sia europenca una cultura tant rica que nos es venguda d&rsquo;en pertot un biais de jogar lo teatre&#8230; e lo cinema una tipologia de personatges tancats ailas desempu\u00e8i mai d&rsquo;un segle en riba de rota coma lei santons, e que bolengan plus Avem d&rsquo;escrivans ancians, autors d&rsquo;\u00f2bras magers, e mai de joves escrivans que sabon escriure d&rsquo;\u00f2bras b\u00e8las e b\u00f2nas Avem tot aqu\u00f2! E p\u00f2di dire qu&rsquo;ai vist d&rsquo;espectacles que son f\u00f2r\u00e7a b\u00f2ns. Mai la situacion actuala dau teatre fa crenta e la devem cambiar un pauc. Per aqu\u00f2 vaqui \u00e7\u00f2 que me pensi que devem faire: 1. Jitar f\u00f2ra la scena toteis aquelei dec\u00f2rs laids, lords e encombrants: telas, taulas, cadieras, cosinieras, arm\u00e0ris e bufets&#8230; Gar\u00e7atz tot aqu\u00f2 def\u00f2ra que ne&rsquo;n avem ges de besonh. Nos cau servar una scena vueja e nusa. Un plateu e basta! 2. Prendre la lenga coma una lenga vertadiera, f\u00f2rta, poderosa, rica que p\u00f2t tot dire a totei sus la terra sensa ges de besonh d&rsquo;assajar de se faire comprendre dei solets franchimands, sens aquela man\u00eda de revirar tot en frances \u00f2 d&rsquo;escriure lo proensau amb la fonetica francesa. La lenga es pas un sota-franc\u00e8s, un pat\u00e8s. Es una lenga coma una autra. Es pas simpletament un suplement d&rsquo;anma per lo paure proensau. La lenga es pas soncament facha per lo pantais, la galejada, la farsejada, lo desconatge, la mantenen\u00e7a de sabem pas de qu\u00e9, la politica estrecha&#8230; Devem quitar tot aqu\u00f2 que son d&rsquo;entrepachas au desvolopament n\u00f2stre. La lenga es facha per la vida, per la comunicacion, per dire lo mond e lo cambiar, per dire la femna e l&rsquo;\u00f2me e per leis adjudar a viure e per que se podon dire elei-meteis tot \u00e7\u00f2 que an dins lo c\u00f2s e dins l&rsquo;anma. Devem auborar lo niveu de la lenga e lo biais de la dire sus lo pontin. E per aqu\u00f2 leis amators devon trabalhar coma lei professionaus e mai e mielhs encara. 3. Durbir lei p\u00f2rtas e lei fenestras sus lo mond d&rsquo;ara, aici e aila, e sus lei f\u00f2rmas n\u00f2vas de la creacion. E jogar tanben def\u00f2ra, dins lei carrieras. Mandar d&rsquo;invitacions en totei aquelei que fan lo teatre, que sabem jamai \u00e7\u00f2 que se j\u00f2ga en c\u00f2 nostre, dins la lenga. Organizar d&rsquo;acampadas mai nombrosas per manejar aquela situacion d&rsquo;ara. De segur qu&rsquo;avem de se parlar e de veire ensems \u00e7\u00f2 qu&rsquo;es possible de faire. Per acabar vaqui lo mement\u00f2: 1. La scena vueja 2. La lenga plena 3. Lo fenestron dubert.<\/p>\n\n\n\n<p>Andrieu Benedetto<br><\/p>\n\n\n\n<p>APPELE? OUI!  ENGAGE? NON!<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 d&rsquo;auteur engag\u00e9. Je ne sais pas tr\u00e8s bien pour quelle raison. Il est vrai que j&rsquo;ai re\u00e7u parfois des commandes pour cr\u00e9er un spectacle sur un th\u00e8me donn\u00e9 (Tu viens au Havre et tu r\u00e9agis! Viens aux Ulis! Viens \u00e0 B\u00e8gles! Lis ce texte de Gautier-Sauzin et dis-moi si tu peux faire quelque chose avec? Un Jaur\u00e8s pour Carmaux&#8230;), ou m\u00eame parfois sans th\u00e8me d\u00e9fini (Dix briques pour un truc au Palace! On va faire chacun une cr\u00e9ation \u00e0 partir de ce tableau&#8230;) Mais dans tous les cas je n&rsquo;ai jamais re\u00e7u aucune directive. Je n&rsquo;ai en fait jamais \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 par personne pour occuper un emploi salari\u00e9 et me tenir aux ordres. Engag\u00e9 c&rsquo;est bien ce que \u00e7a veut dire: recevoir des gages pour ob\u00e9ir \u00e0 quelqu&rsquo;un! Il parait que c&rsquo;est Sartre qui aurait invent\u00e9 ce concept d&rsquo;engag\u00e9! Moi je me suis toujours consid\u00e9r\u00e9 plut\u00f4t comme un appel\u00e9! J&rsquo;aurais bien aim\u00e9 d&rsquo;ailleurs. Etre engag\u00e9. Etre pay\u00e9 pour \u00e9crire avec des directives pr\u00e9cises. Savoir ce qu&rsquo;il faut dire. Etre bard\u00e9 de certitudes. Disposer de tout un attirail et d&rsquo;un appui logistique. Avoir peut-\u00eatre des aides qui vous m\u00e2chent le travail, vous fournissent les mots, les expressions, les documents, les sujets bien s\u00fbr&#8230; Et 39 heures par semaine, le r\u00eave! Jamais rien eu de tout cela. N&rsquo;ai d\u00fb en faire qu&rsquo;\u00e0 ma t\u00eate. Qui ne savait, qui ne sait toujours pas o\u00f9 elle en est exactement. Tr\u00e8s p\u00e9nible! Le th\u00e9\u00e2tre \u00e7a passe par des situations qu&rsquo;il faut trouver. Ca peut durer, la recherche! Vingt ans \u00e0 laisser pi\u00e9tiner Robespierre dans l&rsquo;attente de la situation qui permettrait de le mettre sur sc\u00e8ne. Et les personnages qui ne s&#8217;embarrassent pas d&rsquo;attente et qui font un peu ce qu&rsquo;ils veulent. Qui vous tombent dessus et auxquels il faut ob\u00e9ir, comme ce y\u00e9ti de 92, qui d\u00e9barque le jour de l&rsquo;an! Engag\u00e9 par le y\u00e9ti ah oui! Ou par Marie No Man&rsquo;s Land! Ou par tout autre personnage. Ou m\u00eame par une image, celle de ce type traqu\u00e9 par un projecteur qui a donn\u00e9 Napalm et ses malentendus! ou encore par la premi\u00e8re phrase du Capital de Karl Marx qui dit: La richesse des soci\u00e9t\u00e9s dans lesquelles r\u00e8gne le mode de production capitaliste s&rsquo;annonce comme une immense accumulations de marchandises! La premi\u00e8re phrase de la Bible n&rsquo;est pas mal non plus: Dieu, au commencement, cr\u00e9a les cieux et la terre! La seule certitude c&rsquo;est qu&rsquo;il y a comme un malaise&#8230; Et apr\u00e8s la situation et les personnages, il faut s&rsquo;attraper avec la langue fran\u00e7aise, ce qui n&rsquo;est pas une petite affaire. C&rsquo;est un peu comme essayer de creuser un trou parfaitement cylindrique dans du sable. Pour moi, elle fout le camp de tous les c\u00f4t\u00e9s.<br><\/p>\n\n\n\n<p>REGENERATION&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>chez nous on a raval\u00e9 des fa\u00e7ades comme les chinois ravalent p\u00e9riodiquement les ossements de leurs anc\u00eatres&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>et puis ils les renfouissent mais nous nous transformons tous les b\u00e2timents en s\u00e9pulcres qui se dressent honteux dans leur obsc\u00e9nit\u00e9 mais la pluie ne les dissout pas dans l&rsquo;air du temps<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9j\u00e0 les explosions avaient commenc\u00e9 le travail juste au pied du palais pour la rendre \u00e0 la mort&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>la ville et l\u00e0-dessus il y a des id\u00e9es bizarres qui courent dans des archi-t\u00eates sur la mani\u00e8re d&rsquo;organiser l&rsquo;urbain on a vu un quartier central devenir une sorte de n\u00e9cropolele centre-ville a eu son premier infarctus&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>je suis toujours en plein coeur du sujet alors le quartier de la balance le bien nomm\u00e9 a \u00e9t\u00e9 balanc\u00e9 on a oubli\u00e9 o\u00f9 mais il en reste un souvenir<\/p>\n\n\n\n<p>apr\u00e8s ce f\u00fbt le palais paul vidal o\u00f9 se donnait toutes les f\u00eates mon mal vient de plus loin \u00e0 peine au fils d&rsquo;\u00e9g\u00e9e&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>sous les lois de l&rsquo;hymen je m&rsquo;\u00e9tais engag\u00e9e ils ont fait p\u00e9ter les immeubles pour offrir du terrain dans la proximit\u00e9 aux tribus de la mort qui ont plus d&rsquo;or accumul\u00e9que toutes les tribus de la vie rejet\u00e9s loin vers les b\u00e2timents gris ils existent ces b\u00e2timents je les ai vus sous leur nom de po\u00e8te ils existent encore&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>et sur leurs fa\u00e7ades au soleil il n&rsquo;y a pas une seule fen\u00eatre je n&rsquo;ai jamais cess\u00e9 de red\u00e9couvrir les banlieues&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>elles ne sont jamais les m\u00eames moi banlieue faite de banlieues leur histoire est aussi la mienne&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>j&rsquo;appartiens \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an sud qui vient battre tous les remparts de ses grandes vagues sal\u00e9es&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>pour chanter la rengaine des peuples nous sommes l\u00e0 vivants pensez \u00e0 nous ne nous oubliez pas<\/p>\n\n\n\n<p>c&rsquo;est pas des sauvages du tout mais c&rsquo;est moi dont il est question pas des peuplades \u00e9coute bien ni des insectes je ne noue pas avec eux la relation du sociologue ni du missionnaire ni du commer\u00e7ant ni de l&rsquo;ethnologue ni du militaire vainqueur ni du livreur de culture ni du n\u00e9grier encore moins&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ni en allant un peu trop loin de l&rsquo;exterminateur partisan of course de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des races&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>je noue sans forcer la dose la relation de l&rsquo;autre \u00e0 l&rsquo;autre avec moi-m\u00eame et moi-le-m\u00eame<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a me concerne \u00e9troitement il faut le dire je suis en terrain de connaisssance&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>des connaissances et de la connaissance<\/p>\n\n\n\n<p>c&rsquo;est mon histoire qu&rsquo;il s&rsquo;agit tu vas voir et l\u00e0-dedans y a plein d&rsquo;histoires&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>dans cette histoire-l\u00e0 la mienne y a plein de noeuds de carrefours de connections&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>avec plein de chemins partout dans tous les sens o\u00f9 tu peux si tu veux te perdre ou retrouver&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>mon histoire comme un univers de neurones une corde \u00e0 noeuds une vie<\/p>\n\n\n\n<p>il y a la langue de l&rsquo;\u00e9cole il y a la langue de la vie et puis d&rsquo;autres langues d&rsquo;ailleurs venues&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>mais les gardiens de la pr\u00e9tendue puret\u00e9 versaillaise veillent encore et m\u00eame ils se font des dict\u00e9es en direct tr\u00e8s subtiles et ils s&rsquo;y font des fautes et des farces et ils rient&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ah comme ils sont heureux tous ces cr\u00e2nes savants aux machoires articul\u00e9es trop bien huil\u00e9es&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 radoter des subjonctifs et \u00e0 sucer des platitudes ah oui ton caf\u00e9 fout le camp y a plus rien dans la cafeti\u00e8re&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>h\u00e9las comme bient\u00f4t gueulera mon macduff venu r\u00e9veiller un vivant&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>je ne peux r\u00e9veiller un mort en v\u00e9rit\u00e9 qui voit autour de lui tous ces cadavres<\/p>\n\n\n\n<p>moi aussi j&rsquo;ai entendu les injures du racisme cr\u00e9tin \u00e0 cause de quoi que mon pays que \u00e7a aurait pu \u00eatre totalement la france \u00e7a le sera jamais tout \u00e0 fait vraiment \u00e7a restera un pays inachev\u00e9 dans moi avec un gros trou qu&rsquo;on aurait pu en attendre beaucoup de ce pays mais il perd de plus en plus des morceaux de sa conscience \u00e9videmmenty en a qui croient que c&rsquo;est pas grave que \u00e7a repoussera peut-\u00eatre la conscience en entier comme les nageoires du tigre mais non&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ils sont pas forts en biologie ils savent pas comment que \u00e7a se m\u00e9lange ou comment que \u00e7a se m\u00e9lange pas&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>des morceaux qui tombent \u00e0 la poubelle de sa conscience \u00e0 lui de responsable \u00e9thique du monde&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ce pays qu&rsquo;il aurait pu \u00eatrepour donner un exemple \u00e0 toutes et \u00e0 tous juste un exemple<\/p>\n\n\n\n<p>y en a plus des exemples n\u00e9cessaires ce pays ne veut plus ressembler \u00e0 la France&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>il veut ressembler \u00e0 n&rsquo;importe quoi adieu adieu je m&rsquo;en vais sans tourner les yeux&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>je ne sais pas tr\u00e8s bien encore si je serai chercheur d&rsquo;or&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ou chasseur de phoques au p\u00f4le nord chef de banque chez rockfeller&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ou chef de bande chez les gangsters mais bient\u00f4t je serai millionnaire&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>et pendant ce temps-l\u00e0 des gens quelque part dans le monde en lutte se mettent \u00e0 chanter la marseillaise&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>et voil\u00e0 que le disque s&rsquo;arr\u00eate dans leur gorge ils se demandent ce qui se passe il se passe que le moteur il a cal\u00e9 dit po po po y en a plus des exemples et en m\u00eame temps y en plus de plus en plus des exemples regarde c&rsquo;est le concept de diff\u00e9rence qui a h\u00e9riss\u00e9 ses cheveux sur leur langue et ils z\u00e9zaient n&rsquo;importe quoi \u00e0 profusion lui il est plus ceci que l&rsquo;autre il est plus cela et l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 alors c&rsquo;est o\u00f9 que vous l&rsquo;avez jet\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>on devient on est devenu une autre r\u00e9publique une et tr\u00e8s divisible comme un troupeau de gnous fon\u00e7ant dans les savanes&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>harcel\u00e9 par les pr\u00e9dateurs pour accomplir sa migration mais nous les pr\u00e9dateurs&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ils nous embrassent sur la bouche l&rsquo;homme est un homme pour l&rsquo;homme&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>tout le monde tue tout le monde pour la s\u00e9lection de l&rsquo;esp\u00e8ce&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>qui deviendra ainsi au cours des d\u00e9cennies de plus en plus forte et m\u00e9chante cette esp\u00e8ce&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>il le faut il le faut pour conqu\u00e9rir les galaxies&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>et le progr\u00e8s porter toujours plus loin on ne reviendra pas sur la loi du profit&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a nous d\u00e9passe individuellement beaucoup trop nous les individus on n&rsquo;y peut rien faut accepter<\/p>\n\n\n\n<p>peut-\u00eatre oh je dis bien peut-\u00eatre une chance \u00e0 saisir avec eux et moi et nous les pieds dans les p\u00e9riph\u00e9ries&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>qui sommes jusqu&rsquo;au cou enfonc\u00e9s dans le sujet principal et de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>int\u00e9r\u00eat et principal la fourmi n&rsquo;est pas pr\u00eateuse eux je te dis qu&rsquo;ils sont debout et que des citoyens ils sont&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>et ils refusent de se lancer dans la guerre civile dans laquelle on les pousse \u00e0 grands renforts de forces&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>de mani\u00e8re syst\u00e9matique \u00f4 temps suspends ton vol<\/p>\n\n\n\n<p>si dans leur coeur et dans leur corps et dans leur conscience les banlieues \u00e9taient identiques aux non-banlieues&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>villages restaur\u00e9s centre-villes immeubles bourgeois h\u00f4tels particuliers zones r\u00e9sidentielles lotissements&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>elles ne seraient pas ce qu&rsquo;elles sont c&rsquo;est \u00e9vident elles seraient depuis longtemps ces banlieues-l\u00e0&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>en guerre d\u00e9clar\u00e9e ouverte impitoyable ce qui n&rsquo;est pas le cas et on semble le regretter&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>mais ni moi ni bien des amis et connaissances on ne pense le mal et beaucoup et beaucoup qu&rsquo;on ne connaitra pas&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>qui ont encore quelque imagination et grand d\u00e9sir de vie&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9sir aussi intense que celui des ados l\u00e0 o\u00f9 ils ont v\u00e9cu l\u00e0 o\u00f9 ils vivent est leur pays&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>territoire de leur jeunesse ils sont partie int\u00e9grante de nous&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>moi par exemple qui suis un cas extr\u00e8me nous sommes tous des cas extr\u00e8mes&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>consid\u00e8re-toi comme un cas extr\u00e8me et tu te verras autrement&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>au milieu des probl\u00e9matiques et des horreurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>LE PAIN LE VIN LE CHRIST DE CHAIR<\/p>\n\n\n\n<p>LES INTEGRISTES<\/p>\n\n\n\n<p>Une de nos invit\u00e9es s&rsquo;en allait avant la d\u00e9gustation. Je l&rsquo;ai&nbsp;abord\u00e9e. Elle m&rsquo;a dit que je l&rsquo;avais choqu\u00e9e, protestante pour qui le&nbsp;pain et le vin ont une telle importance. Elle n&rsquo;avait jamais vu \u00e7a comme&nbsp;\u00e7a. Je la crois volontiers. Pour elle sans doute depuis la petite enfance&nbsp;les expressions: Ceci est mon corps, ceci est mon sang n&rsquo;\u00e9taient quedes mots presque vides, ne renvoyant \u00e0 rien de r\u00e9el, de visible, de&nbsp;palpable, n&rsquo;\u00e9taient que des expressions convenues, des formules.Une&nbsp;sorte de langue de bois!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Et voil\u00e0 que ces mots tout \u00e0 coup pr\u00e9sent\u00e9s dans ce contexte,jou\u00e9s, incarn\u00e9s acqu\u00e9raient une densit\u00e9 inconnue, une vie en quelquesorte, une esp\u00e8ce d&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9! Comme si soudain aux infos du vingt&nbsp;heures, les r\u00e9cepteurs s&rsquo;ouvraient au moment du repas et que du sang&nbsp;en coule, et que des cadavres en sortent.&nbsp;Le r\u00e9el r\u00e9el \u00e9pouvante. Nous avons besoin d&rsquo;\u00e9crans&#8230;&nbsp;En l&rsquo;occurence, moi je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;extrapoler un peu, qu&rsquo;illustrer&nbsp;un peu la parole. Car c&rsquo;est bien lui, fondateur du cannibalisme religieuxqui a dit au fond: Mangez-moi! Buvez-moi! Je prolonge, j&rsquo;interpr\u00e8te, jedonne tout son sens \u00e0 sa parole en lui faisant dire: Mangez-vous et&nbsp;buvez-vous les uns les autres! Car enfin c&rsquo;est bien cela qu&rsquo;ils font, ou du&nbsp;moins les catholiques je crois, quand ils ouvrent la bouche pour&nbsp;recevoir l&rsquo;hostie.&nbsp;Et alors, moi aussi je suis choqu\u00e9. Par elle! Par cette r\u00e9action si&nbsp;r\u00e9ductrice. De quel droit divin s&rsquo;autorise-t-elle \u00e0 \u00eatre choqu\u00e9e?Comment peut-elle se croire d\u00e9tentrice de tout le sens, de tout le sang,de tous les sens? Et se croire le droit de contester ma parole? Laquelle\u00e9mane de lui directement!&nbsp;Elle me parle comme si j&rsquo;avais port\u00e9 atteinte \u00e0 sa foi, \u00e0 son sensdu sacr\u00e9, et m\u00eame \u00e0 son moi le plus intime. Comme si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9sacril\u00e8ge! Ca veut dire quoi: sacril\u00e8ge?&nbsp;Il y a donc des int\u00e9gristes parmi nous. Ils ne voient pas quejamais peut-\u00eatre on ne leur a montr\u00e9 leur christ aussi vivant, aussi r\u00e9el,aussi humain. Ils se referment dans quoi exactement? Heureusementqu&rsquo;ils sont minoritaires et qu&rsquo;ils n&rsquo;ont aucun pouvoir. Sinon attention lafatwa! Comme en terre d&rsquo;islam&#8230;&nbsp;Moi je ne cherche pas \u00e0 provoquer. Je dis ce que je sens, ce queje pense&#8230; pour contribuer \u00e0 l&rsquo;\u00e9largissement des consciences.&nbsp;Hier soir il y avait une \u00e9mission sur Arte (2\/5) sur le proc\u00e8s deJ\u00e9sus. Il a \u00e9t\u00e9 mis en question la responsabilit\u00e9 de Pilate, du Sanh\u00e9drin,etc&#8230; mais personne ne s&rsquo;est demand\u00e9 pourquoi l&rsquo;\u00e9glise traduit: \u00ab\u00a0Il leleur a livr\u00e9\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0Pilate a livr\u00e9 J\u00e9sus aux juifs?\u00a0\u00bb Pourquoi aux juifs? Ill&rsquo;a livr\u00e9 aux chefs religieux de l&rsquo;\u00e9glise de cette \u00e9poque! Mais peut-\u00eatreque ceux qui traduisent ont raison? Peut-\u00eatre n&rsquo;\u00e9tait-il pas juif ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ah Letizia!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ieri alla mattina sono arrivati i librial pomerrigio ho faxato due volte al 61 71 144e ciascuna volta, la sua voce: pronto, pronto, pronto&#8230;allora ho telefonato e lei me ha dato un altro numeroallora ho faxato al 61 67 512e ancora la sua voce: pronto, pronto, pronto&#8230;allora ho spedito il fax come una lettera!Oggi faxeremo alla notte dope le diecidope la rappresentazione di \u00a0\u00bb La D\u00e9gustation aux flambeaux\u00a0\u00bbuna nuova commedia con vino del paese&#8230;Speremo che il fax funzionera durante il vostro sonno!Vengo di scrivere a Giovanni che sono felice, e anch&rsquo;io fiero.Si si \u00e8 molto buona la colore, la stessa che la mia camicia per recitare.Recitero Nous les Eureup\u00e9ens ad Avignone il 26 aprile, a Montpellier i30 aprile, 1 e 2 mai maggio e il 13 maggio alla Guadeloupe! Parlero dellibro,de lei, de Giovanni e de Lorenzo. L&rsquo;arrivo del libro adesso \u00e8 unbuon segno.Tutto il libro \u00e8 un bel oggetto. Mi piaciono la coperta, il disegno dellap.58 e la p. 77, la traduzione e il prefazione. Le due testi insieme: unabellissima idea.Non sono preoccupato per i diritti d&rsquo;autore. No problema! Vorreisoltanto sapere che cose mandare, spedire a Giovanni, a Lorenzo:sigari? sigarette? dolci? oggetti? vini? libri? La prego de consigliarmi.Fax 00 33 4 90 86 52 26Grazie per i libri blu e per il rosso de Sand,e per il prossimo consiglio.Anch&rsquo;io spero di vederLa un giorno. Affettuosomente,Ho conosciuto Dario Fo vinti-cinque anni fa, per due giorni!<\/p>\n\n\n\n<p>Amigas e amics bonjorn en totei. Vos presenti Peire Pessemesse e la&nbsp;cola de Rasteu que va legir sa pe\u00e7a:&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quora siau estat jogar quauquei morceus de Nous lesEureu-p\u00e9ens au festenau de Mollans, es estat un jorn important per ieu.Ai rescontrat dei gens, ai vist dei p\u00e8\u00e7as de teatre, e ai crompat La Tesi,lo darrier libre de P.P. qu&rsquo;es un escrivan que m&rsquo;agrada f\u00f2r\u00e7a.&nbsp;P.P. es un escrivan dei grands e sa lenga es lo proven\u00e7au. Salenga es aquela qu&rsquo;ai ausida dins ma joinessa, ont ai trobat totei lesm\u00f2ts qu&#8217;emplegavian nistons e qu&rsquo;eran pas d&rsquo;arg\u00f2t coma o cresiam maid&rsquo;occitan. La lenga de P.P. es una lenga rica, una forma efem\u00e8ra esubran eternala dau reau que de l\u00f2nga cambia, una lenga minerala,vegetala, animala, una lenga d&rsquo;abans Versailles, una mescladissaespelofida, una s\u00f2rga e una f\u00f2nt mai es pas la f\u00f2nt de Nimes&#8230;&nbsp;Es una lenga que bolega e totjorn en trin de cercar e de se faire,una lenga que vos d\u00f2na enveja de legir encara un pauc, de parlar e maid&rsquo;escriure. Es una lenga que vos d\u00f2na d&rsquo;adjuda, que vos pren per la manper vos faire charrar. Es benleu una lenga de reconciliacion, una lengamoderna, una lenga per l&rsquo;avenir, la lenga dau br\u00e8s de deman perque setr\u00f2ba dins aquela lenga, me sembla, l&rsquo;engenh meteis de la lengaproven\u00e7ala. I a pas ges de vertat , i a un tipe au mitan dau mond qu&rsquo;esen trin de faire sortir la lenga&#8230;&nbsp;Quand sa pe\u00e7a LoViatge a Cuba m&rsquo;es estada donada de legir mene siau congostat e ai decidit de la faire coneisser. E uei anatz laconeisser, mai soncament per la legida. Es l&rsquo;ist\u00f2ria de dos pareus vesinsque se parlan plus dempuei mai de vingt ans dins son vilatge e vaquique se retroban dins lo meteis viatge toristic a Cuba. Dau vilatge auvilatge en prenent l&rsquo;ala dau viatge. I a mai de sens aqui dedins que nepodetz pensar!&nbsp;Aquelei quatre, dos per dos, se van fugir, puei se reconciliar e finfinala s&#8217;empegar ensems amb totei lei rons de l&rsquo;isla. Vesem ansin queCuba sota de la sarrada e dau blocatge n\u00f2rd-american es lo pa\u00efs de lareconciliacion.&nbsp;Coma avem decidit de trabalhar amb l&rsquo;ostau de pa\u00efs de Rasteu,son elei que van legir la pe\u00e7a. Ieu legirai leis indicacions escenicas quese dison ara lei didascalias. Vos grandmerceji d&rsquo;estre toteis aqui ambPeire Pessemassa,l&rsquo;ostau de pa\u00efs de Rasteu,&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 BENEDETTO\u00a0th\u00e9\u00e2tre des charmes 84000 AVIGNON\u00a0<br>\u00e0<br>Thierry PAILLARD\u00a0compagnie le rouge et le vert 13 ARLES\u00a0<br>Cher ami,<br>Je vous remercie de m&rsquo;avoir invit\u00e9 \u00e0 la lecture de votre prochain spectacle. Comme je vous l&rsquo;ai dit rapidement \u00e0 la fin, j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 ce travail et souhait\u00e9 que la ville d&rsquo;Arles la premi\u00e8re, sache l&rsquo;aider comme il le m\u00e9rite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix du th\u00e8me est pertinent et renouvelle un peu la vison qui s&rsquo;impose trop souvent de ce \u00ab\u00a0pauvre\u00a0\u00bb Van Gogh, souffrant dans son coin comme un damn\u00e9! Ici au moins on sent la cr\u00e9ation au milieu de la vie quotidienne. Le montage et le rythme sont bons.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;C&rsquo;est une belle id\u00e9e de montrer cette amiti\u00e9 du facteur et du peintre. La sempiternelle vie passionn\u00e9e de l&rsquo;artiste s&rsquo;enrichit tout \u00e0 coup de la vraie vie entre les gens. Il faut dire que ce Roulin \u00e9tait quelqu&rsquo;un lui aussi d&rsquo;\u00e9tonnant. Vous avez eu raison de suivre la le\u00e7on de Michon. Vous sera-til possible d&rsquo;utiliser un portrait de Roulin?<\/p>\n\n\n\n<p>Meilleurs voeux pour la suite!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>P.S. Ceci dit je dois vous faire deux remarques. D&rsquo;abord, le titre me para\u00eet faible. En g\u00e9n\u00e9ral il est pr\u00e9f\u00e9rable que le titre ne fasse pas de commentaire sur l&rsquo;oeuvre, et qu&rsquo;il se contente simplement de la d\u00e9signer! Exemple: Le Facteur de Van Gogh! Pour qu&rsquo;on sache de quoi il s&rsquo;agit!<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite si vous devez refaire une lecture, demandez-vous si le texte \u00e0 la main n&rsquo;est pas plus efficace que les pupitres, tr\u00e8s tendance? J&rsquo;ai re\u00e7u un groupe polyphonique corse: Voce et Terra. Ils chantaient autour d&rsquo;un pupitre, parce qu&rsquo;ils ne savaient pas les textes par coeur! Et moi j&rsquo;avais l&rsquo;impression que leurs voix ne sortaient ni de leurs poitrines ni de la terre mais du pupitre!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Evidemment la question se pose de savoir s&rsquo;il vaut mieux pour une lecture que le texte sorte d&rsquo;un corps ou d&rsquo;un pupitre? De toute mani\u00e8re, \u00e0 partir du moment ou un texte est prof\u00e9r\u00e9, de n&rsquo;importe quelle mani\u00e8re, il n&rsquo;est plus le texte qui est \u00e9crit! La chair d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;a corrompu de ses haleines&#8230; Oui bien s\u00fbr que le pupitre permet de d\u00e9gager les deux mains&#8230;<br><\/p>\n\n\n\n<p>JE FAIS UNE ENQU\u00c8TE SUR LE TH\u00c9ATRE PROVEN\u00c7AL<\/p>\n\n\n\n<p>Pour pr\u00e9parer notre rencontre, \u00e0 sa demande, une \u00e9tudiante m&rsquo;avait envoy\u00e9 un questionnaire : 1.Quelle est la situation du th\u00e9\u00e2tre proven\u00e7al lors du passage au troisi\u00e8me mill\u00e9naire 2. Quelle est la situation actuelle 3. Ecrivez-vous encore ? Pourquoi ? 4. Quelles les \u0153uvres et les compagnies qui se produisent depuis l&rsquo;an 2000 ? 5. Quel public rencontrent-elles ? Je lui ai r\u00e9pondu : Je veux bien vous rencontrer pour discuter un moment avec vous de th\u00e9\u00e2tre proven\u00e7al cependant ne comptez pas sur moi pour r\u00e9pondre \u00e0 ce questionnaire de police. Si \u00e7a vous amuse de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, faites-le, personnellement \u00e7a ne m&rsquo;int\u00e9resse pas du tout. Si je prends cette seule question : Ecrivez-vous encore ? Pourquoi ? Le seul fait de la lire peut faire tomber quelqu&rsquo;un raide mort s&rsquo;il ne s&rsquo;y attend pas. Et vous, \u00eates-vous encore vivante ? Si oui je vous souhaite un joyeux no\u00ebl. Nous avons convenu d&rsquo;un rendez-vous. Elle est venue. Pouvons-nous avancer l&rsquo;heure ? D&rsquo;accord. Puis-je enregistrer ? D&rsquo;accord. Avant qu&rsquo;elle ne me pose la premi\u00e8re question je lui ai demand\u00e9 si elle avait lu ce que j&rsquo;avais \u00e9crit en proven\u00e7al ? Elle m&rsquo;a dit s&rsquo;\u00eatre renseign\u00e9e sur moi dans la Revue Acteurs N\u00b03, et dans une interview dans la Linha Imaginot. Avez-vous lu la pi\u00e8ce qui se trouve dans cette revue ? Non ! L&rsquo;entretien a tourn\u00e9 court. Comment peut-on venir interroger un auteur sans avoir lu une seule \u0153uvre de lui (la seule \u0153uvre publi\u00e9e !) ? Surtout quand on a eu un ouvrage entre les mains qui la contient. Une \u0153uvre si courte. Le th\u00e9\u00e2tre ne l&rsquo;int\u00e9resse pas. Peut-\u00eatre ne lit-elle pas le proven\u00e7al. Beaucoup d&rsquo;autres \u00e9tudiants font comme elle. Ils posent des questions sur le th\u00e9\u00e2tre, mais le th\u00e9\u00e2tre ne les int\u00e9resse pas. Elle n&rsquo;a pas du tout compris mon point de vue. \u00c7a ne m&rsquo;\u00e9tonne pas. 080404 Ps qu&rsquo;est ce que leur professeur leur enseigne<\/p>\n\n\n\n<p>POUR L&rsquo;HUMA<\/p>\n\n\n\n<p>Je salue toutes ces femmes et tous ces hommes qui au cours de ces cent derni\u00e8res ann\u00e9es, jour apr\u00e8s jour ont fait l&rsquo;HUMANITE. Ils \u00e9taient de toutes ces professions employ\u00e9s par un journal. Innombrables. Les escaliers, les ascenseurs. Salut! Salut! Les journalistes et les monteurs de pages. Pas seulement. \u00d4 typos de jadis sur vos lourdes machines, \u00f4 dactylos \u00e0 vos \u00e9crans. Copier, coller, en avant! Fini le plomb depuis longtemps, fini le marbre. Dessinateurs, photographes et les livreurs \u00e0 bicyclette par tous les temps dans les d\u00e9buts du si\u00e8cle. Techniciens, maintenance, sp\u00e9cialistes de toute sorte. L&rsquo;imprimerie, les rouleaux de papier et puis les encres. Les vendeurs sur les march\u00e9s, surtout le dimanche matin \u00e0 la sortie de la messe. Et aux pires moments de l&rsquo;histoire, sur des feuilles ron\u00e9ot\u00e9es. Se mettent en p\u00e9ril pourquoi? Pour une id\u00e9e, pour une humanit\u00e9, je vous salue! Et les archives. Celles et ceux des rubriques rituelles. Actualit\u00e9, politique, culture, th\u00e9\u00e2tre, cin\u00e9ma, t\u00e9l\u00e9vision, litt\u00e9rature, cuisine, mots crois\u00e9s, \u00e9checs, y en aura pour tout le monde, m\u00eame pour celles et ceux qu&rsquo;on oublie, des bisous accompagn\u00e9s \u00e9videmment de mises en garde. Parce que moi tu vois\u2026 C&rsquo;est une mer immense. Et les vagues suivent les vagues. Mais les eaux de la rumeur du monde restent le plus souvent am\u00e8res. Tant pis on analyse. Et les lectrices et lecteurs qui \u00e9crivent, les invit\u00e9s de la semaine, et toujours un historien, un litt\u00e9rateur, un politique, un philosophe, un po\u00e8te, etc\u2026 qui apportent son point de vue pour faire avancer les id\u00e9es quand le schmilblick n&rsquo;avance pas. Ce qui fait qu&rsquo;il y a toujours quelque chose en plus \u00e0 lire. Et on a tr\u00e8s peu de temps! Mais quand tu lis, entre les lignes, de derri\u00e8re les pages, ce sont celles et ceux qui sont dans la soute et qui maintiennent la vapeur, qui apparaissent et qui font des petits bonjours. Je vous salue. Et en avant. Et \u00e0 travers ces gens, le journal continue. Vive l&rsquo;Humanit\u00e9!<br><\/p>\n\n\n\n<p>UN GROS MONSTRE QUI NE SAIT PAS TROP COMMENT S&rsquo;HABILLER POUR VOUS SOUHAITER LA BIENVENUE<\/p>\n\n\n\n<p>Ici-dedans et ci-dessous, en suivant les pistes des phrases de Jean-Jacques Coltice qui s&rsquo;en vont \u00e0 la qu\u00eate, vous allez voir appara\u00eetre Mesdames et Messieurs un monstre comme vous n&rsquo;imaginez pas. Sous la carapace de toutes les analyses, et des explications et des tentatives de comprendre, sous l&rsquo;\u00e9caille luisante des mots qui dansent sous la lune, vous allez voir appara\u00eetre le monstre noir et palpitant, l&rsquo;insaisissable dont tout le monde parle et que personne encore n&rsquo;a vu. Certains qui croient en avoir fait un animal de cirque, s&rsquo;imaginent l&rsquo;avoir apprivois\u00e9 depuis longtemps, d&rsquo;autres l&rsquo;avoir dress\u00e9 comme une bonne b\u00eate de spectacle, d&rsquo;autres en avoir fait un animal de compagnie, d&rsquo;autres encore le faire visiter aux enfants au cours de matin\u00e9es scolaires, d&rsquo;autres le faire gambader dans les rues et sur les places au cours de parades foraines, d&rsquo;autres l&rsquo;habiller de draps d&rsquo;or et dans des d\u00e9cors luxueux le faire \u00e9voluer. Tous ceux-la sont fiers de ce qu&rsquo;ils font et croient \u00eatre arriv\u00e9s \u00e0 quelque chose. Mais le monstre reste invisible, on attend toujours sa venue. Pendant ce temps, des tas de petits autres qui se doutent que le monstre a des possibilit\u00e9s encore inexploit\u00e9es surtout si on le met en contact avec le plus grand nombre, et qui pensent d&rsquo;ailleurs que le petit cercle ne peut devenir un grand cercle que par un changement qualitatif et non par une simple multiplication, qui esp\u00e8rent bien lui voir inventer des cabrioles nouvelles, cherchent pas tous les moyens \u00e0 l&rsquo;approcher, \u00e0 le faire sortir de sa cachette, et le montrer enfin dans toute sa splendeur. Et il y a des types qui ont des gros pouvoirs et qui ne r\u00eavent que de voir toute la population le soir devant la t\u00e9l\u00e9, r\u00eavent aussi de flinguer tous ces jeunes cornacs (certains sont vieux d\u00e9j\u00e0 mais ils sont rest\u00e9s jeunes \u00e0 esp\u00e9rer le monstre) et d&rsquo;en finir avec cet animal mythique. Alors ils \u00e9liminent comme ils peuvent, ils r\u00e9duisent, ils asphyxient mais ce qui est r\u00e9jouissant, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a toujours des nouveaux cornacs qui se dressent. On se demande d&rsquo;o\u00f9 ils viennent et qui leur a parl\u00e9 de ce gros monstre qu&rsquo;ils d\u00e9sirent tant chevaucher. Quand je dis que vous allez voir appara\u00eetre, je veux dire que vous allez voir se profiler la grosse b\u00eate de temps en temps, ici et l\u00e0, tr\u00e8s fugitivement. On croit \u00e0 des moments le tenir aux oreilles et puis crac il dispara\u00eet. Mais pers\u00e9v\u00e9rez, il revient, il fait des petits signes, des petits grognements. Il laisse des messages, des petits papiers dans les coins, des souvenirs, des avertissements. Et peu \u00e0 peu, on se fait une id\u00e9e de ce gros monstre maladroit qui n&rsquo;en a pas fini de hanter notre imaginaire. Andr\u00e9 Benedetto Pr\u00e9face au livre de Jean-Jacques Coltice: Au Th\u00e9\u00e2tre, Citoyens, paru au Temps de Cerises.<br><\/p>\n\n\n\n<p>TOUT SE JOUE AVANT DE JOUER<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle se pr\u00e9pare, se pense, s&rsquo;organise avant de jouer, se d\u00e9cante, se concentre\u2026 Il faut un long temps de m\u00e9ditation avant la repr\u00e9sentation pour reconstituer en profondeur l&rsquo;intention du spectacle, pour la faire remonter \u00e0 la surface, pour se tenir pr\u00eat \u00e0 la faire \u00e9merger, en se d\u00e9barrassant de toutes les \u00e9cumes et sueurs du quotidien et des petites pr\u00e9occupations\u2026 Il s&rsquo;agit de projeter le texte et le mouvement vers les autres. Ils veu-lent voir et entendre. M\u00eame si tu te parles \u00e0 toi-m\u00eame, m\u00eame si tu ne fais que chuchoter, m\u00eame si tu ne bouges pas! Projette! Et parle plut\u00f4t vers le public. M\u00eame si c&rsquo;est pas naturel! Plut\u00f4t que vers la coulisse ou vers le fond. Bouger, danser, les mouvements du corps dans l&rsquo;espace, \u00e7a parle parfois plus que le texte. Etant entendu que les gestes ne sont pas l\u00e0 pour accompagner, pour r\u00e9conforter, pour souligner\u2026 les mots. Le jeu, c&rsquo;est la tentative toujours et ind\u00e9finiment renouvel\u00e9e, de r\u00e9ussir enfin \u00e0 dire les r\u00e9pliques, \u00e0 dessiner les mouvements. Si tu as l&rsquo;impression que tu r\u00e9cites, c&rsquo;est que tu n&rsquo;\u00e9coutes plus le texte c&rsquo;est que tu ne t&rsquo;\u00e9coutes plus le dire, c&rsquo;est que tu ne te regardes plus bouger, tu es comme dans la mort. Tu es devenu(e) un disque. Eviter d&#8217;emprunter les orni\u00e8res par o\u00f9 on passe cent fois sans conviction. Mais m\u00eame dans l&rsquo;orni\u00e8re, il y a encore des ressources \u00e0 mettre en valeur si on y regarde de pr\u00e8s. Il suffit d&rsquo;\u00eatre l\u00e0. R\u00e9solument! [Je te sugg\u00e8re de sourire en permanence, tu n&rsquo;es pas convaincu(e) de cette n\u00e9cessit\u00e9. Tu ne joues plus, tu fais de la morale, tu ennuies. Une indication n&rsquo;est pas un ordre. Mais \u00e7a vient de l&rsquo;ext\u00e9rieur amical. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une suggestion, qu&rsquo;une hypoth\u00e8se \u00e0 partir de laquelle il est possible de travailler, ou tout au moins de r\u00e9fl\u00e9chir. Et c&rsquo;est mieux que rien! 08 07 04<\/p>\n\n\n\n<p>LA PENSEE UNIQUE&nbsp;(Lelay Selli\u00e8res)<\/p>\n\n\n\n<p>On n&rsquo;a chang\u00e9 d&rsquo;\u00e9poque. \u00c7a continue comme par le pass\u00e9, r\u00e9cent ou plus ancien. \u00c7a s&rsquo;aggrave tout simplement et on peut dire aussi que \u00e7a se simplifie. \u00c7a devient plus clair, plus visible, plus terrible. Tous les masques sont tomb\u00e9s. A visage d\u00e9couvert, les usuriers c&rsquo;est \u00e0 dire les actionnaires qui d\u00e9tiennent l&rsquo;argent n\u00e9cessaire sont implacables. Ils exigent des int\u00e9r\u00eats de plus en plus importants des grandes soci\u00e9t\u00e9s. Alors les PDG qui sont aux commandes peuvent sans honte appliquent leurs vieilles convictions qu&rsquo;ils osent d\u00e9sormais \u00e9noncer au grand-jour et gueuler: vive le profit maximal, le plus fort impose sa loi, en avant la comp\u00e9tition! Ainsi dans un livre d&rsquo;entretiens r\u00e9cemment paru, le directeur de TF1 d\u00e9clare: \u00a0\u00bb Le m\u00e9tier de TF1 c&rsquo;est d&rsquo;aider Coca-Cola par exemple, \u00e0 vendre son produit. Pour qu&rsquo;un message publicitaire soit per\u00e7u, il faut que le cerveau du t\u00e9l\u00e9spectateur soit disponible. Nos \u00e9missions ont pour vocation de le rendre disponible, c&rsquo;est \u00e0 dire de le divertir, de le d\u00e9tendre pour le pr\u00e9parer entre deux messages. Ce que nous vendons \u00e0 Coca-Cola, c&rsquo;est du temps de cerveau humain disponible. \u00a0\u00bb Le patron du M\u00e9def estime pour sa part dans d&rsquo;autres entretiens: \u00a0\u00bb Le terme \u00a0\u00bb \u00e9galit\u00e9 \u00a0\u00bb de notre devise nationale, consid\u00e9r\u00e9e par la fonction publique comme la grande valeur r\u00e9publicaine, nous m\u00e8ne \u00e0 un projet de d\u00e9clin car c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui un concept de non-r\u00e9ussite \u00e9conomique. Mon jugement n&rsquo;est pas moral. Il porte sur l&rsquo;efficacit\u00e9 du concept. Il va \u00e0 l&rsquo;encontre du jeu mondial devenu capitaliste fond\u00e9 sur la comp\u00e9tition par l&rsquo;efficacit\u00e9 qui est en place pour, peut-\u00eatre, un si\u00e8cle. La reconnaissance qu&rsquo;il y a in\u00e9galit\u00e9 dans la performance,&rsquo; donc dans la r\u00e9mun\u00e9ration et m\u00eame le destin des individus est d\u00e9sormais au centre de la r\u00e9ussite ou de l&rsquo;\u00e9chec collectif. Le drame est que nous ne sommes pas gouvern\u00e9s par des politiciens allant \u00e0 contre-courant de l&rsquo;opinion publique. Ils refl\u00e8tent ce que veut le pays. A droite comme \u00e0 gauche! \u00a0\u00bb La pens\u00e9e unique, cette esp\u00e8ce de gros bon sens de prime abord irr\u00e9futable, se conforte d&rsquo;un cynisme de forts en gueule et ne cesse de nous accabler. Elle tape ses v\u00e9rit\u00e9s comme une masse \u00e0 tours de bras. Grandir, grossir, avaler, absorber, devenir le num\u00e9ro un, survivre et se d\u00e9velopper et par tous les moyens, au d\u00e9triment de tous les autres, au d\u00e9triment de tous les \u00eatres. Et d&rsquo;abord de la Terre qui est le premier de tous les \u00eatres vivants. Tous les tenants de cette pens\u00e9e unique qui d\u00e9gouline des coffres forts, sont convaincus ou feignent de le croire que cette pens\u00e9e unique saura r\u00e9soudre dans le futur tous les probl\u00e8mes qui sont pos\u00e9s aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9: l&rsquo;eau pollu\u00e9e, l&rsquo;air pollu\u00e9, l&rsquo;effet de serre, la d\u00e9forestation, la disparition des esp\u00e8ces, la rar\u00e9faction des \u00e9nergies, etc&#8230; par on ne sait quelles inventions. Par contre d&rsquo;autres plus sceptiques se demandent si nous ne courons pas \u00e0 la catastrophe g\u00e9n\u00e9rale. Au pire on ne les entend pas, au mieux ils participent \u00e0 des d\u00e9bats. Des scientifiques tirent les signaux d&rsquo;alarme. Mais jusqu&rsquo;ici, \u00e7a va! Il n&rsquo;y a pas de raison que \u00e7a continue pas. Pourquoi ne pas faire la f\u00eate? En attendant. <br>28 08 04<\/p>\n\n\n\n<p>LES ALARMISTES ET LES INCONSCIENTS<\/p>\n\n\n\n<p>La Terre est un univers clos, infiniment petit dans l&rsquo;Univers immense. Certains disent, les Alarmistes, qu&rsquo;elle est en danger de mort en tant qu&rsquo;\u00eatre vivant. Ses airs, ses eaux sont pollu\u00e9s, ses ressources s&rsquo;\u00e9puisent, ses forets disparaissent, les d\u00e9serts gagnent&#8230; Le mal ne fait que s&rsquo;aggraver de jour en jour. La majorit\u00e9, les Inconscients ne veulent rien entendre. Ils pensent que c&rsquo;est tr\u00e8s bien ainsi. On n&rsquo;arr\u00eatera pas le progr\u00e8s. Qu&rsquo;il faut entrer dans la comp\u00e9tition mondiale -ou tu joues le jeu ou tu meurs- ou dispara\u00eetre. Tout fonctionne par chantage pour appliquer la loi du profit. Peu importent les r\u00e9sultats \u00e0 longue \u00e9ch\u00e9ance. Il n&rsquo;y a d&rsquo;ailleurs pas de responsable supr\u00eame, ni plusieurs. Si par hasard vous croyez en d\u00e9couvrir un, il vous dira qu&rsquo;il ne peut pas faire autrement que d&rsquo;aller de l&rsquo;avant comme tout le monde, pour rester dans la course. Qu&rsquo;il fera des efforts&#8230; si tout le monde en fait. Pour les Alarmistes c&rsquo;est une trag\u00e9die dans laquel- le, au prix de millions de victimes, ils nous entra\u00eenent tous. Pour les Inconscients, accumuler c&rsquo;est la vie elle-m\u00eame, qui prosp\u00e8re, qui se d\u00e9veloppe, qui se complexifie, qui apporte peu \u00e0 peu le bonheur \u00e0 tout le monde. Ils croient avoir raison. Les autres pensent qu&rsquo;ils ont tort. Les fourmiscules et les dinosaureurs, quelle \u00e9po- p\u00e9e! L&rsquo;\u00e9poque est formidable! Rendez-vous \u00e0 Vitry en juin 2005 pour l&rsquo;avant-premi\u00e8re de notre cr\u00e9ation: Le Grand Th\u00e9\u00e2tre du Monde Contemporain. En attendant, voyez ce Que nous vous proposons pour les mois \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Communication \u00e0 la journ\u00e9e de Montoral sur le conte au th\u00e9\u00e2tre du rond point \u00e0 Paris le 19 octobre 2004<\/p>\n\n\n\n<p>LA QUESTION POSEE AU CONTEUR: POURQUOI FAUT-IL RACONTER DES HISTOIRES?<\/p>\n\n\n\n<p>Humains transform\u00e9s en animaux, en arbres, ou en fleurs, et tr\u00e8s sou-vent en pierre. Distances abolies, vitesse de la lumi\u00e8re, voyages dans les airs et bottes de sept lieues. Animaux, plantes, rochers, objets qui parlent. Epreu-ves insurmontables surmont\u00e9es, monstres effroyables vaincus, cadavres en morceaux, en miettes, d\u00e9compos\u00e9s, qui se recomposent et qui vivent. Un tis-su de mensonges et d&rsquo;invraisemblances \u00e9normes. Pourquoi tout \u00e7a? Dis-le! Car je ne pense pas que tout \u00e7a, ce soit pour endormir le monde, n&rsquo;est-ce pas, pour le tromper, pour le perdre dans des labyrinthes obscurs, pour d\u00e9tourner l&rsquo;attention des choses essentielles, pour effrayer, pour inciter \u00e0 se tenir tranquilles, \u00e0 ne jamais sortir et \u00e0 ne rien tenter, pour pr\u00eacher la r\u00e9signation, pour emp\u00eacher les pauvres, en les captivant par le souffle, de devenir des rois, car ils deviendraient pires qu&rsquo;eux, ou bien pour activer de mauvaises passions, nationalisme, patriotisme ou int\u00e9grisme, ou quelque autre folie, pour recruter des hommes, pour lever des arm\u00e9es, pour partir \u00e0 la guerre. Non je ne pense pas que ce soit pour endormir les consciences, n&rsquo;est-ce pas? Est-ce alors pour les r\u00e9veiller? Pour leur apprendre \u00e0 vivre? Pour leur apprendre \u00e0 se comporter en public, ou en priv\u00e9? J&rsquo;\u00e9tais venu le voir \u00e0 la fin de son racontage. Je le harcelais de questions et il ne m&rsquo;interrompait pas. Est-ce donc pour donner \u00e0 voir? Pour montrer? Pour donner son point de vue? Pour pr\u00e9voir ce qui arrive? Pour comprendre ce qui se passe? Pour dresser une carte des possibles? Pour enseigner? Pour informer? Pour expliquer le monde? Pour transformer le monde? Pour agrandir la connaissance? Pour faire visiter des pays inconnus? Pour faire conna\u00eetre des gens? Pour faire vivre des situations \u00e9tonnantes par la pens\u00e9e? Pour leur faire entrevoir leur naissance possible hors d&rsquo;eux-m\u00eames, de leur prison? Pour former les esprits? Pour structurer les cerveaux? Pour gagner sa vie au jour le jour? Pour repousser sa mort de matin en matin? Ah la ruse de Sch\u00e9h\u00e9razade, le stratag\u00e8me nuit \u00e0 nuit! Toi Sch\u00e9h\u00e9razade peut-\u00eatre? Mais de quel Sultan? Pour dire ce qu&rsquo;on a sur le c\u0153ur? Pour se soulager? Pour recracher les mauvaises id\u00e9es, les r\u00e9flexes brutaux, tous les mensonges inculqu\u00e9s? Pour se d\u00e9barrasser d&rsquo;un secret trop lourd? Pour transmettre un secret pr\u00e9ci-eux et bien gard\u00e9? Pour r\u00e9v\u00e9ler une v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e? Pour raconter des souvenirs? Pour dire ce qui a eu lieu et comment? Pour passer le temps? Pour divertir? Pour \u00e9mouvoir? Pour tenir en haleine? Pour le plaisir de dire, de parler, de tchatcher? Pour s&rsquo;\u00e9couter et se voir parler souverain? Pour profiter de la vie? Pour montrer ce qu&rsquo;on voit? Pour montrer ce qu&rsquo;on ne voit pas? Pour montrer ce qu&rsquo;on ne veut pas voir? Pour montrer ce qu&rsquo;on voudrait voir et qu&rsquo;on ne verra jamais? Pour relier ce qu&rsquo;on voit et ce qu&rsquo;on ne voit pas? Les conteurs les meilleurs sont aveugles, dit-on! Pour chasser les mensonges et les mouches ts\u00e9-ts\u00e9? Pour \u00e9chapper aux trames, aux trappes, aux pratiques et habitudes ancestrales, aux r\u00e9flexes anciens qui alourdissent et paralysent? Pour sortir des cercueils plomb\u00e9s et respirer \u00e0 l&rsquo;air libre? Pour comme des momies, se d\u00e9senvelopper des longues bandelettes enroul\u00e9es sur des m\u00e8tres? Pour remonter \u00e0 la surface et germer \u00e0 nouveau? Pour sortir du b\u00e9ton dans lequel on nous coule? Pour s&rsquo;extraire des films o\u00f9 imb\u00e9ciles heureux, nous ne jouons que les esclaves? Pour \u00e9merger avec les \u00e9mergents? Pour venir \u00e0 la vie et vivre\u2026 vivre en vrai, vivre enfin, vivre toujours? Ou pour quelle autre raison, dites-moi? Et pour toutes ces questions, il aurait pu trouver une petite r\u00e9ponse. Mais non! Il restait l\u00e0 muet, souriant, sirotant un peu d&rsquo;eau ti\u00e8de en marmon-nant: &#8211; Je ne sais pas\u2026 je dois le faire\u2026 \u00e7a ne sert peut \u00eatre \u00e0 rien\u2026 \u00e7a n&rsquo;aura peut-\u00eatre servi \u00e0 rien\u2026 on a pass\u00e9 un moment ensemble\u2026 c&rsquo;est vrai\u2026 tout est vrai\u2026 y a que les mensonges et les choses incroyables pour faire appara\u00eetre et pour dire la v\u00e9rit\u00e9\u2026 je dois le faire\u2026 je ne sais pas pour-quoi\u2026 y en a un qui dormait, tu as vu\u2026 il \u00e9tait en paix sous ma parole, \u00e0 l&rsquo;abri dans le ventre \u00e0 \u00e9couter, seulement \u00e9couter, il n&rsquo;y a que \u00e7a \u00e0 faire\u2026 j&rsquo;imagine toute une salle qui dormirait de moi\u2026 et moi marchand de sable\u2026 Et il se mit \u00e0 rire d&rsquo;un petit rire satisfait. Lui aussi il \u00e9tait en paix sous mes yeux. Un bonhomme d&rsquo;un gris ind\u00e9finissable comme dans des habits de laine, non, c&rsquo;\u00e9tait dans un grand manteau, avec une grande \u00e9charpe et des mitaines\u2026 peut-\u00eatre. La v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;il ne m&rsquo;a pas du tout r\u00e9pondu. J&rsquo;\u00e9tais venu le voir \u00e0 la fin. Je l&rsquo;avais harcel\u00e9 de questions pour savoir et il ne m&rsquo;avait pas r\u00e9pondu. Il m&rsquo;avait simplement marmott\u00e9 \u00ab\u00a0oui-oui, oui\u00a0\u00bb puis il avait pris une chaise et il s&rsquo;\u00e9tait assis, l\u00e0, souriant, sirotant \u00e0 petites gorg\u00e9es son eau ti\u00e8de, en attendant peut-\u00eatre qu&rsquo;\u00e0 mon tour, je veuille bien\u2026 Il est donc l\u00e0, timide, insignifiant, malingre, doux, pas fort en gueule, non violent, paisible, vieux et tout craquel\u00e9. Il ne paie pas de mine mais il a travers\u00e9 tous les temps, il a des traces sur lui de tous les climats, il provient de tous les espaces, et il ne bouge pas. Il est en somme le mouvement lui-m\u00eame quand il reste immobile, un tourbillon qui ne fait pas temp\u00eate, sinon dans les esprits. Une hallucination quand il ouvre la bouche. C&rsquo;est le ma\u00eetre des mots, des morts et des vivants. Il voit tout dans sa t\u00eate, derri\u00e8re ses paupi\u00e8res, dans le repli des circonvolutions, dans le fond de son c\u0153ur. Et quand il a envie, il \u00e9tait une fois, il convoque le monde, le monde se tient pr\u00eat, au grand complet, \u00e0 sa disposition. Et c&rsquo;est vaste, le monde, et c&rsquo;est m\u00eame infini. Le jour, la nuit, la lune, les \u00e9toiles, le soleil, les eaux de toute sorte, les nuages, les vents, les brouillards, les fum\u00e9es, les rochers, les montagnes, les sables des d\u00e9serts, les neiges et les glaces, les tourbillons du feu, les arbres, tous les arbres, toutes les plantes et les herbes magiques, les gros poissons, les oiseaux, les reptiles, les mammif\u00e8res, les hommes et les femmes, les merveilles et les chim\u00e8res, les monstres indescriptibles, les ph\u00e9nom\u00e8nes innommables. Tout ce qu&rsquo;on peut imaginer est l\u00e0, pr\u00eat \u00e0 intervenir, \u00e0 jaillir de ses l\u00e8vres, \u00e0 faire tout ce qu&rsquo;il demande. Aux \u00eatres et aux choses, il fait faire tout ce qu&rsquo;il veut. Et tout peut devenir tout, c&rsquo;est \u00e0 dire n&rsquo;importe quoi. Car ils sont tous tiss\u00e9s de la m\u00eame mati\u00e8re universelle, \u00e9ternelle, immortelle, et mall\u00e9able comme la p\u00e2te \u00e0 modeler. Ah oui je le regarde et je me dis qu&rsquo;il est pr\u00eat depuis longtemps. Il doit avoir appris \u00e0 regarder, \u00e0 \u00e9couter. A l&rsquo;aff\u00fbt en permanence. Il entend parler et chanter tout ce qui est autour de lui. Il voit des m\u00e9tamorphoses. Il enregistre des choses indicibles. Il capte ce qui tra\u00eene dans l&rsquo;air. Il veut montrer et montrer toutes les images qu&rsquo;il tire du monde, du fond de l&rsquo;univers et du fond de lui-m\u00eame o\u00f9 se projette tout l&rsquo;univers. Il doit se retourner lui-m\u00eame comme un gant et plonger dans cette mati\u00e8re du moi, du je, du \u00e7a et du reste, et pister et traquer, lanc\u00e9 \u00e0 la poursuite des r\u00eaves. Et alors toutes les puissances du ciel et de la terre sont \u00e0 sa disposition. Il en use et il en abuse. Il joue avec le feu. Il ne fait que jouer avec tout \u00e7a. Il ne pr\u00e9tend pas influer sur le monde comme un shaman. Il se tient \u00e0 un fil. Il ne tient qu&rsquo;\u00e0 un fil. C&rsquo;est tout. Il faut le voir \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre. Il joue tous les personnages, princesse, prince, mendiant, singe, monstre, sans mettre les costumes, sans se maquiller le visage, tous les uns apr\u00e8s les autres avec les intonations, les d\u00e9marches, les mimiques, les grimaces\u2026 Et puis les paysages, les d\u00e9cors\u2026 Souvent il psalmodie. De ces rythmes divers sur lesquels il s&rsquo;appuie, des modulations montent et ouvrent des portes \u00e9lastiques et d\u00e9formables, comme des volutes de fum\u00e9e. Il fait parfois un peu le pitre avec sa langue. Mais il ne blesse personne. Il ne met personne \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart. Chacun \u00e9coute avec ses oreilles. Et puis il redevient s\u00e9rieux. On voit bien que \u00e7a sort de lui. Que \u00e7a lui sert. Peut-\u00eatre essaie-t-il de se conna\u00eetre en se confrontant \u00e0 ces histoires? Et nous aussi? Mais en m\u00eame temps on sent bien que \u00e7a se sert de lui. Il est entre les mains de quelque chose qui lui sort des mains. Il est entre les dents de quelque chose qu&rsquo;il a entre les dents. Et eux autour de lui, ils se sont arr\u00eat\u00e9s un moment, se sont pos\u00e9s, ont \u00e9cout\u00e9, ont respir\u00e9 et sont repartis en silence et en meilleure forme. Ce qu&rsquo;il disait faisait comme un miroir devant eux o\u00f9 ils se voyaient, se regardaient et se reconnaissaient. Il leur a peut-\u00eatre transmis des v\u00e9rit\u00e9s qui proviennent des si\u00e8cles, des mani\u00e8res de faire espoir, des nouvelles connaissances qui s&rsquo;inventent au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il parle. Ni fou, ni simplet, ni enfant, ni sorcier, plut\u00f4t sourcier, il est au c\u0153ur du monde sous les apparences et il veille. Il est en quelque sorte le ma\u00eetre du tr\u00e9sor sans fond, intarissable. Peut-\u00eatre se dit-il en lui-m\u00eame: &#8211; Tout est l\u00e0, tout est pr\u00e9sent, c&rsquo;est certain. Mais je dois pers\u00e9v\u00e9rer, je vais bien un jour percer le secret, apprendre la r\u00e9v\u00e9lation finale, trouver enfin la clef des champs et dispara\u00eetre et m&rsquo;\u00e9vanouir dans l&rsquo;azur. Alors on pourra dire: Il \u00e9tait une fois, ici et maintenant, vous, moi et un vieux bonhomme tout gris qui racontait des histoires pour faire r\u00eaver tous ensemble, et qui, une nuit, en touchant le fond, a rebondi jusqu&rsquo;aux \u00e9toiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 BENEDETTO<\/p>\n\n\n\n<p>TEXTE ET NAUSEE<\/p>\n\n\n\n<p>Un texte n&rsquo;est pas fait pour donner la naus\u00e9e. Quel auteur pourrait bien avoir cette id\u00e9e absurde? Non, un texte n&rsquo;est pas un instrument de torture, il n&rsquo;est pas fait pour gaver des com\u00e9diens. Il n&rsquo;est pas fait pour \u00eatre aval\u00e9, ingurgit\u00e9, r\u00e9gurgit\u00e9, raval\u00e9 et d\u00e9gluti, p\u00e2t\u00e9e immonde comme une punition. On n&rsquo;a pas \u00e0 le transformer en vomissure pour obtenir on ne sait quelle perte de conscience, quels r\u00e9flexes imb\u00e9ciles, quelle possession ou quelle d\u00e9possession b\u00e9n\u00e9fique pour la com\u00e9dienne ou le com\u00e9dien, quel an\u00e9antissement pour atteindre on ne sait quel myst\u00e8re qui ne fascine que les cr\u00e9tins, les vieilles idiotes et en g\u00e9n\u00e9ral tout les gens qui se prennent pour des artistes, les pauvres! Il est plut\u00f4t donn\u00e9 lui-m\u00eame comme myst\u00e8re \u00e0 explorer. Il n&rsquo;est pas une drogue riche de promesses non tenues. Il est une lumi\u00e8re, une b\u00e9n\u00e9diction, un moyen de visiter des personnages et de se visiter soi-m\u00eame par la m\u00eame occasion, sans chercher la souffrance mais plut\u00f4t le plaisir. Les plaisirs sup\u00e9rieurs de l&rsquo;esprit, \u00e9videmment. Un texte est un outil d&rsquo;investigation d&rsquo;une extr\u00eame subtilit\u00e9. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il faut le lire et le relire. Et le passer \u00e0 l&rsquo;italienne qui est une sorte de radioscopie. Essayer de faire monter tous ses sens \u00e0 la surface. Et le lire parfois tr\u00e8s vite pour le voir sous un autre aspect et apercevoir encore d&rsquo;autres couleurs, d&rsquo;autres sens, dissimul\u00e9s sous les sens apparents. Et l&rsquo;apprendre par c\u0153ur, c&rsquo;est reprendre ce travail de recherche dans les moindres d\u00e9tails. Voir comment tout s&rsquo;encha\u00eene et s&rsquo;\u00e9crit. Entendre chaque syllabe et prendre plaisir \u00e0 l&rsquo;articuler. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9rotisme de la buccalit\u00e9. Bien s\u00fbr parfois on souffre un peu, mais qu&rsquo;est-ce que cette souffrance aupr\u00e8s de la jouissance de la prof\u00e9ration, de la mise en mouvement des os, des nerfs, des muscles? Et de cette tentative sans cesse relanc\u00e9e pour essayer de dire ce qui para\u00eet le plus \u00e9vident. Et \u00e0 chaque repr\u00e9sentation tenter l&rsquo;impossible de r\u00e9ussir \u00e0 dire enfin au plus pr\u00e8s de la clart\u00e9. Et tout ce travail il s&rsquo;agit de le faire froidement en tenant le texte de loin pour bien le voir, pour y voir clair, et loin, avant de se lancer dans les vagues. A.B.23XI04<\/p>\n\n\n\n<p>LE SPORT PORTE EN LUI LE RACISME COMME LA NUEE PORTE L&rsquo;ORAGE<\/p>\n\n\n\n<p>On s&rsquo;est \u00e9mu que deux joueurs de football \u00ab\u00a0aient \u00e9t\u00e9 molest\u00e9s et injuri\u00e9s par des supporteurs uniquement \u00e0 cause de la couleur de leur peau\u00a0\u00bb. On a pris une mesure imm\u00e9diate! D\u00e9sormais les joueurs de L1 porteront, avant le coup d&rsquo;envoi de chacune des dix disputes, des T-shirts arborant deux slogans: \u00ab\u00a0Non \u00e0 la violence! Non au racisme!\u00a0\u00bb Ensuite ils enl\u00e8veront, on suppose, le T-shirt et entreront sur le terrain pour la dispute! Et le jeu se d\u00e9roulera comme il se d\u00e9roule d&rsquo;habitude\u2026 Cette mesure est inutile. On verrait bien mieux les joueurs rev\u00eatir des combinaisons int\u00e9grales blanches ou noires, avec gants, cagoules, masques de mani\u00e8re \u00e0 cacher compl\u00e8tement leur peau, et qu&rsquo;ils soient ainsi inidentifiables. Sauf \u00e0 voir, les bleus et les rouges, leur appartenance \u00e0 une \u00e9quipe. Ainsi les supporteurs ne pourraient plus faire pression sur eux. Car il n&rsquo;est pas prouv\u00e9 que ces supporteurs soient racistes. Le racisme pour eux, dans ce cas, n&rsquo;est pas une fin en soi mais un simple moyen. Un moyen de gagner. Eh oui! Ils veulent que leur \u00e9quipe gagne. Ce que tout le monde trouve normal, logique, honorable. Ils utilisent donc toutes les armes qui sont \u00e0 leur disposition pour d\u00e9stabiliser l&rsquo;\u00e9quipe adverse. Et sans penser \u00e0 mal! Innocemment peut-\u00eatre! Ils estiment que c&rsquo;est de bonne guerre. Et bien s\u00fbr on imagine l&rsquo;effet d\u00e9sastreux que des insultes racistes peuvent avoir sur des joueurs expos\u00e9s sur un terrain \u00e0 la vue de tous. Mais que voulez-vous, il faut gagner! C&rsquo;est la dure loi du sport, la loi du profit, la loi des parts de march\u00e9, la loi de la publicit\u00e9 sur les maillots\u2026 La loi du sport: Gagner, porte donc en elle le racisme tout simplement. C&rsquo;est terriblement logique! Il ne s&rsquo;agit sans doute pas d&rsquo;arborer des slogans moraux, mais peut-\u00eatre d&rsquo;apprendre \u00e0 perdre. Perdre! Le mot le plus difficile \u00e0 comprendre \u00e0 notre \u00e9poque! Perdre! On a perdu! On a perdu\u2026 Ceci dit, peut-\u00eatre que ces supporteurs l\u00e0 sont effectivement racistes! Andr\u00e9 Benedetto N.B. Un porteur, un gros porteur, un transporteur\u2026 Pourquoi pas un supporteur?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Andr\u00e9 Benedetto, Ecrits textes s\u00e9lectionn\u00e9s et \u00ab\u00a0pos\u00e9s sur la toile\u00a0\u00bb (expression de l&rsquo;auteur) par lui m\u00eame \u00e0 partir de 1999 La r\u00e9volte des personnages ! Les gares nouvelles, en particulier TGV, ont \u00e9t\u00e9 para\u00eet-il con\u00e7ues et am\u00e9nag\u00e9es en courants d&rsquo;air pour dissuader les sans-abri de s&rsquo;y installer pour la nuit. On n&rsquo;y rencontre pas non &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/ecrits-a-b\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Ecrits A.B.&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-31","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":32,"href":"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31\/revisions\/32"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/urgentcrier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}