Remember Jo Benedetto

Samedi 21 janvier. Remember Georges Benedetto en famille. Pascale et Christian ont accroché plein de photos et de textes aux murs. On a écouté l’intégrale de Géronimo. Sur scène quelques objets de la pièce, un joli reflet dans la lampe à pétrole concocté par Sébastien. Le vide du plateau est encore trop violent semble-t-il. Il faut fermer les yeux, entendre cela comme un trio de Mozart pour piano, violon et violoncelle. La verdeur acidulée de Mad, les emballements oniriques de Jo, André tenant la baguette de l’équilibriste. Homère, l’aède grec, devait produire avec sa « lyre » rudimentaire, une épopée de ce type. C’est vraiment l’idéal pour entendre le sens des mots, tout en somnolant au fond de la salle…
Après la galette des rois on s’est écouté aussi San Jorgi Roc, en projetant sur le mur du fond de scène quelques images en noir et blanc, plateau vide, juste le reflet de la lanterne. Cette prosopopée est adaptée à la situation, elle est déjà en connexion avec l’au-delà. Dans cent ans ce mur gémira encore pour convoquer les vivants à l’Histoire des hommes.

JMP

 

Le texte de Véronique Benedetto

 

Merci pour cet hommage  à Jo, Pascale : ton oncle. Mon père. A tous ceux qui au fil des décennies ont pris et conservé les photos exposées/projetées ce soir . A ceux qui ont enregistré et conservé, voire nettoyé, les documents sonores.

Merci à vous ce soir qui avez préparé cette commémoration, qui en avez eu l’idée. Hommage qui ne peut qu’évoquer d’autres disparus :  Hélène, André, Anne, Jacqueline, Françoise …

Jo avait un fichu caractère mais il était un homme de cœur. Il avait aussi un vocabulaire très imagé et presque caricatural : counifle, figure de poulpe, pute borgne, fan de pute, cure-biasse ( c’est le surnom qu’il donnait à Françoise ma sœur cadette). J’en passe .
Et cette voix un peu chuintante à cause d’un bridge qui le gênait dans son élocution, ce ton un peu théâtral selon les circonstances.

Né le 21 septembre 1937, marié à 21 ans, père cinq mois plus tard puis moins de 12 mois plus tard encore, il avait été éducateur sportif ou professeur d’Education physique quand ma mère l’avait entraîné à St-Enimie dans le Tarn, puis ferrailleur qui sait où et avait fini par se ranger – du moins en apparence –  en entrant à la SNCF comme on entrerait au séminaire.
Une de mes plus grands fiertés a été de le voir « chef de gare » à L’Isle sur Sorgue, avec sa tenue et son képi, son sifflet que j’ai conservé siglé SNCF. Il sifflait pour faire partir les trains, manoeuvrait les aiguillages. Il ne faisait d’ailleurs pas que cela : à cette époque nous eûmes de nombreuses fois l’occasion de déguster des truffes comme on dirait aujourd’hui tombées des wagons . Sacré saloupiaud, va !

Il chassait aussi et pas que la sarcelle et le perdreau. Avant que notre rébellion ne se réveille, Françoise et moi, nous l’accompagnions le dimanche à la chasse et levions les perdreaux dans les vignes en cavalant et en faisant du bruit. Bourreau d’enfants !

Maman nous accompagnait aussi, mais elle cherchait les champignons et ramassait un tas d’objets à recycler à l’école : elle était institutrice d’abord en primaire puis en maternelle. Elle aurait voulu être styliste mais n’avait pas pu réaliser son rêve : à cette époque-là l’ascenseur social était un peu en panne. Après le lycée d’Arles, elle avait pu faire propédeutique et rentrer à l’Education nationale. Sa passion pour la couture, elle l’a cultivée à la maison en se cousant de jolis tailleurs et en nous confectionnant des vêtements parfois improbables, avec des tissus très étranges, déstructurés comme on dirait aujourd’hui. Ce hobby nous condamnait souvent à enlever les fils de bâti, « sans les couper, hein, pour pouvoir les réutiliser » : pour nous c’étaient des économies de bouts de chandelle et je ne jette jamais une chute de fil sans penser à elle.

Jo cultivait l’apéro, le tiercé et faisait du théâtre avec son frère André.

Je me souviens, au début de l’été 1972, à la fin de l’année scolaire, je passe chercher les résultats du BEPC devenu Diplôme national du Brevet au collège Jean Brunet d’Avignon et je déboule au théâtre en pleine répétition avant le Festival : je laisse aux exégètes le soin de retrouver le nom de la pièce qu’ils préparaient cette année-là. Et du fond de la salle qui était assez différente de ce qu’elle est aujourd’hui, sans aucun respect pour les acteurs en plein travail,  je beugle « papa, ça y est . J’ai mon Brevet ».

Il se fige et hiératique me jette en me pointant du bras plus que du doigt : « Ne m’appelle plus jamais papa en public (il n’y avait aucun public, c’était juste une répétition). » Puis : « Bédigue, je me doutais que tu l’avais réussi ». Ce fut ma première claque en public.

Des souvenirs il y en a beaucoup, au théâtre ou en famille. Mais un autre me revient qui le met parfaitement en scène. Il avait décidé d’emmener Léo, son premier petit-fils ( Merci Frances pour cette photo que tu as prise à la maternité d’Avignon le jour ou le lendemain de sa naissance. La maternité était encore à Sainte-Marthe, à la fac actuelle. J’ai bien changé, Léo aussi car il a 32 ans maintenant. Quant à Jo il n’a pas eu l’occasion de beaucoup changer puisqu’il décédait en 1995 soit 11 ans plus tard.)

Bref voilà Jo et Léo partis en train de Montfavet à Salon-de-Provence où habitait Mamie Paulette. Malgré mes petits moyens financiers, je l’avais habillé de neuf : c’était un grand jour pour eux deux, leur première sortie en fait. Léo avait pour consigne de dire au contrôleur qu’il avait trois ans. Car à trois ans le billet était gratuit. Et Jo étant de la maison ne payait pas le train en seconde classe. Donc dans la micheline, le contrôleur passe et dit à Léo : que tu es mignon et sage, quel âge as-tu ?
Et mon Léo de rétorquer : Dans le train j’ai trois ans mais à la maison j’en ai quatre.Le but n’était pas de resquiller par manque d’argent bien sûr mais de resquiller pour le plaisir : c’était tout Jo ça aussi.

Sans compter qu’il me ramena Léo en guenilles : « et, merde, il a joué au cochon pendu au stade ! » fut l’explication.

Véronique Benedetto, Avignon Théâtre des Carmes le 21 janvier 2017

 

 

 

Mémento occitan à St Christol-les-Alès

nelly_gp_nb

 Le vendredi c’est  NELLY PULICANI, qui présente en première partie de soirée le « MEMENTO OCCITAN »d’André Benedetto. Ce extrait est un poignant hommage à notre Occitanie où « la stridence des cigales scie les oreilles de l’esprit » et qui nous permet de découvrir tout le chemin parcouru par Nelly.

La Maison Pour Tous, Vendredi 21 mars à 20h30 – 10€ –